Les répercussions médicales et psychiatriques du confinement

Par Khider Mesloub.

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27.04.2020-Confinement-English-Italiano-Spanish

Au-delà du préjudice socio-économique occasionné par le confinement militaire, possiblement corrigible, se pose la question des conséquences sanitaires et des lésions psychologiques irréversibles. Dans l’absolu, l’instauration improvisée du confinement avait comme objectif de réduire la l’hospitalisation des malades du coronavirus, et non d’éviter totalement les décès. Avec une épidémie, par essence, impossible d’obtenir zéro mort. Le confinement permet juste de soulager les services d’urgence, d’étaler la mortalité. Il ne fait pas du tout disparaître l’épidémie. Confinement ou pas, le Covid-19 est voué à s’installer durablement dans le paysage sanitaire, politique, économique, social, culturel et mental. Sans mise sur le marché d’un vaccin, en l’état actuel des capacités sanitaires et médicales déficientes, la pandémie pourrait se prolonger jusqu’en 2022, selon les spécialistes.

Aujourd’hui, après plusieurs semaines, non seulement le confinement, appliqué dans de nombreux pays par défaut d’équipements sanitaires et de matériels médicaux, n’a pas eu les effets escomptés, le nombre de décès ne cesse d’augmenter (il suffit de citer l’exemple de l’Italie, de l’Espagne et de la France), mais il pourrait avoir des conséquences délétères sur la santé publique. En effet, la crise sanitaire du Covid-19 a fait passer au second plan les diverses pathologies chroniques invalidantes et létales. En raison du confinement et du climat de psychose généralisé, mais aussi de l’engorgement des établissements de soin, de nombreux malades chroniques négligent leurs suivis médicaux, évitent de se rendre à l’hôpital par crainte de contracter le virus ou par souci d’éviter d’encombrer les services hospitaliers.: «Nous constatons une diminution de l’accès aux soins liée aux consignes de confinement, et cela nous inquiète énormément», a déclaré Olivier Saint-Lary, médecin et chercheur en sciences de la santé à l’université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.

Ne pas recevoir les soins médicaux et les prescriptions habituelles est source d’angoisse, de symptômes de stress aigu, un terreau fertile d’aggravation des pathologies chroniques, avec comme effet inéluctable le décès prématuré de malades contaminés ou non du Covid-19.

Autres répercussions médicales : la chute des dépistages des cancers et des vaccinations des nourrissons. Ces négligences médicales peuvent gravement impacter la santé, par l’augmentation de la mortalité des cancéreux et l’exposition à des conséquences sur la santé des bébés.

Plus gravement, à court et à long terme, le confinement massif aura des effets délétères sur la santé psychique. Du fait de l’isolement social anormal (inhumain ?), de la rupture des liens sociaux, de l’inactivité professionnelle, de la frustration et de l’ennui, aggravés par l’insécurité financière due à la perte de l’emploi, des millions de personnes, fragilisées par la crise du Covid-19, risquent de développer des pathologies psychiatriques, dont les premiers symptômes commencent déjà à se manifester, notamment par l’anxiété généralisée. Selon les informations communiquées par les médecins référents, de nombreuses personnes sont en situation de détresse psychologique, due notamment à la modification radicale de leurs activités quotidiennes. Réduites à une vie végétative, elles vivent très mal le confinement.

A cet égard, la durée du confinement est un facteur aggravant : une durée supérieure à dix jours est prédictive de symptômes post-traumatiques, de troubles psychiatriques.

En tout état de cause, tout isolement social, autrement dit confinement, a des effets à long terme. Une étude scientifique chinoise, portant sur des employés confinés à la suite du SRAS, a mis en lumière la présence d’affections post-traumatiques et des symptômes de dépression trois ans après le « déconfinement ». L’étude a relevé également l’augmentation exponentielle de la consommation d’alcool et l’explosion des addictions. De surcroît, le personnel mis en quarantaine a développé de multiples pathologies :  épuisement professionnel et émotionnel, sentiment de culpabilité, anxiété, irritabilité, impulsivité, nervosité, colère, insomnie, tristesse, difficultés de concentration, tendance à la procrastination, baisse d’efficacité et de motivation au travail. Dans les formes graves : déconnexion mentale d’avec la réalité (dépersonnalisation, déréalisation). Certains comportements adoptés pendant l’épidémie perdurent des mois, voire des années, tels lavage compulsif des mains, l’évitement des personnes, « confinement autistique ».

D’autres études canadiennes ont montré que la mise en isolement prolongé provoque par la suite des conduites d’évitement, de l’agoraphobie. Les enfants confinés présentent également des symptômes post-traumatiques. La situation de confinement crée également ses propres troubles, matérialisée par le dérèglement alimentaire. En effet, l’anxiété provoque des effets secondaires, caractérisés par la boulimie, la consommation excessive de sucreries, de tabac, d’alcool, induisant la prise de poids, avec comme corollaires ultérieurs des problèmes de diabète, des maladies cardiovasculaires, etc. Le confinement devient a posteriori, lui-même, vecteur de pathologies.

À l’évidence, subir à la fois une pandémie et un confinement est une expérience particulièrement traumatisante. Néanmoins, face à certaines imprévisibles perturbations sociales ou psychologiques, les personnes réagissent différemment. Certaines populations sont plus vulnérables que d’autres. Notamment du fait de leurs conditions sociales et économiques, leurs antécédents médicaux, leur situation financière, mais aussi leurs capacités de résilience. De surcroît, le confinement réveille d’autres traumas. Les personnes fragiles sont parfois celles qui ont vécu d’autres traumatismes. En outre, être confiné en famille dans un logement exigu ou avoir des enfants constitue un facteur aggravant de stress.

Sans conteste, le confinement prolongé de quatre milliards de personnes aura un impact dramatique sur la santé mentale. Accablés par un sentiment d’incertitude, d’angoisse et d’impuissance, des milliards de personnes sombreront progressivement dans la dépression et développeront de multiples pathologies invalidantes. A plus forte raison si le confinement tendait à se prolonger. Selon les spécialistes, plus la date de « déconfinement » est reculée, plus l’impact psychologique sera sévère, particulièrement vrai quand il est accentué par l’impécuniosité et les pénuries alimentaires, notamment dans les pays sous-développés. Avec comme risque, l’allongement de la vulnérabilité psychiatrique durant plusieurs années.

Des travaux tirés de précédentes épidémies ont montré que l’émergence des troubles psychiatriques nécessitent une prise en charge médicale chez 5% de la population au bout de trois semaines de confinement. Le coronavirus provoque moins de 2% de décès, majoritairement parmi les populations âgées et vulnérables. Le confinement va précipiter dans les hôpitaux psychiatriques 5% de la population, auparavant en bonne santé. Définitivement exclues de la vie sociale et professionnelle. Autrement dit, elles seront psychologiquement et socialement mortes.

Ainsi, l’impact du confinement sur la santé mentale est incontestablement important. De la détresse émotionnelle aux troubles mentaux graves, plusieurs symptômes se manifestent chez les personnes confinées. Avec des effets durables. Parmi les symptômes les plus invalidants, nous avons cité les troubles d’évitement. En effet, de nombreuses personnes continuent de développer des comportements d’évitement longtemps après la période de la levée du confinement. Elles évitent les endroits clos ou bondés. La rupture de la routine habituelle et la réduction des relations sociales et physiques, corrélées au sentiment d’isolement du monde, voire de fin du monde, induisent un dérèglement psychique, favorisant les conduites d’évitement. L’ennui et la frustration contribuent également à la fragilisation psychologique. La frustration est d’autant plus grande avec la perte d’activité professionnelle, l’insécurité financière, la pénurie des produits de première nécessité.

Comme dans l’après-guerre perdue, le « déconfinement » se vivra avec le sentiment d’une défaite personnelle, d’une débâcle nationale, d’une calamité économique, d’un échec social, d’une faillite médicale, d’une déroute psychologique, d’un désenchantement existentiel, d’un naufrage humain.

À l’anémie alimentaire viendra se greffer l’anomie sociale, la vilenie politique, l’inertie économique, l’infamie morale, l’ignominie culturelle.

L’au-delà du confinement aura un goût funèbre d’outre-tombe.

Si le confinement était un remède pire que le mal, le déconfinement se révélera un mal pire que le confinement. La sortie du confinement sera brutale, fatale, létale.

Mais l’espoir est permis. Certes, ce sera la chute finale du vieux monde, mais aussi l’émergence de la lutte finale pour un nouveau Monde.

Mesloub Khider

 

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

2 pensées sur “Les répercussions médicales et psychiatriques du confinement

  • 27 avril 2020 à 21 h 49 min
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    A l’exception des nombreux qui pâtissent de ce confinement et en paient ou paieront un prix élevé comme les vulnérables, malades, les cancéreux, les futurs opérés en attente, et les indigents, les enfants, les vieux et autres désœuvrés de notre monde….je trouve tout de même à ce confinement quelques points positifs sinon intéressants à noter pour les autres… nombreux aussi…. ceux qui soient en santé, qui se foutaient de tout le monde, qui bouffent et vivent comme des ogres et des bêtes, et qui ne vivent que pour eux mêmes ! ce confinement donne à réfléchir en fait à ceux qui ne prennent jamais le temps de réfléchir, il apprend la valeur du respect à ceux qui ne supportent pas de vivre avec les autres et doivent le faire pour une fois, ou l’humilité à ceux qui n’ont jamais su ce que c’était ! Ces derniers donc, je préfère les voir confiné !

    Ces derniers donc, Il faut voir comment ils tirent la gueule en ces temps-ci ! pire que des funérailles on dirait ! fini le sautillage, la frivolité, l’inconsistance, l’hypocrisie, le lèche-culisme, la frime, les dépenses de malades, le m’as tu-vu, les  »public-relations », et même les exhibitionnismes maladifs de toutes sortes, et autres narcissismes excessifs, et campagnes de promotion de soi à toutes les sauces !:))) Quant aux milliardaires et autres possédants qui n’ont envie de se la péter curieusement qu’en présence des pestiférés en temps normal ! c’est la Cata ! les costards à 5000 euros, les ensembles de chez Dior, les souliers qui coûtent 6 mois de salaire et les gadgets, les bagnoles, les jets, les yachts, les  »party » aux îles vierges et dans les coins insolites c’est fini aussi ! Bref, on ne parle même pas des vieux aristocrates fortunés plus sages et raisonnables non, ce sont en réalité tous ces néo riches, ces affairistes arrivistes et ces ploucs à la con que le confinement à vraiment pris de court on dirait ! ils sont pires que le covid19 et ils sont légion !

    et de manière surprenante, parmi eux il y a plusieurs surprises dont ceux qui ont prêté le sermon d’Hippocrate pour ne citer que cet exemple! les médecins spécialistes qui se font des fortunes aussi jeunes que la fin vingtaine et trentaine, et qui ont assimilé leur métier depuis belle lurette à un commerce pour grands bourgeois et non pas à la médecine ! un peu comme cet imbécile de dermatologue au centre de Montréal, qui comme de nombreux de ses confrères à transformé son luxueux cabinet avec un associé en clinique de beauté, dont le luxe, la déco et l’ambiance rivalisent avec une bijouterie Cartier ou Van Cleef de la place vendôme à Paris, avec ses clientes fortunées venues de refaire la tronche ou la vulve ou je ne sais quoi d’autre, et moi au milieu de ce décor, booké à la hâte car cherchant un rendez-vous depuis au moins six mois, comme ils sont obligé de prendre de véritables patients en dermatologie, ils les limitent à pratiquement 10% de leur  »clientèle’, et non pas  »patientèle », et ils vous détestent avant même de vous avoir examiné ! il me dira ce jour là sans même me connaître ni me saluer  »Monsieur je dois vous mettre en garde, je ne traite pas plus qu’un seul problème à la fois, et si vous consultez aujourd’hui pour plus qu’un problème, il faudra que vous trouviez un médecin dermato ailleurs pour le second problème ! »…bref, il devait avoir 30 ou 32 ans max, arrogant, maniéré et snob, antipathique et ne dégageant aucune confiance ni compétence ! j’ai franchement eu envie de lui répondre que si on m’avait dit que le dermato ça sera lui, autant consulter un vétérinaire, un tanneur de cuir ou un taxidermiste ! :))) Quel con ! mais quel con ce type ! et maintenant je jubile juste à l’idée de le savoir confiné lui et ses clientes à la con ! des castafiores vieilles, moches et fortunées, qui remplissaient les sompyueux salons d’attente et non pas salles d’attente ! Inoui je vous dis! ils ont dû mettre le paquet rien qu’en déco ! et c’est à se demander ce qui vient faire Hippocrate là-dedans !

    Vous avez au final aussi tous ces gens complexés qui en temps normal, ne vivent et se réveillent le matin que pour emmerder les autres on dirait ! c’est dans leur ADN ! vivre au détriment des autres et en tirer une joie, un plaisir et une jouissance maladive, cynique, existentielle, bref, les imbéciles très sociaux qui se sont oublié eux-mêmes et vivent pour surveiller les autres ! une autre pire racaille qui se trouve confinée donc aussi et dont personne ne se plaindra !

    Bref, ce virus ma foi, il est prolétaire, il est pro-peuple on dirait, et pro changements ! c’est un virus subversif, activiste, anarchiste, et si ça se trouve il est aussi trotskiste-Léniniste et il va finir par réapprendre à l’humanité à rationaliser la bouffe, la partager et considérer pour une fois le bien commun ! :))) autant l’espérer alors !

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  • 28 avril 2020 à 10 h 50 min
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    a corriger, le serment d’Hippocrate et non le sermon ! 🙂

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