C’est du solide

 

Un solidus de Constantin, par cngcoins, licence de documentation libre GNU
Un solidus de Constantin

«C’est du solide»
ou
les véritables causes
de l’extinction de la démocratie
en Europe

ALLAN ERWAN BERGER  —  Pour un économiste orthodoxe, l’inflation n’est jamais une bonne chose. Certes elle tue le rentier et la dette se réduit comme peau de chagrin, mais au bout du compte le pouvoir d’achat des ménages devient misérable, le commerce périclite, et finalement tout s’arrête. En outre, la compétitivité gagnée à l’extérieur est compensée par le fait que les importations deviennent astronomiquement coûteuses. Il vaut donc toujours mieux une monnaie stable et forte, et tant pis pour les peuples qui souffrent de son entretien.

Et puis, comment oser prêter à un État qui dévalue ? Comment accorder du crédit à un gouvernement qui couvre son déficit budgétaire avec de telles pratiques, dont le premier résultat est de soulever une méfiance absolue envers sa monnaie, à tel point que le troc y devient la manière principale dont s’opèrent les transactions du tout-venant ?

Le bondieusard Constantin ne veut pas de ça dans son empire. Il décide de faire un peu d’austérité. Il lance une chasse aux dépenses inutiles, à commencer par le financement des cultes, qui coûte une blinde au Trésor. En propulsant le christianisme comme seule religion d’État, il évacue les innombrables obligations de dépenses liées à l’entretien de millions de temples et de prêtres des autres religions ; l’or ne fuira plus dans les poches trouées de ces impies.

Ses prédécesseurs, qui n’avaient pas eu cette idée révolutionnaire, n’avaient pas eu non plus l’envie de stopper la chute du cours de l’aureus, qui était à cette époque la monnaie de l’Empire. Constantin décide d’émettre une nouvelle monnaie, au poids garanti. Ce sera le solidus, dont le nom seul évoque le caractère inébranlable de ce que l’on ne peut entamer, qui est ferme et de bon aloi, en bonne santé (saluus) tout comme le soleil, dont le nom est – faussement – contenu dans celui de cette création.

Un nom ne suffit pas. Et des promesses de saine gestion non plus. La baisse générale des dépenses publiques est le premier acte par lequel Constantin entend faire comprendre qu’il ne rigole pas. Le succès est au rendez-vous. Le solidus devient le dollar de l’époque. Tout le monde en veut. Les pays européens s’emparent de son nom (en français : le sol, le sou). Le solidus ne sera pas dévalué avant le onzième siècle.

De même que les États-Unis maintiennent la domination de leur dollar par une politique militaire prédatrice sur la planète entière, Constantin a l’idée d’assurer la suprématie de son solidus en l’adossant à l’armée et aux soutiens du régime. Un militaire impérial doit devenir l’ambassadeur de la nouvelle monnaie, le type auquel on peut prêter les yeux fermés puisqu’il est payé en solidi : il est « solidi datus », expression que le temps contractera pour donner les mots “solde” et “soldat”.

Nous ne savons pas ce que pensaient les populations des territoires périphériques, si elles étaient aussi amoureuses du solidus qu’on l’était à Rome ou à Constantinople, mais enfin leurs élites étaient satisfaites, dont tout allait bien. Et puis chacun sait que le bonheur financier ne s’acquiert que grâce à de courageux sacrifices. Il faut savoir être raisonnable, ô peuples, et ne pas aller contre les traités.

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Francisco Anzola : Money! (2009, CC BY 2.0).

Statue du dieu Euro, début du troisième millénaire, Germanie. Euro a fait l’objet d’un culte d’empire. En son nom furent sacrifiées des multitudes de vies. On le compare souvent à quelque divinité aztèque d’avant Cortés, bien sanglante et bien bouchère.

FIN

4 réflexions sur “C’est du solide

  • 11 août 2018 à 0 h 37 min
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    Merci pour un remarquable article qui est de ceux que l’on conserve et surtout que l’on fait passer.
    Ai-je raison, d’après vous, de considérer que le Géant Idiot Hi-han-kee a applaudi des deux mains à l’avènement de l’€uro en Neurope… parce qu’au lieu d’avoir autant de monnaies que de nations (et de peuples) européennes à contrôler (notamment par la fabrication – toujours plus massive – de monnaie de singe à dos vert) cela ne lui en faisait plus qu’une?

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    • 11 août 2018 à 5 h 03 min
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      Si Hi-Han-Kee a une tronche à mâcher de la chewin’gum et l’accent qui va avec, alors oui complètement. Mais l’empire central d’Allemagne se laissera-t-il faire ?

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  • 31 octobre 2020 à 15 h 43 min
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    Il y a tout de même lieu de citer qu’au départ, certains Euro Enthousiastes dans les années 80 et 90, étaient a mille lieux d’imaginer la débandade et le mauvais  »Twist » que prendrait cette histoire de monnaie unique censée au départ consolider une Europe sur le plan économique et en finir justement avec ses problèmes sociaux…. je me souviens comme hier de superbes articles et études et autres dossiers détaillés dans la presse signés par des rêveurs et des idéalistes auxquels je m’identifiait moi-même et qui nous promettaient une Europe qui se hisserait enfin au rang  »qu’elle mérite » c’est a dire contrebalancer le poids des deux superpuissances en guerre idéologique qu’étaient et que sont encore le bloc de l’Est et l’Amérique, et rétablir un peu de justice et une vision plus démocratique du monde comme on l’a tous rêvé ! Ainsi, pour ces idéalistes aussi pointus que des économistes ou des politiciens plutôt intègres, le bannissement des frontières terrestres, la libre circulation biens, des capitaux et des personnes auguraient la création des « états-unis d’Europe » avec cette fois des engagements concrets pour rétablir l’équité et la prospérité ou la redistribution égale des richesses, en plus de la capacité a intervenir dans le monde avec un poid plus conséquent pour rétablir les équilibres et garantir le droit des peuples a choisir et élire leur modèles qu’ils soient socialistes ou proches…. pendant que les stars Américaines de grand talent réunies nous chantaient  »we are the world » ou que  »l’eurovision » elle aussi nous pondaient des Rockers, des chanteurs et des artistes tournés  »vers l’avenir » et que tous, même les bougnouls de nos pays du sud, allaient jusqu’a bricoler des antennes (parfois des couscoussiers) sur les toits pour capter la télé européenne, et que lors des années 90 le rêve allait enfin devenir réalité pour nous avec la venue de la télé satellite et des paraboles, ou l’on pouvait suivre les magnifiques documentaires humanistes d’ARTE ou de la Cinquième sur des TV en couleurs qui nous fascinaient…. on aurait quasiment fait une autre guerre pour les européens comme les légions Africaines et Maghrébines d’hier ont fait malgré eux, juste pour voir l’espoir de cette Europe se relever enfin et nous tendre la main afin que nos pays eux aussi puissent s’attacher a la nouvelle locomotive dont le monde avaient grandement besoin !

    Je dirais que le dérapage du projet monétaire est mal parti dès le départ dans une Europe en déconfiture et au lendemain du conflit en ex Yougoslavie ! du coup, un projet précipité par les décideurs Européens de l’ouest qui n’ont pas vraiment pris le temps ou les bonnes mesures et intégré assez d’européens de tout horizons pour le mûrir et l’étudier avant de le lancer ! l’Euro a été lancé et institué de manière hautaine par les puissants qui ont vu dans ce projet d’unité Européenne une opportunité de se démarquer, de diviser et de dominer d’en haut au lieu de rassembler et de partir sur le même pied d’égalité ! un très mauvais départ qui ne pouvait rien augurer de bon ou de prometteur surtout en adoptant une approche de banquiers au lieu d’une approche de socio-démocrates, ils verront défiler les transporteurs, les agriculteurs et les syndicats en premier lieu dans leurs propres pays au lendemain de l’institution de l’Euro illico presto !

    la suite, on la connaît… les banquiers sont tout de suite devenus de plus en plus coriaces et les quelques bâtiments bidon de l communauté Européenne de Bruxelles sont très vite devenus une espèce de Pentagone ou les lobbyistes, les porteurs de valises et les pro du blanchiment d’argent ou des paradis fiscaux accouraient pour s’y assurer des copains et des projets et des manips en tout genre…pendant que le reste de l’europe assistait comme un spectateurs et n’avait d’autre choix que de mousser le carrierisme politique des uns et des autres afin d’espérer conserver un pied dans le temple, et ne pas être exclus du gâteau…et pendant que l’Euro faisait des ravages sociaux sur le terrain ! hélas !

    Aujourd’hui c’en est fini de l’Europe ! par qui ? par ses banquiers et ses industriels et ses politiciens au gros ventre qui ont fini par porter le coup de grâce à cette Europe et à leurs propres patries ! et il s’est avéré aussi que les Européens n’avaient pas de si tendres et affectueuses pensées les uns pour les autres comme on imaginait au départ ! oh que non ! les griefs d’hier sont vite remontés à la surface, les haines, les complexes de tous poils, la compétition,…etc, en plus de l’introduction de nouveaux phénomènes globalistes, comme les OGM en agriculture et autres trouvailles sur le nucléaire et l’énergie dont l’Europe manque cruellement et paie la peau des fesses…tout ceci finira par faire replonger l’Europe dans un marasme encore plus cauchemardesque que ceux d’hier ! sans oublier que l’émergence de la Chine en même temps allait complètement chambouler les cartes et les plans des économistes et des industriels, la délocalisation, la dépendance aux Américains, le fossé immense Nord Sud qui se créera, et la continuité de politiques coloniales vis a vis des colonies d’hier ou du tiers monde, pendant que les etats-unis forcaient les Européens vers la porte dans les marchés émergents, au moyen orient et a travers les guerres ayant promu l’instabilité du monde !

    l’Europe aujourd’hui n’a plus que les mafieux de tout poils qui continuent d’injecter des giga milliards de capitaux suspects dans ses coffres, son économie est saccagée, ses perspectives sont incertaines, et ses politiciens aussi nuls que méfiants surtout et mis sur le poêle a bois qui leur brûle les fesses et les mains continuellement, pendant que le sud leur exporte sa misère, sa désolatuion, et son jihadisme ou terrorisme naissant forcément au vu de la violence subie dans ces contrées orientales et Africaines hier plus ou moins paisibles et qui brûlent aujourd’hui comme des feux de paille ! hélas !

    Merci pour ce billet Allan Erwan Berger !

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