Le cadeau d’Israël à Biden: une guerre avec l’Iran

Par Scott Ritter (revue de presse : Information Clearing House – extrait – 1/12/20)*

Israël a fait preuve d’un activisme sans faille ni limite à l’encontre du programme nucléaire iranien : en 2009-2010, il travaillé avec les services secrets américains pour lancer une cyber-attaque en utilisant le virus Stuxnet dans le but d’infecter les opérations de la centrifuge iranienne à Natanz. Puis, le pays a mené un vaste programme d’assassinats ciblés qui a couté la vie à quatre scientifiques nucléaires iraniens entre 2010-2012 (une cinquième attaque a manqué de peu la tête de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne).

 

Les services secrets israéliens seraient aussi vraisemblablement à l’origine d’une série de mystérieuses explosions survenues au début de l’année sur des installations iraniennes liées au nucléaire qui ont causé des dommages importants et retardé significativement le programme iranien de développement de centrifugeuses. Même si Israël n’a pas reconnu son rôle dans l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh, on peut considérer qu’il n’est que la suite logique des efforts entrepris par ce pays pour affaiblir les capacités nucléaires de l’Iran.

 

Joe Biden n’est pas étranger aux actions menées par Israël sur la question de l’Iran. En tant que vice-président, il a assisté à des réunions décisives quant à l’utilisation du virus Stuxnet. Il était parfaitement au courant de la pression sous laquelle se trouvait le président Obama en ce qui concerne une possible action militaire contre l’Iran, et comprenait le rôle joué par les assassinats de nucléaires iraniens dans l’instauration d’un tel climat.

 

Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale de Biden lorsqu’il était vice-président, a joué un rôle crucial dans les négociations initiales avec l’Iran qui ont mené à la signature du Plan d’action global commun (PAGC, JCPoA en anglais). Biden savait très bien que le PAGC représentait une initiative diplomatique sans laquelle la guerre aurait été la seule alternative. Biden était au courant des calculs derrière le calendrier du « breakout time» (n.d.t : le temps nécessaire à l’Iran pour fabriquer une bombe atomique) et de la décision prise de minimiser les inquiétudes émises concernant l’intérêt de l’Iran pour l’armement nucléaire.

 

L’assassinat de Fakhrizadeh est un acte calculé de la part d’Israël. Sa mort n’a que peu d’impact sur les activités nucléaires iraniennes, puisqu’en effet une nouvelle génération de scientifiques a vu le jour et travaille sur un programme bien plus avancé et solidement établi que celui sur lequel travaillait Fakhrizadeh à ses débuts, il y a 20 ans. Mais, psychologiquement, ce meurtre, perpétré en plein jour, au cœur même de l’Iran, a porté un coup aux dirigeants de Téhéran en prouvant que les services secrets israéliens avaient le bras long et pouvaient frapper à peu près n’importe qui.

 

Mais la conséquence la plus significative de ce meurtre est à rechercher du côté de l’équipe de sécurité nationale du président élu Joe Biden. Avec son équipe, il n’aborde que du bout des lèvres la question du retour des États-Unis dans le PAGC. Cela dit les conditions préalables d’un éventuel retour, à savoir le respect total des conditions de l’accord par l’Iran et le retour à la table des négociations pour discuter d’un plan plus restrictif, sont vues par beaucoup comme autant d’obstacles. Le fait est que de nombreux conseillers proches de Biden, dont le secrétaire d’État pressenti Antony Blinken et le possible futur conseiller en Sécurité nationale Jake Sullivan, ont indiqué qu’il serait fort à parier que Biden n’ait d’autre choix que de poursuivre la politique de «pression maximale » menée par Trump.

 

Pour Israël, cette politique, même si elle est préférable à un retour au sein du PAGC, n’est pas acceptable. D’après ses dirigeants, « la pression maximale » n’a pas ramené l’Iran à la table des négociations et lui aurait surtout permis d’être sur le point de développer sa capacité d’armement nucléaire.  L’assassinat de Fakhrizadeh a deux objectifs. Le premier est de durcir la position de l’Iran, lui ôtant toute flexibilité possible avec Biden dans son approche de sortie de l’impasse nucléaire actuelle ; et ce d’autant plus, qu’au lendemain de l’assassinat, le dirigeant suprême iranien Ali Khamenei a ordonné aux scientifiques iraniens « de poursuivre les recherches techniques et scientifiques entreprises par le martyr Fakhrizadeh dans tous les domaines ». Voir  l’Iran accepter un compromis semble donc totalement absurde.

 

Mais l’objectif principal de ce meurtre est autre. Il s’agit de placer l’administration Biden devant une sorte de fait accompli afin de sérieusement limiter les options qu’elle pourrait considérer. Rejoindre le PAGC semble aujourd’hui largement compromis puisque l’Iran n’acceptera jamais les conditions préalables exigées par Biden et ses conseillers.

 

De même, continuer la politique de « pression maximale » engagée par Trump n’est pas une option viable politiquement car le programme nucléaire iranien est à un stade très avancé ce qui a un impact sur la « breakout window ».  Or ce point, selon la diplomatie américaine, constitue l’épine dorsale de l’accord et lui confère sa légitimité.  A l’instar de l’administration Trump, celle de Biden devra faire face, dès ses premiers jours, à la même envie et possibilités d’intervention militaire américaine contre les infrastructures nucléaires iraniennes. En assassinant Fakhrizadeh, Israël met toutes les chances de son côté pour que cette option devienne la seule qui s’impose politiquement.

 


 

Scott Ritter est un ancien officier du Service de renseignement des Marines. Expert en missiles balistiques, il a dirigé les inspecteurs de l’UNSCOM chargés du désarmement de l’Irak de 1991 à 1998.Il est l’auteur de nombreux ouvrages, notamment : « Scorpion King: America’s Suicidal Embrace of Nuclear Weapons from FDR to Trump » (2020), et « Dealbreaker: Donald Trump and the Unmaking of the Iran Nuclear Deal » (2018), Certains ont été traduits en français: « Guerre à l’Irak » (2002), et « Les mensonges de George W. Bush » (2004).

*Source (et version intégrale)informationclearinghouse

Traduction et Synthèse: Z.E

Sur le même sujet, lire aussi:

Stuxnet, virus miracle du Mossad ?(août 2011)

Les États-Unis crient de nouveau à «l’attaque chimique» en Syrie (septembre 2018)

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 pensées sur “Le cadeau d’Israël à Biden: une guerre avec l’Iran

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  • 17 décembre 2020 à 6 h 18 min
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    Les USA ne sont plus depuis le début du XXème siècle au bas mot, gouvernés par ce qu’on appelle un phénomène politique, qui représente l’intérêt commun, mais par un cartel d’entreprises dirigé par les principales banques globales d’investissement qui ont leur quartier général, depuis Oliver Cromwell, à la City de Londres. Précisons à propos des USA que la Réserve fédérale, la « FED », est née, en 1913, des menées des banquiers globalistes, dont le noyau dur se trouvait à Londres ; menées auxquels les intérêts Rothschild, notamment via le banquier Warburg, n’étaient pas étrangers. Précisons encore à propos de la « FED » que trois personnalités de premier plan étaient opposées à la création de cette banque centrale américaine : Benjamin Guggenheim, Isidor Strauss et Jacob Astor. Ils périront dans le naufrage du Titanic… en 1912.
    Depuis le XVIIIème siècle, les principaux banquiers sont étroitement interconnectés entre eux et ont des intérêts communs et liés. Les activités de ces banquiers sont structurellement internationales, leurs intérêts pouvant être qualifiés d’apatrides, ou plus exactement de supranationaux, en ce sens qu’ils n’ont aucun rapport avec un quelconque « intérêt national » au sens culturel et géographique du terme « national ».
    L’une des méthodes employées depuis plus d’un siècle par ces escrocs économiques pour faire notamment de la guerre un « business », et accroitre leur mainmise sur la planète est le « casus belli » : 1898 avec le Maine, 1915 avec le Lusitania, 1941 avec Pearl Harbor, 1964 avec les incidents du golfe du Tonkin, 2001 avec le « 9/11 », etc..
    Précisons enfin, à propos des évènements liés à la création des USA , et à propos de la guerre de Sécession en particulier, qui n’a d’ailleurs réglé aucun des problèmes américains et surtout pas la question noire (on peut aisément s’en apercevoir encore actuellement), nous aurions tort de réduire ce conflit Nord-Sud à une lutte simpliste, c’est-à-dire entre adversaires et partisans de l’esclavage, ainsi que les « vainqueurs » tentent, par tous les moyens de nous le faire croire depuis des années. Rappelons simplement que l’étendard de la Confédération, le Stars and Bars, comportait treize étoiles représentant chacun des douze états du Sud, la treizième correspondait à la nation indienne constituée par la totalité des tribus qui, en quelque sorte, étaient venues chercher refuge auprès des « affreux esclavagistes » du Sud, afin d’échapper au génocide des « généreux libérateurs » Nordistes.
    Les indiens d’Amérique, bien avant certains, avaient compris que les « Yankees » représentaient avant tout et par-dessus tout, une civilisation mercantile basée sur le profit à n’importe quel prix : la civilisation « rapace » de l’aigle pygargue, devenu depuis l’emblème national des USA.
    NB : Faisons remarquer que le sigle du Dollar n’est pas un « D » mais un « S » ; ce « S » est barré de deux traits verticaux : n’y aurait-il pas là une allusion à peine voilée aux colonnes du fameux Temple de « S », celui du veau d’or, et à ses non moins fameux « marchands » ?
    Blog : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/

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