Histoire révolutionnaire (Nestor Makhno)

Histoire révolutionnaire: Nestor Makhno ou la préservation de la révolution sociale en Russie 1918-1923


Makhno sur Résistance 71

 

Les mémoires de Nestor Makhno

La Voie du Jaguar

29 mai 2019

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https://www.lavoiedujaguar.net/Memoires-de-Nestor-Makhno

Nestor Makhno

Mémoires et écrits, 1917-1932,

présenté et traduit du russe par Alexandre Skirda

Éditions Ivrea (Champ libre), 2010, 564 pages

.

Dans la société dominante actuelle, après la débâcle spectaculaire du communisme à la sauce marxiste-léniniste, les têtes pensantes du capitalisme libéral s’évertuent à nous persuader que toutes les révolutions ont conduit à des impasses et des bains de sang. Ils oublient volontairement de mentionner les expériences communistes libertaires du XXe siècle — en Ukraine en 1917-1921 et en Espagne en 1936-1939 — où des anarchistes locaux avaient aboli les rapports marchands et créé des communautés où chacun participait en toute liberté selon ses moyens et recevait selon ses besoins, prouvant par là qu’une autre société et qu’une vie meilleure étaient possibles. Malheureusement, ces révolutionnaires avaient sous-estimé le danger des démagogues étatistes, lesquels n’avaient reculé devant aucune scélératesse pour les anéantir. Les Mémoires et écrits de notre compagnon Nestor Makhno démontrent ainsi, par son expérience personnelle sur plus de trente ans, la validité du projet révolutionnaire, à condition d’être sans cesse vigilant contre tous les parasites amateurs de pouvoir d’État et d’être précis sur les objectifs à atteindre, sans pour cela faire des promesses sans lendemains.

Cette parution est donc un événement, attendu de longue date et promis depuis 1982 par Alexandre Skirda dans sa monographie Nestor Makhno, le cosaque libertaire, 1888-1934 [1]. Ici, la parole et la plume appartiennent à Makhno lui-même : le livre regroupe la traduction intégrale de tous les écrits et textes publiés en russe par le fameux rebelle ukrainien, textes presque tous inédits en français, à savoir ses souvenirs depuis son enfance, ses premières actions insurrectionnelles et son terrible emprisonnement, jusqu’à sa libération en 1917 ; son retour au pays natal et ses expériences sociales à Gouliaï Polie, il met là en pratique l’anarchisme-communisme tel qu’il l’avait assimilé en lisant Bakounine, Kropotkine et les classiques de l’anarchisme, lectures bien souvent faites en prison, laquelle aura été son université, comme pour beaucoup d’autres révolutionnaires, grâce aux bibliothèques de ses codétenus. Il y avait complété ses connaissances générales en histoire, littérature et même en mathématiques ; il s’y était également familiarisé avec les doctrines socialistes et avec leurs représentants. Il avait pris conscience de la ségrégation entre les militants de base et les travailleurs manuels, et les « sommets », c’est-à-dire les intellectuels aspirant à les diriger.

Début 1918, la conclusion du traité de Brest-Litovsk par les bolcheviques permet l’invasion en Ukraine de troupes d’occupation allemandes et austro-hongroises qui viennent piller le pays et réprimer les mouvements populaires de résistance. Devant la faillite des socialistes de tout poil, Makhno et ses compagnons du groupe communiste libertaire de Gouliaï Polie s’engagent dans un périple à travers la Russie jusqu’à Moscou, afin de comprendre les raisons de la dégénérescence de la révolution. Cela nous vaut un exceptionnel état des lieux des groupes à prétention révolutionnaire qui se posent déjà en propriétaires du sort de la révolution, et appliquent conséquemment la répression contre tous ceux qui ne sont pas d’accord avec eux. Makhno rencontrera Lénine au Kremlin ; ce qui lui permettra de bien mettre en lumière la confrontation de leurs deux conceptions opposées. C’est toutefois avec l’aide de Lénine et des bolcheviques qu’il parvient à revenir en Ukraine occupée, en juillet 1917. Des semaines durant, il insuffle aux paysans son énergie révolutionnaire. Démarre alors, avec quelques compagnons, l’insurrection, formidable épopée dont le trépidant récit se lit comme les aventures d’un Robin des bois, ou plutôt d’un Robin des steppes, selon les termes de Daniel Guérin. Récit qui, par bien des aspects, n’est pas sans évoquer la révolution mexicaine de Zapata et Villa commencée, elle, en 1910, et qui se terminera également par l’élimination des révolutionnaires et l’instauration d’un parti révolutionnaire institutionnel.

Nestor Makhno, qui n’avait jamais suivi les enseignements d’une quelconque école militaire, va montrer des dons exceptionnels de stratège dans la lutte armée, qu’il accompagne d’une action permanente de conscientisation du monde paysan, dont lui-même est issu et se revendique. Il y oppose la passivité ou la complicité avec les bolcheviques de nombreux intellectuels et même ouvriers, avides d’occuper, sur le dos de la paysannerie, des places privilégiées dans l’appareil étatique.

Ces Mémoires s’arrêtent en décembre 1918, à la création de l’armée insurrectionnelle ukrainienne appelée dès lors makhnoviste. Alexandre Skirda les a prolongées par toute une série de documents de l’époque : comptes rendus de réunion, articles, appels et discours, tous de Makhno lui-même, lesquels complètent et comblent l’absence de ses souvenirs sur la période 1919-1921.

Pour la plupart, ces documents proviennent d’ouvrages récents parus en Russie à partir d’archives officielles. Figure aussi sa fameuse réponse aux mensonges et calomnies bolcheviques : « La Makhnovchtchina et ses alliés d’hier, les bolcheviques », qu’il publia à Paris en 1928, et qui fait le point sur bien des questions et rétablit l’exactitude des faits. Suivent des articles parus dans des revues anarchistes russes en immigration, dont certains ont été publiés en 1984 par Alexandre Skirda à l’occasion du cinquantenaire de la disparition prématurée, à l’âge de quarante-cinq ans, de l’anarchiste ukrainien.

L’ensemble constitue un fort beau volume, bien imprimé, à la lecture facile et fascinante, qui devrait occuper une place de choix dans la bibliothèque de tous ceux qui luttent pour une société humaine et libertaire.

Et ce n’est pas sans émotion que, de Bretagne, nous pensons à Nestor Ivanovitch Makhno, venu à Brest en 1927 avec sa compagne Galina, émerveillant par son engagement révolutionnaire et par ses qualités humaines les compagnons qui l’hébergeaient (voir Libertaires, mes compagnons de Brest et d’ailleurs, de René Lochu, éditions La Digitale, 2003) et qui partageaient avec lui, comme nous aujourd’hui, les valeurs fondamentales de l’anarchie.

Didier Giraud
Liber-Terre (Pontivy)
Le Monde libertaire n° 1590
du 8 au 14 avril 2010.
Notes

[1] Nestor Makhno, le cosaque libertaire, 1888-1934, Les Éditions de Paris Max Chaleil (quatrième édition mise à jour, 2005, 498 pages). Ce livre n’est plus disponible, l’auteur ayant repris ses droits (note de “la voie du jaguar”).

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Lecture complémentaire:
Nestor Makhno Anarchie dans la Revolution Russe

2 réflexions sur “Histoire révolutionnaire (Nestor Makhno)

  • 6 octobre 2021 à 1 h 26 min
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    Quelle blague. Makno. Brigand pendant la révolution. Alcoolique en exil à Boulogne billaancourt. Les anarchistes c’est comme les cons, ça ose tout, ça sert à rien, et c’est à ça qu’on les reconnaît.

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  • 6 octobre 2021 à 15 h 44 min
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    j’en ai profité pour rechercher et en savoir un peu plus sur ce sacré Nestor Makhno… le type est encore vénéré en Ukraine aujourd’hui encore, surtout par des Ukrainiens s’étant expatrié en occident qui en parlent encore et le font connaître…. bref, son parcours est tout de même pas rien… loin de la, il marque à ce sujet encore l’imaginaire des Ukrainiens et des Russes et autres… par sa bravoure et son acte héroique surtout de déposséder et exproprier les propriétaires terriens et féodaux Ukrainiens et redistribuer les terres aux paysans, qui lui a valu le titre de Robin des bois Ukrainien… et qui lui a valu d’être reçu en chef par lénine…et ce sont les communistes bolcheviques de lénine qui après l’avoir supporté, l’ont surtout pourchassé et voulu lui faire la peau lors du déclenchement de la guerre civile aussitôt après et pendant des années… et pendant qu’il faisait la guerre a au moins trois armées, l’armée rouge, l’armée blanche anti bolchévique et l’armée de l’occupation Austro hongroise ou il se distinguera… autre fait marquant de la mémoire et l’histoire Ukrainienne ! et qui ont fini par le pousser à son exil, et sa mort plus tard…. sa femme et sa fille par ailleurs, sa femme surtout qui le secondait dans ses fonctions politiques et ses responsabilités et s’était largement impliquée tout en consignant par écrit ses exploits et toutes le luttes qu’ils ont mené, bref, toutes les deux, ont eu un véritable parcours du combattant comme leur père d’ailleurs, d’abord expulsés de France en Allemagne nazie au lendemain de la mort du père en France a Paris, forcés de travailler dans les usines du troisième Reich, ensuite a la libération et la fin de la deuxième guerre mondiale arrêtées encore une fois par l’armée rouge a Berlin, elles sont condamnées aux travaux forcées et exilées dans des camps de travail.. et il a fallu attendre la mort de Staline, avant d’être graciées, et envoyé vivre au Kazakhstan…. ! ce qui n’empêcha pas la mère de faire des va et viens vers son Ukraine natale,,,et de continuer de militer pour des causes justes…. incroyable !

    Pour ceux donc qui écrivent des commentaires cons et ne savent pas de quoi ils parlent, Nestor Makhno  »l’Anarchiste » est pour beaucoup de gens un symbole épique de lutte du  »Un contre tous », Un contre plusieurs… en particulier les bolchéviques et soviets qui l’ont trahi… un peu comme un lion qui a combattu tout seul et avec peu de compagnons plusieurs prédateurs et ennemis féroces sur le terrain….et leur a asséné plusieurs défaites malgré leur surnombre…encore mieux qu’un symbole plus récent comme Che Guevara plus tard… et toute la mauvaise réputation, les rumeurs et les tentatives de le discréditer ou l’accuser de trahison de la révolution ou encore de criminel de guerre… ne furent rien d’autre qu’une invention des bolchéviques, soviets, et plumitifs a leur service !

    Fallait donc saisir cette nuance… de taille…. car c’est pas rien de naître très pauvre et sans instruction…travailler enfant toute son enfance et adolescence….et devenir aussi inspiré et fort en tête et en convictions…jusqu’a tenir tête à Lénine himself à 18 ans….en faisant son instruction dans les prisons Tsariennes….comme lui a du être et accomplir ! ensuite faire la guerre aux troi armées les plus puissantes du coin…et les mettre a genoux presque…. ce qui en fait un symbole unique de résistance, de courage, et de lutte contre l’occupant aussi !

    Ceux qui ne ce sont pas encore essuyé le cul de caca… et qui n’ont rien accompli d’autre dans leur vie qu’écrire des commentaires bêtes et stupides…devraient le méditer ! :)))

    Merci pour ce billet et à l’équipe de l’édition ! et que repose en paix le héros révolutionnaire Nestor Makhno…ainsi que sa femme, et sa fille aussi…. qui se soient montrées aussi dignes de lui et de son sang bouillonnant, son esprit épris de liberté, de justice et de révolte avant et après tout !

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