L'islamisme : produit du capitalisme décadent

Le sommeil de la Raison engendre des monstres, Fr. de Goya

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30.12.2019Islamisme-English-Italiano-Spanish

L’émergence des frères musulmans est très récente. Paradoxalement, mais sans nous étonner, les phénomènes politiques islamistes sont apparus dans les années 1920-1930, à l’époque de l’émergence, en Europe, des mouvements fascistes et nazis (Italie, Allemagne, Espagne) et militaristes en Asie (Japon, Chine). À cette période d’émersion de l’islamisme, les frères musulmans étaient principalement actifs en Égypte et en Syrie et, dans une moindre mesure, dans la zone d’influence de ces pays. Les convergences politiques et idéologiques réactionnaires se manifestent ainsi dès cette période. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, notre époque, frappée par une crise économique systémique, voit apparaître les mêmes mouvements réactionnaires à l’œuvre, aussi bien identitaires que religieux. En cette période de crise systémique, la bourgeoisie exploite toutes les tendances réactionnaires et irrationnelles générées par une société marquée par le pessimisme et le désespoir.
 
Minoritaires jusqu’à la Deuxième guerre mondiale, les mouvements islamistes connaîtront une prodigieuse expansion durant la Guerre froide. De fait, tous les mouvements islamistes contemporains tirent leurs racines de l’organisation des Frères musulmans (Ikhwan al-muslimuun), fondée en Égypte en 1928.  Son fondateur, Hassan al-Banna prônait le retour aux sources de l’Islam sunnite orthodoxe, pour libérer le monde musulman de la domination occidentale, avec pour objectif politique l’instauration d’un authentique État islamique (sic). Aussi, relève-t-on des convergences entre les mouvements islamistes et fascistes et nazis européens : ils se fondent tous sur la pureté des origines, le culte des ancêtres. Mais aussi, plus fondamentalement, sur le rejet de la « modernité » (de fait le rejet du mode de production capitaliste industriel lui préférant le mode de production capitaliste marchand où les structures sociales féodales parvenaient à survivre).
 
Au reste, le mouvement islamiste, à l’instar du nazisme, dénonce, verbalement, avec virulence, «l’idolâtrie socialiste et capitaliste». Il prêche une Troisième Voie, axée, pour le nazisme, sur la Race érigée en programme exclusif politique du nouveau Reich, et, pour l’islamisme, sur la Charia (les lois d’Allah) hissée en principes uniques de gouvernance de la nouvelle Oumma (une façon de perpétuer les anciens rapports de production féodaux pré-capitalistes industriels). Autre similitude avec les mouvements fascistes : les Frères musulmans prônent la violence terroriste pour accéder au pouvoir, pour abattre leurs « adversaires » politiques,  tendance qui provient de l’origine bourgeoise (bourgeoisie commerçante et étatique) de cette pensée et de ses penseurs. De toute évidence, les Frères musulmans constituent le substrat idéologique de l’islamisme (le substrat économique fondamental étant le mode de production agricole féodal encore prégnant au Moyen-Orient), en dépit de l’existence de multiples variantes bandes fondamentalistes islamiques… comme pour toute autre vague sociale réactionnaire dans l’histoire.
 
Une chose est sûre : les mouvements islamistes ne doivent leur éclosion et leur existence qu’au soutien financier et logistique fourni par les multiples États qui les ont toujours manipulés au nom de la classe dominante dans chacun de ces États.  La variété de composition de classe de ces oligarchies nationalistes explique la variété des tendances islamistes réactionnaires. Toutes les organisations islamistes ont été soutenues en sous main par les puissances impérialistes et leurs affidés politiques locaux. Il en est ainsi du Hamas (Mouvement de la Résistance islamique), soutenu par Israël pour affaiblir l’OLP. De même, le GIA (Groupe islamiste armé) a été financé par les États-Unis, pour évincer la France de sa chasse gardée algérienne néocoloniale. Pareillement, pour le Hezbollah, les Talibans, Al Qaïda, Daesch, etc. Cependant, chacun de ces mouvements a eu son parcours particulier dépendant de ses origines sociales et de ses soutiens internationaux.
 
Sans conteste, les périodes de crise économique systémique,caractérisées par l’obscurcissement de l’avenir, sont propices à l’expansion des tendances irrationnelles, à l’explosion des sectes, des idéologies apocalyptiques, fondamentalistes. Et l’islamisme est l’expression de cette inclination irrationnelle contemporaine propre au Moyen-Orient néocolonisé et aujourd’hui menacé d’être délaissé – abandonné par les puissances impérialistes en guerre commerciale et qui cherchent une alternative aux énergies fossiles dont regorge le Moyen-Orient musulman.
 
Aussi n’est-il pas surprenant que l’islamisme emprunte au nazisme ses thèses conspirationnistes sur le complot juif mondial, épouse ses délires antisémites, ses diatribes anti-occidentales. Au reste, contrairement aux élucubrations des gauchistes en quête d’un nouveau Sujet historique anticapitaliste (puisque le prolétariat « occidental » n’existe plus ou a été perverti par son embourgeoisement selon eux), le mouvement islamiste ne se situe pas en dehors de la société bourgeoise capitaliste, mais bel et bien intégré au système capitaliste dans lequel il migre – émigre et immigre – ainsi va la mondialisation du capital, des marchandises et de la main-d’oeuvre. L’islamisme est l’expression irrationnelle du déclin historique du mode de production capitaliste marchand, parvenu aux limites de son expansion, aujourd’hui largement prouvées par son entrée en crise économique systémique, par son incapacité à assurer le développement de régions entières du monde, toujours enlisées dans le sous-développement. C’est ce sous-développement économique et social qui fonde l’armature idéologique de l’emprise de la religion, en particulier de l’islam sur ces populations abandonnées à leur sort sous la botte de potentats locaux que parfois – suite à une saute d’humeur désespéré les populations locales paupérisées « dégage » pour les remplacer par pire encore… bercer par les illusions « démocratico-bourgeoises » démagogiques. C’est ce que l’on a appelé : « les printemps arabes« , qu’il ne faut pas dénoncer mais qu’il faut savoir apprécier à leur juste valeur en tant que mouvement populiste spontané, participant au cheminement des forces prolétariennes en émergence.
 
En effet, l’introduction du capitalisme industriel – urbain – financier dans ces régions d’obédience islamiques-féodales s’étant réalisée tardivement et incomplètement, sans avoir accompli au préalable une quelconque révolution bourgeoise, il n’est pas surprenant de relever la survivance et la prégnance des vestiges archaïques au sein de ces sociétés dominées par la religion musulmane et surtout par les restes du mode de production féodale  réactionnaire. Qui plus est, à l’inverse du monde chrétien européen, la religion islamique n’a pas initié un mouvement de sécularisation, l’équivalent d’une révolution des Lumières. Quoique le monde musulman ait intégré le marché mondial capitaliste comme partenaire commercial, il s’est arc-bouté à certaines structures précapitalistes, notamment ses vestiges identitaires religieux fanatiquement sacralisés, ce qui n’était en fait que la réaction viscérale du système social mixte (capitaliste marchand d’exportation des énergies fossiles couplé à uen économie agraire archaïque. Certes le Dieu-argent s’est largement installé dans ces régions, mais le Dieu musulman n’a pas encore été détrôné car trop de paysans n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent que ce régent des mosquées. Quelles que soient leurs affiliations théologiques islamiques, sunnites ou chiites, les mouvances islamistes ne s’opposent aucunement au capitalisme : elles font partie intégrante de l’échiquier mondial impérialiste, réduites au rôle de simples pions utilisés par les différentes puissances dans leurs affrontements géopolitiques. De surcroît, ces bandes islamistes sont liées aux réseaux de la criminalité internationale. En effet, elles sont impliquées dans le commerce des armes et le trafic de la drogue, et le trafic humain et autres criminalités capitalistes modernes.
 
Une chose est sûre : au même titre que la mouvance fasciste, l’islamisme n’est pas en contradiction avec le capitalisme. Quoiqu’il reflète l’arriération économique et sociale de sociétés musulmanes encore prisonnières de reliquats économiques, idéologiques archaïques, l’islamisme n’en demeure pas moins en congruence avec le système capitaliste moderne mondialisé. Il est intégré au sein de cette civilisation marchande et industrielle libérale, même s’il prétend être ni capitaliste ni socialiste (sic). Pour preuve : tous les groupes et partis islamistes parvenus à conquérir le pouvoir se sont appliqués servilement à perpétuer le modèle capitaliste dominant, à préserver les intérêts du capital national et international, à s’imbriquer dans les enjeux géostratégiques impérialistes, servant tel camp, puis tel autre.
Il en est ainsi des mollahs iraniens, des Talibans, des islamistes turcs, et égyptiens, magrébien et de tous les pays islamiques du Golfe. Cette posture anticapitaliste de l’islamisme est aussi fallacieuse que sa rhétorique «internationaliste islamique», selon laquelle le mouvement militerait pour la fraternité et l’unité des musulmans du monde entier, au-delà des clivages sociaux, dans une fantasmagorique Oumma régénérée, quand on observe que les premières victimes des djihadistes islamistes sont d’autres musulmans de leur région.
 
Historiquement, dans les années 1950-60, les islamistes ont bénéficié d’une grande prospérité financière, grâce aux agences pétro-islamiques et aux organismes obscurantistes «d’éducation». Ces mouvements islamistes étaient portés par un contexte international dominé par la doctrine Truman, dont le cheval de bataille était l’endiguement du « communisme » (stalinisme). Dans le monde arabe, la doctrine Truman s’est traduite par un choc frontal contre les nationalismes arabes d’obédience tiers-mondiste ou soviétique. Aussi, l’islam était-il devenu dans le monde «arabe», durant la Guerre Froide, l’axe à la fois culturel et idéologique de la défense du «monde libre» esclavagiste contre le pseudo communisme soviétique. Tout le monde connaît aujourd’hui les effets catastrophiques et sanglants de cette ligne politique du bloc occidental menée par le parrain américain, les États-Unis. Cependant, avec des succès inégaux, les mouvements islamiques ont mis du temps à occuper le devant de la scène. Il leur a fallu attendre le milieu des années 1970 pour pleinement s’épanouir. Dans le nouveau contexte de crise économique inaugurée au début des années 70, les islamistes, favorisés par le désengagement de l’État-Providence, garant jusque – là du développement social et culturel, ont commencé à s’investir dans le tissu social à travers notamment des services caritatifs. S’appuyant tour à tour sur le nationalisme et la religion, les mouvements islamistes ont pu s’implanter durablement, se développer amplement, puis donner libre cours à leurs délires fanatiques et sanguinaires. Aussi, par l’installation de services sociaux, délaissés par l’État, ces mouvements islamistes sont-ils parvenus à élargir leur influence sur les masses déshéritées urbaines. À cet égard, les islamistes n’hésitent pas à emprunter une phraséologie pseudo révolutionnaire en se proclamant être « les champions des peuples opprimés », dixit Khomeini. Pour mieux crédibiliser leurs discours auprès des masses pauvres musulmanes, ils n’hésitent pas non plus d’affirmer que l’échec du « capitalisme » et du marxisme est dû à l’abandon des lois de Dieu par l’ensemble des pays. Aussi, seul le rétablissement d’un État islamique sur le modèle de l’originel vertueux et mythique Califat pourrait restaurer une société équitable (sic). Il s’agit là d’une mystification. Certes, il a existé un semblant d’État musulman au Moyen âge, mais il reposait sur l’exploitation et l’oppression de classe. Une chose est sûre : la « civilisation » musulmane, à l’exemple de la « civilisation féodale » européenne, n’a jamais permis le développement des forces productives au-delà d’un seuil ou sa survivance est mise en cause… et nous y sommes dans cette partie du monde. Seul le capitalisme a accompli cette révolution extraordinaire d’expansion des forces productives… dont il trouve la fin motif de son effondrement dans une crise systémique sans fin qui nous mènera tous (y compris les islamistes hystériques) vers l’holocauste nucléaire mondialisé.
 

Ainsi, apparus à la même époque que le fascisme en Europe, en parfaite résonance avec l’idéologie postmoderne marquée par la pensée irrationnelle, les mouvements islamistes constituent donc une réelle tendance réactionnaire, un véritable courant contre-révolutionnaire, structuré et subventionné par les puissances impérialistes protéiformes, depuis Washington jusqu’à Riyad, en passant par Tel-Aviv et Paris. Toutefois, si toutes les variantes de fascismes ont été anéanties (ou provisoirement neutralisées) en Europe et dans le reste des autres continents, le monde « musulman », lui, notamment l’Algérie, englué dans une pensée archaïque moyenâgeuse, reliquat de l’ancien mode de production féodal et tribal, s’arc-boute encore à un modèle de vie réactionnaire en total décalage avec la modernité capitaliste financiarisée. Prisonnier d’une doctrine religieuse rétrograde puisée aux sources mêmes du Coran, le « monde musulman » freine son évolution vers la modernité, obère sa mutation vers le capitalisme en stagnant tout simplement au stade du capitalisme marchand, rentier. Du fait de cette stagnation à la phase féodale, les sociétés musulmanes favorisent l’émergence de mouvements islamiques résolus à résister à l’envahissement du mode de vie « occidental » (pleinement capitaliste), même aux moyens des armes, du sacrifice de leur vie. Même au prix de l’anéantissement de tous les « mécréants » de la terre, de tous les « mauvais musulmans » du cru jugés par trop modérés.

 

Quoi qu’il en soit, sans remise en cause de certains textes doctrinaux belliqueux de l’islam (notamment le djihad, «la guerre sainte»), textes servant de matrice idéologique et de caution théologique aux salafistes, l’islamisme persistera longtemps encore à répandre sa barbarie. Produit d’un système capitaliste qui ne peut pas se réformer, et qui a généré deux boucheries mondiales au 20ème siècle, sans oublier les fascismes et le totalitarisme stalinien, l’islamisme, l’un des derniers vestiges réactionnaires de notre époque, doit être combattu et abattu. Sans oublier et surtout son géniteur, le Capitalisme mondialisé, devenu au même titre que l’islamisme, nocif pour l’Humanité.

 
En vérité, au-delà de la « guerre sainte » (pour le rétablissement d’un gouvernement d’Allah ou du Califat) que prêche les bandes islamistes se dissimule la sempiternelle guerre séculaire classique, livrée par les puissances impérialistes en rivalité. Aussi, pour les opprimés et exploités des pays musulmans, la seule guerre moderne et universelle émancipatrice qu’ils doivent mener est la guerre sociale contre leurs classes dirigeantes alliées au capitalisme et l’impérialisme.
 

2 pensées sur “L'islamisme : produit du capitalisme décadent

  • 31 décembre 2019 à 7 h 05 min
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    Bonne année cher ami, Mr Khider Mesloub…. je n’ai pas encore le temps de lire la totalité du billet, j’y reviendrais, mais on reconnaît la qualité de la plume aux premières lignes et on sait qu’on ne fera pas fausse route sur cette énième analyse que je pressent fort intéressante et éclairante comme à l’habitude…et qui porte sur un sujet de premiere importance !…
    Meilleurs vœux à vous et à toute votre petite et grande famille, et espérons que 2020 soit l’année de la consécration d’un mouvement planétaire de justice et de paix sociale tant attendu par tous à travers la planète !

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  • 31 décembre 2019 à 15 h 40 min
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    Bonsoir mon cher ami SAM. Merci pour vos fraternels vœux. Je vous souhaite pareillement bonne année 2020. Pour cette nouvelle année, je vous souhaite des joies simples, de belles perspectives et des horizons infinis.
    Tous mes meilleurs vœux à vous, ainsi que à toute votre famille.
    Mesloub Khider

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