Le facteur esclavage

YSENGRIMUS — C’est un cri du coeur que nous avons tous poussé: l’expression du sentiment cuisant d’être traité comme un esclave. Toutes les émotions du vif et durable dégoût contemporain face au travail, notamment au travail tertiarisé, se synthétisent fréquemment en cette analogie… dont il faut pourtant savoir ne pas abuser brouillonnement. Le fait est que, même sans formation économique ou historique, on comprend parfaitement que ce rapprochement est abusif. La situation est bien connue, notamment depuis les analyses de Marx. Le travailleur ne se vend pas lui-même mais il vend son temps de travail. Il n’est pas, objectivement, un métayer, un serf, ou un esclave et l’attitude de son petit chef, aussi brutale et puante que l’on voudra, ne peut paramétrer les forces économiques du mode de production en cours. L’esclavage n’est pas affaire de comportement intersubjectif et encore moins, quoi qu’on en crie du fond de nos âmes, d’affect, de brutalité ou d’arrogance interpersonnelle.

Ceci dit, arrêtons nous quand même une minute au statut économique de l’esclave car des surprises nous y attendent encore. Les premiers chapitres du Capital de Marx sont très explicites sur la question. L’esclave (celui du Dixieland de 1855, notamment), c’est comme un bœuf. C’est un être que l’on achète d’un bloc, à prix fixe payé habituellement en une fois, et qui, une fois acquis, doit se trouver expurgé de toute la force potentielle qui le gorge et ce, le plus exhaustivement possible. Quand il meurt (Marx explique que les Field Negroes sudistes se vidaient en sept ans, en moyenne), on recommence avec un autre. Dans de telles circonstances de production de force de travail, le temps (notamment le temps de travail) ne se calcule plus de la même façon. Le temps du prolo moderne, c’est comme l’eau d’un robinet qui s’ouvre et se ferme par moments fixes, spécifiés. Le temps de l’esclave, c’est comme une mare ou un puit où l’on puise à volonté. À cela se trouve directement corrélé le fait que, comme le boeuf ou la mule toujours, l’esclave n’opère pas dans un rapport consenti. Il émet une tension constante de résistance. Il est rétif, peu coopératif, tant et tant qu’il faut gaspiller une quantité significative de l’énergie qu’on possède en le possédant à le punir, le cerner, le réprimer, le faire s’épuiser dans des chain gangs, couvert de fers. C’est une contrainte imparable. Le principe fondamental de l’esclavage, du point de vue de l’extorsion de la plus-value, est que l’intégralité de son temps de travail est disponible comme un tout, une fois l’esclave acheté. On l’exploite donc, comme une masse, une force, un flux, ayant du temps et de la puissance ad infinitum (jusqu’à extinction, la mort d’une autre bête de somme). On opère donc dans un dispositif où il est sereinement assumé qu’on gaspillera massivement une portion significative du temps et de la force de l’esclave. Tout son temps et toute sa force nous appartiennent. Donc on presse le citron, sans compter, ni tergiverser.

Cette particularité économique de l’esclave avait des conséquences afférentes très grandes sur le modus operandi qu’on lui imposait. Marx explique qu’on ne donnait aux esclaves de Dixie que des outils de mauvaise qualité. Mieux valait gaspiller du temps et de la force de travail d’esclave en le faisant creuser un fossé avec une mauvaise bêche ou abattre un arbre avec une mauvaise cognée que de le voir briser les bons outils, soit par absence de compétence immédiate (il apprenait sur le tas, n’importe comment, y mettant tout le temps qu’il avait à revendre), soit de par cette résistance sourde qu’il affichait en permanence. On ne confiait jamais aux esclaves des chevaux, animaux trop fragiles. Ils les auraient battus à mort. On ne les laissait trimer qu’avec les plus mauvaises mules. Le même principe s’appliquait, implacable: comme tout le temps et toute la force de l’esclave appartenaient d’un bloc à son maître, il n’y avait pas de problème à les gaspiller, surtout si cela protégeait le fil des bons outils et la durée de vie des meilleurs animaux de ferme. Fondamentalement, quand quelque chose devait être sacrifié sur une tâche, on sacrifiait le plus volontiers du temps de travail d’esclave.

Alors maintenant, suivez moi bien. Quittons le Dixie de 1855 et revenons, si vous le voulez bien, à TertiaireVille, en 2021. Nous voici plus précisément chez les zipathographes de la Compagnie Tertiaire Consolidée, bien connus des lecteurs et des lectrices du Carnet d’Ysengrimus. Ce jour là, inattentifs et débordés comme à leur habitude, les zipathographes doivent renouveler, subitement, à la dernière minute, les licences logicielles de soixante de leurs produits. Ils sont à la bourre, ils ont qu’une semaine pour faire ça. L’équipe qui doit se taper ce boulot inattendu et chiant est composée de quatre programmeurs-prolos, dirigés par un programmateur-chef (lead) qui lui-même relève d’un chef de service incompétent en programmation. Le reste du vertigineux ziggourat de la structure de la compagnie n’est même pas au courant de ce qui se passe dans cette unité de travail spécifique. Tableau hiérarchique parfaitement classique, admettez-le avec moi. Tous ces gens sont, évidemment, submergés de travail et considèrent cette histoire de renouvellement multiplié de licences logicielles comme une perte de temps et un emmerdement de bas calibre. Un des quatre programmeurs est une programmeuse, en fait. Appelons la mademoiselle Zipathe. Fine mouche, mademoiselle Zipathe se rend compte que si un petit exécutable est créé, appelons-le le Zipa-fulgure, il permettrait de renouveler les soixante licences logicielles par simple action machine. Cela fait rêver et c’est parfaitement réaliste. Mais la construction du Zipa-fulgure doit obligatoirement être effectuée par le programmeur-chef, car cela implique du tripotage dans des espaces logiciels auquel il est seul à pouvoir accéder et/ou c’est dans le langage informatique dont il est le spécialiste. Pour renouveler ces licences manuellement, procédure laborieuse et tâcheronne de transbahutage de fichiers (avec force vérifications pour compenser les nombreux risques d’erreurs ponctuelles), il faudra dix heures par programmeur-prolo. Ils sont quatre. Cela fait donc quarante heures de travail flambées pour une niaiserie bien inférieure aux compétences techniques de ces quatre prolos. Pour confectionner l’exécutable Zipa-fulgure, le programmeur-chef n’aurait besoin que de sept heures, de moins même si mademoiselle Zipathe l’aide, par exemple en testant son code. Le gain de temps est évident. Et pourtant, le programmeur-chef refuse cette solution.

Interloquée, mademoiselle Zipathe s’en réfère au chef de service incompétent en programmation qui est censé diriger l’unité. Celui-ci, tel Ponce Pilate palabrant et finassant avec le Sanhédrin, ne comprend rien de rien à la subtilité de la doctrine. Paniqué, comme à son habitude, il colle à la version de son pote, le programmeur-chef qui se donne comme n’ayant pas sept heures à mettre sur une niaiserie de ce genre. Tout le personnel technique de ces deux loustics va donc devoir jouer les petites mains. On lance quatre programmeurs/programmeuses dans une longue marche de dix heures par personne (total: quarante heures) exactement comme si ces derniers, ces dernières avaient du temps à revendre et pouvaient sans problème se gaspiller à barboter avec des outils ou des procédures inférieurs… Oh, personne ne crie, personne n’engueule. Démotivation à part (ceci NB), rien ne ressemble, en surface, à la brutalité ouverte du terroir du Dixieland de 1855. Et pourtant, structurellement, objectivement, l’analogie économique est là. Du temps de travail est dilapidé sans compter, en toute indifférence. J’appelle cela le facteur esclavage.

Notons —et c’est crucial— qu’en procédant ainsi, le chef de service incompétent en programmation est un fort mauvais commis du capitalisme. Il gaspille ouvertement un temps de travail prolo long, payé au prix fort de l’expertise, alors qu’en y mettant un temps-prolo plus court, il pourrait mécaniser la procédure, pour cette fois-ci et pour les fois suivantes. Il a tout faux. En voici un qui n’a définitivement pas lu le Capital de Marx! Mais que se passe-t-il exactement ici? Le capitalisme est-il en train vraiment de traiter ses travailleurs en esclaves? Bien, il le fait certainement plus en adoptant cette «solution» (archi-répandue dans nos structures tertiaires, nos lecteurs sauront nous le dire) qu’en leur imposant des petits chefs qui crient et qui les bousculent. Ici le facteur esclavage n’est pas intersubjectif ou émotionnel. Il est froid et solidement installé dans les structures. Or, il n’y a pas à zigonner sur l’analyse de ce phénomène: en agissant ainsi, la structure capitaliste régresse tendanciellement vers un mode de production antérieur. C’est là un très important indice de dysfonctionnement. Objectivement parlant, le capitalisme ne peut pas dilapider du temps de travail impunément, comme le faisait l’esclavagisme. En le faisant aussi massivement, c’est, une fois de plus, à sa propre autodestruction involontaire qu’il œuvre.

Contrairement à ce qui se jouait dans le Vieux Sud, ici, dans nos dispositifs tertiarisés, le facteur esclavage est directement corrélé à une autre notion analysée par Marx: la division du travail. À la division maximalement dysfonctionnelle —et lancinante dans son omniprésence!— entre décideurs incompétents et prolos surentraînés mais non décisionnels s’ajoute une seconde division, interne au prolétariat même, entre les ci-devant leads (Marx parlait d’aristocratie ouvrière — noter ce mot) en collusion ouverte avec le petit patron… et des prolos-prolos en compétition ouverte les uns contre les autres (et contre le lead — ceci aussi NB). Tiens, tiens, mais, oh, oh, la métaphore file! On dirait la distinction, si solidement évoquée dans le film Django Unchained de Quentin Tarantino (et décrite antérieurement par Malcom X dans un discours célèbre), entre le House Negro et le Field Negro, justement, dans les dernières années de l’Antebellum.

Antebellum, vous dites? Belle désignation. En tout cas ici, ce facteur esclavage tendanciel de nos structures tertiarisées est un développement parfaitement pervers, un symptôme toxique, une combine tordue, au sein d’un mode de production bureaucratisé et mesquinisé qui, pourtant, ne peut tout simplement pas se payer ce genre d’improductivité à l’ancienne. C’est totalement antinomique avec la logique interne de sa doctrine objective de l’intendance du temps de travail. De plus en plus tentaculaire et magouillante, la division du travail installe dans le ventre capi, des luttes intestines fort peu reluisantes et ayant tout de la catastrophe tranquille. Les réactions subjectives sont à l’avenant: démotivation massive, résistance passive (consécutive ici, alors qu’elle était causale sous l’esclavage), absentéisme (le prolo peut toujours un petit peu fermer ce robinet dont l’esclave ne disposait pas). En voici donc une de plus, de ces guerres interne du capitalisme. Antebellum, disions-nous. Qui sait, le bellum en préparation sera peut-être cette fois-ci authentiquement révolutionnaire…

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8 pensées sur “Le facteur esclavage

  • Ping : Le facteur esclavage « Le Carnet d'Ysengrimus

  • 8 janvier 2021 à 14 h 24 min
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    En effet Ysengrimus, l’esclavage n’est pas le salariat, quoique ce dernier lui ressemble par bien des aspects à travers la division du travail comme vous dites  »maximalement dysfonctionnelle »… et c’est je dirais le facteur de la conscience perpétuelle chez le travailleur exploité de tous ces dysfonctionnements, incompétences, pressions , injustices et abominations, qui finit soit par  »vider un travailleur au bout de 10, 15 ou 20 ans » un peu comme on vidait l’esclave du dixieland en 7 ans jadis, soit le cannibaliser comme la plupart aujourd’hui et le garder très longtemps un peu comme un accessoir indispensable et incontournable car il a parfaitement compris les règles et s’y soumet en acceptant sa propre torture tout en s’adonnant à la pire au torture, cynisme et sadisme envers les autres !

    Je dirais donc qu’il y a par contre des facteurs tout aussi importants et de poids qui expliquent la persistance, et l’étalement dans le temps d’un capitalisme post industriel lancinant, catastrophique et criminel comme le nôtre et lui evite un effondrement total ou des révoltes de la faim qui en finissent avec ce système, c’est le facteur démographique et psychologique ! car ce qui motive un salarié cadre ou syndiqué à continuer a vouloir vendre son travail contre un maigre salaire, subir autant et finir par se cannibaliser comme c’est le cas de 99% des salariés de notre époque, c’est bien le fait qu’ils aient tous les deux (cadre et syndiqué ou prolo non syndiqué) des familles à nourrir, à scolariser et l’espoir de vouloir les placer à leur tour dans le système, souvent l’espoir de leur éviter le parcours des parents en espérant qu’ils fassent partie des élites du capitalisme, ….en plus d’avoir des logements ou maisons a payer et un train de vie à maintenir autant que le système leur permettra ! et c’est franchement uniquement ces facteurs sociaux et psychologiques je dirais qui rendent le capitalisme dangereux, pugnace et aussi persistant dans le temps !

    Je crois que cela fait maintenant un bon bout que cette histoire se répète, que cette même expérience est reprise génération après l’autre sans qu’on puisse voir le bout du tunnel ! Et bien que la tendance au célibat, ou aux familles monoparentales soit entrain de gagner des pans entiers des sociétés modernes, et donc faire diminuer ou disparaître ces facteurs d’obligations familiales qui perpétuent le capitalisme et soient les seuls qui expliquent ou justifient son étalement encore, il reste que ce même capitalisme se charge d’inventer de nouveaux besoins constamment a cette nouvelle composante sociale avec très peu d’enfants a charge ou sans enfants et destinés à quitter ce monde et disparaître sans laisser beaucoup de traces ou la moindre succession !

     »Ohéééé, bonnes gens, approchez, approchez, mesdames, mesdemoiselles et messieurs, nous avons ce qu’il vous faut pour vous sentir bien dans votre peau, apprécier votre vie et vous combler de bonheur…. ! Nous avons des produits exceptionnels exclusivement pensés pour vous ! ça va de la maison en rangée ou appartement boîte d’allumette, a la console de jeux vidéo, a l’abonnement au gym et aux loisirs variés dont les accessoirs sont chers certes mais ô combien utiles et plaisants, nous avons une panoplie de produits et services pour mousser votre ego ! Pourquoi vous comparer au pauvre con a côté et a la pauvre conne en face ?!!! vous êtes unique ! vous devez vous valoriser par rapport aux autres ! et puis tiens, on a même des autos, des gadgets, des habits, de la musique, et une expression artistique et littéraire qui vous correspond a vous tout(e) seul(e)… nous avons, aussi des godemichets, des jouets sexuels et des fantasmes pour mousser votre imagination avec atteinte du nirvana garanti ! et au pire des cas, si vous vous sentez vraiment seul, nous avons les cliniques de procréation pour ces dames célibataires et fortes, des banques d’adoption pour ces messieurs, des mères porteuses pour ces couples, nous avons la solution a tout ! ne sacrifiez pas vos vies pour les autres, vivez la vôtre en long et en large…ohééé approchez, approchez bonnes gens » ! :)))) et bien entendu le travers ou l’autre facette de ces vies là en réalité, de ces millions de célibataires ou monoparentaux, c’est le salariat dans les conditions les plus abjectes afin de les maintenir sous contrôle !

    Par ailleurs, sur l’esclavage et hollywood, moi j’ai un vrai problème avec… et comment on continue de forcer les gens à le percevoir, a le présenter ! la problématique de l’esclavage n’a jamais été autant méprisée, contournée et tournée en dérision que par hollywood ces dernières années ! et je vous dirais que depuis que le festival de Cannes et autres box office du 7ème art se sont mis à hisser un nul comme Tarantino au rang de génie… je relève qu’il s’agit de la même combine qui a consisté à vider le 7ème art de sa substance, s’aligner sur ce capitalisme malsain, vendre des fringues et des babioles, de l’ego démesuré et des fantasmes au peuple comme jamais auparavant ! l’autre jour, je voyais un chef d’oeuvre du cinéma Français sur une chaîne publique,  »Jean de Florette » et  »manon des sources » (de Pagnol), avec Yves Montant, Dépardieu, Auteuil, Béart, magnifique et sublime, une version de 1987 retravaillée en 2015 en 4K, et ressortie la même année ayant raflé toutes les meilleurs critiques même aux états-unis, et lorsque a presque 3h du mat c’en était fini, la même châine mis le  »kill bill » de Tarantino ! je suis resté regarder juste pour constater et scruter l’idiotie et l’esprit dérangé de Tarantino ! :))) j’étais sans voix et j’ai eu une pensée pour les maîtres du 7ème art qui doivent se retourner dans leur tombe ! :)))

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  • 8 janvier 2021 à 17 h 13 min
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    En complément, un petit aperçu du comment le capitalisme malsain s’est profondèment incrusté dans la société moderne, s’est aussi imposé dans les moeurs des salariés cannibalisés, et devenu apolitiques justement pour la même cause !

    Nous assistons depuis un bout à l’explosion d’une schizophrénie sociale généralisée, radicale, indispensable, incontournable et indissociable de la pensée dite moderne…que ce soit chez le patron, le cadre ou l’employé lambda : les pratiques et comportements les plus cyniques, sadiques, cruels, criminels, déshumanisés et bien entendu illégaux dans le cadre professionnel sont non seulement excusés, mais intégrés, institutionnalisés, encouragés et font office de charte corporative de mise ! car a la fin de la journée, le plus cynique et criminel des servants de l’entreprise ou l’organisation, se fait attendre et a hâte de retrouver ses mignons rejetons, son conjoint(e), son petit chat ou chien et, tout ce qu’il accomplit comme basses besognes de massacre en règle et destruction de familles, foyers et individus autres que les siens, il le fait pour sa poire et sa famille, et sa bulle  »d’amour familiale », son cocon et ruche qui l’attend de pied ferme chaque soir comme pourvoyeurs de  »biens » et de  »bonheur » pour les siens !

    Bien entendu, nous abordons ici toute la complexité de l’être humain dans ses rapports sociaux et son rapport a on individualisme exacerbé par le capitalisme d’aujourd’hui ! Je crois en toute franchise que les balises et barrières que nous possédions hier dans nos valeurs, sociétés et nos milieux professionnels ont toutes disparues ! le cynisme est tel qu’il vous arriver de manière très ordinaire d’assister au licenciement injuste et révoltant d’une ou un collègue, d’entendre parler d’une ou d’un collègue qui fait une dépression atroce due aux injustices au travail, ou carèment qui se suicide, que cela ne suscite que très peu de compassion, et encore moins de mobilisation ou volonté de vouloir rétablir ne serait-ce qu’un semblant de justice ! A titre d’exemple, au commentaire que j’ai fait une fois un superviseur sur la tournure dramatique qu’a pris le licenciement et la déchéance d’un ancien collègue, il me fixa de haut en bas l’air presque amusé avec cette réponse : This is life my friend ! avec une note de mépris à mon égard que je puisse rien qu’exprimer ce fait ou cet ancien collègue !

    Pour toutes ces raisons et bien d’autres bien plus graves, il m’est toujours arrivé de remettre en question le marxisme ! non pas pour dénigrer son message et sa cause essentielle aux sociétés modernes, mais encore une fois, par dépit face à la nature humaine ! puisque j’ai assisté toute ma vie a des exemples flagrants de  »militants radicaux » dont le discours vous hérissait le poil, la dénonciation volcanique des irrégularités et injustices politiques, économiques et sociales, vous faisait trembler de haut en bas et vous faisait réfléchir comme un si vous étiez né hier ! … et encore pire, certains de ces militants ont connu la torture, les prisons les plus abjectes, les conditions les plus inhumaines, et beaucoup d’entre eux ont trouvé le moyen de retourner leur veste du jour au lendemain comme si les 30 ou 40 ans qu’ils ont passé dans les bagnes secrets, leurs camarades morts putréfiés dans leur souffrances a peine imaginables, leur merde avec les asticots qui les bouffaient vivants, rien de tout ceci ne valait quoi que ce soit ! on les a acheté comme on achète des prostituées…et bien pire que cela, on les a nommé a des postes de tortionnaires presque et de bourreaux, et on les a vu témoigner a l’encontre de jeunes innocents tout comme ils furent eux-mêmes hier ! Parfois je l’avoue, j’en ai pleuré de tristesse !

    je rappelle pour ma part donc que lorsqu’on parle de résilience face aux injustices sociales, face à l’ultra capitalisme criminel, face aux abominations sociales, économiques et politiques de notre ère, il serait capital de garder à l’esprit que seule une poignée de gens faits de métaux précieux comme on dit qui soient a la hauteur de ces défis et peuvent se réclamer de cette résilience, et associer les paroles aux actes comme on dit ! car la vie est certes traître, elle est aussi sans pitié pour les  »faibles », et sans grand secours pour les causes des  »pestiférés » et je dis cela tout en étant parfaitement rationnel, et non emotionnel ou superstitieux ! Mon scepticisme qui me colle d’ailleurs a la peau ne provient que de cette expérience, de ces multiples facettes de l’être humain, de la vie en général !

    Enfin, je dois dire que tout ceci me pousse depuis un bout à m’intéresser à des concepts qui vont au delà de la lutte des classes, ceux de leurs transformation je dirais, leurs cycle de vie dans chaque étape de leur transformation, puisque les classes sociales ne sont plus figées totalement ! il y a en effet une dynamique de classes sociales qui se met en place dans le nouveau capitalisme, ou alors une illusion de cette dynamique au moins ! le capitalisme nouveau a mis en place des relais et des instruments et outils qui masquent parfaitement bien les conditions de classes sociales initiales et fondamentales de lutte des classes ! Ainsi, un prolétaire qui arrive à subvenir à des faux besoins qu’on lui a créé, a se remplir la pense comme un cochon, a faire croire aux femmes que toutes leurs luttes se résument a leur indépendance financière des hommes et poursuivre des besoins égoïstes et narcissiques, pour les hommes aussi, tout ceci fait que le et la prolo des temps modernes se dissocient complètement des luttes intestines entre exploiteurs et exploités qui dominent pourtant encore et toujours le paysage social des sociétés modernes, en bien pire ! je crois qu’il est essentiel d’étudier ces dynamiques aujourd’hui, les comprendre, oser pénétrer cet univers connu et inconnu qui tente de nous fausser les débats et les causes et y arrive allègrement et sans la moindre peine !

    Et dans ce décor banal à pleurer (comme disait l’illustre Piaf Edith de son prénom) dont la chanson  »les amants d’un jour » qui remonte soudainement en même temps dans mon esprit … il y a de quoi valser sur le son de l’accordéon dans cette foutue époque qui est la nôtre ! :))))

    Petite dédicace, la même chanson en lien sur Youtube

    https://www.youtube.com/watch?v=2m-_FzubQx8

    (RIP Edith Piaf…. Je t’ai aimé enfant lorsque ma grande soeur mettait tes chansons a plein volume dans la maison ensoleillée de mon enfance…au Maroc)

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    • 8 janvier 2021 à 17 h 27 min
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      Beaucoup de blabla, de flafla et de grincements dans la base de ta girouette conceptuelle, cher Sam… pour finalement finir en finissant par remettre en question le marxisme et t’intéresser à autre chose que la lutte des classes…

      Toujours ton vieux fond: Oui, oui, msieu… mais laissez-moi vous expliquer sans fin pourquoi je garde en douce mes bonnes vieilles idées…

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  • 8 janvier 2021 à 17 h 44 min
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    @ Ysengrimus

    Alors je vous invite à m’expliquer ces phénomènes, je ne demande que cela ! expliquez-moi donc cher Ysengrimus comment le capitalisme ne trouve aucun problème à se recycler et se renouveler sans cesse en instrumentalisant des prolétaires justement devenu aujourd’hui sa principale arme de destruction massive ! Expliquez-moi en termes philosophiques si vous y tenez, en quoi mes commentaires contreviennent a votre billet ou son esprit !????

    Vous ne vous attendez tout de même pas a ce que je me contente a commenter par un  »je seconde » et plier bagage ! je suis même étonné de votre insensibilité aux propos pourtant éclatants de réalisme et de vérité que je tiens dans mes commentaires !!! je ne comprends absolument pas votre réaction mis a part le fait de vouloir me coller cette histoire de girouette a tout bout de champs ! Vous Ysengrimus ?!!!! Vous qui avez longuement disserté sur le scepticisme, sur l’éclectisme, sur la philosophie, sur l’humanisme !!!!!

    A moins que vous ayez une dent contre moi maintenant et que j’en ai aucune idée ! :))))

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    • 8 janvier 2021 à 18 h 40 min
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      Pas de dent contre vous Sam. Allons, allons, compagnon, nous sommes entre nous. J’apprécie vos riches interventions… malgré vos stables propensions et arabesques… Vous expliquer pourquoi le capitalisme se perpétue? Mais il me semble que je ne fais que ça depuis des années…

      Expliquez-moi plutôt pourquoi vous perdez de l’intérêt envers la réalité de la lutte des classes? C’est ce bout-là qui m’échappe.

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  • 8 janvier 2021 à 19 h 26 min
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    Je me suis sûrement mal exprimé alors ! ce que j’ai dit est que le capitalisme nouveau veut nous induire en erreur et nous décourager dans notre combat à vouloir justement démontrer cette lutte constante des classes, en insufflant une dynamique nouvelle qui secoue, transforme et fausse la lutte des classes sociales ! et que c’est uniquement en nous intéressant à ces nouveaux instruments du nouveau capitalisme a notre ère que nous pourrons comprendre comment il opère.Autrement, je dresse un constat entre l’époque de Marx et même plus tardive jusqu’à la fin du siècle dernier ou le topo des classes sociales était assez uniforme, stable, constant et contenu, versus une ère moderne où l’on fait croire aux prolos qu’ils sont devenu riches, ou en contrôle, ou qu’ils aient franchi la barrière du surclassement social, ou qu’il soit tout a légitime qu’ils aspirent à un élitisme de classe,,, et que tout va bien dans le meilleur des mondes ! je dénonce en fait que sous prétexte que les conditions sociales puissent s’améliorer pour certains, et aggraver pour d’autres, a un rythme bien plus soutenu et dans une dynamique de substitution entre classes sociales qui s’alternent provisoirement dans la vitrine et sur la devanture avec une fausse impression d’égalité des chances, de  »success stories » miraculeuses, boostés par un discours politique et un marketing ambiant qui tendent a vouloir nous dépeindre le monde d’aujourd’hui comme bien plus juste ou socialement équitable, et que ce nouveau capitalisme justement nous permet une émancipation sociale, humaine, et économique extraordinaire pour mieux nous refourguer sa camelote ! Je critique le nouveau capitalisme et je l’accuse ici plus qu’autre chose et j’appelle à ne pas sous estimer ces dynamiques de surclassement temporaires et éphémères, car elles sont épaulées par un discours politique de droite dominant, celui qui cherche justement maquiller les réalités, a tromper les travailleurs, les prolétaires et empêcher que l’on puisse songer même a l’idée d’une révolution pourtant l’unique issue capable de terrasser la bête pour de bon !

    Voila, j’espère avoir pu exprimer mes craintes à ce propos, d’autant que certains phénomènes de migrations politiques de la gauche vers la droite sont devenus de plus en plus courants, et ne choquent quasiment personne ! n’importe quel cul terreux a la poursuite de ses intérêts personnels, et ambitions et carrière se prête aujourd’hui à ce jeu, mais ne se contente pas de cela, il essaie carrément de se poser en exemple à suivre…. et je constate avec amertume qu’il finit par attirer des milliers de suiveurs parmis les culs terreux ! un peu comme les  »influenceurs des médias sociaux » pour la plupart des mercenaires de l’image, de la vidéo et le m’as tu vu travaillent d’arrache pied dans le même sens pour se remplir les poches tout en induisant des millions de jeunes en erreur ou en essayant de se poser comme des modèles de  »rectitude » dans le capitalisme ambiant !

    Merci.

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    • 8 janvier 2021 à 20 h 23 min
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      Bien, Sam.

      Lutte des classes ne signifie pas nécessairement conscience de classe. la lutte des classes est une force objective au sein de laquelle la négation d’elle-même est un puissant vecteur propagandiste… Il faut analyser ce que l’époque fait, sans partager les illusions qu’elle cultive sur elle-même…

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