L'ALGÉRIE ÉBRANLÉE PAR LE HIRAK POPULISTE

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16.12.2019Algerie et Hiraq (1)

 
Rien n’a freiné le Hirak, agent de l’accélération de l’histoire en Algérie secouée par un soulèvement populaire inédit. Ni l’été caniculaire, ni le mois du ramadan, ni les pluies diluviennes abattues sur Alger provoquant des inondations, ni les gestes d’« ouverture » du pouvoir, ni la répression, ni les manœuvres pour diviser les manifestants (arrestations des porteurs de l’emblème amazigh, fermeture d’églises en Kabylie), ni l’incarcération de nombreux activistes et de certains journalistes, n’ont dissuadé le Mouvement 22 février de poursuivre son combat contre le « Système FLN ». Force est de constater que, du fait de la pression du Hirak, début juillet, le pouvoir des apparatchiks a été contraint d’annuler les élections présidentielles prévues le 4 juillet. De facto, dès le 9 juillet 2019 le régime FLN est devenu constitutionnellement illégitime.
 

Dernier ultime assaut : le passage en force décidé par l’armée, autrement dit le coup d’État électoral perpétré par l’État-major par la convocation autocratique de l’élection présidentielle du 12 décembre 2019. En dépit du fiasco prévisible de cette échéance électorale rejetée massivement par la population encadrée par la petite-bourgeoisie résolue à boycotter le scrutin, le général Ahmed Gaïd Salah a exigé l’intronisation du candidat de son clan bourgeois à la présidence. Après une campagne militaire électorale menée sur un champ de combat politiquement désertique, un sénile apparatchik du système FLN a été « coopté » à la magistrature suprême de l’État-major de l’armée pour diriger la « caserne Algérie ».

 
On a connu l’armée algérienne toujours prompte à se dresser contre la démocratie bourgeoise; depuis le début du Hirak, elle se fait le chantre de la démocratie des riches et des élections spécieuses respectées religieusement par les multiples partis de l’opposition parlementaire bourgeoise, mobilisés pour organiser des « élections libres », comme s’il pouvait exister des élections libres au sein de la dictature capitaliste mondiale. Pour imposer sa démocratie caporalisée, parachuter son candidat vert-kaki vers les cimes de l’État casqué, l’armée s’est équipée de tout un arsenal répressif afin de livrer une guerre d’usure à l’opposition parlementaire soutenue par la rue. Reste à évaluer les raisons véritables de ce soutien populaire à l’opposition parlementaire bourgeoise.
 
Quoi qu’il en soit, depuis son intronisation officieuse aux commandes de l’État, le général Gaïd Salah, tout à la fois bras armé et agent politique du grand capital algérien, instrumentalise la justice, régente les services de sécurité, musèle la presse de l’opposition bourgeoise, procède à des arrestations arbitraires de manifestants (enlèvements, procès expéditifs, etc., méthodes d’une sinistre époque que la naïve petite-bourgeoisie nationaliste croyait révolue).
 
À l’évidence, pour assurer ce coup d’État « pacifique », cette révolution de palais « du sourire », le général Gaïd Salah, sur les conseils de ses proches collaborateurs, a fomenté les premières manifestations contre le Président Bouteflika dans le dessein de légitimer le limogeage du président sur le fondement de l’application de l’article 102 de la Constitution, en vue d’installer une nouvelle clique oligarchique avalisée par une élection préfabriquée et bâclée aux scores brejnéviens. Mais les plans machiavéliques de l’État-major de l’armée ont été rapidement contrariés par l’ampleur des manifestations populaires et la détermination du peuple algérien à occuper la rue jusqu’au départ définitif de l’ensemble de l’oligarchie du régime. Ce qui, à ce stade du soulèvement populaire, ne constitue pas une Révolution sociale ni un renversement du mode de production capitaliste, mais aurait pu en constituer l’amorce. Force est de constater que, dès le début du déclenchement des manifestations ourdies par le clan de Gaïd Salah, le mouvement de contestation populaire a échappé au contrôle de ses instigateurs casqués, ses géniteurs séniles. Aussitôt enclenché, le Mouvement 22 février s’est autonomisé, puis est devenu impossible à contrôler, à neutraliser en dépit des menaces récurrentes proférées par le général Gaïd Salah, des multiples arrestations arbitraires et de l’incarcération de nombreux activistes et manifestants.
 
Aujourd’hui, après plusieurs mois d’enlisement, pris à son propre piège, l’État-major de l’armée se débat dans une situation inextricable. Alors qu’il pensait mobiliser quelques manifestations soigneusement maîtrisées, juste le temps de provoquer et de justifier le congédiement de Bouteflika, pour assoir son pouvoir par l’élection furtive d’un candidat civil de son sérail, l’État-major a été dérouté par la tournure inattendue des événements marqués par le déferlement populaire. En effet, au lieu d’une ou deux dérisoires manifestations attendues, l’armée a assisté, impuissante, à un déluge de protestataires descendus par millions dans la rue dès la première manifestation, suivie de manière ininterrompue de plusieurs autres manifestations incontrôlées avec des revendications imprévisibles, notamment l’exigence du départ du régime FLN et de tous ses symboles. De fait, devant l’ampleur des manifestations chaque fois plus imposantes, le régime, incarné par l’État-major de l’armée, ne pouvait pas recourir aux moyens répressifs ordinairement employés depuis l’indépendance contre les mouvements de contestation. Cette fois, il ne s’agissait pas de quelques centaines ou de quelques milliers de manifestants à neutraliser, à réprimer, à incarcérer, mais de millions d’Algériens battant le pavé pour réclamer la démission de toute l’oligarchie du régime et le démantèlement du Système. Mais pour les remplacer par qui ? A plus forte raison, en ce qui concerne le prolétariat algérien, pour remplacer ce « système » social – ces rapports de production bourgeois – par quels autres rapports de production, par quel nouveau mode de production ?
 
En tout état de cause, jusqu’à présent, aucune de ces questions n’a été posée par les manifestants. Tout se passe comme si le soulèvement populaire élude de soulever ces questions sociales éminemment politiques, ces interrogations de transformation sociale, renvoyées aux calendes grecques. Le calendrier revendicatif a été rempli en revanche par les lamentations communautaristes berbéristes jamais à cours de sources politiciennes pour noyer les projets d’émancipation sociale et politique algériennes dans les revendications tribales archaïques. En effet, une frange ethnique du Mouvement 22 février a préféré poser la question de l’emblème tribal pour éviter de poser le problème social. Autrement dit la Question Sociale. Une chose est sûre : les berbéristes, par leur incursion communautariste, ont dévoyé le soulèvement populaire national moderne vers des revendications réactionnaires tribales en imposant le déploiement du « drapeau amazigh » folklorique lors de chaque manifestation, en dépit de son interdiction calculée et provocatrice décrétée par un régime désireux de diviser le mouvement de contestation populaire national moderne. À cet égard, au lieu de mettre leurs revendications communautaristes, drapées de l’emblème amazigh, en berne (au moins le temps d’unir toutes les forces modernes du peuple algérien pour assurer la victoire contre le régime), ils ont opté pour la politique de l’escalade revendicative identitaire berbériste afin de berner le mouvement de contestation populaire. Apparemment, aux yeux des berbéristes l’exigence de hisser haut l’étendard amazigh importe plus fondamentalement que l’exhibition de revendications sociales et économiques, prédomine sur l’unité du mouvement exprimée sous l’exclusif étendard de la lutte collective homogène du peuple laborieux algérien unifié.
 

En quoi le brandissement d’un emblème tribal contribue-t-il à la lutte populaire moderne portée par une génération tournée résolument vers l’avenir, animée d’espérance d’émancipation sociale et politique, déterminée à se battre pour une Algérie expurgée de ses vestiges rétrogrades ? Une chose est sûre : certes le Hirak n’a pas été récupéré par les islamistes, mais incontestablement phagocyté par les berbéristes. De même, prisonnier du chauvinisme « martyrologique », le Hirak a sombré rapidement dans une surenchère de concurrence mémorielle avec le régime, engagé, lui aussi, dans la même débauche propagandiste nationaliste, par l’exhumation outrancière des figures de la révolution algérienne exhibées comme des étendards en guise de programme politique, de caution militante, de proclamation de foi patriotique. Laissons nos martyrs reposer en paix ! Le prolétariat algérien doit s’employer exclusivement à faire rendre gorge à ces oligarques qui l’ont enterré vivant depuis 1962 par l’imposition d’une existence sociale funèbre, et non à déterrer des spectres martyrologiques en guise d’emblème politique, de programme économique alternatif.

 
À l’évidence, la crise politique provoquée par l’éruption du Hirak a permis de démystifier les ressorts du pouvoir : cette ultime crise politique a démontré, s’il en est besoin, que la réalité du pouvoir bourgeois algérien est centralisée et contrôlée par l’État-major de l’armée. Un constat que l’on peut établir pour de nombreuses anciennes colonies occidentales transformées en néo-colonies « souveraines et indépendantes ». Le Hirak populaire a fait sortir le loup de sa tanière : l’armée des riches ne peut plus dissimuler son autorité despotique, hégémonique, derrière une classe politique vénale et servile, aujourd’hui discréditée et disqualifiée du fait de son indécente corruption. Force est de constater que, avec la liquidation du clan de Bouteflika, les dernières illusions sur les institutions politiques algériennes se sont envolées. La confiance populiste s’est brisée. La défiance populiste s’est installée. Le pouvoir est fragilisé. Sa force coercitive et répressive s’exerce au grand jour dans un face-à-face menaçant, sans médiation politique. Les institutions étatiques sont déstabilisées. Même l’opposition légitime bourgeoise craint les débordements de la rue. L’armée, le gouvernement et l’opposition parlementaire bourgeoise sont devenus vulnérables, laissant place aux aventuriers politiciens assermentés. Incontestablement, l’armée demeure le dernier rempart institutionnel face à la révolte populaire de moins en moins soumise à l’emprise et au contrôle de la petite-bourgeoisie algérienne.
 
Certes un gouvernement civil provisoire continue à expédier les affaires courantes, mais les décisions primordiales sont prises par les plus hauts gradés militaires, notamment en matière judiciaire.Une justice-kaki abondamment sollicitée pour embastiller les militants, mais également les anciens collègues de l’oligarchie, les anciens frères d’armes des clans opposés et des partis politiques compromis avec l’inamovible régime FLN. Le général Gaïd Salah a même fait incarcérer les anciens hommes forts du régime bouteflikien (Saïd Bouteflika, frère de l’ancien président, l’ancien chef de la sécurité militaire, le général Tewfik, et d’autres personnalités politiques telle Louisa Hanoune, dirigeante du PT, tous accusés de « complot » contre l’État).
 
Au début du Mouvement 22 février, par une campagne de communication rondement menée par l’institution militaire, le général Gaïd Salah a présenté ces arrestations comme une opération de lutte contre la mafia. Ce qui était parfaitement vrai, oubliant cependant de désigner les chefs suprêmes de cette mafia systémique, toujours impunément installés au pouvoir. Par cette opération mains propres amplement médiatisée, le général avait tenté de se forger, au début du Hirak, l’image d’un « démocrate » en phase avec les revendications de l’opposition et de la population. Mais, en vérité, Gaïd Salah visait, après avoir réussi grâce à la rue à évincer Bouteflika, le « containment » (l’endiguement) rapide de la crise politique au moyen de l’organisation express d’une élection présidentielle taillée sur mesure par l’État-major de l’armée, cette institution occulte spécialisée depuis 1962 dans la fabrication d’hommes politiques confectionnés selon les standards du capitalisme d’État algérien, et vendus aux électeurs tyrannisés sous l’étendard militaire. La manœuvre électorale expéditive ayant échoué, déjouée par la mobilisation massive de la population déterminée à boycotter l’élection présidentielle imposée dans la précipitation par l’armée, le général Gaïd Salah s’est rabattu sur la solution d’un dialogue réunissant la « société civile », les personnalités nationales et la classe politique d’opposition en vue de la convocation rapide d’élections « démocratiques », parrainées par l’État-major de l’armée, garant du maintien de ordre établi et de la sécurité de la bourgeoisie nationale algérienne.
 
Certes, le recours à la voie électorale est le plus efficace moyen de dévoiement d’un mouvement de soulèvement populaire, mais encore faudrait-il que certaines conditions soient remplies : l’existence de formations politiques bourgeoises puissantes et influentes, sans oublier l’assurance d’une « neutralité électorale » de l’État. Or, ces conditions n’étant pas réunies en Algérie, de là découle l’enlisement de la crise politique. Aussi, pour tenter une sortie de crise réformiste, de nombreuses organisations politiques et civiques ont-elles vainement préconisé la convocation d’une Assemblée constituante, dans le dessein de recrédibiliser la mascarade électorale auprès de la population algérienne, depuis longtemps réfractaire aux cirques électoraux bourgeois, amplement illustrée par un abstentionnisme important lors des scrutins antérieurs.
 
Quoi qu’il en soit, ces incessants et comminatoires appels au dialogue bombardés par l’État-major de l’armée et certains clans politiques inféodées au régime ont été l’expression de la profonde inquiétude et frayeur du régime devant la persistance de la crise politique, susceptible de déboucher à court terme sur une conjoncture périlleuse, entraînant les prolétaires algériens, écœurés des sempiternelles parades pacifiques, à s’engager dans un affrontement de classe massif contre les clans capitalistes et leur État. C’est pour éviter cette issue révolutionnaire prolétarienne que les organisations petites-bourgeoises et réformistes se sont massivement mobilisées, depuis le déclenchement du Hirak, pour offrir leurs bons et loyaux services en vue d’assurer une transition démocratique, seul moyen de sauver le Système, autrement dit le capitalisme national. Les agitations des multiples organisations œuvrant pour une « alternative démocratique » (sic), portées par la Ligue des droits de l’Homme, les néostaliniens du MDS, l’UCP (centristes), le RCD (démocrates), le FFS (parti nationaliste kabyle), les syndicats « autonomes », les trotskystes du PT et du PST, des économistes, des avocats, des associations féministes, s’inscrivent dans cette perspective de sauvetage du capitalisme national algérien en crise. Au vrai, ces différents groupuscules politiques dépourvus de toute représentativité militent exclusivement pour la réforme du Système dans le cadre du maintien du capitalisme d’État, avec comme objectif unique l’instauration d’un illusoire « État de droit démocratique » (comme si il peut exister au sein de la dictature capitaliste un État démocratique – tout État est par essence despotique), et l’institutionnalisation de la « souveraineté du peuple » (aucune souveraineté du peuple n’est possible au sein d’une société divisée en classes antagonistes, société dominée par la classe possédante). Preuve de la nature foncièrement bourgeoise de toutes ces instances : excepté la revendication de l’élection présidentielle, aucune autre revendication sociale et économique n’est inscrite dans leurs doléances politiciennes et leur plateforme réformiste. L’amélioration des conditions de vie et de travail des prolétaires algériens n’a jamais été consignée dans le programme de ces organisations bourgeoises. Preuve s’il en est que ces politiciens recyclés aspirent uniquement à briguer quelques sinécures parlementaires ou gouvernementales, et à convoiter les multiples juteuses prébendes étatiques. Cette engeance politicienne ne vaut pas mieux que les actuels tenants du pouvoir.
 
Ces élites bourgeoises méprisent souverainement le prolétariat algérien considéré comme de la chair à patron, de la chair à manifester et, au besoin, de la chair à canon. C’est la raison pour laquelle elles se sont félicitées de l’unité du mouvement populiste, gage de leur emprise sur le mouvement Hirak. Adversaires acharnées de la lutte de classe prolétarienne, redoutant les débordements politiques populaires, craignant les explosions sociales, ces élites bourgeoises ont sans cesse applaudi le pacifisme des manifestants qu’elles ont encensé, sous les acclamations approbatrices de l’armée, comme un « signe de la maturité politique de la population algérienne », mais en vrai un signe de l’asservissement du prolétariat algérien, ligoté par le réformisme bourgeois, sclérosé par la léthargie combative. En résumé, la prétendue « transition démocratique » tant réclamée par ces élites bourgeoises constitue la meilleure défense du capitalisme national algérien, l’antidote réformiste contre la lutte révolutionnaire du prolétariat algérien sur son terrain de classe.
 
À l’évidence, l’appel à l’élection d’une Assemblée constituante lancé par l’ensemble des partis démocrates bourgeois, y compris par les partis et organisations de l’extrême-gauche, constitue un dérivatif efficace à l’affrontement de classe, un moyen de stérilisation des luttes prolétariennes, un instrument de dévoiement idéologique commode. Une chose est sûre : pendant que les partis groupusculaires bourgeois défilaient pacifiquement pour réclamer une transition démocratique – passage de la dictature réelle à la dictature formelle du capital –, les chefs militaires s’activaient et travaillaient efficacement à la concentration de tous les pouvoirs de l’Exécutif et de tous les moyens de coercition de l’appareil d’État pour le bénéfice des capitalistes toujours installés au pouvoir. Rien n’échappait à leur emprise, à leur contrôle : la police et la justice ont été totalement assujetties à leur pouvoir de commandement. Ces deux institutions « civiles » obéissent sans rechigner à l’appareil militaire, répriment et condamnent sans relâche les manifestants, les opposants, en vertu des pouvoirs sécuritaire et judiciaire exceptionnels conférés discrétionnairement par le général Gaïd Salah, le nouvel homme fort de ce régime inamovible.
 

En conclusion, certes la répression n’a pas eu la même férocité que celle perpétrée au Soudan, au Venezuela, à Haïti, au Chili et en Irak dans des circonstances analogues, mais les prolétaires algériens ne doivent pas se faire d’illusion : l’État-major de l’armée n’hésiterait pas à employer les moyens répressifs féroces pour défendre et stabiliser l’ordre bourgeois, si les prolétaires algériens tentent d’imposer leur programme d’émancipation sociale,  économique et politique par la lutte de classe radicale.

 
 

3 pensées sur “L'ALGÉRIE ÉBRANLÉE PAR LE HIRAK POPULISTE

  • 16 décembre 2019 à 8 h 52 min
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    le schéma habituel d’une élite bourgeoise confrontée à la plèbe ne convient pas du tout à l’Algérie. En réalité a part les quelques dizaines d’oligarques à la tête du pouvoir, ce sont bel et bien des représentants du prolétariat algérien qui ont depuis les années 80-90 jusqu’à nos jours, occupés les postes de directions des affaires courantes (écoles, universités, institutions, médecine etc…); en effet l’élite éduquée a fuit en masse lors de la décennie noire. De nombreux postes sont restés vacants et ont été occupés par ce qu’on appelle les fameux « analphabètes bilingues ». Ils ont pourris les institutions et sont eux très réticents à céder leur place, sachant qu’ils les ont usurpées. On verra donc maintenant avec ce « nouveau » système s’il arrive a attirer la diaspora ou même a faire de la place aux jeunes éduqués…car il y en a.

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  • 19 décembre 2019 à 22 h 33 min
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    Superbe analyse comme nous a habitué l’auteur, et à laquelle j’ajouterais en plusieurs points brefs et concis les éléments suivants :
    A force de suivre de près ce qui se dit et se raconte sur les réseaux sociaux, l’actualité aussi, j’ai fini par me faire ma propre idée de l’ensemble, et afin de partager mes observations, Il y a lieu de faire la distinction entre les limites du Hirak et ses revendications, les réalités et les mutations sociales, économiques, culturelles et identitaires, intellectuelles et l,apport des diasporas à l’étranger à tout ceci, et enfin la tentative de l’état à faire face à cette déferlante sur laquelle il ne peut avoir aucun contrôle sauf le sécuritaire afin de permettre à ses instances de continuer de fonctionner…et peut-être sauvegarder certains de ses hommes et éviter à l’ancienne garde le lynchage populaire ou la prison systématique.
    – Le chômage, les disparités sociales, la précarité de plusieurs franges de la population, la hausse du coût de la vie, la corruption et le clientélisme institutionnalisés, la fuite des cerveaux et celle des capitaux, le désœuvrement de la jeunesse dont une partie essaie encore de quitter le pays clandestinement vers l’Europe, et la volonté d’effacer totalement l’ancien système FLN et ses hommes dont ceux de l’armée qu’on estime avoir non seulement échoué, mais dilapidé et parfois détourné des centaines de milliards sans jamais réussir à réformer l’état, développer le pays comme il se doit, et donné la chance à tout le monde, sont en réalité au cœur du Hirak, sa légitimité aux yeux du peuple, et sa nécessité de continuer aux yeux qui descendent dans la rue tous les jours.
    Il faut en effet voir en ces revendications brutes, une espèce d’état des lieux sur lequel s’entend le peuple en entier toutes franges sociales, culturelles / identitaires et économiques confondues, un diagnostic consensuel qui justifie la révolte et se donne pour objectif de continuer la lutte jusqu’à la tombée de l’ancien régime au complet, étant le plafond et l’objectif ultime de la révolte, car au delà de ce consensus et cet objectif, il n’y a en réalité rien qui unit le Hirak, et on peut dire que le désaccord est total et profond sur le modèle qu’on veut mettre en place, et encore moins sur les leaders, leur provenance et leur discours.
    Si la majorité du discours anti-establishment se résume éternellement au diagnostic cité plus haut, on peut y deviner une revendication qui fait l’unanimité qui est celle de l’accès équitable au consumérisme et la société de consommation ! nous ne sommes pas en Europe, ni en Amérique du Nord, le concept de démocratie en Afrique du nord en 2020 est encore associée à la richesse et à la supposée équité sociale européenne ou nord américaine, miraculeuse, tombée du ciel, concoctée par un « état juste » utopique et offerte au peuple en guise de remerciement ! on veut bouffer ce qu’on voit sur les étals et qu’on ne peut pas se permettre, on veut des salaires plus élevés en conséquence et on est convaincu que l’état en a les moyens, on veut l’accès à un système d’enseignement et de santé de première qualité, on veut être Roi chez nous quoi, et on veut un pays riche en apparence et dans les faits. On se fout en réalité des mécanismes rationnels de l’histoire et des devoirs qui incombent au peuple et même à l’état, qu’ils soient culturels, économiques ou sociaux ! et c’est dire combien la démission ou la fuite des intellectuels ou leur cooptation par les pouvoirs en place ont eu des effets dévastateurs sur la population qui à la base et dans sa grande majorité ne lit pas, même pas les journaux, sauf les articles réprobateurs, populistes, chauvinistes ou sensationnalistes, et aujourd’hui est rivée sur Youtube et les réseaux sociaux à suivre des vidéo au contenu suspect, pour ne pas dire dénué de tout intérêt !
    et pour compliquer le tout, il y a les diasporas qui depuis 50 ans ramènent du fric, des voitures, construisent des maisons, ouvrent des commerces, supportent des familles dont certaines sont uniquement rentières et non actives, bref, une diaspora qui se retrouve carrément en compétition économique avec leurs concitoyens locaux, par exemple les médecins qui retournent au bled après de longues carrières à l’étranger et la vieille de la retraite non pas pour se reposer mais pour ouvrir des cabinets ou des cliniques privées, bref, une myriade d’entrepreneurs qui ont encore faim après des vies à l’étranger, recherchant la revanche sociale et la dolce vita et méprisant souvent les locaux les moins fortunés, contribuant ainsi aux disparités sociales et figeant la réussite dans les elements extérieurs de richesse. un apport négatif dans son ensemble bien qu’il ait contribué initialement à sauver ces diasporas d’une vie de précarité certaine !
    le mouvement berbériste ou Amazigh quant à lui, majoritairement laïque revendique des changement plus tectoniques, il attribue l’échec de tout le système à l’arabité qu’il considère minoritaire et pourtant dominante et imposée et à l’arabisation qu’il estime ne mène nulle part, et ce bien qu’il communique lui même partiellement en Français et majoritairement en Arabe, il revendique donc non seulement la reconnaissance des langues berbères au niveau officiel dont une scolarisation amazigh aux enfants, mais une identité de l’état qui affiche la langue Amazigh aux côté de l’arabe et du français à l’instar de ce qui se fait au Maroc, et dont les mouvements amazigh sont très étroitement reliés. Le mouvement Amazigh je dirais bien qu’étant loin d’être homogène et uni, il possède tout de même des figures fortes qui réclament la laïcité pour l’état, et l’autonomie des régions pour une gestion plus autonome et plus efficace du territoire et des régions comme en Espagne ou en Suisse, et on ne peut pas vraiment leur reprocher ! il faut aussi réaliser que c’est au sein du mouvement Amazigh que le discours est le plus radical vis à vis du dogmes religieux, que la pluralité religieuse s’exprime ouvertement et même l’athéisme se fait de plus en plus connaître dans toute l’Afrique du Nord. Je dirais enfin que les tentatives éternelles du pouvoir de présenter les  »berbéristes’, comme des séparatistes, des ethnocentristes et des semeurs de zizanie n’a fait que renforcer ces derniers afin de scander haut et fort qu’ils ne sont rien de tels, mais qu’ils sont au contraire pour une redéfinition des pays d’Afrique du Nord, qui se libère du joug colonial, ils réclament même l’abolition du français comme langue seconde et la France comme modèle économique et réclament à la place un modèle plus Anglo-saxon ! Bref, il y a lieu selon moi qu’un jour une espèce d’Ataturk berbère qui instaure la laïcité une bonne fois pour toutes à toutes les chances d’émerger au milieu des nouvelles générations ! :)) ce qui serait une bonne base pour commencer la refonte du système, car la religion bien qu’elle n’ai pas occupé la place du Hirak, est encore et toujours profondément ancrée dans les mentalités et le système au double discours en plus de contribuer à l’hypocrisie sociale de se revendiquer pays musulman alors que la population aspire aux libertés individuelles, celles du culte et celle de conscience. (et je ne suis pas Amazigh je vous assure, j’ai juste dépassé le stade de l’incompréhension de ce mouvement depuis au moins 20 ans) :))
    l’Afrique du Nord est en réalité en crise de modèle politique et social, l’Algérie ne fait pas exception, elle se cherche elle aussi. 60 ans d’indépendance faite de disparités, de maintien des peuples dans l’ignorance, l’autoritarisme et le despotisme, l’instrumentalisation de la religion, et le fondamentalisme religieux n,ont fait qu’aggraver la situation au sein de régimes insoucieux et incompétents, des régimes mafieux qui il faut le dire récoltent aujourd’hui le fruit de ce qu’ils ont semé ! GaId Salah ou pas, nos pays sont devenu presque ingouvernables pour ces régimes qui doivent désormais composer avec des peuples en furie, frustrés, avec des grèves, des sit in, des revendications interminables tous les jours, et des médias sociaux qui rapportent tout et la moindre des choses qu’on cachait jadis, c’est à prendre ou à laisser ! Avant qu’une lueur d’espoir apparaisse dans ce chaos, le peuple à bien le droit de prendre son temps pour vider ses poumons, et il ne se gênera pas ! quant aux elections imposées et truquées qu’on leur a imposé, elles ne feront pas de différence, le pouvoir essaie de gagner du temps et il sait très bien qu,il sera mal avisé d’utiliser une quelconque force excessive contre les populations, bien que c’est déjà le cas dans certains incidents, mais en gros, je doute fort qu’on se retrouve avec un scénario syrien en Afrique du Nord, car après tout, on voit bien que malgré toutes leurs disparités, mésententes et défauts, les contestataires du Hirak se donnent comme premier objectif de rester pacifiques, de contenir la colère dans le refus du système, et qu,ils tiennent après tout à préserver leurs pays ! et ça c’est en soi un signe fort d’intelligence du peuple si on veut.
    Enfin, je dirais qu’on savait depuis le début que cette manœuvre d’élections forcées en Algérie serait inévitable, ce fut le cas en Egypte, en Tunisie, au Maroc en 2011, et que le régime trouverait un moyen ou un autre pour coopter, contrôler, instaurer un semblant d’État n’ayant pas le choix de toute manière afin de continuer d’expédier les affaires courantes, contrôler l’armée, veiller à la viabilité minimale du système, mais on savait aussi que cela ne se ferait pas sans un prix que autant le régime que le peuple devront payer, et que gouverner ne sera plus jamais de la même manière comme avant ! la balle est maintenant dans le camps du peuple, dans le retour des intellectuels, dans l’émergence de mouvements sociaux et intellectuels structurés qui manquaient tant au pays, et pourquoi pas dans une renaissance culturelle et identitaire plus affirmée et plus ouverte sur la pluralité qui jette les bases d’une nation plus rationnelle et un avenir plus prometteur pour les jeunes. et ça prendra le temps que ça prendra, on ne pourra forcer le peuple de changer du jour au lendemain.
    Cordialement !

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  • 20 décembre 2019 à 13 h 23 min
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    Mr Khider le début de la révolution :c ‘est le 16 Février à Kherrata (Bougie) dans la région des Babors/ au même titre que le 08 Mai 45.
    c’est le fief des rebelles .
    voulez vous bien apporter cette correction,

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