À propos de ce qui monétisa l’or

Auri sacra fames…

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YSENGRIMUS — La monnaie émane historiquement du troc. Quand Mahomet achemina une caravane en Syrie romaine pour Khadîdja, il fut payé, pour son travail méthodique et subtil, en chameaux. Longtemps les peuples nordiques payèrent certains biens et services en peaux de castors ou d’écureuils. Au Mexique, du temps des premiers conquistadores, on payait en grains de cacao. Chameaux, peaux de bêtes, cacao restent des marchandises hautement susceptibles de s’user, de se voir récupérées au plan de la valeur d’usage, sans circuler davantage comme objet d’échange. Dans de telles situations de monétisations tendancielles, on reste donc fondamentalement au niveau du troc ponctuel. Mahomet n’échangera pas ses chameaux reçus en paiement. Il les utilisera dans la suite de son travail caravanier.

On a voulu que la rareté d’une marchandise fonde la genèse de sa monétisation. Pour éviter que cette analyse ne se restreigne à l’or et à l’argent, on a invoqué les épices. Le sel, le poivre et les épices diverses ont longtemps servi de monnaie. On a voulu expliquer ce fait par leur rareté marchande, d’autre part bien réelle (surtout dans le cas du poivre et des épices, souvent venus de fort loin et acquis de haute lutte). Or il y a, dans cette explication de la monétisation des épices par leur rareté, une grande part d’anachronisme. La sensibilité moderne perçoit le sel, le poivre et les épices comme un condiment, une sorte de produit culinaire de luxe donc, peu utile et peu présent socialement (comme le seraient les bijoux d’argent et d’or). Pourtant, ce qu’il faut comprendre clairement et qu’on oublie aujourd’hui, c’est qu’autrefois le sel, le poivre et les épices n’étaient pas un condiment mais un assaisonnement, c’est-à-dire, au sens littéral, ce qui permettait à la viande de traverser les saisons. En l’absence de réfrigérateurs et de glacières, la seule façon de faire durer les viandes était de les traiter, soigneusement et méthodiquement, avec des épices ou du sel. Cela leur permettait de rester comestibles en se conservant ou en séchant adéquatement. Si on s’est habitué, ethno-culturellement, aux viandes salées, poivrées et épicées, c’est que, pour des siècles, c’était ainsi qu’on conservait ce type de nourriture. Il fallait donc, à une maisonnée ordinaire, une bonne quantité de sel, de poivre ou d’épices pour que sa nourriture carnée ne pourrisse et ne se perde. On avait donc là une importante question de survie utilitaire qui faisait de la course aux épices un enjeu si acharné. Le sel du salaire était finalement aussi vital au salarié que les chameaux pour Mahomet. On était encore crucialement dans une dynamique de trocs de valeurs d’usage. L’idéologie contemporaine des épices comme condiment et produit de luxe édulcore passablement la compréhension de ce fait historique. Ce n’était pas leur rareté qui monétisait les épices, c’était le fait qu’elles comblaient un besoin important.

Venons-en à l’or. On a beaucoup invoqué ses caractéristiques soi-disant irrationnelles pour expliquer sa monétisation. L’or est rare, l’or brille au soleil, l’or est un signe ostensible de richesse sous forme de bijoux, de parures et de décorations. D’une certaine façon on a traité, assez sommairement, l’or comme les perles. Quand Cléopâtre dissous des perles dans du vinaigre et les boit, elle manifeste l’ostentation opulente absolue. Elle s’approprie un objet rare, inutile, cher, précieux, sans aucune autre fonction que celle de parure et elle l’ingère, lui assignant ainsi une valeur d’usage triviale, fictive et parasitaire comme expression et démonstration la plus explicite et la plus ostensible de son arrogance opulente. Telle est effectivement la fonction historico-politique des perles (mais pas des diamants, hein, qui, durs et abrasifs eux, servent dans l’industrie). Alors ne confondons pas tout et demandons-nous: qu’en est-il de l’or?

On a voulu que, trop mou, l’or soit un métal inutile. Contrairement aux métaux naturels (fer) ou aux alliages (bronze), il serait peu exploitable pour la fabrication des armes et des outils. Ce développement est à soigneusement nuancer. La mollesse toute relative de l’or est un défaut quand on fabrique un sabre ou une pelle mais elle devient une qualité quand on fabrique une aiguille ou un dé à coudre. Les petits outils, les instruments délicats, les fourchettes, les pincettes, les coupes, les gobelets, l’argenterie, justement… requièrent un métal un petit peu plus mou pour pouvoir être façonnés avec toute la précision requise. Ceci postule naturellement un type de civilisation de classes qui soit plus subtile, plus raffinée, plus perfectionnée, plus orientée vers certains détails domestiques particuliers. Chez les Mongols, une tige de bois était plus précieuse qu’un filin d’or. Le bois, rarissime en pays de steppes, servait à soutenir la charpente portative des yourtes. L’or ne servait pas à grand-chose, vu que les Mongols, peuple nomade et guerrier, cherchaient surtout des métaux pour fabriquer des armes et des outils, et se paraient surtout de fourrures… steppes glaciales obligent, toujours. Les Mongols des premiers temps ne thésaurisaient pas l’or de leurs butins de rapines. Ils l’échangeaient plutôt, à des peuples plus gesteux qu’eux, contre des marchandises leur étant plus utiles, sans que cela ne remette en cause leur richesse ou leur puissance de futurs conquérants du monde.

La mollesse (toute relative) et la malléabilité de l’or n’est pas son défaut mais bien sa qualité inhérente. Quand il s’est agit de constituer du numéraire, il a fallu opter pour un objet inusable (exit le sel et les grains de cacao) mais assez intimement malléable au départ. L’orfèvrerie avait transformé, de longue date, l’or en quelque chose de plus léger que la pierre, de plus solide que le verre et de plus souple que le bronze ou le fer. Une petite rondelle d’or est assez solide pour ne pas se dissoudre mais initialement assez malléable pour qu’on puisse écrire dessus ou y graver un visage miniature. Le verre, le bronze et le fer ne se prêtent pas trop à ça. On ne rappelle pas assez que, des Nabuchodonosor aux Louis et aux Napoléon en passant par les Périclès, les César et les Mérovée, les instances politiques ont toujours exploité le numéraire comme timbres de propagande. De ce point de vue, personne n’est dupe, la pièce d’or, c’est un peu comme une bande de patinoire au hockey ou une carrosserie de voiture en course automobile. On la badigeonne à l’effigie d’un tas de zinzins pas rapport, parfaitement parasitaires et indépendants de sa fonction sportive… ou commerciale.

La stabilité antique du numéraire métallique se synthétise donc, finalement tout bêtement, en un ensemble bien détectable de considérations pratiques: assez solide pour durer, assez inerte pour ne pas retourner promptement à sa valeur d’usage (non comestible, par exemple), mou tant et tant que d’autres métaux le surpassent pour forger les gros outils, assez malléable pour pouvoir se couvrir d’inscriptions fines et détaillées, assez discernable et reconnaissable. Il n’y a rien de magique, de sacré ou d’atavique là-dedans. Voilà pour les caractéristiques qualitatives de l’or. Quant à la cruciale dimension quantitative des métaux précieux comme mesures de valeur, Marx nous en a parlé bien mieux que quiconque.

Comme le temps de travail général n’admet lui-même que des différences quantitatives, il faut que l’objet, qui doit être considéré comme son incarnation spécifique, soit capable de représenter des différences purement quantitatives, ce qui suppose l’identité, l’uniformité de la qualité. C’est là la première condition pour qu’une marchandise remplisse la fonction de mesure de valeur. Si, par exemple, j’évalue toutes les marchandises en bœufs, peaux, céréales, etc., il me faut, en fait, mesurer en bœuf moyen idéal, en peau moyenne idéale, puisqu’il y a des différences qualitatives de bœuf à bœuf, de céréales à céréales, de peau à peau. L’or et l’argent, par contre, étant des corps simples, sont toujours identiques à eux-mêmes, et des quantités égales de ces métaux représentent donc des valeurs de grandeur égale. L’autre condition à remplir par la marchandise destinée à servir d’équivalent général, condition qui découle directement de la fonction de représenter des différences purement quantitatives, est qu’on puisse la diviser en autant de fractions que l’on veut et que l’on puisse de nouveau rassembler ces fractions de manière que la monnaie de compte puisse être représentée aussi sous une forme tangible. L’or et l’argent possèdent ces qualités au plus haut degré.

(Karl Marx, Le capital)

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La spécialisation des pièces d’or en monnaie repose tellement sur un conglomérat de conditions à la fois pratiques et non substantiellement inhérentes à l’élément chimique Or (Au) que le remplacement de la monnaie métallique par la monnaie papier s’est effectué historiquement, sans heurt transitionnel particulier. Le facteur quantitatif (tant en termes de division fractionnaire fine que d’amplification pharaonique des quantités) prime de plus en plus profondément, à mesure que la monnaie s’hyperspécialise, dans sa fonction de moyen d’échange. C’est tellement le cas que même le numéraire papier est en train de se faire bazarder par la roue de l’Histoire. Et, surtout, un louis d’or aujourd’hui n’a plus aucune valeur monétaire. C’est un gros objet curieux pour antiquaires qui vaut souvent plus cher comme artefact historique que comme petite masse aurifère.

La vieille fascination irrationnelle envers l’or, perpétuée chez nos contemporains, est moins antérieure à son antique monétarisation que postérieure à celle-ci. L’or est une matière ordinaire comme tant d’autres. Elle nous permet de fabriquer des jolies choses qui coutent cher mais il est très important de comprendre que les médailles d’or olympiques, les disques d’or des chanteuses pop et le nombre d’or mathématique ne sont jamais que des variations métaphoriques sur une des résultantes historiques de la conjoncture du développement de l’or comme simple objet culturel et technique. C’est pour cela que je tiens à dire à tous les pays qui ont des réserves d’or et à tous les olibrius qui boursicotent et se jettent sur l’or comme soi-disant valeur refuge: Séraphin Poudrier, sors de ce corps.

11 pensées sur “À propos de ce qui monétisa l’or

  • 29 mai 2020 à 4 h 50 min
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    En effet Ysengrimus ! l’or en soi et dans l’absolu ne vaut presque rien, tout comme l’argent ou le cuivre aussi qui ont et servent encore de monnaie, il y a à encore deux ou trois siècles comme vous dites, le sucre, les épices, le sel, les alliages d’acier, le cotton, les soies, la laine tissée, la porcelaine et l’encre ou l’huile de baleine, valaient presque leur pesant d’or et même pas d’argent ! mais l’or aussi il faut dire, orientaux comme occidentaux l’ont vénéré, recherché, exploité, et figé ou fixé dans une valeur monétaire assez universelle que ce soit dans le pourtour méditerranéen, en Chine, ou chez les civilisations précolombiennes… pour des raisons purement politiques, pour monétiser  »l’état » qu’on a inventé, et pour l’administrer en exerçant le contrôle dessus ! autrement dit, exercer le contrôle sur la ou les sociétés soumises à l’état, au royaume ou à l’empire et que nos anthropologues considèrent encore comme un signe parmi d’autres des  »civilisations » ! …En plus, que ce soit dans les religions anciennes ou monothéistes qui ne sont pas en reste, les religions de tous poils ont repris à leur bénéfice cet actif fort intéressant on dirait ! ce capital d’or, et même d’argent ou de cuivre en Asie, au moyen orient, en Europe et même en Afrique, et perfectionner au plus haut point l’art de la frappe de la monnaie notamment par le mélange de ces alliages depuis des siècles déjà ! ainsi, les monnaies dites d’or jadis, ne l’étaient pas vraiment car très rarement on a frappé l’or pur, et on l’a toujours un peu mélangé aux autres alliages de cuivre ou d’argent pour parler  »d’écu » de  »deniers » ou de  »Dinars » d’or par exemple…en s’assurant aussi de frapper des  »sous » ou monnaies du peuple, car même l’argent était considéré comme monnaie de riches ! Je crois au final que la soif d’or des arabes musulmans et des conquistadors chrétiens espagnols ou portugais lors de la conquête du nouveau monde (qui continue en Amérique jusqu’à ce jour il faut dire…) à quasiment hissé la valeur cet alliage à un niveau sans précédent… et pendant que les italiens avaient déjà inventé la lettre de change et les banques, nos cousins juifs encore soumis aux persécutions, mais pas idiots pour autant, inventaient eux la gestion de l’épargne, l’économie et l’investissement intelligent, puis la finance internationale, la valorisation industrielle, et se payer la tête de leurs bourreaux de jadis !:))) pas con hein ! et voyez comment aujourd’hui encore on attribue aux juifs injustement et sur la base des préjugés religieux d’antan en fait, d’être des grippe sous, des rapaces et des manipulateurs des marchés mondiaux…peut-être certains d’entre eux uniquement, mais il n’y a aucune comparaison à faire avec les génocides commis pas les conquistadors ou même les arabes pour ce foutu Or ! Autre exemple révélateur, voyez comment on ridiculise les Chinois pour leur amour du doré et des plaquages d’or, et on les accuse aujourd’hui d’acheter tout l’or du monde pour on ne sait quoi ! c’est évidemment faux, la culture chinoise à associé l’or à la religion depuis toujours, les coupoles et temples bouddhistes couverts d’or à l’intérieur comme à l’extérieur ont même inspiré arabes musulmans ou chrétiens pour rivaliser de cet art dans les mosquées ou les églises ! et c’est probablement juste parce qu’on en a pas eu assez que mosquées ou églises se contentaient de peu…:))

    et petite anecdote pour terminer, j’ai une fois dans le cadre d’une visite guidée furtive par une connaissance (agent immobilier), visité la ferme et petit palais d’un ancien grand prince Saoudien vide de son locataire décédé et mis en vente par les héritiers…(au moins une cinquantaine de rejetons apparus à la dernière minute parait-il) bref, à côté du petit palais en dur et tapissé de marbres qui servait de quartier de villégiature, il y avait une tente qui devait faire pas moins de 70 mètres de longueur ou il recevait sa cour et ses copains, cernée par au moins une trentaine de climatiseurs géants, à tous les cinq mètres environ…qui devaient coûter plus que mes salaires réunis depuis 30 ans, tapissée par des centaines de mètres carrés de tapis de soie persans flambants neufs, et remplie de centaines de chaises et fauteuils dorés et tapissées genre Louis XVI avec des tissus imprimés de l’emblème aux épées royales Saoudiennes, et disposés sur les bords uniquement, avec des centaines de tables de marbre au pieds dorés aussi devant les chaises et fauteuils, au milieu, il y avait des écrans télés pointant dans toutes les directions, et du toit pendait les chandeliers dorés et de cristal à tous les 5 mètres environ aussi (le type nous dira que c’est du crystal de chest pas quoi fait en Italie qui vaut une fortune) et enfin les fauteuils royaux qui dominaient tout ce panorama en longueur! bref, je n’était pas encore au bout de mes surprises lorsque le type nous ouvra les toilettes privatives incorporés à la tente, j’en revenais pas, marbres, luxe indécent et robinetterie en or massif étaient partout, et dans la seconde pièce qui servait de douche au luxe insoupçonné, et de chiottes aussi, même spectacle, avec un très large fauteuil coulissant et doré lui aussi sous la douche et soutenu par une grosse barre de metal doré directement dans le mur, des accoudoirs aussi, des jets d’eaux dans le mur de marbre, bref, c’est plus une douche, mais un jacuzzi debout presque et tout en marbre et or ! du coup le gars se retourne et nous dit:  »cette douche là te lave de tous tes péchés, elle te transforme en saint », on était mort de rire, et comme il y avait encore une porte barrée en superbe bois massif juste derrière, on lui demandait : et là, y a quoi ? il répondait,  »c’est en effet la porte interdite du Paradis ! » :))) la visite rapide qui a duré 1 heure, nous a retourné l’estomac, j’ai tout de même pris des photos que j’ai encore ! et pour le prix, on saura jamais, c’était  »confidentiel » !

    Et après on s’étonne que les occidentaux descendent leur froc aux monarques arabes ! dans cet environnement, j’ai pas de mal à imaginer Clinton ou Tony Blair, ou Sarko, leur tirer une pipe carrément ! :))) il y avait en tous cas pas seulement du solennel et du martial dans ce décor, mais du stupre dans l’air aussi, de quoi faire mouiller des danseuses du baladi !:))) et les chefs d’états occidentaux en font partie :)) et ce n’était que la ferme d’élevage des oiseaux qu’ils chassent et qu’ils visitent une fois tous les ans ou deux ans ! forcément, avec le pactole de l’or noir, ce n’était que la  »cabane » dans le bois !:)))

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    • 29 mai 2020 à 8 h 25 min
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      Nous sommes ici pour éteindre la fascination thésaurisante, Sam, pas pour l’attiser… Que représente cet intérieur fastueux et inepte d’autre que la stérilité sociale de l’accaparement privé de la laborieuse production des richesses collectives? Inutile, cette grosse tente finira bien par partir au vent de l’Histoire…

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      • 29 mai 2020 à 11 h 34 min
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        Oh mais c’est clair que ce n’est pas la fascination pour le bling bling qui a fait qu’on a voulu visiter lorsqu’on nous l’a proposé, mais c’est pour constater ce que font ces arabes avec le fric du peuple, et les petrodollars ! et ce n’était qu’un prince de rang élevé, qui possédait parait-il des palais ailleurs et en europe, imaginez les possessions des Rois ! et cette tente n’était en fait que la cerise sur gâteau, il fallait voir le complexe vétérinaire avec les dizaines de salle d’ops, de radios, de labos et autres salles de réunion, destinés uniquement pour l’élevage d’une espèce d’oiseau, une sorte de faisan arabe élevé par milliers pour la chasse au faucon ! il parait que les vétérinaires étaient européens, américains, et vivaient là à l’année longue !

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  • 29 mai 2020 à 10 h 35 min
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    Il faut défendre le Fort des débiles!

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  • Ping : À propos de ce qui monétisa l’or | Raimanet

  • 29 mai 2020 à 23 h 36 min
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    Encore une fois Ysengrimus, ceci n’est pas une apologie du capitalisme, mais je tiens à partager cette histoire à propos de Juifs et d’argent, et je vais m’étendre un peu sur les berbères pour mettre le propos en contexte…pour la simple raison, qu’il me semble parfois qu’un certain  »capitalisme » totalement opposé à celui qu’on connait, et qu’on a jamais testé ou connu, peu réellement faire la différence aussi, en dehors de tout ce que nous connaissons de ce capitalisme occidental teinté et ayant largement mijoté dans la sauce occidentale…bref je vous laisse le choix d’en tirer vos propres conclusions…et je vous rassure encore une fois ce n’est nullement pour prêter un quelconque bienfait au capitalisme tel que nous le connaissons depuis toujours…

    Vous savez que historiquement, les berbères d’Afrique du Nord ou Amazighs (Enfants de Mazigh leur ancêtre) s’étendent de la Mauritanie, le Maroc, le Sahel, jusqu’en Égypte, la basse et la haute Égypte antique (Nord et Sud), les Pharaons nubiens ne sont rien d’autres que des Amazighs aussi…et les pharaons blancs fort probablement aussi…mais allez dire ça aux égyptiens chauvins, ils vous lyncheraient ! Bref, aujourd’hui je me cantonnerai dans cette histoire aux berbères du Maroc, qui partagent bien sûr avec les Kabyles jusqu’en Tunisie les mêmes origines  »Senhaja »….et pour brève présentation, ces berbères marocains, donneront du fil à retordre au Français, tout comme aux sultans arabes à travers 14 siècles d’histoire musulmane…ils ont toujours été autonomes même sous les monarchies ou dynasties islamisantes, à travers un lien d’allégeance aux sultans qui n’implique que l’échange de reconnaissance sur la base de la religion si on veut et les termes de bon voisinage…bref, et avant cela pendant l’antiquité et lors de l’invasion Romaine de la  »Maurétanie Tingitane » autrement dit le Maroc et la Maurétanie actuels, ils maintiennent des relations commerciales avec eux, les phéniciens, les étrusques, les grecs et leurs cousins Libyens ou égyptiens, mais même aux romains ils ne se soumettront que très peu ce qui forcera Rome d’envisager une tout autre philosophie d’occupation dans le coin : Élire des empereurs parmi eux pour gouverner sur place. Bref, ces berbères aussi sont connu pour être parfois des mercenaires bien payés, des dompteurs de bêtes sauvages, de lions, et des marchands d’esclaves aussi qu’ils revendent aux Romains sur place ou de Rome au prix fort! Bref, les français lorsqu’ils débarquent en 1912, ils devront leur faire la guerre jusqu’en 1934 ! les Espagnols au Nord, jusqu’en 1926. et c’est les français qui empruntent aux arabes locaux l’appellation péjorative  »Chleuhs » ou  »Chlouhs » qui veut dire berbère ou amazighs..et dont ils useront contre les soldats Allemands du à leur langue que les Français comprenaient pas, et en opposition aux  »bicots » et autres appellations dont ils taxaient les arabes.

    Au Maroc donc, ils se divisent en trois groupes qui ne se comprennent dans leur dialectes que partiellement ou parfois très très peu ! Au Nord dans la chaîne de montagne du Rif jouxtant la méditérranée, on les appelle les Rifains , dont le fameux héros de résistance Abdelkrim El Khattabi, l’inventeur de la guérilla de harcèlement qui deviendra communiste pratiquement… car c’est celui qui a inspiré Giap et était salué par le Ché ou les autres sans jamais que lui aspire au communisme dans sa guerre contre les espagnols dans les années 20. leur dialecte, le Rifain, se dit en Berbère. « Tarifite ». Les Rifains sont connus pour être très rebelles, inflexibles, et rigides encore aujourd’hui, ils sont très proches des kabyles pour cela, et se partagent ces traits de caractère.

    Au centre du pays, dans les montagnes du moyen Atlas, (comparé à la suisse façon de parler pour ces sapins, chênes et autres thuyas et cèdres ou pour ses neiges et lacs abondants), ce sont les  »Chlouhs » et leur dialecte est appellé le  »Tachelhite » cette fois… race mystérieuse…, grands cavaliers, ils adorent les chevaux, leurs femmes sont vraiment belles, mais dont les mœurs sociaux sont à l’opposé des autres berbères ! les femmes peuvent se marier et divorcer plusieurs fois, elles ont du pouvoir, bref leur mentalité est la plus ouverte, et même si les poches de résistance contre les français chez eux furent les dernières à se rendre (Bataille de Boufekrane), les régions que le général Lyautey arrive à  »pacifier », il les tapissera de casernes et de bordels pour ses soldats, il faut bien comprendre que  »la pacification » de Lyautey, étaient l’anéantissement total des résistants…bref, après l’indépendance du pays, les bordels n,y ont jamais cessé de fonctionner à cause d’une marginalisation du pouvoir en réalité jusqu’à très tard il y a peut-être 20 ans! les femmes Tachelhites sont connues pour chanter à haute voix dans les montagnes, des chants quasi hypnotiques et très beaux, ce sont d,ailleurs de grand poètes berbères, leur musique est caractéristique…et leurs joie de vivre contagieuse !

    Nous arrivons enfin, à la troisième catégorie, les berberes de la Vallée du Souss, les  »Swassa » ou  »Soussi » ou les  »T’mazight » dont le dialecte est tout simplement le  »Tamazighte » qui en fait est un terme global qui pourrait inclure les deux autres catégories mais sans les intégrer pour autant, ils occupent l’Anti-Atlas plus rude et plus arride, car à la porte du desert, offrant tantôt des paysages tibétains presque ou afghans, tantôt des vallées verdoyantes, pays très rocailleux aussi, bref, c’est là que les premiers Juifs venant d’Israel ou éxilés il y a près de 3000 ans s’établiront! ils échangent avec les T’mazirts, adoptent quasiment leur mode vie, en convertissent certains, et les » contaminent » par leur austérité, leur religiosité et leur spiritualisme…, et même si ces T’mazirts sont aussi des grands poètes, et des marchands redoutables, ils sont en fait les plus  »renfermé », communautaires, redoutables guerriers aussi et humbles travailleurs, ils vivront avec les Juifs nombreux dans ce coin en toute quiétude, même lorsqu’ils se convertissent à l’islam avec force et sont d’ailleurs les plus  »intégristes et fondamentalistes » pas dans le sens péjoratif occidental, mais dans le sens de la doctrine, ils plaisantent pas avec les sciences religieuses, les textes, l’apprentissage des langues ou de la grammaires arabe…bref, ils sont austères, ont fondé au moins trois dynasties régnantes aussi, et n’ont jamais persécuté ni juifs, ni chrétiens, ils sont justes en réalité et disciplinés! et lorsqu’ils sont religieux, vous pouviez être étonné de voir que leurs chefs religieux étaient des théologiens accomplis déjà à l’âge de vingt ans ! ou lorsque vous voyez les écoles coraniques afghanes par exemple, chez eux, c’est une orthodoxie on dirait que c’est eux qui ont inventé ces écoles coraniques dans le monde, avec des tablettes de bois, et des enfants qui apprennent dessus ! ils sont à la base d’une espèce de  »wahhabisme » local pour dire rigorisme, mais jamais violent, ni irrespectueux envers les femmes…mais ce n,est pas tout, ce sont, les plus grands Businessmen ou grands marchands depuis toujours !

    Bref, les Soussi ou T’mazight, ne travaillent que très rarement pour les autres, ils sont les détenteurs de commerces dans lesquels ils sont debout de 5h du mat à 11h du soir, et même en devenant proprios de supermarchés géants, d’entreprises, ou deviennent milliardaires, vous les verrez encore jusqu’à récemment, en bleu de travail et sandales ou babouches berbères comme des bottines en cuir, ou habitant des quartiers très populaires, ils ne connaissent pas ce qu’est le snobisme, ont très peu d’Ego narcissique, ils sont extrêmement sociaux, communautaires et même s’ils peuvent plus tard montrer des signes de richesse, ils se contentent de très peu, et ne feront jamais affront aux pauvres avec leur possessions, et vous recevraient avec chaleur même si vous deviez être le dernier des pestiférés ! il n’y a en réalité que certaines de leurs femmes, dépendamment des régions qui aiment le bling bling, et l’or et les bijoux surtout mais encore en famille ou lors de cérémonies privées.

    Au final, je vous raconte cette histoire, car j’ai eu un ami quasiment d’enfance d’origine modeste aussi de cette région, qui m’a expliqué en fait un principe qu’ils tiennent des juifs depuis l’antiquité et c’est ce qui explique leur réussite en affaires, et c’est le suivant il me dit: (attention c’est pas vraiment raciste même si ça en a l’air):

     »la différence entre un Arabe, un Européen ou un Africain et eux (ou les juifs), c’est que si on suppose que chacun de ces  »races » épargne jusqu’à constituer un capital on va dire de $1000 par exemple, toutes les autres races, penseront à le dépenser, se faire plaisir, monter socialement et espérer bosser dans un rang plus élevé mais toujours pour quelqu’un d’autre !

    et si les autres races, voulaient commencer un commerce avec ce capital, ils iraient emprunter le double, ou le triple ou beaucoup plus pour se lancer!

    Alors que la règle qui ne perd jamais, et vous garanti le succès est la leur et celle des juifs de la manière suivante :

    Même avec $1000, la règle est de n’investir dans le commerce que le Tiers, soit $333, vous pouvez être sûr que cet investissement sera d’une manière ou d’une autre perdu, et le coût de votre apprentissage de vos erreurs ! ensuite, vous réinvestissez le second $333, mais cette fois vous vous battez comme un lion pour ne pas perdre un sou, même si vous devez juste rentrer dans vos frais et crever de faim, mais l;a vraiment ou vous ferez de l’argent, et la porte de la fortune s’ouvrira à vous, c’est lorsque vous serez tellement rôdé, tellement confiant, et tellement sûr de ce que vous faites, que vous réinvestissez la troisième et dernière tranche de $333 aussi ! » :))))

    Je peux vous assurer qu’avec ces Soussi ou Tmazirts, s’ils devaient gérer le Capitalisme, et je le dis depuis au moins 30 ans, ils le transformeraient en doctrine juste, équitable et entièrement discipliné ! je ne plaisante même pas, ils sont doté d’une intelligence encore plus incroyable qu’on l’imagine, ils devinent vos intentions comme on dit avant même que vous ouvrez la bouche, et en politique, ils sont encore plus rusés mais dans le bon sens et pour le bien des autres, car s’ils se heurtent au despotisme, au totalitarisme, à la dictature, ils adoptent des codes sociaux et des codes politiques qui en réalité traitent le despote de  »loup affamé », mais sans jamais lui montrer, et arriver non seulement à tirer leur épingle du jeu, mais en plus ,l’obliger à les respecter !

    Pas mal incroyable hein !! qu’en dites vous Ysengrimus ?

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    • 30 mai 2020 à 8 h 08 min
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      Intéressant, comme beaucoup de vos témoignages…

      Continuez d’intervenir ainsi, Sam. Votre apport enrichit beaucoup notre travail.

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      • 30 mai 2020 à 14 h 22 min
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        Merci Ysengrimus ! et puisque vous appréciez mes histoires interminables…:))) Je vous fais un copier coller de mon dernier commentaire en réponse à notre nouvelle égérie et superbe contributrice sur les 7 du Québec, Nadine, dans le dernier billet d’œil de faucon  »Critique des concepts de «Coup d’État mondial des banques centrales«/«Coup d’État planétaire ourdi par l’oligarchie financière» (Partie II) »
        et ça résume un peu mon propos en fait !

        le capitalisme repose sur un concept qu’on appelle : La création, le maintien, l’encouragement des Champions de l’économie ! les riches quoi, les élites industrielles, financières et économiques qui sont considérées comme l’ossature, la colonne vertébrale et la locomotive de l’économie, et qui sont donc systématiquement vénérés par les partis politiques qui accèdent au pouvoir ! Lorsque les gouvernements occidentaux, la banque mondiale, le FMI se rendent dans les pays pauvres du tiers-monde pour conseiller les régimes sur place, la formule qu’ils emploient depuis 70 ans est toujours la même : »Mr le président ou le Roi du pays tiers-mondiste, il vous sera impossible de bâtir une économie sans la création de »Champions », il vous faut une élite riche, immensément riche, qui »donne l’exemple », rassure les investisseurs étrangers, crée des emplois, bâti des usines et des monopoles, c’est votre unique chance de rêver à une véritable économie » sans quoi, vous pouvez tourner en rond avec des miséreux, des ptits entrepreneurs qui valent deux sous, et une économie dénuée de structures essentielles et de »modèles » de réussite…etc

        Bref, le concept en lui même n’est pas nouveau il faut dire, c’est le même depuis la nuit des temps dans toutes les civilisations, sauf que… ou avec la différence majeure que dans la culture occidentale qui est aujourd’hui hégémonique, ce concept de »champions » sous entend des rapports de classes emprunts d’exploitation, d’esclavage, d’hostilité, de mépris, d’exclusion, de violence économique et sociale en réalité, et qui n’ont rien avoir avec le même concept dans les autres cultures ! car les »champions » ou les »locomotives » économiques dans les autres cultures, étaient avant tout, et avant la généralisation de cette culture occidentale aujourd’hui, des contributeurs et des acteurs engagés sur tous les fronts, aussi bien sociaux que économiques, et dont la finalité et le but était impérativement, essentiellement et obligatoirement, l’éradication des disparités sociales justement, la guerre aussi à toutes les formes de surclassements sociaux injustifiés et injustes, le refus total et non négociable de permettre à quiconque d’outrepasser ces règles et ces lois ! et c’est d’ailleurs ce qui a pas mal façonné les sociétés, le paysage urbain et économique, voir l’architecture et l’urbanisme, et toute la philosophie de ces autres civilisations ; autrement dit, pendant que l’occidental soigne et embelli la façade, mets un effort incroyable et beaucoup de moyens pour embellir la façade et la vue extérieur, et néglige l’intérieur de la bâtisse, l’autre, oriental, ou peu importe, s’assure de homogénéiser les façades extérieures des villes, des bâtisses de tous le monde dans un style sobre et interdisant la grosse frime quoi, homogénéisant le paysage en entier et le lui donner un cachet, la société aussi, et c’est uniquement à l’intérieur de la bâtisse, dans le cercle privé, que les gens peuvent soigner leur décor et le personnaliser, vivre leurs différences, embellir leur maison de l’intérieur quoi ! et rien que ça, c’est fondamentalement opposé et différend à toute la philosophie occidentale !

        Ce truc me rappelle d’ailleurs la maison traditionnelle de mon grand père, comme toutes celles de ses voisins, lorsque vous marchiez dans ces ruelles anciennes et pas très larges, vous ne remarquiez que des murs hauts, des fenêtres et des couleurs ocres qui sentent bon la terre, la propreté et le calme, vous avez l’impression d’être dans un quartier très pauvre, ou les gens vivent sommairement, n’ont aucun luxe, et vous êtes carrément obligé de marcher humblement, ne pas vouloir choquer ou vous faire remarquer, sans tintamarre quoi…. mais une fois que vous poussiez les portes de ces maisons, vous vous retrouvez dans de véritables palais des mille et une nuit !:))) de plafonds de 6 ou 7 mètres, avec deux étages en plus du toit servant d’immense terrasse, bref, le luxe des faïences, zelliges, marbres, plâtres travaillés, et grandes fenêtres intérieurs aux verre coloré et tout ce travail excellentissime des artisans à de quoi vous laisser bouche bée ! et que dire du milieu ou Patio centrale de quasiment 100 mètres carré tout en marbre découpé et embelli de faïences aussi, baigné d’une lumière de jour incroyable avec une ouverture sur le ciel bleu proportionnelle directement dans le toit, de ces balcons du premier qui donnent tous sur l’intérieur, de ces portes monumentales en bois massif travaillé des pièces juxtaposées et immenses, avec des secondes chambres à l’intérieur….etc Pendant que le propriétaire lui, y fait vivre une très grande famille, y reçoit tous les jours, et les cuisines ne cessent jamais de tourner comme des usines pour nourrir tout ce beau monde ! Bref, le but de toute cette luxure n’étant surtout pas de frimer, ou épater, mais de prendre soin de sa famille, et lui assurer ainsi qu’aux invités permanents et quotidiennement présents, une hospitalité digne de sa personne, même lorsque c’est le simple porteur de paniers de fruits et de légumes et autres viandes qui fait les commissions ! et Lorsque le colonialisme occidental à débarqué, il a détruit tout ça, ça ne colle justement pas à sa perception de la société, il faut tout refaire à l’envers ! bâtir des grandes avenues, avec des façades luxueuses, du tape à l’œil quoi ! mais triste de l’intérieur, désert, sombre aussi, et souvent dénué d’hospitalité ou de la moindre générosité ! et c’est ce qu’on appelle honteusement aujourd’hui : le triomphe de la modernité ou la civilisation !

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  • 30 mai 2020 à 14 h 56 min
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    Juste une petite correction de mon commentaire sur les berbères  »Tachelhite » du Moyen Atlas, la bataille dont je voulais parler est celle de  »Bougafer » en 1933, et non de  »Boufekrane » qui n’a rien à voir ! (qui s’est déroulée dans le Moyen-Atlas et pays  »Chleuh » antérieur plus au sud, rocailleux donc et aride aussi et très montagneux)

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Bougafer

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