C’est le moment de récupérer quelques objets rouillés

La République amochée ne se rend pas, par Prisme, avril 2016. Placard installé à Rennes, près de l’accès à la Passerelle de l’œil à Jean-François Martin.
 
Mise à jour d’un billet paru en 2016, et qui n’a pris qu’une ride malheureusement.
Je lui ai donné un coup de maquillage.
Tout est encore à faire.

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ALLAN ERWAN BERGER   L’entêtement avec lequel le gouvernement français entend faire passer coûte que coûte ses lois infectes, dont les citoyens ne veulent pas pour diverses raisons parfois contradictoires, rencontre au sommet de l’iniquité la veulerie avec laquelle la grande majorité des représentants de la population de gauche s’abstiennent de résister efficacement et ne veulent prendre, de la résistance, au mieux que ses postures. Mais là n’est pas le seul problème : il est aussi dans la façon dont sont traitées les manifestations de notre indignation, puisque tout y est fait pour les rendre physiquement dangereuses, en assurant une impunité inquiétante aux forces armées, en faisant des coupables les victimes et des victimes les coupables, tout en ne touchant qu’au minimum aux quelques « casseurs » présentés comme dingues et qui servent ici d’alibi à tout le reste, tandis qu’on envoie une unité d’élite antiterroriste déloger quelques jeunes gens sur un toit. Tout se passe comme si le pouvoir rêvait que nos manifestations, qui ne sont jamais que de l’insurrection polie, dégénèrent en insurrection tout court. Nous aurions tout à y perdre, nous dit-on parfois, et nos maîtres tout à gagner.

Il y a un coup d’État, avec la complicité de l’ensemble des forces de pouvoir, quel que soit par ailleurs le discours spécifique qu’elles prétendent tenir sur tel ou tel objet de la polémique. Car en dehors d’un enfumant blabla de façade, il y a quand même une sérieuse convergence sur le fond : la démocratie ne doit pas poindre, le pouvoir doit rester confisqué. C’est de plus en plus visible car de plus en plus décomplexé.

Raison pour laquelle la haine gouvernementeuse s’est déportée ces derniers temps sur un nouvel objet : ce ne sont plus les syndicalistes que le discours criminalise, mais les non-encartés, les lambdas de la rue, les citoyens indignés qui, ont formé hier la Nuit Debout, aujourd’hui les Gilets Jaunes. Voici bien la cible : la démocratie qui point, les lanceurs d’alerte qui se dressent, les gens qui se parlent. Et le drapeau de l’Europe financière flotte, sinistre, au-dessus des écoles et des palais de justice.

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En écoutant ce qui se dit sur les places et les rond-points, en lisant les communiqués qui y sont publiés, on se rend assez vite compte qu’on y traite principalement de politique fondamentale, matière presque entièrement inconnue dans l’hémicycle rupin où les parasites gavés qui sont censés nous représenter déposent leurs gros culs malpropres.

C’est ça, c’est la politique fondamentale, c’est elle qui ne doit pas sourdre jusqu’à la population. Aussi, les médias nous invitent-ils à frémir au spectacle de la couche extérieure des révoltés, faite d’affrontements avec les forces de l’ordre (pas notre ordre, pas nos forces), tandis que le cœur débattant des assemblées reste inconnaissable, insondable, insondé à quelques finkielkrauteries près. Car la morale, qui est le ciment des civilisations, pèse de toute son importance dans nos assemblées sauvages, tandis qu’elle est bafouée, reniée dans les palais où les malfaisants ont pour habitude de s’entre-décorer et se tiennent joyeusement par la barbichette, loin de toute atteinte judiciaire. Et le drapeau de l’Europe financière flotte, sinistre, au-dessus des télévisions allumées.

Ce qui se passe dans les rond-points, c’est l’ancienne France qui perce la neige. Celle de la Constituante de 93. Les sans-dents d’aujourd’hui avancent tranquillement sur les traces des sans-culottes de jadis. Ils leur reste à s’emparer de ce qui leur revient de droit, et qui est notre héritage : le drapeau, des mots, et même une chanson.

Il est certain qu’un faisceau de manifestations qui porteraient les couleurs de la France, et qui scanderaient les beaux mots de « Liberté, Égalité, Fraternité » à plein mégaphone, aurait une telle gueule étonnante que les caméras du monde entier (mais pas de la France) se jetteraient dessus et porteraient ces images incroyables jusqu’au canapés où gisent, abandonnés, tant de cerveaux disponibles sur tant de continents. Et ces mots, et ce drapeau, qui furent ceux des participants des Nuits Debout, qu’ils en aient eu conscience ou non, ils sont aujourd’hui repris en jaune soleil, et en pleine conscience cette fois-ci. C’est imparable : il y a en ce moment un écho des luttes politiques de la fin des temps monarchiques, et c’est jusqu’à la “Marseillaise” qui, aujourd’hui, résonne étrangement. Car cette “Marseillaise” qui, depuis tant de générations, a été confisquée par les crapules, au point que l’entendre peut soulever le cœur, elle parle de nous finalement, de nos groupes assiégés, de nos vies attaquées. La lire, c’est frémir devant un fantôme.

Que veut cette horde d’esclaves,
De traîtres, de rois conjurés ?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers dès longtemps préparés ?
Français, pour nous, ah ! quel outrage,
Quels transports il doit exciter !
C’est nous qu’on ose méditer
De rendre à l’antique esclavage !

Osez dire que ce couplet ne nous concernait pas au printemps 2016. Il a beau être bizarre, mal bricolé et pompeux, il est exact, et décrit notre hiver 2018.

Quoi ! ces cohortes étrangères
Feraient la loi dans nos foyers !
Quoi ! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fils guerriers !
Grand Dieu ! par des mains enchaînées,
Nos fronts sous le joug se ploieraient,
De vils despotes deviendraient
Les maîtres des destinées ?

Ne vous semble-t-il pas entendre les Grecs s’indigner des chaînes de la Troïka ? Et cela, qui nous désigne :

Nous entrerons dans la carrière
Quand nos aînés n’y seront plus.
Nous y trouverons leur poussière
Et la trace de leurs vertus.
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre !

Pendant ce temps, le drapeau de l’Europe financière claque, sinistre, au-dessus de la statue de son dieu Euro, imbécile objet d’une adoration friquée dont nous faisons tous les frais, d’un bout du continent à l’autre.

Il est temps de ressortir notre drapeau, notre devise et notre chanson, et de les proposer à nos voisins de servitude, pour qu’ils s’en fassent des symboles adaptés à leurs causes. Au minimum, ça scandalisera les décatis du cerveau, et Finkielkraut postillonnera encore et encore de beaux gnagnagnas.

Notre pays est tout près d’être un volcan. Faisons en sorte qu’il soit fertile et non ravageur, et que les Gilets jaunes en soient le généreux cratère. Finies, les collaborations ! Redevenons la France, cet inextinguible bélier toujours disponible d’une génération à l’autre, qui boutera, peut-être, la finance hors des palais de l’Europe, sous les huées des nantis et les ovations des sans-dents de la planète entière. Alors on nous aidera, et nous ne serons plus seuls.

Une pensée sur “C’est le moment de récupérer quelques objets rouillés

  • 2 mars 2019 à 20 h 49 min
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    Il faut tout de même préciser que ‘’les parasites gavés’’ qui sont censé représenter les français et qui ‘’déposent leur culs malpropres’’ ont été tout de même élu par eux ! Et il n’y a pas plus ‘’fondamental’’ comme concept en politique que celui là ! Alors qui vote pour qui ? et pour quoi ? là est la question!
    De plus, et là je ne ferais qu’exposer mon opinion, sans prétentions, ni vouloir donner de leçon, lorsqu’une certaine jeunesse, déconnectée et dégoûtée des vieilles ‘’branches’’ et tronches de la politique de droite comme de gauche qui président aux destinées de la république et en contrôlent les rouages depuis toujours, celles qui semblent avoir le même goût prononcé pour le luxe, la gratuité aux frais de la princesse, les passe droits, et la même signature pathologique de petits pervers en série de la politique, rompus au fétichisme des discours et au fouet de la soumission, en plus de compter quelques fins collectionneurs d’enveloppes brunes bourrées de cash, et cultiver tous, l’image de grands hommes, pisseurs dans leur froc pour certains, incontinents, peu importe, mais de grands ‘’serviteurs’’ de la république en tous cas, bref, lorsque cette jeunesse a fait croire qu’elle voulait tourner la page pour de bon, changer de registre, couper court avec les vieilles crapules et voter Macron, un type débarquant de nulle part… il faut croire qu’en réalité, elle n’a jamais voulu voter pour quiconque ni qu’elle prenait au sérieux son projet de changements ! elle espérait plutôt péricliter, torpiller et saborder ces élections, et faire couler les ‘’vieux cons’’ de la politique, et elle y est arrivée ! et non seulement qu’elle y est arrivée, mais elle a cru et fait croire un instant que la France allait connaître une révolution qui remette en question toutes les règles et fondements de la république ! grosse erreur de jugement! On ne sous-estime pas le nombrilisme caractéristique d’une certaine ADN ‘’républicaine’’ utopique, ni ses effets néfastes sur le mental et sur le cerveau, ni qu’on mésestime le poids écrasant de cette croûte tectonique et politique républicaine qui revendique un héritage aussi fantaisiste, qu’illusoire sur la bonne gouvernance en France!
    Il me semble aussi qu’avant de vouloir vider la politique française de ses dinosaures qui se réclament de la république, il aurait fallu commencer par la base, et non par le haut, à une échelle plus petite, chez les élus des élections municipales, départementales et régionales, pour ensuite viser plus haut; le Sénat et l’assemblée nationale ou le parlement , avant de croire que changer de président suffirait à changer la France… il me semble! Et forcément.. car si tout aspirant à la politique devient un de ces vieux cons et ils le deviennent tous, c’est que quelque part, ils sont le produit du même système usité et précaire de gauche et de droite traditionnelles, et deviendront forcément les gardiens et défenseurs de cette structure complexe et hiérarchisée… à commencer par le sommet de la pyramide ou en France, sont installé des souverains indiscutables du système; Banques, Patronat et syndicats, colonisés par des petits bourgeois de droite et de gauche, préoccupés par leur confort et leurs rentes, et dominant la plèbe, et dont on ne remet jamais en question l’ordre de préséance dans la ‘’démocratie’’ française, règle numéro un! il aurait fallu selon ce que réclament les gilets jaunes, s’attaquer frontalement à eux, en dépit de la fausse idée qu’un syndicat est intouchable, les ébranler et dévoiler leur incompétence en plus de leurs petites combines, avec plus de précision que les discours enflammés, paumés et imprécis d’un Mélenchon ou ceux identitaires et indigents d’une Marine le Pen, ou encore ceux aristocratiques, élitistes et quelconques d’un Fillon, d’un Hamon ou les autres à la traine!
    règle numéro deux, il me semble qu’on ne met pas facilement en cause… ou en péril les fondations et conventions systémiques, politiques et économiques de la France ! toutes ces législations complexes, urbaines, rurales, sociales et sur l’emploi, et surtout fiscales, gravées dans le marbre, forgées dans l’acier, coulées dans le béton et qu’une loi El khomry cherchait à renforcer dans un système complexe mais bien huilé, dont l’ultime but est de faire fructifier, gonfler et protéger les recettes de l’état…qui se charge de redistribuer une partie seulement du pactole et garder le reste pour lui! Bref, vous pouvez être de gauche ou de droite, venir d’une autre galaxie, vous pourriez même être un âne, une vache, une chèvre qui se feraient élire, on ne piétine pas ces plates-bandes de l’état totalitaire français, ni qu’on broute dans les pâturages bien gardés de la république et ceux de l’administration, du ministère de l’intérieur ou des collectivités…pour se mesurer à la bête, il aurait fallu présenter un candidat avec un vrai programme, surtout un nouveau contrat social et un plan d’affaires politique et économique qui secoue la bâtisse avec de véritables alternatives, en plus de réformer la fiscalité de fond en comble… et aller chercher des milliards dans les fonds de tiroirs …,révolutionner les concepts, et démontrer que ça peut fonctionner autrement chiffres à l’appuis comme dans une comptabilité claire et transparente…qui ne subsiste presque plus!
    règle numéro trois enfin, le peuple peut galérer pour se loger, bouffer, s’habiller, essayer de joindre les deux bouts, ou crever et mendier s’il le faut, il continuera de croire qu’il se trouve des classes sociales qui lui sont supérieures et qui méritent de le garder sous ces pieds ! il n’y a rien à faire ! une bonne partie du peuple en France à une conception dégradante de sa propre image, et ne se projette que dans des révolutions anarchiques et pas vraiment prolétaires ni unifiées qui soient structurantes et structurées, et qui aient des idées plus avancées que de faire la grève ou manifester au coin de la rue, bref avoir une présence assumée qui intègre des cadres, des financiers, des économistes, des syndicalistes et pas des syndicats…et même des patrons aussi ! oui vous avez bien lu, les patrons de ces milliers de petites et micro entreprises qui galèrent et se battent faute de choix, et ne se considèrent pas moins que de faire partie du peuple! Pas besoin d’être allemand ou américain pour comprendre cela, et pas besoin d’être condamné, aliéné et soumis à la vieille conceptions du peuple, surtout à une époque radicale qui est la nôtre, ou des milliers, et des millions de jeunes se prennent et se créent des jobs précaires à plein temps sur les réseau sociaux, sur youtube, ou en livrant des pizzas et des repas, quand c’est pas pour passer l’aspirateur chez vous, et qui sont autant prolétaires qu’entrepreneurs, fauchés certes et sans revenu fixe ou suffisant !
    Bref, voter comme on fait encore de manière contradictoire et presque aveugle en France n’est pas tout à fait le gage d’une révolution économique et sociale voulue par le peuple et qui puisse résoudre les problèmes… les gens votent encore trop à la base pour des épiciers du PS, ceux d’une gauche multiple sclérosée, ou ceux d’une extrême droite aussi excessive qu’indigente et dénuée de perspectives, autant qu’a pu être le Brexit au royaume uni qui a vendu la sortie de l’Europe comme un miracle, mais qui a débouché sur le néant !

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