La pandémie révèle la véritable maladie de nos sociétés: l’inégalité de classe

Par Moon of Alabama – Le 9 juillet 2020

Ce matin, j’ai vu cette carte à la Une du Washington Post.

 

Nombre de cas  Covid-19 signalés pour 100 000 habitants par comté depuis la semaine dernière

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Je me suis immédiatement souvenu que j’avais déjà vu une carte avec un motif similaire.

C’était dans mon article du 2 avril. Voici la section publiée il y a trois mois:

Quand la distance moyenne parcourue est passée pour la première fois sous 2 miles Agrandir
Charles M. Blow @CharlesMBlow - 11:51 UTC · 2 avr.2020

Mon dieu, je vois une catastrophe se préparer
# COVID19Pandemic #RacialTimeBomb
Distribution de la population noire aux US en 2010 Agrandir

Il est assez évident d’après les cartes que les zones où vivent plus de personnes de couleur sont beaucoup plus durement touchées par la Covid-19 que les autres zones.

Une étude britannique publiée dans Nature qui a utilisé des données sur les soins de santé de 17 millions de personnes liées à quelque 11 000 décès de la Covid-19 a révélé que les personnes de couleur en Grande-Bretagne sont beaucoup plus susceptibles de mourir de cette pandémie :

Par rapport aux personnes d'origine ethnique blanche, les Noirs et les Sud-Asiatiques étaient plus à risque même après ajustement pour d'autres facteurs (HR 1,48, 1,30–1,69 et 1,44, 1,32–1,58, respectivement).

Un «Hazard Ratio» (HR) de 1,48 signifie que ces personnes étaient 48% plus susceptibles de mourir de la maladie que la personne moyenne.

Une observation similaire a été faite dans les usines américaines de transformation de viande :

Plus de 16 200 travailleurs des usines de transformation de viande aux États-Unis avaient été testés positifs à la Covid-19 fin mai et 86 étaient décédés, ont déclaré mardi les Centers for Disease Control and Prevention dans un rapport. [..] Parmi les cas qui ont affiché la race et l'ethnicité, 87% impliquaient des travailleurs appartenant à des minorités - les employés identifiés comme hispaniques représentant 56% des infections, même s'ils représentaient moins d'un tiers de la main-d'œuvre globale.

Il n’y a pas de différence biologique entre les différentes ethnies en ce qui concerne la Covid-19. Il n’y a pas de théorie scientifique qui attribue cela à d’autres causes que des problèmes sociaux – à savoir un faible revenu, un mauvais logement et un manque d’accès aux soins.

C’est une question de classe, pas d’identité. Les Noirs et les Hispaniques se trouvent dans la plus basse. Malheureusement, ni les Britanniques ni l’étude des CDC n’ont de paramètres concernant le revenu ou d’autres indicateurs sociaux. Je suis sûr qu’ils montreraient que les Blancs défavorisés ont la même chance de mourir de la Covid-19 que les non-Blancs vivant dans des circonstances similaires.

Oui, il existe un écart de salaire racial aux États-Unis. Mais l’écart réel se situe entre la croissance de la productivité et la croissance des salaires. Au cours des dernières décennies, ni les travailleurs noirs ni les travailleurs blancs n’ont connu d’augmentation substantielle des salaires. C’est un problème de classe.

 

Tous les salaires des travailleurs, indépendamment de leur genre ou race, n’ont pas cru en rapport avec l’augmentation de la productivité – Agrandir

Cet écart entre l’augmentation de la productivité et l’augmentation des salaires au bas de l’échelle a commencé à la fin des années 1970, lorsque les idéologues néolibéraux de Reagan et Thatcher ont introduit des politiques économiques qui favorisaient les 1% les plus riches :

De 1979 à 2018, la productivité nette a augmenté de 69,6%, tandis que le salaire horaire des travailleurs standards a essentiellement stagné, n'augmentant que de 11,6% sur 39 ans - après correction de l'inflation. Cela signifie que bien que les Américains travaillent de manière plus productive que jamais, les fruits de leur travail ont principalement profité à ceux qui sont au sommet et aux bénéfices des entreprises, en particulier ces dernières années.
Les revenus ont été largement partagés durant les premières décennies d’après-guerre, mais pas après – Agrandir

Les politiques d’identité concernant l’ethnicité, le sexe ou la préférence sexuelle sont essentielles pour cacher la véritable maladie de nos sociétés. Les différences entre les classes sont devenues extrêmes. Les riches sont devenus beaucoup plus riches tandis que ceux du bas n’ont rien gagné en terme de pouvoir d’achat.

La pandémie met en évidence les conséquences mortelles de ces politiques.

Aparté

Il est probable que Trump a commencé sa campagne pour mettre fin d'urgence au déconfinement après avoir remarqué que l'épidémie à New York a principalement touché la sous-classe noire. Ce n'était pas son peuple. Mais cette idée est fausse. Une épidémie, une fois lâchée pour faire avancer ses propres intérêts, ne fera pas la différence. Les pauvres seront les premiers touchés. Mais le virus ne s'arrêtera pas avec eux. On se demande combien de temps il faudra à Trump pour le comprendre.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

3 pensées sur “La pandémie révèle la véritable maladie de nos sociétés: l’inégalité de classe

  • 14 juillet 2020 à 10 h 55 min
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    Moon of Alabama était bien parti dans son analyse des véritables paramètres de cette pandémie instrumentalisée par les structures politiques (d’un grand nombre de pays) afin de reprendre la main sur la populace qui rechigne de plus en plus contre les conditions de vie et de travail qui lui sont imposés

    Mais Moon of Alabama a laché la proie pour l’ombre quand il a soudain diriger son regard vers la mascarade électorale en cours aux USA entre Républicain et Démocrate = deux partis de l’oligarchie – de la ploutocratie que Moon of Alabama aime bien qualifier d’État profond (sic)

    Il importe peu que les victimes de cette grippe – Covid-19 – proviennent des sections pauvres de la classe prolétarienne ou de la petite-bourgeoisie urbaine – ce qui compte avant tout pour les marionnettes politiques à la manoeuvre des structures politiques démocratiques bourgeoises est de confondre et de paniquer puis de rallier le plus grand nombre de votants autour de leur poulain brinquebaland ,

    En clair, la peur panique du virus sera-t-elle plus forte que la peur panique du chômage, de la dévaluation de la monnaie et de la faillite économique, des expulsions de résidence, et de la famine.

    Les démocrates font le pari que la terreur virale – bien entretenue autour des ridicules gestes barrières – (sic) leur donnera le pouvoir chez la petite bourgeoisie tétanisée et les Républicains font le pari que la terreur de la grande Dépression leur donnera le pouvoir parmi la classe prolétarienne qui malheureusement pour eux ne vote pas…

    Pour ceux que ça intéresse il ne vous reste plus qu’à suivre les « rating électoraux » au jour le jour aux USA et vous saurez quelle arnaque est la plus profitable

    Robert Bibeau

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