Spontanéité et direction consciente (Gramsci)

Spontanéité et direction consciente
Antonio Gramsci
Cahier de prison XX selon la numérotation de Tatiana Schucht,
3 selon la numérotation de Valentino Gerratana

On peut donner plusieurs définitions du mot «spontanéité», car le phénomène auquel il se rapporte a plusieurs aspects. Il faut avant tout remarquer que la «pure» spontanéité n’existe pas dans l’histoire: elle coïnciderait avec la «pure» action méca­nique. Dans le mouvement «le plus spontané» les éléments de «direction con­scien­te» sont seulement incontrôlables, ils n’ont pas laissé de document authentifiable. On peut dire que pour cette raison, l’élément «spontanéité» est caractéristique de «l’his­toire des classes subalternes», et même de l’histoire des éléments les plus péri­phé­riques de ces classes, qui n’ont pas atteint la conscience de classe «pour eux-mê­mes», et qui par conséquent ne soupçonnent même pas que leur histoire puisse avoir la moindre importance et que cela puisse avoir une valeur quelconque d’en laisser des traces dans un but de documentation.

Il existe donc une «multiplicité» d’éléments de «direction consciente» dans ces mou­vements, mais aucun d’eux n’est prédominant, ou ne dépasse le niveau de la «scien­ce populaire» d’une couche sociale déterminée, le niveau du «sens com­mun», c’est-à-dire la conception du monde traditionnelle qu’a cette couche sociale. C’est justement cet élément que De Man, empiriquement, oppose au marxisme, sans s’apercevoir (en apparence) qu’il tombe dans la position même de ceux qui, ayant décrit le folklore, la sorcellerie, etc., et après avoir démontré que ces façons de voir ont des racines historiques solides et sont enracinées de façon assez tenace dans la psychologie de certaines couches de la population, croiraient avoir «dépassé» la science moderne, et prendraient pour «science moderne» les petits articles de jour­naux scientifiques pour le peuple et les publications à bon marché par fascicules. C’est là un véritable cas de tératologie [1] intellectuelle dont nous avons d’autres exemples – les admirateurs du folklore, précisément, qui soutiennent qu’il faut le conserver; les partisans de la «magie» liés à Maeterlinck, qui considèrent qu’il faut prendre le cours du développement de l’alchimie et de la sorcellerie, qui a été brisé par la violence, pour remettre la science sur une voie plus féconde en découvertes, etc. Toutefois, De Man a, incidemment, un mérite: celui de montrer la nécessité d’étudier et d’élaborer les éléments de la psychologie populaire, du point de vue historique, et non sur le plan de la sociologie, de façon active (c’est-à-dire pour trans­former ces éléments par l’éducation, en une mentalité moderne) et non descriptive, comme il le fait; mais cette nécessité était contenue au moins implicite­ment (et peut-être même a-t-elle été explicitement formulée) dans la doctrine d’Ilich [2], chose que De Man ignore tout à fait. Qu’il existe dans tout mouvement «spontané» un élément primitif de direction consciente, de discipline, cela est démontré de façon indirecte par le fait qu’il existe des courants et des groupes qui soutiennent la spontanéité comme méthode. À ce propos il faut faire une distinction entre les élé­ments purement «idéologiques» et les éléments d’action pratique, entre les théoriciens qui soutien­nent la spontanéité comme «méthode» immanente et objective du devenir historique, et les politiciens qui la soutiennent en tant que méthode «politique». Chez les Premiers il s’agit d’une conception erronée, chez les seconds il s’agit d’une contra­diction immédiate et mesquine qui laisse voir son origine pratique évidente, c’est-à-dire la volonté immédiate de substituer une direction déterminée à une autre. Même chez les théoriciens l’erreur a une origine pratique, mais elle n’est pas immédiate comme chez les autres. Le caractère apolitique des syndicalistes français d’avant-guerre contenait ces deux éléments: c’était une erreur théorique et une contradiction (il y avait l’élément «sorélien» et l’élément de concurrence entre la tendance politique anarcho-syndicaliste et le courant socialiste). Cet apolitisme était aussi la consé­quence des terribles événements parisiens de 1871: la continuation, avec de nouvel­les méthodes et avec une brillante théorie, de trente ans de passivité (1870-1900) des ouvriers français. La lutte purement «économique» n’était pas faite pour déplaire à la classe dominante, bien au contraire. On peut dire la même chose du mouvement catalan qui, s’il «déplaisait» à la classe dominante espagnole, ne lui était déplaisant que parce qu’il renforçait objectivement le séparatisme républicain catalan, en donnant lieu à un véritable bloc industriel républicain contre les grands propriétaires ter­riens, la petite bourgeoisie et l’armée monarchiste. Le mouvement turinois fut accusé en même temps d’être «spontanéiste» et «volontariste» ou bergsonien! Cette accu­­­sation contradictoire, si on l’analyse, montre la fécondité et la justesse de la direc­tion qui avait été imprimée à ce mouvement. Cette direction n’était pas «abstraite» elle ne consistait pas à répéter mécaniquement des formules scientifiques ou théori­ques, elle ne confondait pas la politique, l’action réelle, avec la recherche particulière du théoricien; elle s’appliquait à des hommes réels, qui s’étaient formés dans des con­di­tions historiques déterminées, avec des sentiments, des façons de voir, des frag­ments de conception du monde, etc. déterminés, qui résultaient des combinaisons «spon­tanées» d’un certain milieu de production matérielle, avec la «fortuite» agglo­mération d’éléments sociaux disparates. Cet élément de «spontanéité» ne fut pas négligé, et encore moins méprisé – il fut éduqué, orienté, purifié de tous les corps étran­gers qui pouvaient le souiller, afin de le rendre homogène, mais de façon vivante, historiquement efficace, grâce à la théorie moderne. On parlait, parmi les dirigeants eux-mêmes, de la «spontanéité» du mouvement; et il était juste qu’on en parle: cette affirmation était un stimulant, un élément énergétique, un élément d’unification en profondeur. Plus que toute autre chose, c’était une façon de nier qu’il s’agissait de quelque chose d’arbitraire, d’aventureux, d’artificiel, d’un mouvement qui ne serait pas historiquement nécessaire. Cela donnait à la masse une conscience «théorique», cela faisait d’elle la créatrice de valeurs historiques, la créatrice d’insti­tutions, la fondatrice d’États. Cette unité de la «spontanéité» et de la  direction con­sciente», ou encore de la «discipline», voilà ce qu’est précisément l’action politique réelle des classes subalternes, en tant qu’elle est une politique de masse et non une simple aventure de groupements qui se réclament des masses.

À ce sujet, une question théorique fondamentale se pose: la théorie moderne peut-elle être en opposition avec les sentiments «spontanés» des masses? («Spon­tanés», dans le sens qu’ils ne sont pas dus à une activité éducatrice systématique de la part d’un groupe dirigeant déjà conscient, mais qu’ils se sont formés au travers de l’expérience quotidienne éclairée par le «sens commun», c’est-à-dire par la con­ception populaire traditionnelle du monde, ce qu’on appelle, de façon plus terre-à-terre, «instinct», et qui n’est lui-même qu’une acquisition historique primitive et élé­men­taire). Non, il ne peut y avoir opposition: il y a entre eux une différence «quan­titative», de degrés, non de qualité: il doit y avoir, pour ainsi dire, une «réduc­tion» possible, un passage des uns à l’autre, et vice versa. (Ne pas oublier que Kant tenait à ce que ses théories philosophiques soient d’accord avec le sens commun; on retrouve la même position chez Croce: se rappeler cette affirmation de Marx dans La Sainte Famille, que les formules de la politique française de la Révolution se réduisent aux principes de la philosophie classique allemande.) Négliger, et, ce qui est pire, mé­priser les mouvements dits «spontanés», c’est-à-dire renoncer à leur donner une direction consciente, à les hausser sur un plan supérieur en les insérant dans la poli­tique, peut avoir souvent des conséquences très sérieuses, très graves. Il arrive pres­que toujours qu’un mouvement «spontané» des classes subalternes soit accom­pa­gné d’un mouvement réactionnaire de la droite de la classe dominante, pour des motifs concomitants: une crise économique, par exemple, détermine d’une part un mécon­ten­­te­ment des classes subalternes et des mouvements spontanés des masses, et de l’autre elle détermine des complots de la part de groupes réactionnaires qui profitent de l’affaiblissement objectif du gouvernement pour tenter des coups d’État. Parmi les causes efficientes de ces coups d’État il faut placer le refus des groupes responsables de donner une direction consciente aux mouvements spontanés et à faire par là qu’ils deviennent un facteur politique positif. Exemple: les Vêpres siciliennes [3] et les dis­cussions des historiens pour établir s’il s’agit d’un mouvement spontané ou d’un mouvement concerté: il me semble que les deux éléments se soient combinés dans les Vêpres siciliennes: l’insurrection spontanée du peuple sicilien contre les Proven­çaux, qui s’est étendue avec une rapidité telle qu’elle pouvait donner l’impression d’actions simultanées et par conséquent concertées, tant l’oppression était alors deve­nue intolérable sur toute l’étendue du territoire national, et, d’autre part l’élément conscient d’importance et d’efficacité diverses, où prédominait la conjuration de Giovanni di Procida contre les Aragonais. On peut tirer des exemples de toutes les révolutions passées où les classes subalternes étaient assez nombreuses et hiérar­chisées par leur situation économique et par leur homogénéité. Les mouvements «spontanés» des couches populaires plus vastes rendent possible l’accession au pouvoir de la classe subalterne la plus progressive du fait de l’affaiblissement objectif de l’État. C’est là encore un exemple «progressif»; mais dans le monde moderne les exemples régressifs sont plus fréquents.

Une conception historico-politique scolastique et académique est la conception selon laquelle n’a de réalité et de dignité que le mouvement qui est conscient à cent pour cent, et qui, même, est déterminé par un plan minutieusement tracé à l’avance, ou qui correspond (ce qui revient au même) à la théorie abstraite. Mais la réalité est riche des combinaisons les plus bizarres, et c’est le théoricien qui doit, dans cette bizarrerie, retrouver la preuve de sa théorie, «traduire» en langage théorique les éléments de la vie de l’histoire, et ce n’est pas, en sens contraire, la réalité qui doit se présenter selon le schéma abstrait. Cela ne se produira jamais et par conséquent cette conception n’est que l’expression d’une passivité. (Léonard de Vinci savait trouver le nombre dans toutes les manifestations de la vie cosmique, même lorsque les yeux des profanes n’y voyaient qu’arbitraire et désordre.) (P.P., pp. 55-59.) [1930]

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Notes

1 Tératologie: étude des anomalies, des monstruosités chez l’être vivant.

2 Vladimir Illich Lénine.

3 On appelle Vêpres siciliennes le mouvement insurrectionnel qui éclata à Palerme, le lundi de Pâques 1282 contre les troupes provençales de Charles d’Anjou, roi de Naples. Le mouvement, qui débuta par le massacre de plusieurs milliers de Français aboutit à chasser de Sicile la Maison d’Anjou et à établir sur le trône Frédéric d’Aragon. Cette révolte fut à la fois le résultat de la colère populaire contre le régime de terreur instauré par Charles d’Anjou et de l’action de certains nobles contre les Angevins en faveur des Aragonais, parmi lesquels le médecin et lettré Giovanni di Procida.

Les droits d’auteurs de ce texte appartiennent aux instances concernées. Il est publié ici, sur un espace citoyen sans revenu et libre de contenu publicitaire, à des fins strictement documentaires et en complète solidarité envers son apport intellectuel, éducatif et progressiste.

7 pensées sur “Spontanéité et direction consciente (Gramsci)

  • 25 février 2015 à 9 h 02 min
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    @ vous autres
    Vous comprenez quelque chose à ce qu’il écrit monsieur Gramsci ?
    Moi de la classe subalterne ne n’y comprend que dalle.

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    • 25 février 2015 à 11 h 07 min
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      Partez de cette phrase, vers la fin de l’article:
      Une conception historico-politique scolastique et académique est la conception selon laquelle n’a de réalité et de dignité que le mouvement qui est conscient à cent pour cent, et qui, même, est déterminé par un plan minutieusement tracé à l’avance, ou qui correspond (ce qui revient au même) à la théorie abstraite.
      Et voyez que ce qu’elle dit c’est que les théoriciens sociaux et les « profs de marxisme » ne reconnaissent comme valide que les mouvements de luttes sociales incorporant une conscience intégrale (et une direction… souvent la leur). Dites-vous ensuite que le texte vise à démontrer le contraire: la validité d’action des luttes sociales dites (fallacieusement ou, au moins, abusivement) « spontanées ». On fait notamment valoir que ne les qualifient de spontanées que ceux qui n’ont pas capté leur direction consciente vu qu’elle n’est pas documentée par une connaissance classique et se perd dans le folklore. Tout le texte est un réquisitoire contre une approche abstraite et schématique des luttes sociales au détriment d’une prise en compte concrète de ce qui éclate, se fait, arrive… ce que Gramsci nomme lui-même le « bizarre » dans l’équation de lutte.
      C’est très riche, d’une grande portée critique et finalement pas si compliqué dans le principe.

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  • 25 février 2015 à 13 h 36 min
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    Ce texte est absolument génial. Gramsci a tout compris et explique d’avance les mouvements réactionnaires comme le dieudonnisme et le soralisme ( «… Il arrive pres­que toujours qu’un mouvement «spontané» des classes subalternes soit accom­pa­gné d’un mouvement réactionnaire de la droite de la classe dominante, pour des motifs concomitants … »). Il faudra que je revienne lorsque j’aurai un peu plus de temps libre.

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  • 27 juin 2018 à 1 h 20 min
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    @ tremblay : Le Dieudonnisme !!!???
    retournez donc dans votre maison de retraite , finissez votre soupe et dodo !!!

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    • 27 juin 2018 à 7 h 25 min
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      Et pendant ce temps, laissez Dieudonné-en-déclin organiser des matchs de boxe ridicules entre compétiteurs égomanes de l’extrême-droite devenus parfaitement incapables désormais de faire de la politique et ne trouvant plus, pour faire mousser leur buzz atone, que le cabotinage de foire comme ultime solution agonisante.

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  • 19 août 2020 à 22 h 17 min
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    Pour ma part, vous excuserez mes interventions probablement non appuyés par la théorie , mais cette notion de conception historico-politique scolastique et académique je dirais est probablement ce qui a tout fait foirer depuis que les marxistes se sont érigé en donneurs le leçons crâneurs et austères, en théoriciens aussi myopes que les politiciens surtout, ou tout aussi rigides au point d’en devenir ringards et ennuyeux et dont la cervelle est bouffée par les extrapolations et les hypothèses et autres étiquettes comme au sein des partis communistes Européens depuis la seconde guerre mondiale, qui fait qu’aujourd’hui une bonne partie de cette gauche Marxiste je trouve est presque totalement coupée des réalités ! Je vais même donner quelques exemples pour appuyer les dires de l’auteur ici !

    Au hasard de mes errements sur la toile ces dernières années, et notamment celle du monde arabe, du maghreb, et ici je ne vais retenir que l’exemple du Maroc, j’ai découvert un type qui en est un parmi d’autres qui se soient lancé dans un créneau fort mobilisateur du peuple sur la toile : la charité et les oeuvres de bienfaisance pour ce qu’on appelle le Maroc profond, le Maroc oublié, celui du moyen âge qui compte probablement pour 50% de la population du Maroc ! En fait, en absence d’un état responsable, et du quadrillage  »makhzenien » typique de la monarchie Marocaine, et son contrôle redoutable du pays, et de sa pseudo légitimité religieuse, le Maroc étant  »une monarchie dite constitutionnelle d’ordre divin » :)))) autrement dit, le Roi est aussi le prince des croyants en islam, le  »Amir el Mouminines », bref donc, le Maroc se retrouve avec cette population rurale bloquée dans les montagnes et les régions arides ne s’étant jamais complètement désertées de leurs populations vers les villes, car attachés à leurs terres et leurs traditions, bref, le type de facebook et youtube est devenue une autre star parmi d’autres qui demande à la diaspora marocaine des dons pour creuser des puits d’eau pour des villages et des communautés nombreuses qui crèvent de soif, et leurs bêtes avec, ou pour venir en aide à des femmes seules, vieilles, ou veuves, ou pour des familles handicapées entières (mariages consanguins) , etc, bref, les cas se comptent par milliers, la misère est à peine imaginable au 21ème siècle, et malgré l’internet et les telephones intelligents auxquels ils ont accès, ces communautés sont profondément religieuses, considèrent le système politique comme une ligne rouge qui relève quasiment de la religion, et le gars il part et il filme et il traduit aussi souvent du berbere vers l’arabe car les berberes sont tres représentatifs de ces communautés, même si la misère noire n’épargne personne, il met donc de la musique égyptienne triste qui joue sur les sentiments de ces admirateurs, et miracle, lorsqu’il présente un cas d’un village perdu dont même les routes d’accès sont souvent inexistantes et périlleuses, et demande l’équivalent de $15000 en tout et pour tout pour  »sauver » ces communautés de la soif et leur redonner accès à la dignité à travers l’eau potable, les marocains de la diaspora commencent à l’appeler et lui faire don d’argent, en contrepartie de Prières de ces communautés fort religieuses, car leurs prières seraient entendues par le bon dieu Allah ! bref, les épisodes et les  »success stories » s’enchaînent, le village en entier femmes, enfants et vieillards sortent pour la caméra, et le camion qui creuse à la sonde des puits qui vont jusqu’à 200 ou 250 mètres de profondeur, et une fois que l’eau jaillit, les Youyou des femmes retentissent, les Allah ou Akbar aussi, mais aussi les  »Vive le Roi » vive notre seigneur le Roi’, aussi ! le type alors enchaîne systématiquement dans un language religieux : Allah vous aime, nous lui demandons de pardonner ceux qui vous ont lésé de vos droits et abandonné dans cette misère, mais Allah vous aime…etc » du coup, les gens sont en pleurs, ils devaient parfois faire 10 kilometres au puits de la communauté voisine à travers des chemins de montagne inaccessibles même à pied… bref, les vieux sont tellement humbles et tellement incroyables, que pour eux cet eau équivaut à toutes les richesses de la terre, et même les miséreux d’entre eux sacrifieront un mouton, une chèvre, une vache’, pour tout le village et célébrer ce miracle d’Allah ! …. triste, choquant même pour nous les marocains, mais c’est hélas notre pays profond !

    Ce genre de scènes, et d’activisme politique nouveau à travers la bienfaisance et les actes de charité est en fait une espèce de pain béni pour les religieux de tous poils et le peuple religieux qui même en ayant immigré en europe et en amérique du nord conserve toutes ses tares psychologiques et en redemande, et pour bien sûr le principal parti politique islamiste (proche des frères musulmans) au pouvoir, hais et détesté par la monarchie mais s’étant imposé par un peuple voulant éviter le clash des pays arabes, et content que les islamistes même si hais par la monarchie, lui font allégeance du matin au soir et lui lèchent les babouches, pendant que elle tire profit de toute cette désolation et gouverne non pas à travers eux car eux ne gouvernent rien du tout, mais à travers un gouvernement de l’ombre et de ce qu’on appelle les ministères dits  »de souveraineté », c’est à dire une formule concoctée par la monarchie pour dire que le ministère de l’intérieur, des affaires étrangères et d’autres ministères stratégiques relèveront toujours d’elle quelque soit le  »gouvernement démocratiquement élu »…

    Bref, ce paysage politique en tous cas tout à fait nouveau depuis la faillite totale de la gauche historique du Maroc qui a connu les prisons et les exactions et sacrifié des milliers de jeunes du temps de Hassan II pendant 50 ans, fait que le Maroc à viré islamiste ces 20 dernières années dans le genre même pas de l’Égypte ou de l’Algérie, mais un islamisme en réalité gauchisant, qui couve la cocotte minute qui risque de péter à tout moment ! le fait est que, la gauche socialiste aussi bien que la radicale communiste d’hier ont perdu l’appuis du peuple qui était la pourtant pendant 50 ans, et même l’extrême communiste radicale d’aujourd’hui qui ne participe pas aux elections, ni ne reconnait leur caractère, est plutôt vue comme une aile radicale insignifiante…ce qu’elle est… et inefficiente…et surtout sollicitée uniquement pour les questions de droits de l’homme ! mais ce peuple, qui couve un volcan en fait, est surtout éparpillé par des considérations ethniques, linguistiques, politiques de proximité car coopté par les partis berberistes de l’establishment, et donc ne se reconnait ou ne s’unit encore qu’à travers le discours politique religieux  »unificateur », et pragmatique surtout car il prône une espèce de  »paix » et de compromis avec la classe dirigeante, et lui évite un scénario  »à la syrienne » dont ce même peuple est très conscient et obsédé par cette peur surtout, même si il faut dire que la monarchie Marocaine n’est pas Assad ou les dictateurs d’orient !

    Pour revenir à nos moutons donc, à travers cet exemple Marocain, je peux vous assurer que l’idée de spontanéité est dans l’air depuis que j’ai ouvert les yeux, en tous cas pour une  »révolution » du genre inattendue mais dont les socialistes et les marxistes communistes sont pleinement conscients, car depuis toujours, le mot qu’on se dit et qu’on se transmet est que  »la cocotte minute va péter du jour au lendemain, et les riches et les voleurs n’arrêtent pas de sortir leurs avoirs du pays » y compris la Monarchie qui y croit autant que le peuple ! et qui a mis à l’abris ses milliards dans les paradis fiscaux ! et donc, il ne faut surtout pas se fier aux apparences,. aux discours pseudo religieux, à cet islamisme de façade ou de  »subsistance » car il permet à beaucoup de survivre grâce à la charité (probablement que 30% de ce peuple mendie ou quête la famille et les étrangers et les petits jobs pour survivre)… mais il couve en réalité et lorsque vous parlez en arabe ou en berbère à ces gens, un volcan, et une conscience pointue des réalités féodales du pays, y compris celle du parti islamiste fabriqué à l’origine par un grand prédicateur bourgeois copain de Hassan II dans les années 70, et dont la villa à côté de chez nous ressemblait déjà à l’époque à  »orgie island » de Jeffrey Epstein, avec son allée de palmiers immense et ses jardins luxueux sur des milliers de mètres carrés dans le quartier le plus huppé de la capitale, bref, tout ce cinéma est une mise en scène du peuple !!!! je vous le promet à 250% ! les Marocains bien que braves, résistants et incroyablement farouches lorsqu’ils s’agit de toucher à leur  »famille » dont la monarchie crainte et souvent détestée, sont extrêmement conscients et pragmatiques et patients, ils auraient aimé la réformer cette putain de monarchie, mais s’ils la réformaient, elle n’aurait plus aucune raison de gouverner quoique ce soit ! bref, donc ils temporisent, jouent la comédie, et bien entendu les plus miséreux d’entre eux supportent et font semblant, mais ils le font aussi par pur conviction religieuse que le bon Dieu prendra leur revanche là-haut, sauf que, ils constatent que le bon dieu justement, ça fait un bail qu’ils attendent un signe de lui pour rétablir un peu de justice sociale…sans jamais rien voir venir… et c’est donc sur ce point de la maturité  »religieuse » ou de la conscience du rôle de la religion que l’action spontanée du peuple éclatera tôt ou tard !

    j’ai donné un exemple assez radical, et c’est voulu, pour dire à cette extrême gauche pseudo marxiste d’occident, que ces gens là du tiers monde ne sont pas aussi cons, ni corrompus par l’ultra libéralisme que vous prétendez, ou qu’ils aient besoin d’une intelligentsia communiste autoritaire, et encore pire pour les sortir de leur merde ! ni qu’il aient besoin de l’intervention de Poutine et ses chiens de garde pour croire aux principes communautaires et socialistes qu’ils ont dans le sang ! ces gens là ne demandent souvent que le pain, l’eau potable et même pas l’électricité pour survivre et l’accès à l’égalité des chances surtout, car si vous prenez par exemple un pays comme le Canada, vous y trouverez beaucoup d’enfants de ce Maroc profond qui n’auraient eu aucune chance en restant au pays, mais qui ont pu démontrer de grandes facultés intellectuelles, matheuses surtout et scientifiques et qui ont pu sauver les leurs resté au bled !

    Tout comme ici en occident, il n’existera pas de révolution miracle, mais des éclatements spontanés du peuple qui rumine sa véritable misère et privations et vie amère sans demander leur avis aux théoriciens de tous poils ! la roue de l’histoire est celle-là et rien d’autre ! la pression finit toujours par une explosion, et de là ou l »on s’attend le moins ! par les parois les plus vulnérables, et dans le contexte social, c’est encore le cas ! et ce ne sont pas les plus érudits, ni les frimeurs beaux parleurs, ni les dogmatiques politiciens calculateurs, et encore moins les lèche cul de Poutine qui hériteront ou feront cette révolution ! mais c’est bel et bien ceux que nous méprisons tous d’une manière ou d’une autre, ceux qu’on oublie, ceux qu’on sous estime qui la font !

    Enfin, la religion ou les tenants des traditions me sont pas si bêtes que ça ! et il n’ont aucunement besoin de  »marxistes » pour péter le coche ensemble, et pour les bonnes raisons sans même y mêler la religion ou les traditions ou quoique ce soit, car, ces gens ont soif de justice sociale et ils ne se tromperont pas lorsque leur volcan se réveillera !

    Merci pour cet excellent billet et désolé d’avoir été long ! :)))

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  • 20 août 2020 à 9 h 45 min
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    @ Tous

    Gramsci est le pure produit de l’intellectualisme – idéaliste – petit-bourgeois italien au moment de la montée du fascisme italien et mondial.

    Le fascisme surgit comme pensée – idéologie – politique et organisation structurante de la crise économique du capitalisme. Le totalitarisme étatique prit alors deux formes complémentaires le fascisme (dont le mussolinien et le NAZI et le corporatisme et le militarisme japonais et kuomintang chinois, etc.) et la forme du bolchevisme – stalinien auquel le PCI de Gramsci s’associa.

    Dans tout ce fatras d’intellectuel terrorisant les masses du haut de son verbiage ampoulé il faut discerner le profond mépris des socialistes-communistes-marxistes-léninistes-gramscistes pour la plèbe – pour les masses incultes SPONTANÉES qui rechignent à se laisser endoctriner (la doctrine d’Illich dit-il l’intellectuel bourgeois) par le camp socialiste bourgeois et souvent préfère la doctrine pragmatique du camp fasciste bourgeois.

    Incidemment reliser le texte et voyez comment l’intellectuel bourgeois Gramsci dichotomise lutte DE CLASSE SUR LE FRONT ÉCONOMIQUE et lutte de classe sur le FRONT IDÉOLOGIQUE ET POLITIQUE.
    La lutte de classe du prolétariat ne fait qu’un et ce n’est que pour faciliter l’analyse et la compréhension que l’on subdivise en trois catégories.

    Les intellectuels bourgeois comme Gramsci les départage strictement afin de déprécier la lutte économique – spontanée = sauvage = indisciplinée = hors du contrôle des apparatchiks et donner tout son lustre à la lutte politique – idéologique – RÉFLEXIVEMENT CONSCIENTE et que le Parti communiste dirigé par les intellectuels bourgeois a devoir de déverser sur la plèbe ignare – spontanéiste – volontariste – ouvriériste – économiste et autres fadaises dont cette époque révolue de la dégénérescence du totalitarisme socialiste nous a tristement abreuvé.

    La lutte de classe est consubstantiellement consciente et elle prend sa source dans l’affrontement quotidien des deux classes antagonistes le capital bourgeois et le prolétariat salarié et la première et la plus importante forme de cette lutte de classe est la lutte sur le front économique pour la survie de l’espèce humaine.

    Le prolétariat selon la nécessité et les capacité fait émerger une direction politique qui tente tant bien que mal de condenser l’expérience de lutte sous la forme d’une idéologie – d’une théorie révolutionnaire.

    Karl Marx et Engels et ceux de la Première internationale furent la première matérialisation de ce processus et manifestèrent à leur façon une direction consciente de classe, mais pas plus avancée que ce que les masses prolétariennes internationales de leur époque ne pouvaient faire émerger de leurs expériences de lutte concrète.

    Où en sommes nous prolétaires révolutionnaires – aujourd’hui en 2020 VOILÀ LA QUESTION.

    Robert Bibeau

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