Charles III. Prévoir un roi hautement emmerdant

Elizabeth II et le prince Charles, vers 1968

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Ce cuisinier va nous préparer des plats épicés…
Lénine, vers 1922 (à propos du jeune Staline)

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YSENGRIMUS — Les nations du monde se sont installées dans l’habitude distraite et tranquille de prendre Elizabeth II d’Angleterre et du Canada pour acquis. Encore impératrice coloniale intégrale en 1952, lors de son accession au trône, cette figure incontournable a fait atterrir le gros avion poussif de l’impérialisme britannique sans trop casser de bois. Une gageure. Translucide, constitutionnelle, intangible, solide, Elizabeth II nous a habitué à une souveraine qui faisait partie des meubles, tenait sa place et laissait la modernité institutionnelle s’installer, sans ruer dans les brancards. Cette situation ne change strictement rien au fait que, constitutionnelle ou absolue, la monarchie a beaucoup de pouvoir. Cette institution diaphane tient le coup, comme configuration strictement protocolaire et pro forma, parce que la reine actuelle ne cherche pas noise aux appareils étatiques sur lesquels elle repose. Mais même si ça dure depuis bientôt sept décennies, c’est et ça demeure globalement conjoncturel, au sein du plus vaste tableau des choses. Si un des rois succédant à Elizabeth II se prend à vouloir jouer subitement les Monsieur Veto, il est capable de donner pas mal de fil à retordre à ses commettants, gouvernement du Canada inclusivement.

Cet emmerdeur suprême, ça pourrait très bien être Charles III. Ce septuagénaire flegmatique est actif depuis des années dans toutes sortes de domaines et les longues saisons creuses que la reine a passé dans le protocolaire et le pro forma, il les a passé, lui, dans les levées de fonds et l’affairisme caritatif. Ce personnage passablement protéiforme opère autour de réseaux de pouvoirs argentiers internationaux beaucoup plus confidentiels et actifs que l’entourage convenu et armaturé de la reine. Charles et son florilège de fondations, c’est un peu le paradis fiscal de la monarchie britannique, en quelque sorte. Si la vie d’Elizabeth II a été de gouverner discrètement un empire politique en lent déclin, la vie de Charles a été de gérer ouvertement un empire financier en lente croissance.

Le pouvoir opaque du fric. Depuis des années, le prince Charles brasse des affaires. Les avoirs financiers qu’il contrôle sont délimités de façon brumeuse, tant du point de vue comptable que du point de vue fiscal, et conséquemment leurs contours et leur ampleur sont mal connus. Les contacts internationaux de Charles sont imposants et efficaces. Il peut, s’il le veut, mobiliser des alliances et faire circuler des fonds, dans des montages financiers subtils et variés. L’univers soi-disant philanthropique et caritatif qu’il contrôle, en tout ou en partie, ne doit pas faire illusion. C’est un empire discret, opaque, où tout est possible, vastes fiefs fonciers à l’ancienne autant qu’évasion fiscale et blanchiment d’argent. Ce qui compte le plus, pour la suite des choses, c’est que Charles agit, dans ce monde. Il est au cœur du dispositif. Non élu, il fonctionne beaucoup plus, au sein de cette structure polymorphe, comme un PDG que comme un prince héritier, un sénateur ou un gouvernant. Tant son prestige que son impunité avantagent les alliances qu’il établit sur l’échiquier monde. Il a les mains plus libres que la reine mais il a aussi les mains liées, un peu comme les auraient, disons, un grand chef de pègre. Rien de ce qu’il entreprend n’est innocent ou exempt d’intérêts. Propriétaire foncier, entrepreneur immobilier, grand brocanteur patrimonial, investisseur, brasseur d’affaires, Charles voit à tout, s’occupe de tout. Il a des grosses journées de travail et le protocolaire et le pro forma constituent encore la part congrue de ses activités. Il ne s’encombre ni des contraintes empesées du règne ni des obligations papillonnantes du gouvernement. Il mène ses affaires de fric et de lobby en douceur et il y institue solidement une habitude dont il se départira fort difficilement: celle de commander explicitement et de faire bouger des grosses batteries, sans rendre de comptes.

Un patron autoritaire. Tout ceux qui ont travaillé directement pour Charles le disent, en sous-main ou ouvertement: c’est un autoritaire. C’est un patron exigeant et les poses syndicales ne font pas partie des comportements qu’il concède. Charles opère dans un espace bien plus managérial que royal. Il n’a pas à s’encombrer de la dimension protocolaire des choses. Quand il a besoin qu’un de ses sbires fasse quelque chose pour lui ou pour une de ses fondations, il décroche le téléphone à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit et donne ses ordres, frontalement. Son image publique, faussement bonhomme, onctueuse et placide, ne doit surtout pas faire illusion. C’est un tyran. Les cadres supérieurs qui gravitent dans son entourage font du vingt heures par jour, sept jours semaines. Il n’a pas l’habitude d’attendre ou de concéder. C’est un boss de compagnie auquel le prestige princier assure un pitch autoritaire incontestable. Il n’a donc pas pris l’habitude, au fil des années, de se faire remettre en question. Il commande ouvertement et n’a pas de majordomes ou de ladies-in-waiting pour encadrer ou limiter ses velléités. Elizabeth II a grandi, depuis l’âge de vingt-cinq ans, dans le cadre feutré mais serré de la toute dialectique soumission régalienne de palais. Charles, adulte, non. Il a ses coudées franches. Le corset de reine risque de bien vite le serrer au bide. Le fait que certaines personnes de marque s’éloignent de lui, discrètement, au fil du temps, prouve que sa coercition reste fort durillonne à endurer sur le moyen et le long terme.

Des choses à dire sur tout. Charles ne la boucle pas. C’est là sa marque de commerce. Il a des opinions et il les formule. En témoignent les fameux Black Spider Memos, des notes de service manuscrites qu’il adresse aux grands représentants du gouvernement. Sans complexe et sans ambages, le prince se comporte comme une sorte de super-conseiller et il dicte ses vues par écrit au personnel ministériel britannique. Tu fais quoi, ce matin-là, quand tu reçois une note pareille d’un tel personnage? Et surtout, tu feras quoi quand il sera le roi? La vieille pratique du mutisme régalien est strictement conventionnelle, coutumière, implicite, et traditionnelle. C’est une règle non écrite. Rien n’empêche un roi frondeur de la transgresser à sa guise. Cela veut dire que demain, Charles postera ses notes de service manuscrites à ses sujets, membres du gouvernement. Cela risque de mener assez vite à des mises au point champion avec ses futurs premiers ministres. Premiers ministres qu’il pourra, constitutionnellement toujours, destituer à sa guise. Il va y avoir là une sérieuse période d’ajustement et elle risque d’être assez carabinée. Croyez-moi, Monsieur Veto percole ferme, dans toutes ces pratiques. On les tolère, lesdites pratiques, depuis un moment, d’une sorte de prince héritier perpétuel reconnu pour avoir la langue bien pendue et la tête bien carrée. Mais la prochaine étape promet d’être plus raboteuse. On a déposé des monarques pour moins que ça… pour ne pas dire plus. Ce genre de manœuvres confirme assez ouvertement que Charles n’est pas vraiment en train de s’éduquer à être un roi de monarchie constitutionnelle… loin de là. Inutile de dire qu’on s’en inquiète déjà passablement dans certaines officines.

Le dogmatisme feutré de la caution écolo. Or Charles, c’est le prince écolo, le grand-duc de l’agriculture bio, l’orchestrateur national de l’architecture moche et vieillotte mais crédibilisée au nom du développement durable. Initialement, ces cau-causes faisaient de lui un olibrius national. Il fut jadis le prince désœuvré qui flagossait avec des plantes en pots. Mais tout ça, ce ridicule d’herboriste utopiste, c’est bel et bien terminé. C’était pour le siècle dernier. Aujourd’hui, Charles fait ouvertement figure de visionnaire vert. On l’invite dans des forums internationaux, pour ça. Philanthrope et écolo, il carbure unilatéralement pour le Souverain Bien. Il a Dieu de son bord (et souvenons-nous que, roi, il sera Gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre et que le Dalaï Lama, ce pantin hautement autolégitimé, est un de ses nombreux bouffons de cours). Tout est dit quand on a dit que Charles a le pouce vert. De tout temps, il est le prince environnemental. Or l’écologisme, c’est le nouveau dogmatisme de notre temps. C’est central et cardinal. Ça légitime tout. Dans l’urgence (et, quand on détient la vérité consacrée, tout se joue toujours dans l’urgence), la caution verte facilitera, chez Charles, toutes ces dérives autoritaires qu’il porte en lui. Le dogmatisme feutré de la caution écolo calfate par avance toute aptitude autocritique chez Charles. Implicitement sanctifié, il se prépare clairement à guérir les écrouelles, dans nos jardins, nos fermes et nos pâturages. Il ne sera tout simplement pas possible de s’objecter. Son appareillage d’autolégitimation sera très solidement disposé: écologisme, architecture durable-gnagnan, misère sociale et philanthropie bien-pensante. Allez restreindre les velléités autocrates d’un tel Abbé Pierre. Vous allez vite passer pour un bouilleur d’enfants.

Le retour durable d’une couronne masculine. L’Homme redevient roi. La Femme ne sera plus reine, et là, pour longtemps (Charles sera suivi de William qui sera suivi de babi George — on en a pour cent ans). Or, oublions une minute nos propensions françaises post-saliques, qui ne voient les femmes couronnées que comme des consorts ou des régentes, et pensons anglais. Il est hautement parlant que trois des plus grands rois d’Angleterre sont en fait des reines: Elizabeth I, Victoria, Elizabeth II. Ces figures monarchiques ont marqué leurs siècles respectifs. Et je crois sincèrement qu’il y a un facteur de sexage là-dedans. Passives, attentives, respectueuses, ces figures de femmes ont tenu leur rang hiératique et ont laissé les couillus des parlements travailler. En contexte anglais, c’est là la grande force des reines et la petite faiblesse des rois. Monsieur Veto va, de fait, débarquer dans l’échoppe de faïence parlementaire et sociétale d’Elizabeth II et il va tout casser. C’est plié. Un autre facteur crucial en matière de sexage, c’est la question des mœurs. On ne peut tout simplement plus se faire fourguer un Edouard VII sémillant et lubrique. Il va se faire ramasser. Les électrices britanniques et canadiennes ne vont pas le laisser passer. Bon, Charles est fort probablement à l’abri d’un scandale de mœurs (un scandale politico-financier est bien plus probable, dans son cas… ce qui ne vaut guère mieux), ses gaffes maritales sont loin derrière lui, désormais. Mais le maillon faible ici, c’est William. S’il se met à courir la gueuse, comme il tend déjà à le faire, la vaste sensibilité féminine du Commonwealth, désormais amplement dominante en matière de royauté, ne le prendra tout simplement pas. Et là, c’est tout le bourbier de l’institution monarchique qui pourrait passer dans le tuyau de renvoi, mettons… dix ou quinze ans après la disparition d’Elizabeth II.

Il faut regarder la chose bien en face. Rien ne va plus pour les Royaumes. Le règne de Charles III marche au désastre. Une fois l’euphorie du changement de règne retombée, lui ou son fils ont de fortes chances de se faire déposer par le gouvernement britannique. Or, le gouvernement britannique ne peut déposer qu’un roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande du Nord. Pour un roi du Canada, c’est au Canada d’agir. Or, pour que le Canada en vienne à se grouiller le beigne en matière de monarchie, il faudrait au moins que Charles III décroche son téléphone et demande au premier ministre canadien de retenir Harry, le petit prince néo-américain, comme Gouverneur Général. Comme il est finalement assez possible que cela survienne, le Canada devrait peut-être se décider à allumer ses lumières et à prudemment exciser le lien monarchique, pendant qu’il est encore temps, c’est-à-dire avant que le gâchis de taxes post-colonial que nous prépare Charles ne prenne des proportions par trop gargantuesques…

4 pensées sur “Charles III. Prévoir un roi hautement emmerdant

  • 24 avril 2020 à 1 h 29 min
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    Ahhh ces monarques ! sans leurs titres, on dirait des Tartempion, ils ont la tête d’une  »Gertrude » ou d’un  »Marcel »…avec les oreilles décollées en plus comme sur la photo ! j’ai adoré ce billet ! précis et signé on dirait d’un grand connaisseur spécialiste de cette monarchie britannique ! franchement chapeau ! le peu qu’on en connaissait et soupçonnait tout de même vient d’être démystifié magistralement sous la plume de notre Ysengrimus ! Je me souviens de ce weekend à Paris en tous cas en 1997, le matin, tôt, c’était le lendemain de l’accident tragique de Lady Di ! on disait qu’elle le haïssait…assez en tous cas pour mourir de la manière la plus atroce en compagnie d’un  »vulgaire » fils à papa arabe dont on a jamais compris d’ailleurs son rapprochement d’une princesse si  »intouchable » sauf son opportunisme certainement qui l’a mené à la mort à ses côtés !  »maudite union » diront les Anglais ! et presque un soulagement pour le prince héritier Charles, dont les frasques ne faisaient que se préciser ! et un traumatisme profond pour les rejetons, qui ne s’en remettront jamais…encore aujourd’hui !

    Merci d’avoir rendu justice à Elizabeth II aussi, je crois bien que si ça ne tenait qu’à elle, au fond, elle aurait souhaité abdiquer et liquider cette monarchie à la con…en conserver peut-être le strict minimum même protocolaire ! personne comme elle ne connaît si bien la bassesse et la déroute de la maison des Windsors en cette époque ! certainement pas Charles ! mais que voulez-vous, on ne choisit pas son destin en ce qui la concerne… une romantique vieux jeu qui aurait mieux apprécié une vie d’aristocrate, et basta ! Mais elle continue de jouer le jeu, elle s’efforce à mon avis, et contrairement à ce dont l’accusent certains, d’être une grande manipulatrice, machiavélique et encore éprise de nostalgie de l’empire ! je crois qu’elle a eu sa dose d’impératrice pendant les années 60, 70 et 80, puis c’en était fini ! les années 90 seront celles des vaches maigres pour cette monarchie aussi, fini les dépenses folles, fini l’impunité de la monarchie dans l’opinion Anglaise, ils vendaient carrément leurs biens pour se maintenir dans leur train de vie, que les Saoudiens et autres princes de Brunei et néo milliardaires leur achetaient rubis sur ongle ! et c’est justement là que Charles, en mari peut-être cocu, en prince des ténèbres, affûtera ses méthodes, choisira ses copains parmi les moins recommandables à travers le monde, et sombrera dans le fric, les montages financiers, les mauvais coups de la City, et l’entêtement à sauver son  »empire » !

    Bref, vous en avez dressé un portrait tellement juste que vous pourriez le vendre aux grands journaux et magazines, à Paris match, avec beaucoup de censure tout de même, car parfois  »vous avez dépassé les bornes » :)) !

    Merci Ysengrimus! il me restera à explorer les nombreux liens surlignés du texte…j’en brûle d’envie !:))

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  • 25 avril 2020 à 13 h 41 min
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    J’ajouterais uniquement que ces monarchies c’est pas une mince affaire, aussi invraisemblable et stupide que cela puisse sonner à nos oreilles ! Chez beaucoup de peuples dont les sujets britanniques de sa majesté éparpillés aux quatre coins du globe et des  »commonwealth », il y a encore un fort relent de  »légitimité » religieuse certes, chez ceux nombreux qui s’y reconnaissent encore…, mais bien plus terre à terre que la religion, et qui relève du strictement politique, identitaire et culturel qui relève cette fois de  »l’unicité » que peuvent encore incarner ces monarchies dans la réalité et dans l’exercice du pouvoir ! et c’est pour cette dernière raison je dirais que les monarchies un peu partout à travers le monde subsistent ou puisent une  »légitimité » encore solide, imperturbable, non questionable presque, notamment dans les pays qui historiquement comptent plusieurs composantes ethniques et culturelles, de sensibilités identitaires aussi, et ou subsistent des tentations de vouloir faire péter le tout à la première occasion à cause justement des nombreux clivages, différences, sociétés de castes, ethnies, langues et dialectes etc…mais à cause surtout de l’échec des courants politiques anti monarchiques à s’imposer dans ces pays pour une multitude de raisons et de circonstances qui font qu’aucun pays ou il y a encore la monarchie ne ressemble à un autre qui soit semblable ! bref, en un mot, la monarchie maintient dans tous ces pays ou elle règne encore, un régime féodal déguisé, embelli, modernisé,  »démocratisé » qu’on dit….! alors qu’il n’en est rien !

    Je crois qu’en réalité le monde à tellement régressé au lieu d’évoluer sur le plan des libertés et des courants de pensée politique que ces monarchies en effet sont quasiment devenues prisonnières de leur propre jeu ! c’est le monde à l’envers quoi ! En ces temps de volcans sociaux un peu partout sur la planète, on a effectivement l’impression que les monarques même les plus absolus se cachent et fuient les devants, ils veulent une vie pépère, une vie d’aristocrate, faire du business sans renoncer à leur passe droit bien entendu, mais ils veulent en même temps des classes politiques qui se passent d’eux, qui se débrouillent en toute autonomie et solutionnent les problèmes, pendant que les peuples bougnoules ou pas forcément comme les monarchistes britanniques, eux réclament la monarchie encore, la défendent, s’y identifient, l’implorent d’intervenir auprès de  »classes politiques incompétentes », la maintiennent en place et lui donnent donc eux même tous les jours carte blanche en faisant preuve de soumission, et des pouvoirs dont elle ne pouvait rêver depuis toujours !! La monarchie du 21ème siècle est donc sollicitée par le troupeau pour intervenir dans tout et n’importe quoi, politique, société, culture, règlements qui dépassent la justice, arbitrages, économie et surtout vision et projections du futur d’un État !

    C’est au final pas aussi contradictoire que cela ! car à y regarder de plus près, ce sont des monarchies et celles qui subsistent encore dans la quasi totalité de la planète qui ont façonné le monde tel qu’on le connaît ! l’histoire de l’Europe, celle de l’Amérique et sa colonisation du Canada à la terre de feu en Argentine, En Asie c’est la même histoire, il n’y a en réalité qu’au moyen orient que la monarchie est toute récente ! des pétro-monarchies constituées à la hâte par l’occupant anglais pour contrer l’ennemi ottoman, diviser pour mieux régner comme on dit et créer de nouveaux états artificiels…bref, imposer une géopolitique nouvelle et merdique qui ne manquera pas de devenir le centre de conflits interminables depuis la fin de la seconde guerre mondiale et des guerres d’indépendances des colonies occidentales !

    Enfin, je dirais que la roue de l’histoire de toute façon n’épargne personne, même pas les monarques et leurs familles et même lorsqu’ils sont dans leur pleins pouvoirs ! scandales, tragédies, familles brisées, infortune et ruine les guettent tout aussi bien que le peuple ! l’histoire regorge d’histoires des plus malchanceux eux et leurs familles nombreuses, qui finiront parfois leurs vies de la manière la plus invraisemblable, la plus indigne aussi on dira… combien de princes et princesses ont fini dans la misère, l’indigence et parfois l’indignité ou la prison (y’en a même qui ont fini laveur de chiottes et passeurs de serpillière) …même les plus récents….des Tsars de Russie et leurs familles aux régents ou monarques ottomans d’égypte, de Libye, d’ailleurs ! mais il y en a un en particulier qui me vient à l’esprit maintenant, et qui fut un grand poète en son temps au 11ème siècle, dont la poésie retrouvée et célebrée en Espagne à fait l’actualité et fait le tour du monde ces dernières années et c’est : Al Mu’tamid Ibn Abbad, jadis prestigieux prince souverain et sultan Andalou, il sera fait prisonnier par le sultan Almoravide Youssef ibn Tachfine, celui qui le sauvera de la menace des royaumes Chrétiens et réunifiera une dernière fois l’Andalousie sous le règne Almoravide musulman… Al Mu’tamid finira sa vie prisonnier, misérable, indigent et méconnaissable dans un village berbère perdu des montagnes de l’Atlas marocain  »Aghmat »… il ne cessera jamais de composer ses poèmes mélancoliques et ironiques sur sa gloire passée et sur l’inconsistance de la vie… Je n,ai malheureusement pas de lien traduit en français mais je suis sûr qu’ils existent car tout ce que j’ai lu de lui est en arabe et c’est pas mal magnifique ! si j’en trouve, je vous en poste un extrait, promis :))

    Merci Ysengrimus pour ce Billet encore ! Vous êtes vous-même un prince, un monarque et un souverain! si si, je vous l’assure! vous en avez tous les attributs mon ami, de la maîtrise de l’art de la parole et celui de l’écriture à celui de la compréhension du caractère éphémère de ce monde… mais c’est juste que vous ne le savez pas !:)))

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  • 25 avril 2020 à 14 h 14 min
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    Pour donner une idée du prestige d’Al Mu’tamid ibn Abbad lors de son règne, voici un extrait de poème qui fut composé à sa gloire (tiré d’un extrait de ce superbe et génial blog francophone que je découvre moi même, et dédié à la littérature et la poésie arabe Andalouse et en général) dont voici le lien https://adabarabiqadim.blogspot.com/2009_01_12_archive.html) ;

    »C’est Ibn ‘Ammâr, homme du peuple devenu ministre qui marie avec bonheur la beauté de la nature et la joie de vivre au prestige de son mécène et ami al-Mu‘tamid Ibn ‘Abbâd dans son fameux panégyrique où il dit :

    « 1. Fais circuler la coupe, car le zéphyr commence à se faire sentir
    et les étoiles tirent sur leurs brides pour arrêter leurs chevauchées nocturnes; (…)
    5. Le cours d’eau qui circule dans ce jardin ressemble à un bracelet
    (d’un blanc) pur qui surmonterait un manteau vert.
    6. Quand la brise d’Est l’agite, tu l’imaginerais
    Que c’est le sabre d’Ibn ‘Abbâd qui met en pièces une armée…»
    ‘Abbâd le généreux dont les mains dispensent sans compter,
    Alors que la poussière enveloppait l’atmosphère;
    plus rafraîchissant pour l’âme que ne l’est la rosée,
    et plus doux pour les paupières que ne l’est le sommeil,
    il allume les feux de la gloire et ne quitte les brasiers des combats que pour aller offrir le feu de l’hospitalité à ses hôtes. » »

    Et voici donc un extrait traduit d’un poème d’Al Mu’tamid (dont je n’ai pas vraiment validé la qualité de traduction), le poème est introduit par ce cours extrait : (source : http://delonh.blogspot.com/2008/07/poeme-de-al-mutamid-prince-e-poete-de.html)

    En 1091, lors de la bataillle contre les HALMOHADES, Al-Mùtamid perdit ses deux fils préférés, Al-Fath et Yazid outre son royaume. Emprisonné, il fut conduit à Aghmat, au Maroc où de sa prison il écrivit en leur hommage un poème déchirant :

    « On me dit de supporter mon sort avec patience;
    rien ne pourra m’y conduire;
    je ne cesserai pas un seul jour de pleurer sur leur sort.
    Deux astres sont tombés du ciel; Al-Fath et son frère Yazid;
    le ciel a-t-il de leurs nouvelles ?
    Nous voyons chaque nuit les étoiles et la lune, pleines de tristesse nous montrer leur visage douloureux;
    elles pleurent toutes les deux astres dont elles m’ont privé.

    « Et je devrais supporter cela ?
    « Je ne trouve aucun remède pour supporter la souffrance de mon coeur.
    « Que les nuages pleurent sur ce malheur, car leurs pleurs incessants conduisent au pardon de celui qui pleure ses enfants.
    « Le malheur s’est abattu sur vous, alors que moi je suis toujours là.
    « On me dit fidèle et je ne suis qu’un traître !
    « Que me soutiennent les soeurs et la mère qui étreintes par l’angoisse sentent en leur poitrine une brûlure cuisante ».
    Il n’est pas de pluie qui puisse égaler leurs larmes, même par l’écoute de la piété.

    Bref… recherche rapide sur internet … juste pour donner une idée..:)) mais c’est sûr c’est pas du tout le meilleur de ce qu’on peut lire ou trouver sur le poète en français.

    Bien à vous !

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  • 26 avril 2020 à 15 h 06 min
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    Je suis navré de vous remplir les champs de commentaires avec les miens Ysengrimus, mais étant pas mal interpellé par ces concepts de monarchies à la con et auquelles je me suis beaucoup intéressé, et donc pour avoir longtemps observé, analysé, compris, lu dessus, vécu aussi et tenté de comprendre comment fonctionnent les monarchies, j’ai pu en comprendre certains mécanismes tout à fait idiots mais hyper efficaces qu’ils ont utilisé hier et utilisent encore aujourd’hui ! et la meilleure je vous dirais c’est que les  »républiques » ou les soit-disant systèmes démocratiques non monarchiques ne font en réalité que copier ou imiter et tenter de reproduire les mêmes schémas !

    Bref, gouverner c’est diviser ! et c’est pas seulement diviser dans le sens  »éclater », rompre les liens ou l’harmonie, fragmenter…, c’est aussi et surtout diviser dans le sens mathématique et littéral du terme, isoler, fragmenter en unités, subdiviser, catégoriser, classifier, découper…etc, ensuite charger l’aristocratie et les partis politiques qui en découlent et même ceux qui n’en découlent pas qui soient les plus subversifs, bourgeois, révolutionnaires, extrêmes etc qui seront cooptés d’une manière ou d’une autre, bref charger l’aristocratie et les partis politiques de régenter et sous gouverner par entités distinctes ! voilà donc la fameuse recette ! et rien d’autre ! Vous avez une ville ouvrière, prolétarienne, subversive et populeuse ?! pas de panique, aucun problème, les élites et les  »élus » se chargeront de faire imploser toute révolte de l’intérieur ! coopter les fouteurs de zizanie, terrasser le peu qui résistent encore, brouiller les cartes, soumettre cette ville à la crise et au chômage souvent, en détourner donc les investissements de l’état et du privé…et le tour est joué ! ils viendront comme des mendiants vous implorer de leur pardonner ou leur accorder vos grâces ! attention les républiques fonctionnent ainsi aussi ! quoi que l’on pense ! et je continue donc… Vous avez une composante ethnique, culturelle, identitaire qui ait la tête chaude et dont certains brandissent des velléités ou menaces indépendantistes, ou sécessionnistes ? pas de problème là encore, pas de panique, à l’aise blaise comme disent les belges :)), encore une fois, l’aristocratie, les élites, les élus des partis politiques sur place, et les bourgeois dociles, se chargeront de leur fermer leur gueules ! leur asséner des coups ququels ils ne s’attendaient même pas ! PAF sur la tête, dans la tronche ! et donc, ainsi de suite… en bref, il faut bien saisir le rôle primordiale que jouent aussi bien l’aristocratie, que les partis politiques bien plus en amont qu’une bourgeoisie située en aval, dans leur rôle de  »brigadiers » de  »pacificateurs », de bras policier et celui du renseignement, et de complément donc indispensable au système… bien entendu, on a même pas besoin d’évoquer ici le rôle de pantins comme les syndicats et autres organisations ouvrières dont le rôle est je trouve tellement exagéré et ridiculement faux dans bien des littératures politiques ! c’est de la pure foutaise ! les syndicats n’ont jamais constitué la moindre embûche à la gouvernance de fer et de feu, même pas celui de Lech Valessa en Pologne qui se croyait  »arrivé » à imposer un syndicaliste à la tête d’un état comme ultime objectif révolutionnaire atteint !:)) et qui en fait, n’était qu’un cheminement vers le pouvoir d’un syndicaliste dans un pays ouvrier par excellence, un pays de l’ex bloc soviétique, dont la terminologie politique est de nature soviétique et communiste, c’est à dire qui ne permettait pas d’appeler les choses et les personnes autrement !

    Je vous convie donc à tenter de transposer cet exemple un peu partout ! en France républicaine pourtant, en Angleterre, en Espagne ou la monarchie de carton est une invention d’un général Franco malade qui avait peur de perdre ses acquis (d’ailleurs il y a un gros scandale récemment en Espagne du à un livre sorti qui décrit comment Franco à fait le Deal avec la marionette Juan Carlos et lui avoir rempli les poches à cet effet)…bref, Irlande, Corse, pays basques aussi et autres exemples de soulèvements dans des pays à forte consonance monarchique…Canada aussi tiens ! Australie, Nouvelle-Zélande ou comment les commonwealth sont géré à distance et maintenu sous le joug de l’aristocratie monarchiste et les partis politiques à peine plus indépendants mais en réalité soumis aux règles strictes de l’establishment de sa majesté ! Ailleurs dans le monde arabe, c’est non seulement la même recette donc, mais c’est quasiment flagrant, ridicule, à gerber, en plus des pouvoirs monarchique absolus en place !

    la question que j’aime à me poser donc, et comme je viens tout juste de la poser dans le billet de Robert Gill (Nos vies ont de moins en moins de sens), avons nous réellement dépassé ce le stade d’états que les monarchies ont taillé pour nous à travers le monde ?!!!! absolument pas ! ils ont découpé les cartes, les frontières, la géopolitique, et depuis, nous avons hérité de tout cela et rien d’autre, et même nos soit disant révolutions, ou formes étatiques autres que monarchies dont nous aimons nous vanter et faire preuve de chauvinisme nationalisme à la con, tout ça ne vaut que dalle en fait ! nous sommes autant républiques que monarchies dans la forme que les restes et les desseins de ce que les monarchies d’hier ont comploté, tracé, décidé et conclu jusqu’à aujourd’hui, et ça vaut même pour ces soit-disants états-unis d’Amérique supposées être libre ou indépendants ou rebelles ou machin-constitution-abraham lincoln et  »pères fondateurs de la nation » …. mon cul ! quoi ! :)))

    J’écris ce commentaire dans l’espoir et le soucis aussi de vider ce sac qui est le mien ! et que certains puissent s’en inspirer au moins pour réaliser à quel point nous n’avons en fait rien réalisé du tout ! les monarques sont là pour rester on dirait, tout comme les esclaves sont là pour rester aussi…tout comme il y a 10.000, 5000, 1000 ou 500 ans ! le féodalisme traverse les époques, il est à l’épreuve du temps, tout comme les Rois et les Reines, l’aristocratie, les seigneurs, les possédants, et les esclaves possédés…on dirait ! Karl Marx à tenté, essayé, s’est efforcé de contourner ce système en s’attaquant au nerf de l’économie c’est à dire le capital, mais ça a échoué j’ai l’impression car il a tout misé sur un seul aspect et pas les autres, ceux de la nature humaine et ceux de la nature de l’exercice du pouvoir ou la gouvernance ! car on ne gouverne pas autrement depuis des lustres et même dans le plus stricte des régimes communistes ! lui même assis sur des terres, des frontières et des possessions léguées en réalité par la monarchie !

    Charles III donc, n’a pas à s’inquiéter pour l’instant, ni pour demain d’ailleurs… s’il survit à la Reine, il aura le temps d’exercer le pouvoir et gouverner indirectement même dans la plus vieille  »monarchie démocratique » du monde occidental…! celle qui est érigée en exemple  »démocratique », en terre d’accueil, en modèle académique, universitaire et d’excellence intellectuelle à travers le monde ! imaginez ! le summum de ce qui est encore considéré comme l’épicentre de la civilisation, la démocratie et de la science, du savoir et même de la littérature…est encore une monarchie ! une monarchie qui repose encore sur des possessions ancestrales et coloniales qui ont depuis belle lurette effacé de ses colonies toute trace civilisationnelle de présence d’autochtones, mis à part quelques reserves, quelques musées et quelque folklore et noms des villes (même pas les principales), de villages, de fleuves et de coins perdus ! Sa majesté la république de France, sa rivale d’hier n’a pas fait mieux on dirait ! et encore aujourd’hui, en France, presque tout vous renvoie à la monarchie, même le chauvinisme le plus basique ! et la révolution française y est traitée, célébrée et considérée en réalité comme un acquis bourgeois, un leg de la monarchie presque, et un patrimoine intellectuel, social, politique et autre…hérité on dirait de Versailles, des tuileries, de cette aristocratie féodale en perruques et hauts manteaux de couturiers célèbres !

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