Démystification du berbérisme

Par Khider Mesloub.  Auteur du volume  Secouée par le Hirak : l’Algérie à la croisée des chemins. L’Harmattan. 2020.

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5.10.2020-BERBERES-ENGLISH-ITALIANO-SPANISH

Dans cette phase de crise multidimensionnelle, la question identitaire s’est de nouveau invitée sur la scène politique algérienne. D’aucuns s’étaient déjà engouffrés dans la brèche du mouvement du Hirak pour porter haut la revendication identitaire berbériste, cristallisée par le brandissement de l’emblème amazigh lors des manifestations contre le régime (1). Moyen et ruse ethniques de se démarquer du reste de la population « arabe » ou opportunité contestataire exploitée pour imposer l’idéologie berbériste sur la scène protestataire algérienne ou, plus gravement, opération commanditée par quelque opaque officine étatique pour dévoyer le mouvement populaire authentiquement moderne vers l’impasse politique et l’aporie identitaire ?

Ainsi, la question berbère s’invite-t-elle de nouveau dans le débat politique, envahit-elle l’espace public, curieusement dans un contexte de crise économique systémique historique requérant une lutte inscrite dans une perspective sociale et politique globale radicale (radicale : qui va à la racine du problème). Or, avec la complaisante résurgence des doléances communautaristes berbéristes, on assiste au dévoiement du combat politique, à la fragmentation du combat opérée par l’émiettement des revendications, à la relégation de la Question Sociale, phagocytée par la question identitaire. De même, avec l’essoufflement du Hirak, opportunément circonscrit à la faveur de l’apparition de l’épidémie du Covid-19, les islamistes, absents durant toute la période du mouvement du 22 février, redressent-ils leur immonde tête enturbannée pour tenter de coloniser l’espace public avec l’immuable agenda politique féodal axé sur leurs  obsessionnelles incantations religieuses.

Entre les partisans de l’identité berbère et les tenants de l’arabité ou arabo-islamisme de l’identité nationale, le conflit semble de nouveau ouvert pour mieux fermer définitivement la parenthèse du soulèvement populaire du Hirak.

Une chose est sûre : au sein des deux entités réactionnaires rivales, le berbérisme et l’arabo-islamisme, les postulats respectifs excipés pour définir l’identité nationale s’appuie sur une mystification de l’histoire. Particulièrement vrai pour la composante berbériste. Pour nous permettre d’éclairer le débat, un rappel historique sur l’origine et les fondements idéologiques du berbérisme est fondamentalement capital.

Il est communément admis que le berbérisme est né à l’étranger, avec le soutien de la main invisible de puissances occultes, avant d’essaimer en Kabylie, puis dans les autres régions de l’Algérie. En outre, le berbérisme a toujours été l’apanage de la petite bourgeoisie intellectuelle francophone. Dès l’époque de la lutte de Libération nationale, cette frange de l’avant-garde des révolutionnaires algériens a voulu placer son combat sous les auspices de la spécificité culturelle berbère de l’Algérie. Animée par un esprit laïque inculqué par l’école française, parfois d’obédience communiste (stalinienne), elle s’est érigée contre l’orientation arabo-islamique impulsée au mouvement de Libération nationale par la majorité des membres de l’organisation anticolonialiste. Vaincue au cours des années 1940, puis totalement effacée de la scène politique au cours des années de la guerre de Libération Nationale 1954/1962, la revendication berbériste resurgit au lendemain de l’indépendance. Portée par une minorité d’intellectuels établis en France et au Canada, la question berbériste prendra une dimension politique solennelle, notamment par la création de l’Académie berbère. Issus majoritairement de la Kabylie, ses principaux animateurs s’attelleront dès lors à élaborer une construction historique de l’Algérie totalement mythifiée. Ces berbéristes, issus pourtant d’un pays à l’histoire sans écriture, s’ingénieront à réécrire l’histoire de l’Algérie sur des fondements entièrement mythiques, voire falsifiés.

En effet, au cours de ces dernières décennies postindépendance, une histoire berbérisée à outrance de l’Algérie a réussi le tour de force de supplanter l’histoire officielle arabisée, tout autant tronquée, en vue de motiver la revendication identitaire berbère. Certes, la revendication linguistique berbère est légitime, mais elle ne doit pas autoriser la falsification de l’histoire de l’Algérie (et au-delà, du Maghreb) par les partisans de l’amazighité idéologique.

Sans conteste, ces dernières années, nous avons assisté à un véritable hold-up historique, perpétré par les berbéristes. Dans leur entreprise de récupération chauvine ethniciste, ils se sont livrés à une construction idéologique d’un récit historique berbériste totalement mythifié. Pour appuyer leur mystification, ils n’hésitent pas à user et abuser d’anachronismes. Ainsi, appliquent-ils sans vergogne des schémas de pensée contemporains à des réalités historiques antiques.

Parmi les plus grandes mystifications figure cet usage sémantique de la traduction du vocable « Amazigh » sous la locution « d’homme libre », en lui accolant une connotation politique contemporaine inappropriée et illégitime. Contrairement à la définition habituelle énoncée par les berbéristes, le terme Amazigh, s’il signifie bien « homme libre », ne peut pas être apparenté à l’expression actuelle moderne à l’évocation politique prononcée. Historiquement, il est établi anthropologiquement que les anciennes sociétés tribales, telles les berbères, se désignaient, pour se différencier d’autres tribus ennemies aptes à être donc soumises, par la locution « d’hommes libres ». « Hommes libres », par opposition aux autres hommes des autres tribus susceptibles d’être attaqués, soumis, dominés, réduits à l’esclavage, voire mangés.

Ce vocable ne peut donc pas être associé aux définitions contemporaines chargées d’une dimension politique propres aux sociétés démocratiques occidentales. Il n’a pas la valeur de l’acception moderne, théorisée par les philosophes et les législateurs contemporains occidentaux. Selon la terminologie juridique et politique bourgeoise, dans son acception large, l’appellation moderne « d’homme libre » renvoie au concept « citoyen libre » né avec les Révolutions française et américaine. L’expression renferme cette dimension politique de l’homme inaliénable, aucunement soumis à une divinité ni à un pouvoir royal absolutiste. Affranchi de toute sujétion aux pouvoirs religieux et politiques, « l’homme-individu-citoyen » affirme ainsi sa liberté de gouvernance dans une société démocratique. On est loin de la définition anthropologique tribale. Pourtant, la majorité des Kabyles, par ignorance historique, accolent encore aujourd’hui au vocable Amazigh la signification anachronique d’homme libre associé à sa définition moderne politique, autrement dit homme inaliénable, citoyen libre, pour s’auréoler de vertus démocratiques et d’esprit de liberté, prétendument ancrés dans les traditions et coutumes berbères depuis l’époque la plus reculée.

 

Un second exemple parmi tant d’autres : alors que tous les authentiques historiens s’accordent sur l’absence de royaumes unis et pérennes en Algérie, pays à l’époque éclaté en de multiples tribus constamment en guerre les unes contres les autres, les berbéristes s’échinent à tresser des légendes sur cette période antique romantiquement dépeinte comme une glorieuse époque, au cours de laquelle une « nation berbère » aurait librement existé, une « civilisation berbère » homogène se serait brillamment épanouie. Au reste, ces berbéristes n’hésitent pas non plus à confisquer l’histoire des « rois » fantoches berbères (souvent romanisés), qui, soit dit en passant, ont souvent réprimé les soulèvements des paysans amazighs, acculés à la révolte du fait de la politique d’expropriation des terres et d’exploitation forcenée appliquée par les classes dominantes esclavagistes romano-berbères de l’époque, par ailleurs majoritairement vassalisées par Rome.

De manière générale, s’il est un fait historique irrécusable, c’est l’isolement de la Kabylie du reste du territoire algérien au cours de ces derniers millénaires. Au cours de sa longue histoire jalonnée d’occupations étrangères, l’Algérie a été constamment colonisée. Toutes les régions du pays ont été conquises, excepté la Kabylie. Aucune puissance occupante, coloniale, depuis les Phéniciens jusqu’aux Turcs, en passant par les Romains et les Arabes, n’a jamais pu conquérir la Kabylie. Et par voie de conséquence, soumettre les Kabyles. Vivant dans un isolat, derrière les murailles montagneuses inexpugnables, la population kabyle a évolué dans une société tribale autarcique, qui lui a ainsi permis de préserver sa culture et sa langue jusqu’à aujourd’hui. En outre, cet enclavement a concouru à l’absence de participation de ces montagnards au développement politique et culturel du reste du pays. De fait, retranchés dans leurs montagnes, les Kabyles n’ont contribué nullement aux soubresauts de l’histoire algérienne. On peut affirmer, sans risque d’être contredit, que la majorité de tous les grands hommes et rares femmes, rois, hommes politiques, religieux, hommes de sciences et de lettres, artistes, ayant contribué au cours des deux millénaires écoulés au développement culturel et politique du pays ont été originaires de toutes les régions du Maghreb, excepté de la Kabylie. Depuis Massinissa, Juba, Jugurtha, en passant par saint Augustin, Tertullien, saint Cyprien, Kahina, jusqu’à Ibn Khaldoun et tant d’autres célébrités berbères, tous sont originaires de toutes les régions du Maghreb. Mais aucun n’est issu de la Kabylie. Pourtant, les berbéristes kabyles ont fait main basse sur ce patrimoine en accaparant, par une entreprise de récupération idéologique, les grandes figures historiques de toute l’Afrique du Nord.

Historiquement, seule la colonisation française a su conquérir la Kabylie, de tous temps inexpugnable. En effet, il aura fallu l’invasion de l’Algérie par la France pour voir la Kabylie intégralement envahie. Cette conquête a été obtenue grâce à la supériorité militaire et technologique de la France. L’armement perfectionné de la nouvelle puissance coloniale est venu à bout de la résistance des Kabyles, presque trente ans après la colonisation du reste du territoire de l’Algérie.

Pour la première fois dans l’histoire de cette région longtemps demeurée isolée, la Kabylie a été directement occupée par des troupes militaires étrangères. Cette intrusion va radicalement bouleverser la société tribale kabyle. D’abord soumise à une féroce colonisation et à de sanglantes répressions à chaque rébellion, la Kabylie sera ensuite l’enjeu d’une politique sournoise de « discrimination positive », pour la détacher des autres régions arabophones. Dans un but inavoué de division des Algériens, la « politique kabyle » (l’ancêtre du berbérisme mais aujourd’hui manœuvré par les différents clans du pouvoir algérien ou certaines officines des pays étrangers), initiée par la France coloniale, a consisté à présenter les Kabyles comme une population radicalement différente des autres habitants « arabophones » de l’Algérie. Par ses supposés traits physiques apparentés aux Européens, par ses ascendances ethniques pareillement prétendument « aryennes », par ses « racines religieuses » chrétiennes exhibées pour la cause coloniale, par la prétendue supériorité de son intelligence, par la modernité de sa mentalité, par sa soi-disant pratique souple et tolérante de l’islam, par son prétendu esprit laïque viscéralement inné, par ses traditions politiques congénitalement démocratiques, etc., la population kabyle s’est vue auréolée de toutes les vertus bourgeoises propices à son assimilation aisée à la culture coloniale et impérialiste française.

Cette propagande coloniale, propagée au sein de la société kabyle, continue malheureusement de provoquer des ravages, notamment parmi les berbéristes communautaristes et indépendantistes contemporains qui cultivent un irrédentisme fondé sur des stéréotypes tout droit dérivés des théories raciales répandues par les colons improvisés, qui ethnologues, qui anthropologues, qui historiens.

À l’évidence, seule l’occupation coloniale française est parvenue à ébranler la société kabyle. Par l’instruction scolaire rudimentaire prodiguée parcimonieusement par l’école coloniale, comme par l’émigration précoce kabyle à destination de la métropole française, les Kabyles ont amorcé la construction politique d’une conscience nationale algérienne. Cette émergence de la conscience nationale a permis aux Kabyles de former les premières organisations anticolonialistes, notamment en France, où ils étaient majoritaires dans l’immigration algérienne. Grâce à son affranchissement de la mentalité tribale, la société kabyle s’est arrimée, pour la première fois de l’histoire, à l’ensemble du territoire algérien. Solidaire du destin de l’Algérie, la Kabylie a concouru bravement à la lutte de Libération nationale. Aujourd’hui, elle fait partie intégrante de l’Algérie.

Cependant actuellement, à la faveur de la crise multidimensionnelle de l’Algérie, à la fois économique, politique et institutionnelle, une composante berbériste bourgeoise s’est engouffrée dans cette brèche pour, soit radicalement développer un discours irrédentiste, soit plus idéologiquement se livrer à une OPA linguistico-culturelle berbériste sur le reste de la population l’Algérie, majoritairement arabe depuis des siècles. Évidemment, chacun aura compris que la survie de la faction de la bourgeoisie algérienne est liée à la survie du particularisme kabyle qui, le temps venu, sera marchandé à sa valeur économique et politique.

À l’évidence, avec sa vision étroite et opportuniste, cette frange berbériste est incapable d’appréhender de manière objective la réalité historique algérienne. De son point de vue archaïque, l’Algérie (comme tout le Maghreb) est demeurée figée au même stade historique antique. Donc, l’Algérie est berbère (de toute éternité). Une société tribale figée est incapable de percevoir la société dans une approche historique dynamique, marquée par le perpétuel mouvement et le changement. Pour elle, la vie est un éternel recommencement du même cycle. Prisonnière d’une vision dominée par l’invariance et l’involution, elle appréhende l’histoire dans une optique statique. Aussi, aujourd’hui n’était-il pas surprenant que le berbérisme, émanation d’une société tribale, définisse la nation d’un point de vue ethniciste, à la manière des Juifs. Or, tout cela est un construit idéologique, culturel et politique, servant à justifier ses revendications pour une portion des redevances pétrolières, gazières, marchandes et agricoles.

C’est la raison pour laquelle le berbérisme ne peut intégrer les postulats juridiques et sociologiques modernes en matière de caractérisation d’une nation, fondée non sur une conception ethnique mais sur des axiomes juridiques et sociologiques capitalistes inscrits dans le droit international bourgeois. De là son intérêt à nier que la majorité des Algériens soit arabe, au sens culturel et linguistique du terme, pour monnayer ses revendications réellement politiques, notamment pour l’obtention de sinécures et des prébendes au sein du pouvoir algérien, ou de privilèges institutionnels au sein d’une « confédération kabyle », ou, encore mieux, d’un pouvoir au sein d’un État kabyle. Cette dénégation est symptomatique.

Quatorze siècles d’islamisation et d’arabisation de la société algérienne, et pourtant cette frange berbériste refuse d’admettre et de se soumettre à cette profonde mutation quasi anthropologique de l’Algérie. Avec sa conception racialiste tribale opportuniste, pour elle l’Algérie est demeurée « berbère » depuis la nuit des temps, et le demeurera jusqu’à la fin des temps, ou du moins jusqu’au repartage des prébendes nationales, assurant à la Kabylie une belle part du gâteau de la rente (du moins pour la caste privilégiée intellectuelle et affairiste kabyle hissée déjà à la tête des multiples mouvements berbéristes rivaux).

En vérité, c’est à cette frange berbériste de se conformer à ce fait historique de la transformation radicale de la société algérienne au cours des siècles écoulés, et non aux Algériens, depuis des siècles arabisés, d’épouser les postulats fantasmagoriques culturels et linguistiques de ces berbéristes intéressés, avides de pouvoir. Ces derniers doivent se défaire de leur conception doctrinaire ethniciste de la nation algérienne éternellement berbère. La nation se fonde sur des réalités historique, linguistique, culturelle, religieuse en perpétuelle transformation. Mais surtout, la nation se fonde sur un mode de production (aujourd’hui industriel – urbain – capitaliste) et des rapports de production (aujourd’hui bourgeois) en perpétuels bouleversements, sous les assauts non pas des luttes ethniques ou raciales, mais des luttes de classe.

Contrairement aux mystifications répandues par l’idéologie berbériste, déniant la factualité sociologique et culturelle arabe de l’Algérie, indéniablement la langue arabe comme la culture arabe sont constitutives de l’identité algérienne. La communauté algérienne, majoritairement musulmane depuis 14 siècles, a embrassé et la langue et la culture arabes. De ce fait, il est fondé historiquement et sociologiquement de définir, d’un point de vue civilisationnel, l’Algérie comme arabe. Mais là n’est pas la caractéristique fondamentale de la société algérienne moderne. La caractéristique essentielle récente de l’Algérie est d’être une société capitaliste-industrielle-urbaine. Elle est donc formée majoritairement de prolétaires ; les reliquats de paysannerie étant voués à disparaître. Y compris en Kabylie.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas à une minorité communautaire linguistique algérienne, d’obédience berbériste kabyle, de modifier cette réalité, de nier cette dimension culturelle et linguistique arabe de l’Algérie, au nom d’une conception ethniciste anachronique de la nation. La Kabylie fait partie intégrante de l’Algérie, avec ses spécificités linguistiques et culturelles qui doivent être préservées et reconnues officiellement. Cependant, le berbérisme kabyle n’a pas à verser dans une forme de politique linguistique et culturelle réactionnaire contre la majorité des Algériens arabophones contemporains, sommée d’abjurer sa personnalité et son patrimoine arabes, ou plus précisément arabes algériens.

Au demeurant, l’amazighité est un mythe. L’amazighité est une construction idéologique forgée par les berbéristes. Il n’a jamais eu d’existence historique. Certes, au cours de l’histoire millénaire algérienne (maghrébine), il a existé de nombreuses tribus « berbérophones », autrement dit amazighes. Mais les idiomes usités étaient très disparates d’une région à l’autre. Le vocable « berbère » est un terme générique. En raison de cette hétérogénéité linguistique, on ne peut parler d’une communauté amazighe, encore moins de l’existence d’une nation berbère (ce serait tomber dans l’anachronisme, les nations étant une création récente). Par conséquent, il n’a pas existé de peuple berbère, mais des tribus berbères hétérogènes, qui plus est constamment en conflits entre elles. De même, à plus forte raison, il n’existe pas de « peuple kabyle », population entièrement algérienne. On peut même affirmer, sans risque d’être contredit, que c’est grâce à la langue arabe, massivement diffusée concomitamment à l’islamisation de la société algérienne (maghrébine), que les tribus ont appris à communiquer ensemble. Et par voie de conséquence à pacifier leurs relations, à administrer « nationalement » le pays, par le truchement de la langue arabe, unique langue écrite. Ainsi, par-delà les divisions conflictuelles tribales, la langue arabe est devenue un vecteur de cohésion sociale et de référent identitaire « nationale » remarquables. De nos jours, la langue arabe est la langue maternelle de la majorité des Algériens. Cette réalité linguistique et culturelle arabe est inscrite dans l’histoire de l’Algérie. Aucune instance politique ou idéologique berbériste ne peut le contester ou le renier. L’arabité est consubstantiellement inhérente à l’Algérie. Et contrairement à la vision tribale racialiste berbériste aveuglée par l’ignorance, par arabité on entend la dimension linguistique et culturelle de cette réalité historique irréfutable.

La nation ne se définit pas par l’appartenance ethnique, comme le postule la conception tribale anachronique berbériste. La nation se caractérise par la communauté d’économie, de langue, de culture, de religion, de politique, de superstructure sociale (État), d’histoire, par la communauté des rapports sociaux, aujourd’hui majoritairement dominés par les deux principales classes antagonistes, le prolétariat et la bourgeoisie. Or, dans le cas de l’Algérie, ces composantes historiques sont concentrées dans l’arabité, au sens civilisationnel du terme et non ethnique. L’Algérien, par sa langue et sa culture arrimées depuis des siècles au monde musulman, est arabe. Et il n’y a aucune honte à l’admettre, ni aucune fierté à en tirer. C’est un fait historique et sociologique irrécusable.

Aujourd’hui, les petits-bourgeois berbéristes sont parvenus à culpabiliser la majorité des Algériens sur leur identité algérienne arabe, rendue honteuse, au point de les acculer à épouser les fantasmagoriques revendications amazighes désuètes et anachroniques, érigées en étendard national devant lequel chaque citoyen algérien doit se plier, comme une nouvelle religion, ou un nouveau totem comme avec l’« emblème amazigh » partout brandi comme le nouveau drapeau de l’Algérie. Or, cette forme de dictature symbolique exercée contre la majorité des Algériens est inacceptable et condamnable. Cependant, la réaction de l’État-major de l’armée lors des manifestations du Hirak s’appliquant à « surfer » à contre-courant sur cette vague réactionnaire en interdisant les symboles kabyles est toute aussi condamnable. Le prolétariat algérien doit refuser catégoriquement de se laisser entraîner sous l’une ou l’autre bannière réactionnaire (ni berbériste, ni islamiste, ni étatique, tant que ce le pouvoir demeure aux mains d’une classe dirigeante maffieuse despotique). Seul importe pour le prolétariat algérien son unité au sein d’une Algérie modernisée, par-delà les clivages artificiels religieux ou ethniques ; seuls doivent primer, pour lui, les revendications d’amélioration de conditions de vie et d’obtention de travail pour vivre dignement. Tout autre revendication à caractère religieux ou ethnico-linguistique est idéologique : elle ne sert que les intérêts de la classe dominante algérienne.

Les citoyens algériens d’expression kabyle, engagés dans la mouvance berbériste vindicative, doivent raison garder. Ils sont avant tout Algériens. Il faut bien admettre que ces fantasmagories identitaires sont tactiquement distillées par la bourgeoisie régnante pour briser l’unité de la classe prolétarienne algérienne unifiée. Effectivement, l’arme de la division ethnique est adroitement maniée par la bourgeoisie algérienne qui, ces dernières années, après avoir, un moment, promu l’islamisme comme ferment de division nationale et de diversion politique pour consolider sa domination vacillante, s’est mise à encenser le « nationalisme » (le terme communautarisme est plus adéquat) kabyle, en promouvant ses tribales revendications au rang de politique culturelle nationale. Cette politique berbériste, initiée par le régime de Bouteflika, pourtant longtemps ennemi impénitent de la Kabylie, justifiée au nom d’une soi-disant « communauté culturelle opprimée » et de l’exhumation calculée de racines amazighes de l’Algérie, constitue une véritable incitation à la division entre prolétaires « kabyles » et « arabes ». Voire un encouragement de la haine. Déjà en 1980, l’authentique résistance ouvrière et populaire des événements de Tizi-Ouzou avait été obscurcie et dévoyée par la propulsion de l’agitation universitaire et linguistique berbériste, assurément présente mais pas de manière déterminante.

En vérité, le paradoxe est que le « Kabyle est un Arabe qui parle kabyle ». En effet, rien ne le distingue, ne le différencie de l’Algérien arabophone. Excepté son bilinguisme. Les deux algériens (d’expression arabe et kabyle) partagent la même histoire, la même culture, les mêmes mœurs, les mêmes modes vestimentaires et culinaires, la même religion, les mêmes physionomies, la même exploitation au travail, la même aliénation de classe, le même mode de production capitaliste rentier mortifère, le même État répressif, la même marque de matraque assénée par le régime dictatorial honni, etc.

Cette fixation obsessionnelle sur la langue amazighe pour se démarquer des autres Algériens est pathologique (œuvre de manipulation du régime). Elle reflète un malaise civilisationnel. En vérité : la question berbère est un problème d’identité personnelle kabyle, qui ne concerne nullement les prolétaires algériens en harmonie avec leur identité culturelle algérienne arabe. Aussi, le berbériste, pour user d’une terminologie freudienne, ne doit pas se livrer à des projections en transférant sur l’ensemble des Algériens sa propre détresse identitaire, son désarroi culturel, son malaise civilisationnel provoqué par le délitement accéléré de son univers cloisonné archaïque, par l’évanescence de ses référentiels culturels antiques encore prégnants mais menacés de disparition par l’action dissolvante du capitalisme conquérant. La résistance révolutionnaire au capitalisme ne consiste pas à s’accrocher au féodalisme (que ce soit dans sa forme religieuse comme avec les islamistes ou ethnique comme avec les berbéristes), mais à transcender, à annihiler le capitalisme sous toutes ses formes, pour construire une Algérie moderne fondée sur l’égalité sociale et la démocratie horizontale autogestionnaire.

L’Algérie n’est ni berbère, ni « arabe », au sens ethnique du terme. Mais indéniablement arabe, au sens linguistique et culturel, autrement dit au point de vue civilisationnel. Et il n’y a ni orgueil à tirer comme le proclament certains algériens arabophones, ni honte à éprouver comme le confessent dédaigneusement nombre de berbéristes. Il faut assumer sereinement cet héritage culturel arabe, ce patrimoine civilisationnel arabe algérien avec sa spécificité culturelle.

L’Algérie est algérienne. Point final. La langue arabe littéraire (el fousha), seule langue normalisée et homogénéisée, est aujourd’hui sa langue officielle. La langue vernaculaire (dardja) est l’idiome national de tous les Algériens. Et la langue amazighe, langue minoritaire régionale, doit occuper la position linguistique qu’il lui revient de droit, à savoir langue secondaire destinée uniquement aux berbérophones établis en Kabylie. Pour les autres Algériens « arabophones » désireux d’apprendre la langue amazighe, il leur suffit d’ouvrir des écoles privées. En aucun cas, la langue amazighe ne doit être enseignée sur tout le territoire de l’Algérie, être imposée à tous les élèves algériens. Elle doit demeurer facultative, et non pas devenir langue obligatoire. Faute de quoi, c’est l’ouverture d’un nouveau front d’affrontements, de division entre prolétaires algériens, avec le risque d’un embrasement généralisé, transformé rapidement en guerre civile. Au reste, on se dirige inéluctablement vers cette guerre linguistique généralisée à tout le territoire. En effet, tandis que la langue amazighe a été reconnue comme langue officielle, la Kabylie s’est illustrée récemment par des mouvements de boycottage total de l’enseignement arabe dans les établissements scolaires. Quand va s’arrêter la surenchère revendicative linguistique et culturelle berbériste (en vérité tramée par une faction de la bourgeoisie du pouvoir algérien, engagée dans la guerre des clans pour le repartage de la rente) ? Quand toute l’Algérie sera démembrée, disloquée ? Balkanisée ? Libanisée ?

En tout état de cause, à vouloir imposer la langue amazighe à l’ensemble des Algériens dont la langue maternelle, depuis des siècles maintenant, est la langue vernaculaire arabe (dardja) et la langue administrative officielle, la langue littéraire arabe (el-fousha), n’est-ce pas ouvrir la boîte de pandore de l’oppression linguistique ? De fait, c’est transformer les berbéristes en oppresseurs par leur volonté de contraindre tous les Algériens à apprendre et à parler la langue amazighe.

Au reste, si l’on se limite juste au registre de la langue berbère, elle renvoie à une multitude d’idiomes disséminés à travers tout le Maghreb, marqués par des variantes très prononcées. Rien de commun entre les langues amazighes parlées de l’Algérie et celles des régions marocaines, libyennes ou nigériennes. Même en Algérie, les dialectes « berbères » sont hétérogènes. Quel dialecte amazigh va-t-on enseigner aux élèves algériens de l’ensemble du territoire ? L’idiome kabyle ? Le parler Chaouï ? Le dialecte touareg ou mozabite ? Pourquoi favoriser le dialecte kabyle au détriment des autres idiomes ? Pourquoi opter pour les caractères latins, comme l’appellent de leurs vœux les berbéristes complexés, au détriment de l’alphabet arabe pourtant fondement de la langue arabe propre à tous les Algériens ? La question est ouverte, la controverse jamais résolue et le problème potentiellement périlleux de guerre civile.

Au demeurant, à l’exemple du latin, langue originelle des langues française, italienne, espagnole et roumaine, le mot berbère est un terme générique pour désigner les multiples dialectes issus de ce substrat linguistique. Substrat linguistique disparu depuis des siècles pour laisser place juste à quelques idiomes fragmentés, concentrés dans certaines régions de l’Algérie et du Maroc. Entre temps, l’histoire impitoyable s’est chargée d’œuvrer à l’installation d’une autre langue associée à la religion islamique en pleine expansion géographique, la langue arabe. Par un processus historique naturel, contrairement aux assertions berbéristes d’une implantation rampante et forcée ou d’une imposition par les pouvoirs des califats, la langue arabe a fini par supplanter « naturellement » (économiquement) les multiples dialectes amazighs. Et au fil des siècles, elle est devenue la langue maternelle, vernaculaire, des Algériens, comme de la majorité de la population maghrébine. Il n’y a donc ni falsification historique, ni sentiment de trahison, ni de honte à qualifier l’Algérie de pays arabe, du nom de ceux qui ont apporté la nouvelle religion et converti les Berbères.

Pour illustrer notre thèse, nous nous appuierons sur l’exemple de la France. Chacun est informé que l’on désigne l’habitant de la France par le vocable Français. Cette dénomination ne suscite ni ne provoque aucune désapprobation, ne soulève aucune condamnation en France. Pourtant, historiquement les premiers habitants de ce pays furent les Gaulois. Puis, à l’époque romaine, il y eut des brassages de populations favorisés par l’émigration. Ce qui donna naissance aux Gallo-romains. Sans oublier les armoricains (les Bretons). Au lendemain de l’effondrement de l’empire romain survenu en l’an 476 de notre ère, la France vécut une longue période d’invasions provoquées par les fameux Barbares germains. Parmi les multiples tribus installées en France, la tribu des Francs se démarqua par son tempérament guerrier et son esprit conquérant. Cette tribu des Francs, arrivée tardivement dans l’Hexagone, était minoritaire comparé à la majorité de la population composée de Gaulois, de Gallo-romains, de Bretons, etc. Progressivement, elle étendait son influence. Puis elle prit les rênes du pouvoir royal, imposa sa lignée, convertit les autres peuples de l’Hexagone à sa nouvelle religion chrétienne. Et domina tout le territoire situé au nord de la France. En particulier Paris. Puis au fil des siècles, son pouvoir s’étendit à toute la France.

Pourtant, c’est cette tribu minoritaire, la plus barbare et sanguinaire, qui donnera son nom à ce pays gaulois devenu France, imposera son idiome à l’ensemble des autres régions, appelé français. Aujourd’hui, ce pays s’appelle la France et sa population parle le français (du nom des Francs). Et aucun habitant de la France descendant des Gaulois et autres tribus ne s’offusque qu’il soit désigné sous le vocable de Français (dont il est d’ailleurs fier), ni que son pays soit dénommé France, ni que la langue française soit langue nationale. Ce descendant de Gaulois, véritable autochtone de ce pays, ne trouve rien à redire sur sa francité. Il l’assume sans complexe et avec fierté. Pourquoi, en m’adressant aux berbéristes en particulier et aux Berbères en général (soit dit en passant : je suis originaire de la Grande-Kabylie et je parle couramment la langue kabyle), contestent-ils le caractère et l’identité arabes de l’Algérie ? Sinon par un vieux réflexe tribal ethnocentriste ou par un complexe moderne « arabophobe » alimenté par l’ancienne puissance coloniale française. De toute évidence, de mon point de vue, caractériser l’Algérie comme arabe est historiquement fondé si l’on retient, comme il a été souligné plus haut, en guise de définition de la nation, le principe juridique de communauté de langue, de religion, de culture, d’histoire et surtout d’économie. Et non pas la définition berbériste se fondant sur les concepts archaïques ethnicistes, raciaux, pour postuler l’appartenance nationale. En vérité, même l’ensemble des populations de l’Orient n’est pas « ethniquement parlant » Arabe. La majorité des habitants de ces régions est issue des multiples anciens peuples, tels les assyriens, cananéens, perses, phéniciens, pharaons, etc. Pourtant, par commodité ou fait accompli historique, ou plutôt pour des raisons historiques relatives à leur conversion à l’islam et leur appartenance à l’aire civilisationnelle arabo-musulmane, toutes ces populations se définissent comme Arabes, du nom du « peuple » promoteur et propagateur de la nouvelle religion islamique, par ailleurs colonisateur de leur pays. Tous ces respectifs peuples, définis aujourd’hui comme arabes, auraient pu, dans un délire collectif identitaire pathologiquement régressif, s’aventurer dans les revendications communautaristes pour réclamer le recouvrement de leur « identité autochtone préhistorique », qui « assyrienne », qui « cananéenne », qui « phéniciennes », etc. Or, tel n’a jamais été le cas.

En réalité, dans ce stérile débat sur l’authenticité de l’identité nationale de l’Algérie, définie par les uns comme amazighe et arabe pour d’autres, le clivage est superflu, superfétatoire. De manière générale, si on se place au plan de la définition du droit international, la nation se caractérise de la manière suivante : communauté de langue, de culture, de religion, d’histoire. Sur ces fondements-là, on peut affirmer que l’Algérie est arabe.

De manière générale, tout comme l’approche islamiste moyenâgeuse passe sous silence la période antérieure à l’établissement de l’islam en Algérie, la vision étroite berbériste évacue d’un revers de main la période postérieure à l’Antiquité berbère. Or, depuis lors, l’Algérie s’est islamisée, arabisée. Culturellement transformée. Sa berbérité s’est diluée. Sa personnalité évoluée. Son identité transmuée. Sa population transfigurée. La langue maternelle de 80% d’Algériens est depuis des siècles l’arabe. Aussi, vouloir définir l’Algérie par ses prémices berbères, c’est comme vouloir appréhender l’homme adulte par ses caractéristiques enfantines. Cet homme adulte est certes doté toujours du même corps verticalement grandi, mais n’est plus pourvu des mêmes attributs psychologiques, intellectuels, culturels. Ses dispositions enfantines et infantiles se sont diluées pour laisser place à une personnalité mature radicalement différente, transfigurée. De même pour l’Algérie moderne. La berbérité a reculé. L’arabité a avancé. Deux phénomènes historiques concomitants gravés naturellement sur le visage de l’Algérie. Ainsi, la configuration historique de l’Algérie s’est métamorphosée. C’est la loi de l’évolution. Tout est mouvement, changement. Rien ne demeure à l’état initial ni de l’état initial. L’Algérie d’aujourd’hui n’est pas la même que celle d’hier. L’Algérie de demain ne sera pas la même que celle d’aujourd’hui. En vérité, les berbéristes sont restés prisonniers du culte des ancêtres, qu’ils veulent imposer à tous les Algériens, comme les islamistes sont prisonniers d’un culte mortifère d’un islam moyenâgeux qu’ils veulent imposer à tous les Algériens. Les berbéristes, avec leur étroite vision tribale, sont incapables de chausser les lunettes de l’objectivité historique moderne pour saisir l’anachronisme de leur conception de l’histoire de l’Algérie. Leur cécité historique les empêche d’avoir une vue moins étriquée de l’Algérie. Une Algérie sur laquelle ils projettent leurs fantasmagoriques récits mythiques exhibés en guise de construction statique et immuable de l’identité nationale algérienne réduite à sa plus simple expression, à savoir la langue amazighe, érigée en héritage général et éternel de l’Algérie.

Campés obsessionnellement sur cette phase antique de l’histoire mythique « berbère » révolue, les berbéristes éprouvent des difficultés à admettre que l’Algérie s’est profondément transformée ; qu’elle a changé de mode de production, de rapports de classe, de classes dominantes et dominées, d’époque ; qu’elle a évolué sur les plans culturel, linguistique, religieux, etc.

Quoi qu’il en soit, au-delà de cette controverse stérile, le capitalisme s’est appliqué depuis longtemps d’éroder toutes les identités particulières archaïques, les particularismes régionalistes. Aujourd’hui, le découpage des identités s’établit sur des fondements de classes sociales et non sur des catégories ethniques ou religieuses. Aussi, en Algérie, comme dans tous les pays capitalistes, la définition sociologique d’un individu s’appuie sur son appartenance sociale. Or le capitalisme a donné naissance à deux catégories sociales principales : la classe capitaliste et la classe ouvrière (ou prolétariat). Aujourd’hui, chaque individu est assigné à cette catégorie sociologique, à l’une des deux principales classes antagonistes existantes. Par-delà son appartenance nationale, ses origines « ethniques » ou sa religion, aujourd’hui l’Algérien se définit d’abord par son assignation sociale, sa condition sociale, ses intérêts de classe par ailleurs identiques entre l’Algérien « kabyle » et l’Algérien « arabe ». Toute division ethnique établie entre prolétaires algériens est le fruit de l’idéologie dominante qui œuvre à l’éclatement de l’identité algérienne populaire commune.

En conclusion, toute l’idéologie berbériste est fondée sur une mystification et une mythification de l’histoire. Alors que la Kabylie est demeurée durant des siècles hors histoire (de l’Algérie et, au-delà, du Maghreb, rançon de la survie de sa culture et de sa langue), aujourd’hui, nous assistons à l’usurpation de l’histoire de l’Algérie, perpétrée par les berbéristes pour appuyer ou leur projet irrédentiste, ou leurs revendications identitaires linguistico-culturelles anachroniques communautaristes. Cette déformation de l’histoire nationale algérienne à des fins indépendantistes ou communautaristes doit être radicalement rejetée, dénoncée par le prolétariat algérien. En outre, en accaparant les personnalités historiques berbères de l’Afrique du Nord, toutes originaires de toutes les régions du Maghreb, les berbéristes kabyles se livrent à un véritable hold-up mémoriel et patrimonial : ils travestissent outrancièrement l’histoire de l’Algérie.

Certes l’Algérie a été berbère, tout comme la France a été gauloise. Mais aujourd’hui, linguistiquement et culturellement, l’Algérie est arabe, comme l’ancienne Gaule est aujourd’hui linguistiquement et culturellement française. Et aucun Français ne conteste ce fait historique, cette réalité sociologique. En Algérie, les berbéristes refusent cette évidence historique, cette réalité sociologique. En raison de leur vision tribale, de leur attachement atavique à leurs particularismes ethniques et de leur culte morbide des ancêtres, ils ne peuvent s’arrimer au projet de construction de l’identité nationale algérienne moderne avec sa dimension historique arabe.

En tout état de cause, ce n’est pas aux prolétaires algériens de satisfaire les caprices ethnocentristes des berbéristes contre le principe de réalité historique algérien, mais aux berbéristes de se défaire de leur ethnocentrisme sclérosé capricieux pour rentrer dans la réalité historique algérienne en perpétuelle transformation, en pleine mutation, modernisation.

 

Khider MESLOUB  

 

(1)  Par Khider Mesloub.  Secouée par le Hirak: l’Algérie à la croisée des chemins, les Éditions l’Harmattan.
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Robert Bibeau

Auteur et éditeur

2 pensées sur “Démystification du berbérisme

  • 5 octobre 2020 à 21 h 01 min
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    Cher Khider,

    Vous faites bien de citer l’exemple de la France, et la France comme vous savez est aussi un grand pays de tourisme et d’une multitude de cultures diversifiées et mises en valeur au Nord comme au Sud, a l’Est comme à l’Ouest, parfois avec des identités et cultures locales très prononcées, parfois avec les dialectes locaux qu’un Parisien ou un Français lambda n’y comprendrait que dalle, et parfois juste avec les accents provinciaux et cachets qui font tout le charme et la singularité de chaque région…bref, tout ceci s’exprime et se partage et se transmet en toute liberté et fait même l’objet d’intérêt pour les chercheurs et les amateurs a la fois… et si tout ceci est très bien incorporé dans une industrie de tourisme plus que centenaire maintenant et a fini par instaurer en France une politique de la culture et du patrimoine des plus poussées et des plus rigoureuses au monde, cela n’empêche pas les citoyens Français de telle ou telle souche de ressentir une familiarité ou avoir une préférence pour une région et sa culture plus qu’une autre, et même si tout ceci se fait et se transmet en bon français langue commune de tous les citoyens Français, cela n’empêche pas non plus que des régionalismes qu’ils soient corses ou italiens, ou espagnols ou autres d’avoir une inclinaison et des revendications identitaires ou même territoriales aussi qui soient politiquement poussées et presque indépendantistes quand ils ne le sont effectivement pas ! il faut dire que la pilule du tourisme adoucit les moeurs aussi !:))) et finit donc par transformer ce qui peut paraitre conflictuel en patrimonial et richesse et mosaique etc… adoucissant le vivre en commun et l’acdeptation de l’autre. Or que l’Algérie, non pas a cause de la volonté de sa population, mais plutot a l’encontre de sa volonté par des régimes renfermés, a verrouille le pays au tourisme ay même titre de l’avoir plongé dans la dépendance aux rentes d’hysdrocarbures ! en j’aimerais rajouter entre parenthèses ici, que les thèses islamistes justement qui taxent les pays ouverts au tourisme comme des pays de prostitution et de chest pas quoi me font vraiment rire ! car on a probablement moins de prostitution dans les pays fermés au tourisme certes, mais a la place on a des sociétés qui prétendent au puritanisme le plus tordu, et a l’alliénation de la société dans un carcan nationaliste fermé aux etrangers, et un chauvinisme tout aussi radical qui ne présage rien de bon pour le vivre ensemble ! les exemples de par le monde existent, et ils sont souvent violents ! des ex républiques russes, ou de l’europe de l’Est aux pays asiatiques dirigés hier par les juntes militaires, le risque d’éclatement soudain des problèmes ethniques y devient plus elevé justement a cause du maintien des differences trop longtemps sous une chappe de plomb ! mais cei est un autre sujet….

    Au Maroc, par exemple, l’essor de l’industrie du tourisme a renforcé les attraits culturels, comme il a renforcé le cachet andalou de certaines villes, ou le cachet bledard campagnard a la bonne franquette de certains patelins Arabes aussi, sauf que lorsque il a été question un jour ou tout au long de ces 70 ans d’indépendance, d’attribuer a chacun son apport à cette culture du pays, le tourisme aidant, on a dû faire de douloureuses concessions aux berbères, le tagine en terre cuite, le couscous, le travail de la laine, des tapis, de l’artisanat en général ou des médecines douces et des herbes de montagnes et autres concoctions traditionnelles, on a dû les concéder a la tradition berbère :))) et bien que le tapis bourgeois de Fes ou de Rabat, purement Arabe, riche, lourd, tres beau, c’est pas ce qui clique chez les européens ou même chez les marocains car au diable les tendances bourgeoises vieille école Arabe, et tout le monde recherche la touche  »ethnique » le Tapis  »Tahenawet » ou  »Azilal » ou  »Asni » qui eux se vendent aujourd’hui des fortunes aussi bien aux locaux qu’aux fins connaisseurs étrangers, souvent vieux de 1 siècle ou plus, et souvent contrefait car fait a la hâte puis étalés sur les terrasses pour prendre la patine du temps pour être revendu des fortunes !:)) Bref, tout ceci pour dire que cet essor du tourisme européen mais national aussi depuis toujours (le tourisme intérieur est très dynamique depuis avant même la colonisation) a fait que la pilule de l’acceptation des revendications Amazighs est mieux passée partout ! le modèle reste donc a réinventer au complet, et ce qui est certain, est que le modèle arabe ou plutôt panarabe classique est rejeté pratiquement partout tant il n’a pas fait preuve de créativité et d’ouverture même dans les programmes scolaires de base ! Encore plus grave, on a attribué l’échec de l’enseignement aujourd’hui a l’arabisation que vous connaissez bien en Algérie aussi, au point de diviser profondément le corp d’enseignants et d’universitaires car on a imposé depuis les années 80, l’enseignement des mathématiques et des matières scientifiques en Arabe ! or que, la langue Arabe, ayant hérité ses défaites politiques et géostratégiques et donc académiques et scientifiques depuis des siècles, non seulement tardé a se mettre a jour sur le plan de la terminologie technique et scientifique, mais elle tend aussi comme beaucoup de langues vivantes de par le monde a ne plus avoir de perspectives scientifiques dans la mesure qu’elle se limite au monde Arabe, et que la majorité des ouvrages sont dans les langues européennes, avec l’anglais qui trône au dessus de tous lorsqu’on parle de bibliographie et d’ouvrages dans toutes les disciplines, les plus achevés a ce jour dans le contexte de L’enseignement ! La crise de l’enseignement est au centre des revendications politiques au Maghreb comme vous savez, tout comme tous les Hiraks qui se déroulent dans notre région, insistent en fait sur trois ou quatre éléments essentiels : l’enseignement, la santé, la distribution égale des richesses et le développement régional des zones oubliées ou marginalisées !

    Aujourd’hui au Maghreb, ces revendications berberistes coïncident en fait avec d’autres revendications tout a fait nouvelles, celles qui tournent autour du projet de société et du modèle de développement qu’on veut, certains réclament qu’on bannisse le français et la francophonie lui attribuant tous les torts depuis au moins 30 ans et citant l’Afrique francophone comme ultime exemple d’échec et de maintien des régimes en place, réclament une  »anglicisation » de l’enseignement supérieur et même a partir du primaire, et face a eu, les islamistes arabisants réclament le maintien de l’arabisation comme moyen de protéger  »la souveraineté de la langue arabe » et l’identité arabe ! beaucoup de berbères ou Amazighs par contre ne reconnaissent plus la langue arabe, ne veulent plus l’enseigner a leurs enfants et prêchent la langue ou le dialecte maternelle, et la langue vivante européenne pour les etudes et la carrière !

    Ce chaos de revendications en tous genre trouve en réalité sa cause dans le bordel foutu par des générations d’hommes au pouvoir qui ont tous oeuvré pour les régimes et leurs maintien en place et rien d’autre, ils ont jamais oeuvré pour le peuple ! et c’est donc pas étonnant que lorsqu’on a marginalisé des pans entiers de la société, arabe comme amazighs, comme branches afro maghrébines dans le sud du maghreb, les maintenant dans des conditions souvent indignes, fait resurgir l’ensemble du peuple aujourd’hui chacun tirant la corde de son côté lorsqu’il s’agit de revendications culturelles, mais croyez-moi, il y a eu rien qu’au Maroc ces dernières années des manifs quotidiennes soit devant le parlement soit dans les villes du pays et les campagnes pour tout et n’importe quoi ! les grèves, et les Sit-in, sont devenus tellement nombreux qu’on pourrait facilement dénombrer des centaines rien que classées par genre ! on ne parle même pas des défis de l’eau potable et de la gestion des déchets ménagers qui aujourd’hui elles aussi font sortir les gens par milliers en plus des prix des factures de l’électricité ou des denrées (trois a quatre fois plus elevés que dans un pays comme le Canada avec le revenu que l’on connait dans nos pays) ! bref,….

    l’Algérie a mon avis a travers son hirak aujourd’hui ne fait que commencer sa révolte populaire et ses manifs sur tellement de sujets aussi, le berbérisme n’est en fait qu’un sujet parmis d’autres qui ne risque pas de l’emporter sur les autres de sitôt lui non plus ! car a la fin de la journée, toute cette ferveur populaire est a la recherche d’un statut dans la dignité et instaurer des règles transparentes pour le peuple qui a perdu confiance dans les elites et les politiciens ! si vous rajoutez a cela les prix des denrées et la coût de la vie, vous obtiendrez des revendications indépendantistes de tout le monde ! Qui aurait pu croire qu’Alger par exemple ou les grandes villes d’Algérie hier encore parmi les plus abordables pour le logement et le prix de ces derniers, a rejoint finalement les capitales africaines où le prix du mètre carré n’a rien a envier aux capitales européennes ! la flambée des prix, des terrains, du foncier est générale aujourd’hui ! et comme me disait un jour un type que je connais bien en lui parlant de mon rêve de m’acheter un terrain au bled, il m’a dit, bonne chance pour que tu ne te fasse pas trucider par des voisins jaloux et ayant pour coutume de refuser les étrangers ! en me donnant le conseil, aujourd’hui on achète pas la terre, on achète le voisinage, la commune, les pratiques, et l’environnement, et si tu es chanceux tu pourra trouver tout ceci dans un coin civilisé !

    la situation économique et sociale du peuple est explosive voilà donc la réalité ! les revendications berberistes ne sont qu’une manifestation de cette réalité ! les Amazighs ne bouillonnent pas parce que leurs langues sont menacées, mais parce que leurs survie l’est par contre, le travail et le chômage, la dynamique économique, etc… c’est ca le coeur du problème ! ils sont d’ailleurs tous formé dans les universités ou les écoles du pays en arabe et en français et ont le même bagage culturel a la difference qu’ils essaient de faire jouer la différence culturelle amazigh pour obtenir plus de faveurs du pouvoir centralisé et idiot ! d’ailleurs combien de fois, on a pas cessé de montrer l’exemple de l’Espagne en exemple, ou le miracle espagnol grâce a la régionalisation, combattue par le pouvoir centralisé dans nos pays !

    Il est donc aujourd’hui question de réformes qui touchent a tous les secteurs de l’économie et de la société et de la politique…. et c’est justement en essayant de sauter sur ces opportunités que tout le monde y va de sa cause… et vous me donnerez raison pour dire que sous les régimes actuels il n’y a aucune réformes possible, ni aucune réelle perspective de changements profonds tant et aussi longtemps qu’une poignée de  »princes » se croyant inféodés de pouvoirs par la tradition politique ou culturelle ou bourgeoise, sévissent et continuent de confisquer le pouvoir ! c’est vraiment pas compliqué !

    Les mouvements berberistes les plus radicaux savent très bien tout ceci, ils ne font que mettre l’huile sur le feu, non pas pour attiser les haines ou espérer la guerre civile, mais pour obtenir les grâces du peuple qui fabrique l’opinion publique et la dirige et dessine les contours du pays qu’il veut jour après jour ! et c’est toujours mieux que de réclamer un modèle islamiste ou religieux… je dirais même que ca contrebalance cette revendication islamiste dans sa radicalité elle aussi ! il faut dire que la remise en question de la religion en général au Maghreb y est pour beaucoup aussi, car les mouvement laics sont de plus en plus visibles et actifs et radicaux aussi, pour pouvoir exister dans ce chaos de traditions et de conservatismes de tous poils ! a l’image de la société qui éclate en même temps sous l’effet de la mondialisation et des rapports sociaux complètement chamboulés, et rapports entre sexes qui le sont tout autant ! l’éclatement de la famille, la montée en flèche des divorces, la liberation sexuelle, aussi, le pouvoir des féministes qui explose aussi fait que le Maghreb est livré cette fois a lui même, pour inventer son modèle de société, veut veut pas, il devra faire des choix et s’entendre dessus en garantissant des droits aux minorités de toutes obédiences et couleurs etc !

    et pour finir, je vous dirais que les Amazighs les plus savants, universitaires, et les plus conciliants et ouverts d’ailleurs qui ne revendiquent rien du tout sont ceux qui nous apprennent qu’il n’y a pas en réalité de pays arabe ou zones arabes au maghreb, puisque toutes ces zones ont de tout temps été amazighs, berberes, des plaines côtières aux montagnes aux collines désertiques, il y a toujours un nom ou une appellation d’origine berbere, comme d’ailleurs nos dialectes arabes, qui sont le fruit d’un mix entre la langue arabe bledarde et classique, et les dialectes berbères en plus des langues du sud de l’europe ou de la france aujourd’hui ! il faut aussi faire attention aux incidents de l’histoire qui ont fait que parfois on a déplacé des populations et on les a remplacé par d’autres, car l’immigration arabe au Maghreb n’a jamais cessé jusqu’au 18ème siècle ! et donc si certains amazighs aujourd’hui utilisent le fait qu’ils aient pu conserver leurs langues et leur tradition orale depuis des siècles en plus de montrer du doigt des vagues successives d’immigration arabe sur des siècles pour ramener un  »islam » que certains remettent en cause de plus en plus, ceci tombe a point pour eux pour questionner le modèle de société qu’ils veulent ou qu’il faudrait selon eux ! bien que je vous donne raison des tentatives de la France coloniale de diviser arabes et berbères depuis le debut de la colonisation, en Algérie depuis le 19ème, et au Maroc depuis le fameux  »Dahir berbère » de 1930 sous le général Lyautey, ou décret berbère de 1930, ces tentatives se soldaient avec des échecs ! Mais remarquez que l’administration coloniale française a toujours oeuvré ainsi pour faciliter ce qu’elle a appelé  »la pacification » des tribus car certaines ne voulaient se rendre qu’après des guerres qui ont duré jusqu’à la moitié des années 30 au Maroc, Les espagnols feront de même au Rif entre 1914 et 1930, puis plus tard envers les Sahraouis au sud lorsque le movement de résistance les a rejoint dans les années 50 et ils ont donné aux espagnols du fil a retordre pendant des années jusqu’a ce que l’espagne appelle la France a la rescousse en 1958 pour les bombarder massivement et associer le pouvoir du Makhzen a son aventure qui créera un sentiment de trahison chez certaines tribus du sud devenues plus tard divisées entre indépendentistes et autres faisant allégeance au makhzen marocain ! (bref ceci est autre histoire qui fut montée de toutes pièces a cause encore une fois de la nature du régime politique et ses pratiques )

    Je crois au final que ce qui se passe aujourd’hui en Algérie, finira justement par susciter les débats qui ne l’ont pas été depuis longtemps c’est tout ! car il y a une nette difference lorsque c’est le régime qui veut susciter des débats et les animer et les contrôler comme maintenant, et lorsque c’est le peuple qui s’approprie ces débats et les mène a bout jusqu’à l’obtention de compromis ou l’aménagement de compromis sociaux necessaires ! il en va de même pour les questions économiques, sociales et politiques et pas que culturelles ou ethniques.

    Amicalement !

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  • 6 octobre 2020 à 12 h 16 min
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    Ceci dit je comprends tout a fait et respecte vos positions en général et sur un certain nombre de points dont vous faite une lecture savante et livrez une analyse très juste. mon unique perspective en ce qui me concerne est de ne pas trop croire a la superficialité de ces revendications tant elles sont en réalité ancrées dans le même esprit des revendications sociales et politiques en réalité… et finissent par s’aligner comme on a vu au Maroc avec les autres et diverses causes du peuple qui tirent toutes leur légitimité du vécu, des pratiques, des réalités sociales complexes et des crises permanentes sociales qui frappent nos pays.

    Quelque part, et lorsque je suis ce qui se passe en Algérie, je suis plus optimiste pour ce grand pays que je ne le suis pour le Maroc, dans la mesure que tout y est encore a refaire, ou vierge, malgré l’enracinement de l’administration et ses pratiques ou de la corruption et des vieilles pratiques reliées aux anciens régimes, et malgré les tentatives de division et de morcellement politiques tentées par les partis de l’administration ou ceux des anciens quadras et autres découpages politiques et électoraux en carton, ou encore les récupérations que tentent les islamistes dans un contexte géopolitique arabe des plus instables et explosifs, il fait chaud au coeur de voir en réalité les Algériens de toutes les générations respirer l’air libre et exprimer leurs causes et aspirations sociales et politiques véritablement pour la première fois en se fichant pas mal des tentatives de quadrillage et de muselage que tentent encore désespérément les partis administratifs ou l’administration héritée de l’ancien système ou encore la presse aux ordres qui sévit encore et tente de récupérer ou orienter les débats et perpétuer les  »traditions » politiques de l’ancien système. Les Algériens qui se trouvent être un peuple intelligent, combatif, bourré de ressources et d’expérience aussi, de toutes générations, que ce soit a l’Intérieur du pays ou depuis les diasporas qui se sentent hautement concernées par les véritables question d’essor social et politique du pays sont aujourd’hui sur le qui vive, et n’achètent pas aussi facilement tout ce qu’on essaie de leur vendre.

    Lorsqu’on sait qu’il a fallu à un pays comme la France attendre un siècle après 1789 pour enfin aboutir à des réformes constitutionnelles dignes de ce nom et entériner enfin les véritables lois parlementaires et se défaire enfin de l’héritage monarchiste…et lorsqu’on sait aussi que l’histoire fourmille d’exemples où pratiquement aucune transition démocratique ne s’est faite sans heurts majeurs et sans effusion de sang, et qu’il y a eu tout de même des exceptions, comme l’Espagne, et plein d’autres pays, on se dit que la région du Maghreb conserve toutes ses chances pour une transition démocratique demain qui se fasse sans heurts majeurs, ni déstabilisations majeurs, mais qui comme toutes les autres transitions, demandera assurément du temps et prendra le temp qu’il faudra, on se croise les doigts et on espère le mieux pour nos peuples !

    Quant au Maroc, la situation est un peu plus complexe du fait que le pays est saturé par le Makhzen et ses pratiques, et l’espoir que fondaient les Marocains sur ce jeune Roi qui leur promettait une transition démocratique en douceur sont tous parti en fumée depuis qu’il s’est attelé a la restauration du régime féodal qui caractérise son règne ! et qui vivra verra !

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