Tunisie: Kaïs Saïed, président, par la volonté éclatante du peuple souverain

Par René Naba. En collaboration avec Madaniya.     

Madaniya.info consacre un dossier en deux volets à la Tunisie à l’occasion du premier anniversaire de l’élection de Kaïs Saïed à la présidence de la République et du décès de l’un de ses prédécesseurs de sinistre mémoire, Zine el Abidine Ben Ali ; deux faits survenus en septembre 2019.

KAÏS SAÏED  : PRÉSIDENT, PAR LA VOLONTÉ ÉCLATANTE DU PEUPLE SOUVERAIN.

«As Chaab Yourid» – «Le peuple veut….»

Par Jaafar Al Bakli
Universitaire tunisien, chercheur sur les questions de l’Islam, spécialiste de l’histoire politique des pays arabes, notamment les pays du Golfe. La liste de ses contributions se trouve à la rubrique «Auteur» du site https://www.madaniya.info/

Adaptation en version française par René Naba, directeur du site https://www.madaniya.info/

L’élection de Kaïs Saïed  à la magistrature suprême en Tunisie a constitué une divine surprise. Plébiscité, ce président inconnu du grand public est apparu comme un homme providentiel, dont l’élection a mis fin à une longue dépossession du peuple tunisien et la confiscation du pouvoir par une caste politique dont les errances ont accentué la précarité de sa population.

Le peuple tunisien a élu Kaïs Saïed  président de la République car il souhaitait vivement la chute d’un régime qui se trouvait effectivement dans une phase de disparition.

1 – Le sketch de la caméra cachée «Le séisme».

Un jour d’été, il y a six ans de cela, en 2013, Kaïs Saïed  s’est rendu à un studio d’une station radiophonique en compagnie du journaliste Al Hadi Zaïm. La conversation a porté sur la loi électorale tunisienne.

D’une voix sonore, le professeur de Droit Constitutionnel a développé ses vues sur un sujet qui lui est cher quand soudainement, la terre s’est mise à trembler. Kaïs Saïed ne prêta guère attention à la secousse. Il poursuivit son raisonnement comme si de rien n’était.

Quelques minutes plus tard, la terre trembla à nouveau. La secousse était plus forte. Les murs du studio ont tremblé. Des vitres se sont brisées. Des cris et des pleurs ont éclaté dans les locaux de la station «Mosaïque». Le journaliste a tremblé de peur et de panique, tandis que l’universitaire demeurait sur son siège, impassible, sûr de lui, rempli de confiance en soi, un sourire illuminant son visage, alors qu’il n’était pas réputé pour être un homme sociable et affable.

En fait, le séisme n’était pas réel, mais provoqué. Il s’agissait d’une séquence de «Caméra Cachée» produite par la station à l’insu de son hôte. Lorsque le sketch «Le séisme» a été diffusé sur les écrans de la télévision tunisienne, au mois du Ramadan, il rencontra un grand succès d’audience. Il a été, en effet, loisible aux téléspectateurs de comparer l’attitude des divers participants à cette séquence.

L’un d’eux sera candidat à la dernière compétition présidentielle et la comparaison n’a pas été à son avantage. Saisi de panique, ce futur candidat a suscité la pitié des téléspectateurs.

Contrairement aux autres participants, Kaïs Saïed a fait preuve d’une grande maîtrise de soi qui a surpris les producteurs de la séquence. Kaïs Saïed avait en effet déduit que la succession des secousses ne relevait pas d’un phénomène sismique naturel. Il a incliné à penser qu’il pourrait s’agir d’un phénomène simulé, provoqué. Sa perspicacité lui a valu de conserver son calme et du même coup, l’estime des téléspectateurs.

Peu de Tunisiens connaissait à l’époque Kaïs Saïed avant la diffusion du sketch, qui a servi de révélateur au comportement de ce respectable universitaire.

Le sketch était bref et Kaïs Saïed était tombé entre-temps dans l’oubli. Une brève séquence télévisuelle ne saurait, à elle seule, permettre au citoyen de se forger une opinion définitive sur un personnage; ni, plus tard, expliquer l’affluence et l’enthousiasme des Tunisiens à l’élire et leur joie à l’annonce de sa victoire éclatante. Une joie jamais égalée auparavant.

Beaucoup de motifs ont été avancés sur les raisons qui ont présidé au choix des Tunisiens d’un homme de principe, sincère, loyal, sérieux, modeste, propre et pondéré.

Les Tunisiens n’ont pas élu Kaïs Saïed pour les qualités précités. Ils l’ont choisi car ils pressentaient qu’il sera un bienfait pour eux et que son mandat constituera une claire rupture avec un régime qui les a saigné; Une claire rupture avec une caste politique qui a monopolisé le pouvoir pendant 60 ans, dont les Tunisiens ont pu constater la stupidité, la superficialité et la morgue et l’échec.

2 -Bourguiba: L’impudence et l’arrogance.

Un homme sans la moindre limite.

Père de l’indépendance tunisienne, Habib Bourguiba, alias le «combattant suprême», a gouverné la Tunisie pendant 30 ans, donnant de lui l’image d’un exemple singulier de dirigeant.

Avocat de formation, l’homme était affligé d’une interventionite aigüe, intervenant à tout propos et hors de propos, n’hésitant pas à patauger sur des sujets qu’ils maîtrisaient, et, avec la même fougue, sur les sujets qu’ils ne maîtrisaient pas du tout. Il n’hésitait pas à alimenter la polémique, proférant bêtises et stupidités et paroles insensées. Il ne cessera ses interventions intempestives que lorsqu’il aura été frappé de la maladie de Parkinson.

A – Les insultes légendaires de Bourguiba

Un homme sans la moindre limite. Il ira jusqu’à insulter son premier ministre Bahi Ladgham, le qualifiant, publiquement, de «tête d’âne», une autre fois d’«idiot».

Pris de sympathie pour Ahmad Ben Salah, un membre de son entourage, il le gratifiera d’un trait de quatre portefeuilles ministériels (Finances, Économie, Planification et Éducation Nationale), avant de se retourner contre lui et de le jeter en prison. Bourguiba qualifiait Ben Salah de «rat».

(NDLR: Secrétaire Général de l’UGTT, Union Générale des Travailleurs Tunisiens, Ahmad Ben Salah disposait d’une forte personnalité qui faisait craindre au Néo-Destour que le syndicat n’échappe à son contrôle ou même qu’elle ne suscite la création d’un parti travailliste. Un courant néo-destourien se forme rapidement au sein de l’UGTT pour obtenir l’éviction de Ben Salah. Au congrès du mois de septembre 1956, ce courant animé par Habib Achour se groupe en une union rivale, l’Union Tunisienne du Travail. Le Néo-Destour, s’appuyant sur les syndicats patronaux et paysans, contraint Ben Salah à se démettre en décembre 1956. Il est alors remplacé par Ahmad Tilli.  Accusé d’avoir abusé de la confiance du président et d’avoir pris avantage dans les deux dernières années du mauvais état de santé de ce dernier, il est traduit devant la Haute Cour et condamné le 25 Mai 1970 à dix ans de travaux forcés. Fin de la Note)

Quant à Mohamad Masmoudi (Affaires étrangères), il était un «voleur» et «ignorant» Ahmad Mestiri (Intérieur), qui fera par la suite sécession. «Un ignorant qui parle de démocratie et qui ignore le sens de ce terme».

Enfin Beji Caid Essebsi, le prédécesseur de Kaïs Saïed à la présidence tunisienne, un homme qui «ponctionne l’argent de ses compatriotes et qui oublie de rembourser». Le premier ministre Mohamad Mzali n’était pas en reste, sur lequel pesait de lourds soupçons présidentiels d’un «mauvais gestionnaire des deniers publics».

Les Tunisiens ont élu Kaïs Saïed car ils étaient convaincus que sa présidence marquerait une claire rupture avec un régime qui les a saigné. Une clique de politiciens qui se sont emparés du pays pendant 60 ans.

B- le discours de Genève devant l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Les insultes dont Bourguiba a abreuvé les pontes de son régime sont peu de poids face à l’humiliation qu’il a infligée à son peuple.

Dans un discours prononcé, en juin 1973, devant l’Organisation Internationale du Travail (OIT) à Genève, Bourguiba s’attribua tout le mérite, qualifiant en termes méprisants le peuple tunisien:

«C’est moi qui ai forgé le peuple tunisien. J’en ai fait un peuple, alors qu’il n’était qu’une poignée de poussières. J’en ai fait une nation, alors qu’il était constitué d’une horde de tribus coutumiers de la soumission et de l’humiliation», a-t-il déclaré, d’une voix haute, en français, pour que cela soit compris de tous.

A dire vrai pas un dirigeant arabe ne s’est autorisé un tel comportement, à contrairement au président tunisien qui n’hésitera pas à s’en prendre à ses pairs et au peuple arabe «arriéré, ignorant, des pouilleux, que j’ai réussi à désinfecter» (1).

C- L’attaque de Bourguiba contre l’Islam et le prophète Mohamad.

Dans son envolée oratoire, Bourguiba, sujet tabou s’il en est, s’attaquera à l’Islam et à son prophète: «Un homme simple qui parcourait le désert, prêtant l’oreille aux légendes insipides, nombreuses à l’époque, qu’il s’empressait d’incorporer au Coran (2).

«Le prophète est un analphabète vivant dans le désert. Sa façon d’inciter les gens à adhérer à l’Islam relevait davantage de l’incitation que de l’appel à la raison et à l’intelligence, alors que MOI, j’ai une parfaite maîtrise de la connaissance du patrimoine de l’humanité et tout ce que j’ai entrepris, je l’ai accompli par un effort personnel de ma part, pas sous l’effet d’une révélation, mais par la mobilisation de mon intelligence et de ma raison (3).

S’il s’était contenté de se comparer au prophète, cela aurait été un moindre mal, mais l’impudence et l’arrogance étaient telles chez lui qu’il s’est permis un jour de vouloir corriger les erreurs contenues dans le Coran. Il réclama un crayon rouge et se mit, ostensiblement, à corriger devant son auditoire médusé les incorrections contenues, selon lui, dans le Livre Saint de l’Islam. Il ira jusqu’à provoquer le public en soutenant qu’il lui était loisible de s’alimenter durant le mois du Jeûne du Ramadan. Puis, joignant le geste à la parole, il s’empara d’un verre de jus d’orange, le but d’un seul trait, en plein mois du Ramadan (4).

D -Doute de Bourguiba sur l’existence d’une langue arabe et sur la notion de nation arabe.

Bourguiba ne s’est pas limité à mettre en question l’Islam et mettre en doute le caractère musulman du peuple tunisien. Il s’est appliqué à rendre les Tunisiens étrangers à leur environnement arabe.

Il ne croyait pas, en son for intérieur, à l’existence d’une nation arabe, estimant que les Tunisiens constituait une nation propre. Une nation elle-même. Il ne croyait pas non plus à l’existence d’une langue arabe, qu’il dénigrait et méprisait.

Quant à la langue française, elle constituait pour lui une «prise de guerre» qu’il importait aux Tunisiens de conserver.

Bourguiba a même évincé Mohamad Mzali car le premier ministre s’était insurgé contre ses instructions, en instituant, contre la volonte du président, la langue arabe comme langue d’enseignement dans les établissements scolaires (5).

E -Bouguiba: Éloge du colonialisme français: Le discours de Kasserine de 1965

En 1965, dans un discours à Kasserine, centre ouest de la Tunisie, Bourguiba a assuré que La France est entrée en Tunisie car elle avait constaté que le peuple tunisien était composé d’«arriérés». Au delà des luttes et du combat pour l’indépendance, l’un des résultats de la présence française en Tunisie est le fait qu’elle avait «ouvert les cerveaux». A son départ de la Tunisie, la France a laissé sur place «un peuple éclairé en mesure de gouverner le pays sur la voie du progrès et de la prospérité. Un motif de fierté pour les Français.

3 – Ben Ali et la corruption, son père un «indic» des Français.

Bourguiba a été évincé et remplacé par Zine el Abdine Ben Ali. Un successeur nullement à la hauteur de son prédécesseur.

Ni héros national, sans charisme, piètre orateur, d’une culture sommaire, autant de handicaps qui ne l’habilitaient pas à de hautes responsabilités, ni non plus un passé de combattant pour l’indépendance nationale. Plutôt de fortes suspicions envers le passé de son père, un «indic» des Français qui échappa en raison de son passé collaborationniste à une tentative d’assassinat.

A- Le général Mohamad Kafi, beau-père de Ben Ali, un tremplin vers le pouvoir.

Le souci majeur de Ben Ali alors qu’il parvenait à maturité était de rompre avec la pauvreté et la misère, et d’accéder au bien être matériel, nullement la recherche de la gloire.

Les circonstances l’ont aidé à réaliser son vœu. Plus que de besoin. Au delà de toute attente.

La chance a souri à cet aventurier lui ouvrant la voie à travers les dédales de ce régime corrompu, vers le sommet de l’état. La porte du bonheur s’est ouverte à Ben Ali, une première fois, lorsque la fille du tout puissant général Mohamad Kafi, Naima Kafi tomba amoureuse de lui, qu’il épousera en 1961. Grâce à son beau-père, le gendre gravit progressivement les échelons de l’armée, en surclassant parfois des officiers plus gradés que lui pour finir par accéder au poste envié de Directeur des Renseignements Militaires (DRM) de l’armée tunisienne, avant de décrocher le poste suprême dans le domaine du maintien de l’ordre: Directeur Général de la Sûreté Générale.

B- Le «Jeudi Noir» de Tunis (26 Décembre 1978): 400 morts parmi les manifestants.

A la tête de ses troupes, Ben Ali noiera dans le sang les troubles survenus à Tunis, le 26 Décembre 1978. L’assaut qu’il a ordonné laissera sur le tapis 400 morts parmi les manifestants. Pour ce fait d’armes peu glorieux, Ben Ali glanera le grade de Général. Un insigne que lui décernera Bourguiba, en personne, en signe de reconnaissance pour son rôle dans le «Jeudi Noir de Tunis».

Pour un homme rusé et ambitieux, il n’était pas difficile de grimper les marches du pouvoir au sein d’un régime aussi moribond que ne l’était celui de Bourguiba en phase de repli. Il n’était pas étrange non plus qu’il écarte son bienfaiteur en phase de sénéscence.

En dépit de sa profonde corruption et de ses méfaits, Ben Ali n’a pas été perfide avec son bienfaiteur évincé. Il s’est même abstenu de réserver à Bourguiba le sort que le «combattant suprême» a réservé à son prédécesseur le Bey de Tunis, quand il l’a détrôné.

Le régime Ben Ali se situait dans le prolongement de celui de Bourguiba. Mieux, il s’est révélé plus répressif à l’encontre des manifestations ostentatoires de religiosité. L’accusation de prieur (Moussali), désignant un pratiquant ostentatoire, pouvait conduire son bénéficiaire directement à la prison, sans autre forme de procès.

C- L’épreuve de force contre les Islamistes.

Ben Ali engagea une épreuve de force contre le courant relevant de l’islam politique en vue de l’éradiquer, en extirpant toute forme de religiosité au sein de la société tunisienne, un fait gravissime en ce que la société tunisienne se vivait dans sa grande majorité comme une société traditionnelle conservatrice d’obédience musulmane.

En s’intronisant comme le «principal barrage contre l’intégrisme», le thème de propagande favori des folliculaires français en quête de prébendes, Ben Ali visait en fait un objectif sous-jacent, celui d’éliminer tout obstacle à sa mainmise sur le pays.

Pour aller plus loin sur ce sujet, cf:

Au delà du combat contre l’intégrisme, Ben Ali a élargi son champ d’intervention en s’attaquant aux Libertés Publiques, déblayant ainsi la voie au pillage du pays.

D- Le pillage du pays et la mafia du pouvoir.

Sans coup férir, Ben Ali s’empara de tous les secteurs d’activité lucratifs, alors que son entourage familial, -ses gendres et beaux frères-, se constituaient en Mafia. Banques, Hôtels, Internet, Télécommunications, Import-Export, Domaines Agricoles, Agence de location de limousine, Habillement…Rien ne résistera à leur rapacité, avant que la mafia présidentielle ne jette son dévolu sur les chaînes satellitaires, la presse, les produits pharmaceutiques et les grands projets de travaux public. La cupidité avait un tel degré que l’entourage présidentiel s’est engagé dans des activités criminelles, en toute impunité: La contrebande des cigarettes, de la drogue et des pièces archéologiques.

Pour aller plus loin sur ce sujet, cf ce lien:

Épilogue : Le sursaut

Les Tunisiens ont saturé des plaintes. A juste titre. Ils se sont alors soulevés. A juste titre. Et leur révolte a provoqué la chute du régime et de sa clique. Un événement considérable dans la vie publique tunisienne.

Puis ils ont entrepris de changer de Régime, dotant le pays d’une nouvelle constitution. Sauf que le réseau de corruption tentaculaire a perduré au point de provoquer une prolifération malfaisante, au risque de désespérer les Tunisiens dans leur combat contre la pourriture ambiante.

Puis soudainement ce fut le déclic et le sursaut intervint: Les Tunisiens ont fait le pari de combattre la corruption en déléguant la mission à un homme fiable, doté d’une forte personnalité, un homme qui se consacrerait exclusivement à cette tâche.

Cet homme-là, Kaïs Saïed, est apparu à ce moment décisif de l’histoire de la Tunisie.

L’arrogance de Bourguiba l’avait conduit à réclamer un crayon rouge pour rectifier les erreurs contenues, selon lui, dans le Coran. Kaïs Saïed, lui, n’a pas été élu pour réformer un système en crise. Les Tunisiens savent pertinemment qu’il n’est pas en son pouvoir de résoudre des crises économiques et politiques d’une grande complexité, fruit d’une longue accumulation d’erreurs et d’abus.

Les Tunisiens l’ont choisi, car il a été perçu comme un homme fort, loyal, transparent, authentique, alors qu’ils ont été gouvernés jusqu’à par des voyoux et des voleurs. Ils l’ont choisi car ils sont convaincus qu’il s’agit d’un homme de conviction, fier de son appartenance à la nation arabe, fier de sa langue nationale, la langue arabe. Fidèle à la Palestine……. aux antipodes des agents de l’étranger.

Les Tunisiens ont choisi Kaïs Saïed car ils voulaient un président modeste, à leur image. Ils l’ont choisi car ils souhaitaient ardemment la chute de ce régime et que sa disparition s’imposait impérativement.


Références

1- Rendons justice à Habib Bourguiba. En trente ans de pouvoir, il a instauré un système de santé et généralisé l’enseignement à l’ensemble du pays. Mais était-il décent de sa part d’humilier son peuple à ce point là? Vers la fin de son règne, il tancera une nouvelle fois son peuple lui signifiant que sans lui il n’aurait pu connu le goût du yaourt. Les disciples de Bourguiba se gargarisent encore de nos jours de sa revendication selon laquelle c’est le «combattant suprême qui ôté le poux de la tête des Tunisiens».

2 – Bourguiba a ironisé sur le prophète Mohamad, dans un discours prononcé le 19 mars 1974 devant le monde de l’enseignement à l’occasion d’un colloque international sur «l’autodictatisme et l’éveil des consciences». Dans ce discours retransmis par la Radio Nationale Tunisienne, Bourguiba a tourné en dérision le prophète Mohamad, le qualifiant de puéril et de falsificateur. Il a même mis en doute le Coran, en mettant en contradiction divers versants du livre saint de l’islam, notamment les versets 51 -Sourate At Tawbah -le repentir: Dis: «Rien ne nous atteindra, en dehors de ce qu’Allah a prescrit pour nous. Il est notre Protecteur. C’est en Allah que les croyants doivent mettre leur confiance». Et le verset 11 (sourate Ar Raad – Le tonnerre: En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. Ce discours a été publié dans le journal tunisien As Sabah dans ses éditions du 20 et 21 mars 1974.

3 – Cf le livre de Lotfi Hajji «Bourguiba et l’Islam» à propos du Leadership et l’Imamat», Page 182 (2004).

4 – Discours du 5 Février 1960 sur le Jeûne et l’Iftar: Bourguiba y soutient que l’Iftar contribue à gagner la bataille économique (en ce qu’il favorise la consommation, par ricohet, la circulation des marchandises et les recettes des ventes des produits commercialisés et par voie de conséquences les recettes fiscales). Ce discours a soulevé une vague de protestation à travers le pays.

5- Témoignage de Mohamad Mzali sur les raisons de son éviction par Bourguiba; Séquence 8 du programme «Témoin de son temps», diffusé sur la chaîne Al Jazeera le 13 Mai 2000.

VERSION ORIGINALE

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