COMMENT LA GUERRE D’ISRAEL CONTRE LA SYRIE CIBLE L’IRAN

Par  Luc Michel & EODE/Quotidien géopolitique.

«Covid-19: Les effets géopolitiques au Moyen-Orient (…) La bataille mondiale contre le nouveau coronavirus a peut-être pris le pas sur le cycle normal de l’actualité, mais sous le radar, la guerre parallèle d’Israël contre l’Iran se poursuit»- Jerusalem Post (ce 1er mai).

« Naftali Bennett, a souligné: «Non seulement nous continuons à contenir la présence militaire de l’Iran en Syrie, mais nous sommes également passés à une stratégie d’expulsion. Gardez vos oreilles ouvertes », a-t-il dit. «L’Iran ne se repose pas un instant, mais nous non plus. Pour Téhéran, c’est une aventure à mille kilomètres de chez soi ; pour nous, c’est la vie (de tous les jours) », a poursuivi Bennett : « Et nous sommes donc plus déterminés que jamais à ne pas autoriser l’Iran à établir une base avancée contre nous en Syrie. »

– Naftali Bennett (ministre de la défense israélien, ce 26 avril).

L’article publié ce matin dans le journal israélien (1), et largement rediffusé en France par la presse likoudnik, a le mérite de mettre bas les masques. Comme partout dans le monde, la pandémie n’a pas arrêté les conflits, mais les a même exacerbés. Cetrtains voyant dans la crise mondiale l’occasion de rabattre les cartes, voire des fenêtres d’opportunités géopolitiques.

Il donne aussi un coup de projecteur sur la « likoudisation » (2) de la politique israélienne, qui a contaminé la diaspora juive dans le monde, en particulier aux USA et en France. Même le vieux parti travailliste gravite dans l’orbite de ce grand disciple de Jabotinski qu’est Netanahyou (3). La vieille gauche sioniste est désormais ultra minoritaire et se limite aux marges intellectuelles (comme par exemple le quotidien ‘Times of Israel’ …

«LA GUERRE PARALLELE D’ISRAËL CONTRE L’IRAN» : QUE DIT LE ‘JERUSALEM POST’ ?

Cet article, véritable manifeste géopolitique, est ce mélange habituel d’arrogance israélienne et de catastrophisme sensationnaliste :

Il commence par vanter les agressions israéliennes en Syrie, au mépris des lois internationales. « (…) la liste est longue – il y a eu au moins quatre frappes aériennes connues en février et deux autres en janvier.

Par qui? Ah. Cela reste un mystère.

Presque toutes les frappes sont attribuées à Israël. Tsahal a admis son implication après certaines, mais est restée silencieuse dans la plupart des cas, ne confirmant ni infirmant aucun rôle.

Quoi qu’il en soit, les hauts responsables de la défense confirment ouvertement qu’Israël a atteint des milliers de cibles en Syrie ces dernières années, principalement iraniennes.

Bien que la liste ci-dessus ne stipule que les attaques que dont le public a eu connaissance au cours des trois derniers mois, il y en aurait beaucoup d’autres menées bien en dessous du radar ».

Israël voit visiblement dans la pandémie du coronavirus une fenêtre d’opportunité pour faire avancer son agenda géopolitique : « Alors que le monde et le grand public restent concentrés sur le COVID-19 et l’effort mondial pour freiner sa propagation, Israël a, non seulement, mis le pied dans la guerre contre l’Iran, mais il a même intensifié la campagne pour essayer d’empêcher le régime et le Hezbollah de se retrancher en Syrie. L’objectif, comme le dit le ministre de la Défense Naftali Bennett lors de ses réunions régulières avec les officiers de Tsahal, est de faire comprendre à l’Iran qu’il perdra plus qu’il n’obtiendra en restant stationné à travers la frontière nord-est d’Israël ». Tel-Aviv ne cache pas que la pandémie est utilisée comme une arme contre l’Iran : « Tsahal a constaté une baisse de l’action de Téhéran telle que l’Iran ne pourrait continuer ce combat pendant longtemps », se réjouit le journal israélien. « C’est loin d’être une victoire, mais on pense que c’est le résultat d’une combinaison de la politique agressive que Bennett a amenée, à son poste au ministère de la Défense depuis qu’il a pris ses fonctions il y a six mois; de l’impact du virus en Iran; et de la baisse du prix du pétrole, une source clé de revenus pour le gouvernement islamique ».

Quel est l’agenda de Tsahal : « L’idée a été d’empêcher l’Iran de pouvoir créer une infrastructure en Syrie, de la portée et à l’échelle de l’arsenal de missiles du Hezbollah au Liban, qui aujourd’hui, que cela plaise ou non à Israël, a créé un niveau de dissuasion : tandis qu’Israël attaque régulièrement la Syrie, il ne frappe pas au Liban. La raison en est que le Hezbollah pourrait potentiellement riposter avec ses 150 000 missiles capables de frapper n’importe où en Israël. Jusqu’à présent, la Syrie ne le peut pas ».

LA PANDEMIE EXPLOITÉE CONTRE TÉHÉRAN

C’est ce qu’explique cyniquement les sources militaires israéliennes au ‘Jerusalem Post’ : « Ce qui est clair, c’est que le virus a tout changé (…) C’est pourquoi le chef d’état-major, le lieutenant-général. Aviv Kochavi réunira lundi tous les officiers de Tsahal supérieurs au grade de brigadier général pour un séminaire de deux jours sur les changements qui ont eu lieu dans la région depuis l’épidémie du virus. Le défi pour Kochavi – qui a passé les six dernières semaines à formuler une nouvelle stratégie, en collaboration avec la Direction du renseignement et la Division de la planification – est double. Premièrement, prévoir ce qui se passera dans la région devient de plus en plus compliqué alors que le rôle de la pandémie dans les calculs de sécurité nationale n’est pas encore clair. Le lancement du satellite iranien montre-t-il une détermination à continuer d’avancer même pendant cette crise sanitaire, ou s’agit-il davantage de se montrer, de sorte que ses adversaires – Israël et les États-Unis – croiront que rien n’a changé alors qu’en réalité, tant de choses l’ont déjà fait? »

‘Debka’, le think tank israélien « proche de l’Etat-major de Tsahal, précise cet agenda centré sur l’Iran (ce 29 avril) : « C’est en Syrie – avant même Bagdad – que le général Esmail Qa’ani a effectué sa première visite à l’étranger après avoir succédé au regretté Qassem Soleimani en tant que chef d’Al Qods – preuve que l’Iran continue de se concentrer sur le maintien de cette base avancée. Qa’ani a inspecté les actifs iraniens dans la ville d’Alep, dans le nord du pays ».

 

L’AGENDA ISRAELIEN EN ACTION : «RAID ISRAELIEN SUR DAMAS MALGRE LA CRISE SANITAIRE»

Des raids attribués à Israël près de la capitale syrienne confirment la mise en action de cet agenda. Dans la nuit du 26 au 27 avril, des raids attribués à Israël près de la capitale syrienne ont tué trois civils, selon l’agence officielle ‘Sana’. Comme d’habitude, Tel-Aviv n’a fait aucun commentaire. « Trois civils sont morts en martyrs et quatre autres, dont un enfant, ont été blessés lorsque des éclats des missiles israéliens ont touché des habitations [de la banlieue de Damas] », a rapporté l’agence gouvernementale syrienne ‘Sana’, ce 27 avril. L’agence a précisé que la défense antiaérienne de l’armée syrienne avait abattu «la plupart» des missiles, lancés depuis l’espace aérien du Liban voisin un peu avant l’aube. Selon la chaîne saoudienne ‘Al-Arabiya’ citée en anglais par le ‘Jerusalem Post’, « des membres [d’une] milice iranienne ont également été tués lors de ces frappes aériennes ».

Israël n’a, pour le moment, pas commenté ces bombardements. Depuis le début, en 2011, de la guerre syrienne, Tel-Aviv a mené de multiples attaques contre des positions en Syrie, la plupart visant des cibles iraniennes ou du Hezbollah, et martèle « qu’il ne laissera pas ce dernier devenir la tête de pont de Téhéran », son ennemi juré. Israël confirme rarement avoir mené des frappes en Syrie. En novembre 2019, néanmoins, l’armée israélienne avait revendiqué « des frappes de grande ampleur contre des cibles iraniennes de la Force al-Qods [branche des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures] et des forces armées syrienne en Syrie en réponse à des tirs de roquettes contre Israël ». Le 20 avril, l’agence ‘Sana’ a aussi évoqué des tirs de missiles qu’elle a imputé à Israël contre des cibles dans le désert central de Palmyre. Le 31 mars, ‘Sana’ avait également rapporté des tirs de missiles menés par l’aviation d’Israël contre des cibles dans le centre de la Syrie.


NOTES ET RENVOIS

(1) Voir “What type of Middle East will the IDF meet after COVID-19?”, The Jeruslam Post, 1er mai 2020.

(2) Voir LUC MICHEL’S GEOPOLITICAL DAILY/

RUSSIE-ISRAEL : LE VOTE RUSSE EN ISRAEL OU L’HERITAGE DES ‘REFUZNIKS’, UN DOSSIER GEOPOLITIQUE

sur http://www.lucmichel.net/2020/03/13/luc-michels-geopolitical-daily-russie-israel-le-vote-russe-en-israel-ou-lheritage-des-refuzniks-un-dossier-geopolitique/

(3) Voir « Israël: le Parti travailliste se joint au gouvernement d’union nationale », sur i24NEWS, 26 avril 2020,

https://www.i24news.tv/fr/actu/israel/1587931365-israel-le-parti-travailliste-se-joint-au-gouvernement-d-union-nationale

Le Parti travailliste a voté dimanche en faveur de son entrée au gouvernement d’union nationale, qui doit voir le jour en vertu d’un accord conclu entre le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le chef de file de la liste centriste Bleu Blanc, Benny Gantz. Les membres de la convention du parti ont voté par 64,2% en faveur de cet accord prévoyant la mise en place d’un gouvernement qui sera dans un premier temps dirigé par B. Netanyahou pendant 18 mois puis par B. Gantz. Le dirigeant du Parti travailliste, Amir Peretz avait signé un accord avec M. Gantz et accepté de faire partie du gouvernement. Deux portefeuilles, celui de l’Economie et celui des Affaires sociales devraient leur être confiés.

Le Parti travailliste, longtemps au pouvoir en Israël mais en déclin ces vingt dernières années, n’avait obtenu que trois sièges au sein d’une union de trois formations aux élections du 2 mars dernier, sur les 120 que compte le Parlement.


(Sources : Jerusalem post – Debka files – SANA – Al-Arabiya – EODE Think Tank)

LUC MICHEL (ЛЮК МИШЕЛЬ) & EODE

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *