Les révoltes sociales vont se propager plus rapidement que le coronavirus

Par khider Mesloub.

 

L’utopie marche encore sur ses pieds, même si les gouvernants, profitant de la crise sanitaire, tente de lui couper les jambes en la confinant dans l’isolement anxiogène domiciliaire, propice aux émotions désespérées suicidaires, à l’expression aveuglante de la colère impuissante.

Les périodes de crise dévoilent le pire comme le meilleur dans les sociétés humaines. Certaines pestes émotionnelles activées par les gouvernants peuvent libérer les bêtes immondes. Aujourd’hui, derrière le climat de psychose sur la pandémie du coronavirus alimenté par les médias aux ordres, c’est une peste émotionnelle xénophobe, une psychose hystérique que distillent le pouvoir pour dissimuler son incurie en matière de gestion de la crise sanitaire du COVID-19. La crise permet aujourd’hui aux gouvernants de tenter de torturer psychologiquement la population, et surtout de la tétaniser par la souffrance paralysante, causée par le confinement débilitant.

Les classes dirigeantes ne reculent devant aucun cynisme. Après avoir démontré, dans tous les pays en butte à des mouvements sociaux, que la répression policière est la seule réponse gouvernementale toujours opérationnelle, notamment par le déchaînement de la violence policière contre les manifestants pacifiques, aujourd’hui, les gouvernants, incapables d’apporter une solution sanitaire à la crise du COVID-19, ont décidé dictatorialement de confiner toute la population en quarantaine. Cet enfermement forcé est une mise en condition de l’internement de la protestation mise sous camisole domiciliaire, de la militarisation de la société soumise aux lois d’exception. Elle vient rappeler combien la démocratie est un vain mot.

 

Ainsi, après avoir, par leur incurie criminelle, laissé l’épidémie envahir toutes les maisons, tous les pays, les gouvernants et autres officiels pompiers pyromanes se posent en sauveurs. Et comment comptent-ils nous sauver des flammes dévoreuses du coronavirus, attisées par l’absence de mobilisation sanitaire précoce et la défaillance logistique et médicale, par le confinement à géométrie variable de la population soumise à un contrôle social totalitaire et à un quadrillage policier et militaire. Confinement à géométrie variable car il ne s’applique pas aux millions de travailleurs, contraints de devoir se déplacer dans les transports publics pour se rendre sur leur lieu d’exploitation, foyer de contagiosité, mais surtout source de profits.

En vrai, n’était la dégradation accélérée de la situation économique, menacée d’effondrement, les États ne seraient pas intervenus pour tenter vainement de juguler la crise sanitaire du COVID-19 (sous-estimé délibérément au début de sa propagation), de surcroît avec des moyens médicaux dérisoires dignes des Républiques bananières.

Quoi qu’il en soit, cette crise sanitaire était prévisible. Quand les salariés des hôpitaux manifestaient désespérément durant des années pour tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation du système de santé, l’Etat envoyaient des CRS contre les personnels soignants pour régler à sa manière démocratique la question dramatique sanitaire. Aujourd’hui, il feint de découvrir l’état de délabrement des hôpitaux dépourvus d’équipements essentiels, et donc incapables de soigner les malades. S’il fallait une preuve que le démantèlement du système de santé pour raison de rentabilité aurait des conséquences catastrophiques sur la santé humaine et économique, elle nous est aujourd’hui administrée par la pandémie du coronavirus. Cette gestion chaotique du la crise est inhérente au capitalisme financier mondialement dominant. La crise sanitaire du coronavirus est symptomatique de la faillite de l’État-escroc capitaliste.

Voilà au moins un sujet de réflexion pour les victimes du confinement forcé. Le confinement, s’il abolit la liberté de circulation, ne peut pas empêcher les idées de circuler, de voyager. La quarantaine est propice à l’ouverture de discussions menées via les réseaux sociaux et le téléphone. Ce confinement est l’occasion inespérée de réfléchir sur la société, en particulier à sa transformation sociale radicale.

En tout cas, cette crise sanitaire a permis de découvrir une nouvelle réalité atmosphérique. En effet, l’interruption de l’activité économique, l’arrêt des nuisances productivistes, a permis de réduire la pollution mondiale. Certes le coronavirus aura décimé quelques milliers de personnes, mais au moins il a offert également l’occasion d’épargner la mort programmée de millions de personnes. Certes les poumons de quelques personnes déjà fragiles ont été malmenés, mais la nature aura redécouvert sa respiration longtemps étouffée par la pollution industrielle. Ainsi, pour avoir subordonné la santé de la population aux lois de la rentabilité, le capitalisme est sur le point de provoquer aujourd’hui une catastrophe sanitaire mondiale.

Aussi, ne faut-il pas déplorer l’effondrement de cette civilisation capitaliste mortifère. Ce n’est pas la fin du Monde, mais d’un monde immonde. En tout état  de cause, partout, surgissent les interrogations sur la pérennité de cet ordre mondial funèbre. Dès maintenant, partout, la crise sanitaire et économique actuelle déclenche des luttes sociales, notamment en Italie. Des travailleurs lancent des grèves sauvages pour exercer leur droit de retrait, au nom de la sauvegarde de leur vie menacée non pas par le coronavirus mais par les patrons responsables de leur confinement dans ces bagnes industriels vecteurs de contamination létale, bagnes maintenus ouverts, pour sauvegarder les profits, en dépit de la dangerosité et de la contagiosité. En France et aux Etats-Unis, on assiste également à l’émergence de révoltes sociales. À ce rythme-là, la propagation des soulèvements sociaux va se répandre plus rapidement que la pandémie du coronavirus.

 

Enfin, le temps du confinement forcé, conservons intacte notre confiance en un Monde meilleur exprimée ces derniers mois partout dans le monde. Maintenons inflexible notre esprit de rébellion, notre audacieuse détermination à transformer la société, en dépit de toutes les adversités politiques et de tous les obstacles dressés sur le chemin de l’émancipation du prolétariat.

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

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