LOTUS — POÉSIE ÉROTIQUE PASSIONNELLE (Claude Bolduc et Paul Laurendeau)
YSENGRIMUS — J’avais écrit, il y a de cela quelques années, un recueil de cinquante poèmes érotiques, très explicites, très crus et très assumés, inspirés par des moments intimes sublimement intenses, vécus allègrement en compagnie d’un certain nombre de personnes parfaitement merveilleuses, dont nous garderons discrètement l’identité sous le dense boisseau de l’anonymat le plus opaque. Le temps passait sur les ardeurs mais pas sur les mémoires. Et j’avais toujours ces cinquante poèmes sur la conscience et dans le cœur. Ils percolaient, avec leur impudence de toujours, dans mon ordinateur, depuis ces quelques lustres, et je n’avais pas trouvé moyen de leur faire prendre un envol adéquat. Pour le coup, je ne savais plus trop quoi faire de ce charmant brûlot sensuel. Je ne voulais pas publier ces poèmes, très explicites et très torrides donc, à l’intérieur d’un recueil plus large. C’est que, généralement, mes recueils de poésie sans images font cent-cinquante poèmes (habituellement trois sous-recueils de cinquante poèmes chacun) et cela me permet de cultiver certains mélanges de thèmes. Selon mon approche habituelle, le recueil LOTUS se serait donc retrouvé en compagnie de deux autres sous-recueils traitant de sujets non-érotiques. Je ne voulais absolument pas publier ces textes comme ça, tout simplement parce que je n’aime pas passer la poésie érotique en contrebande, camouflée parmi des sujets moins sensibles ou plus anodins.
Il faut comprendre que l’expression érotique n’est pas une chose qu’on dissimule ou qu’on esquive. La poésie érotique, tout comme le roman érotique et le conte érotique, ce n’est pas, non plus, quelque chose que l’on faufile, en catimini, en douce, comme en passant, en donnant l’impression que c’est pas si sensible. Mes menues aventures dans la république des lettres me prouvent que quand on écrit érotique, il faut s’annoncer érotique, explicitement et sans esquive. Il faut faire comme ça et pas autrement tout simplement parce qu’il est très important que les lecteurs et les lectrices puissent s’approcher de ce genre de corpus très spécifique seulement s’ils en ont envie. Il n’est ni utile ni plaisant de prendre les lecteurs et les lectrices au piège de l’écriture érotique. Il faut montrer le drapeau, annoncer les couleurs, sonner le tocsin, au sujet de ce merveilleux genre qui, de plusieurs points de vue, est tout à fait à part. La chose est sensible et on n’abuse vraiment pas de la formule pour public averti, en la commentant. Le problème de la pornographie nous accompagne aussi, fatalement, quand on touche ce genre de question. Je me suis prononcé, sur mon carnet, au sujet de la distinction entre pornographie et érotisme. Cette prise de position philosophique m’anime pleinement, au moment de publier ces textes. On me retrouve donc, serein mais pantois, avec ces textes adorables sur les bras. Je les aime profondément. Je ne sais pas trop quoi en faire. Je les garde près de moi, les serrant contre mon sein palpitant, en attendant, pour eux et pour la sublime Lotus, la venue d’une saison plus clémente, plus chaude.
C’est alors qu’en 2018-2019, j’ai eu le plaisir et l’honneur de travailler en équipe avec le peintre eustachois Claude Bolduc sur l’ouvrage de pictopoésie Rencontre onirique, paru en 2019. Lors de la mise en forme collective de ce premier opus, j’ai été frappé par la force érotique du travail pictural de Bolduc, qui s’exprime dans l’idiome artistique de l’Art Singulier. Claude Bolduc arrive à intégrer, très intimement et très profondément, la dimension sensuelle et sexuelle dans ses tableaux et ses dessins. L’éros s’y déploie d’une façon particulièrement puissante, vive, articulée et maîtrisée. D’autre part, le peintre Bolduc mobilise un univers extrêmement idiosyncrasique. Aussi, initialement, j’étais sous l’impression, d’ailleurs hautement déformante, que ce peintre était strictement ceinturé dans ses hantises, que la capsule de son imaginaire était un dôme isolant, autonome et imprenable. Je présumais donc qu’il lui serait difficile de s’ouvrir au monde tellurique d’un autre mode d’expression… alors que je l’avais, moi-même, si bien fait, en écrivant de solides poèmes à partir de ses tableaux. Erreur biscornue et maldonne clopinante. Tout au contraire, à ma grande joie, Claude Bolduc a réagi de façon très enthousiaste lorsque je lui ai soumis le recueil de poésie érotique LOTUS et que je lui ai poliment demandé de bien vouloir accepter, si c’était pas un effet de son immense bonté, de jouer les illustrateurs libres et fous, pour cette petite tempête des passions mâles. Notre monstre visuel, débordant et précis, a promptement associé à mes textes cinquante dessins magnifiques (trente-huit originaux et douze tirés de son imposant corpus antérieur). Ces cinquante œuvres en noir et blanc sont d’une force remarquable et d’une majesté somptuaire.
C’est cet opus que nous vous proposons aujourd’hui. Cinquante dessins en noir et blanc sur cinquante poèmes érotiques exprimant explosivement, et sans détours, le tout de l’amour, de l’ardeur et de la passion masculine, lorsque la femme qu’on aime culmine intensément en nous. Une amie intime de Lotus, à la plume acérée, Virginie Lavertue, signe une préface magistrale. Deux textes érotiques en prose, bien explicites et bien lascifs, qui sont aussi de votre humble serviteur, ouvrent ensuite la marche. Suivent les dessins et les poèmes. Vive la parole, vive la pulsion d’amour, vive éros, et vive le dense et capiteux tressaillement empirique que suscite en notre carcasse chenue et sur nos lèvres tremblantes la merveilleuse et capiteuse fleur de lotus, dans sa version tant textuelle que visuelle.
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Magnifique. Bravo, le Grimus… Je vais lire ce précieux livre cette année. Vive l’amour humain…