Accord en Afghanistan : est-ce vrai?

Des fuites prétendent qu’un accord entre les USA et les talibans permettra que les troupes US restent en permanence


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 14 février 2020

Le président américain Donald Trump a déclaré hier qu’un accord de paix avec les talibans en Afghanistan était probable. L’envoyé américain Zalmay Khalilzad négocie avec une délégation de talibans au Qatar depuis plus d’un an et un accord passé pendant une année électorale serait un grand trophée politique pour Trump.

Le secrétaire à la défense Mark Esper a déclaré aux alliés de l’OTAN que les États-Unis et les talibans se sont mis d’accord « en principe » sur une « réduction de la violence pendant sept jours » en Afghanistan, comme test pour un accord à venir :

Sept jours seraient "suffisants" pour vérifier si les talibans sont sérieux dans leur volonté de parvenir à un accord de paix, a déclaré M. Esper.

"Mais en tout état de cause, notre approche de ce processus sera basée sur des conditions", a déclaré M. Esper. "Laissez-moi le redire : basée sur des conditions. Ce sera donc un processus d'évaluation continu au fur et à mesure que nous avancerons, si nous allons de l'avant".

M. Esper a refusé de commenter la question de savoir si les États-Unis allaient cesser leurs opérations antiterroristes pendant la période de violence réduite, répondant que les pourparlers étaient toujours en cours.

On sait peu de choses sur ce à quoi ressemblerait cet accord de paix.

Les talibans ont insisté sur le fait que toutes les troupes étrangères doivent quitter l’Afghanistan. Les États-Unis insistent pour maintenir une « force antiterroriste » dans le pays.

Comment ces points de vue pourraient-ils s’accorder ?

Il y a aussi la question annexe du gouvernement de Kaboul, soutenu par les États-Unis, qui n’a pris part à aucune négociation jusqu’à présent. Si les États-Unis cessent de combattre les talibans, Kaboul sera bientôt entre leurs mains. Tous les gangsters qui s’enrichissent en escroquant les forces d’occupation perdraient leurs revenus. Il est difficile de voir comment le gouvernement en place de l’Afghanistan pourrait établir de bonnes relations avec les talibans.

Mais un accord est en cours d’élaboration et le Time prétend maintenant avoir des clauses secrètes de l’accord américano-taliban qui pourraient expliquer ce qui se passe :

Les talibans ont accepté une "réduction de la violence" de sept jours pour montrer qu'ils sont sérieux. Mais, fait crucial, ses dirigeants n'accepteront pas en public la demande américaine de maintenir les forces antiterroristes en Afghanistan.

Pour franchir ce barrage, Khalilzad a trouvé une solution de contournement bancale. L'accord contient des clauses secrètes, selon trois personnes connaissant les détails du projet actuel. La première est un accord permettant aux forces antiterroristes américaines de rester dans le pays. La seconde est une dénonciation par les Talibans du terrorisme et de l'extrémisme violent. La troisième annexe contient un mécanisme permettant de contrôler si toutes les parties honorent la semi-trêve pendant que se déroulent les pourparlers entre les belligérants afghans, selon deux des sources, et la dernière traite de la manière dont la CIA opérera à l'avenir dans les zones contrôlées par les talibans.

Les détails des clauses secrètes ont été fournis par écrit au Time par l'une des sources, qui a insisté sur son anonymat avant de divulguer les détails des entretiens confidentiels. Un législateur américain et deux responsables afghans ont confirmé qu'une force antiterroriste à long terme de 8 600 soldats américains, contre 13 000 actuellement, faisait partie de l'accord. Le Département d'Etat et le bureau de Khalilzad ont refusé de commenter, tout comme la CIA. Khalilzad a refusé d'être interviewé pour cet article. Un responsable taliban a insisté jeudi sur le fait que l'accord exige un retrait complet des troupes américaines et a déclaré que les discussions sur les clauses secrètes n'étaient que des rumeurs.

Si une force américaine de 8 600 hommes reste en Afghanistan, tout le monde pourra la voir. Si les talibans font la paix et que les troupes restent, tout le monde saura qu’ils ont violé leurs principes en acceptant que ces troupes restent. Un accord « secret » n’a donc pas beaucoup de sens.

Mais supposons un instant que l’histoire du Time soit vraie. Quel prix les États-Unis ont-ils offert pour obtenir un tel accord ?

La seule chose que les talibans considéreraient probablement comme un prix suffisant est de prendre le pouvoir à Kaboul. Les États-Unis pourraient-ils leur donner le contrôle du gouvernement afghan ? Ils pourraient être prêts à le faire parce que le gouvernement afghan actuel est une bande de clowns querelleurs et voleurs qui ne font pas grand-chose. Les talibans sont probablement la seule force qui pourrait mettre fin à la corruption chronique du gouvernement. Les deux parties pourraient – en principe – en tirer profit.

Mais un tel nouveau « partenariat » entre les talibans et les États-Unis aurait des implications plus importantes. Une force américaine permanente ne serait pas en Afghanistan pour « lutter contre le terrorisme » mais pour garder un œil sur le Pakistan, l’Iran, la Chine et l’Asie centrale.

L’armée pakistanaise a, depuis longtemps, un contrôle sur les talibans. Il est possible qu’elle accepte un séjour américain de courte durée. Certains signes indiquent que les États-Unis font actuellement des faveurs au Pakistan en éliminant les militants pakistanais qui se cachent en Afghanistan :

Au cours de la semaine dernière, plusieurs membres de haut rang du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) ont été tués en Afghanistan. Cependant, les talibans pakistanais ne sont pas les seuls à avoir subi de lourdes pertes. Un membre haut placé de l'Armée républicaine baloutche (BRA), une organisation militante connue pour s'en prendre aux intérêts du Pakistan, a également été tué en Iran il y a quelques jours.

La mort de talibans pakistanais et de membres de la BRA survient à un moment où les États-Unis et les talibans afghans sont sur le point de signer un accord de paix en Afghanistan.

La mort de plusieurs dirigeants de militants anti-pakistanais en Afghanistan et en Iran est le reflet de plusieurs développements antérieurs de ce type où l'effort du Pakistan pour aider Washington en Afghanistan a été récompensé par une action contre des groupes que le Pakistan considère comme un ennemi.

Mais l’élimination de quelques militants n’est pas un cadeau stratégique à long terme. Le Pakistan dépend économiquement de ses relations avec la Chine. Il est peu probable que Pékin réagisse favorablement à un accord pakistanais qui prévoit une force américaine permanente en Afghanistan. Pour conclure un accord à long terme avec les États-Unis, le Pakistan doit être en mesure de remplacer la Chine. Il aurait besoin de garanties américaines pour un montant important d’aide économique sur une longue période qui pourrait remplacer ce qui vient actuellement de Chine. [Et quid de la route de la Soie qui traverse le pays ?, NdSF]

Ensuite, il y a l’Iran. Au cours des derniers mois, l’Iran a eu plusieurs entretiens avec les dirigeants talibans. Après le meurtre du général iranien Qassem Soleimani, l’Iran a lancé une campagne pour retirer toutes les forces américaines du Moyen-Orient. Cela inclut les forces en Afghanistan. L’Iran n’accepterait pas d’avoir des bases américaines permanentes en Afghanistan.

Les responsables iraniens ne croient pas que les États-Unis vont vraiment conclure un accord de paix avec les talibans.

Si un accord entre les États-Unis et les talibans incluait une force américaine permanente, cela remettrait les talibans dans le camp anti-iranien. Les États-Unis aimeraient certainement cela, mais l’Iran ferait certainement connaître son désaccord en soutenant à nouveau d’éventuelles forces anti-talibans en Afghanistan. Les combattants chiites afghans, qui ont combattu avec la milice Liwa Fatemiyoun sous commandement iranien en Syrie, et qui sont maintenant retournés en Afghanistan, donnent à l’Iran une force potentiellement sérieuse. Il y a aussi l’ancienne « Alliance du Nord » qui combattrait à nouveau un gouvernement taliban à Kaboul. Il y a vingt ans, l’Iran l’avait soutenue avec armes et argent. Il pourrait le refaire.

Une force américaine permanente dans un Afghanistan contrôlé par les talibans semble exiger trop de changements stratégiques pour être un concept viable.

Mon intuition est que les talibans ont accepté de permettre aux troupes américaines de rester pendant une sorte de cessez-le-feu et pendant que leurs prochains pourparlers avec le gouvernement afghan sont en cours. Mais un accord permanent des talibans pour le maintien des troupes américaines, que les États-Unis exigeront, est un concept très peu probable.

L’envoyé américain Khalilzad n’a-t-il inventé cela que pour donner à M. Trump un « accord de paix » à court terme et un coup de pouce pour sa réélection ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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