ENGELS: Pour comprendre « le capital », document

Je vous livre en deux parties, ce document peu connu de Engels. Il fut publié une première fois par les éditions GIT LE COEUR et une seconde par les édition NBE.


 

Pour comprendre « le capital »  document,   par  Friedrich Engels

EDITEURS……………………………………………………………………………………………………………………..3
LE « CAPITAL » DE MARX…………………………………………………………………………………………………………….5
EXTRAIT DE LA PRÉFACE AU DEUXIÈME LIVRE DU « CAPITAL »………………………………………….13
RÉSUMÉ DU CAPITAL LE PROCÈS DE LA PRODUCTION DU CAPITAL (LIVRE PREMIER)……15
PRÉFACE…………………………………….……………………………………………………………………………………………….15

PREMIERE PARTIE LA MARCHANDISE ET L’ARGENT……………………………………………………….……….17
I. La marchandise en soi………………………………………………………………………………………………………………17
II. Procès d’échange de la marchandise………………………………………………………………………………………….18
III. La monnaie ou la circulation des marchandises………………………………………………………………………….20

DEUXIEME PARTIE LA TRANSFORMATION DE L’ARGENT EN CAPITAL.…………………………………..26
I. Formule générale du capital…………………………………………………………………………………………………..26
II. Contradiction de la formule générale………………………………………………………………………………………….28
III. Achat et vente de la force de travail…………………………………………………………………………………………..30


 


L’ETUDE du Capital de Marx présente certaines difficultés. L’imprévu de la méthode, la profondeur de l’analyse, la multiplicité des points de vue nouveaux déroutent et, parfois, exigent du lecteur non averti un effort certain.
Il est préférable de commencer l’étude de la science marxiste par des ouvrages plus accessibles, mais, même pour ceux qui possèdent les premiers éléments de celle science, la lecture du Capital demande quelque peu de persévérance. Il est déjà possible de la rendre plus aisée, en prenant tout d’abord connaissance des commentaires autorisés que nous devons au cofondateur de la doctrine, à Engels lui-même.

La collection « les Éléments du communisme» se devait de s’efforcer de préparer les étudiants du marxisme à l’élude de son ouvrage essentiel. C’est dans ce but que nous avons réuni en une seule brochure quatre travaux d’Engels se rapportant à l’étude du Capital.


1. L’article « Le Capital de Marx » paru, les 21 et 28 mars 1868, dans le Demokratisches Wochenblatt de Leipzig, qui constitue une magistrale exposition du premier livre du Capital.
2. Un «Extrait de la préface au deuxième livre du Capital», consacré spécialement à la découverte de la plus-value.
3. Le « Résumé du Capital », où Engels, chapitre par chapitre, résume et commente la plus grande partie du livre premier du Capital. La rédaction de ce travail, enrichi de nombreuses notes explicatives, a été effectuée par les soins de l’Institut Marx-Engels-Lénine de Moscou.
4. Le «Complément et supplément au troisième livre du Capital »,paru en 1895 dans le Devenir social et qui est introuvable aujourd’hui. Nous en donnons une nouvelle version soigneusément revue et améliorée. Ce travail constitue l’introduclion indispensable à l’étude du troisième livre;
5. vient ensuite une étude sur « La Bourse ». Elle consiste en des remarques complémentaires sur le troisième livre du Capital. Nous donnons ce travail d’après la copie photographique, de l’Institut Marx-En gels-Lénine.
Nous avons cru utile d’ajouter en annexe un extrait de l’ouvrage classique de Franz Mehring : Karl Marx : Geschichte seines Lebens (Karl Marx, histoire de sa vie), où le grand publiciste expose la genèse du Capital et en analyse le premier livre, et quelques passages du méme ouvrage, dus à la plume de Rosa Luxembourg et dans lesquels la célèbre militante avec sa clarté coutumière, nous donne la substance des deuxième et troisième livres du Capital.

Nous avons la conviction que, ainsi composé, ce petit ouvrage pourra rendre de réels services à tous ceux. qui désirent entreprendre l’étude sérieuse du Capital.

Un mot encore. Le «Résumé du Capital» n’a pas été préparé par Engels pour l’impression ; Un travail d’élaboration était donc nécessaire. Nous avons complété les mots abrégés en mettant la partie complémentaire entre crochets [ ]. Nous avons, en plus, donné en notes, in-extenso, maints passages de Marx analysés par Engels.
A la fin de certains paragraphes figurent trois chiffres; le premier indique la pagination de l’édition allemande du Capital dont s’est servi Engels; des deux chiffres entre crochets, le premier indique la pagination de l’édition allemande moderne du Capital (Verlag für Literatur und Politik, Wien-Berlin S. W, 61, 1932), le deuxième se réfère à l’édition française en cours de parution aux Edition s Sociales.
Les notes non signées sont d’Engels.
Les notes des éditeurs sont signées (N. R.), celles du traducteur (N. T. ).



                                                                           LE « CAPITAL » DE MARX

Depuis qu’il y a des capitalistes et des ouvriers dans le monde, il n’est pas paru de livre qui fût de pareille importance pour les ouvriers que celui-ci. Les rapports entre le Capital et le Travail, l’axe autour duquel tourne tout notre système social actuel, y sont pour la première fois développés scientifiquement, et cela avec une profondeur et une netteté possibles seulement à un Allemand. Si précieux que soient et que resteront les écrits d’un Owen, d’un Saint-Simon, d’un Fourier, il  était réservé à un Allemand d’atteindre la hauteur d’où l’on peut embrasser clairement, d’un seul coup d’oeil le domaine tout entier des rapports sociaux modernes, de même façon qu’apparaissent aux yeux du spectateur, debout sur la plus haute cime, les sites montagneux moins élevés.
L’économie politique nous enseigne jusqu’à maintenant que le travail est la source de toute richesse et la mesure de toutes les valeurs, de telle façon que deux objets dont la production a coûté le même temps de travail ont aussi la même valeur et que des valeurs égales étant généralement seules échangeables entre elles, ils doivent aussi être nécessairement échangés les uns contre les autres.

Mais elle enseigne en même temps qu’il existe une espèce de travail emmagasiné qu’elle appelle capital ; que ce capital grâce aux ressources qu’il renferme, multiplie par cent et par mille la productivité du travail vivant et réclame pour cela une certaine compensation qu’on appelle profit ou bénéfice. Comme nous le savons tous, les choses se présentent en réalité de la façon suivante : les profits du travail mort, accumulé, constituent une masse de plus en plus grande, les capitaux des capitalistes prennent des proportions de plus en plus colossales, alors que le salaire du travail vivant devient de plus en plus infime, et la masse des ouvriers vivant uniquement de salaire de plus en plus nombreuse et de plus en plus pauvre. Comment résoudre cette orientation?
Comment peut-il rester un profit au capitaliste si l’ouvrier reçoit la valeur entière du travail qu’il ajoute à son produit?

Et pourtant, puisque seules des valeurs égales sont échangeables, il devrait bien en être ainsi. D’autre part, comment des valeurs égales peuvent-elles être échangées, comment l’ouvrier peut-il recevoir la valeur entière de son produit, si, comme il est concédé par beaucoup d’économistes, ce produit est partagé entre les capitalistes et lui ?

L’économie reste jusqu’ici perplexe devant cette contradiction, écrit ou balbutie des formules embarrassées et vides. Même les critiques socialistes de l’économie n’ont pas été capables jusqu’ici de faire autre chose que de souligner cette contradiction; aucun ne l’a résolue jusqu’au moment où, enfin, Marx, poursuivant le processus de la formation de ce profit jusqu’à son lieu de naissance, a fait sur le tout la pleine lumière.

    Dans le développement du capital, Marx part du fait simple et notoire que, les capitalistes font valoir leur capital au moyen de l’échange ; ils achètent de la marchandise pour leur argent et la revendent ensuite pour une somme plus élevée qu’elle ne leur a coûté. Un capitaliste achète, par exemple, du coton pour mille thalers et le revend pour 1.100 thalers, « gagnant » ainsi 100 thalers. C’est cet excédent de 100 thalers sur le capital initial que Marx appelle plus-value. D’où provient cette plus-value ?

D’après l’hypothèse des économistes, seules des valeurs égales sont échangeables, et, dans le domaine de la théorie abstraite, la chose est juste aussi. L’achat du coton et sa revente ne peuvent donc pas plus fournir de plus-value que l’échange d’un thaler d’argent contre 30 gros d’argent et un nouvel échange de cette monnaie de compte contre le thaler d’argent, opération où on ne s’enrichit ni on ne s’appauvrit.

Mais la plus-value peut tout aussi peu provenir du fait que les vendeurs vendent les marchandises au-dessus de leur valeur, ou que les acheteurs les achètent au-dessous de leur valeur, car chacun d’eux à son tour étant tantôt acheteur, tantôt vendeur, il y a, par conséquent, compensation. Cela ne peut pas plus provenir du fait que les acheteurs et les vendeurs s’exploitent réciproquement, car cela ne produirait pas de nouvelle valeur ou plus-value, mais ne ferait, au contraire, que répartir autrement le capital existant entre les capitalistes. Or, bien que le capitaliste achète et revende les marchandises à leur valeur, il en tire plus de valeur qu’il n’y en a mis. Comment cela se produit-il ?


    Dans les conditions sociales actuelles, le capitaliste trouve sur le marché une marchandise qui a cette propriété particulière que sa consommation est une source de nouvelle valeur, crée une nouvelle valeur, et cette marchandise c’est la force da travail.

Qu’est-ce que la valeur de la force de travail? La valeur de chaque marchandise est mesurée par le travail qu’exige sa production. La force de travail existe sous la forme de l’ouvrier vivant qui a besoin, pour vivre, ainsi que pour entretenir sa famille qui assure la persistance de la force de travail aussi après sa mort, d’une somme déterminée de moyens de subsistance. C’est donc le temps de travail nécessaire à la production de ces moyens de subsistance qui représente la valeur de la force de travail. Le capitaliste paye l’ouvrier par semaine et achète ainsi l’emploi de son travail pour une semaine. Messieurs les économistes seront jusque-là assez d’accord avec nous sur la valeur de la force du travail.

A ce moment, le capitaliste met son ouvrier au travail. Dans un temps déterminé, l’ouvrier aura livré autant de travail que son salaire hebdomadaire en représentait.

    A supposer que le salaire hebdomadaire d’un ouvrier représente trois journées de travail, l’ouvrier qui commence le lundi a rendu au capitaliste le mercredi soir la valeur entière du salaire payé. Mais cesse-t-il ensuite de travailler ? Pas du tout. Le capitaliste a acheté son travail pour une semaine, et il faut que l’ouvrier travaille encore les trois derniers jours de la semaine. Ce surtravail de l’ouvrier, au delà du temps nécessaire pour le remplacement de son salaire est la source de la plus-value, du profit, du grossissement toujours croissant du capital.

    Qu’on ne dise pas que c’est une supposition gratuite d’affirmer que l’ouvrier fait sortir de son travail en trois jours le salaire qu’il a reçu et que les trois autres jours il travaille pour le capitaliste. Qu’il ait besoin de juste trois jours pour restituer son salaire, ou de deux, ou de quatre, c’est d’ailleurs ici une chose tout à fait indifférente, et qui varie aussi selon les circonstances ; mais la chose principale, c’est que le capitaliste, à côté du travail qu’il paye, obtient encore du travail qu’il ne paye pas, et il n’y a pas là de supposition arbitraire, car le jour où le capitaliste ne recevrait continuellement de l’ouvrier qu’autant qu’il lui paye en salaire, ce jour-là, il fermerait son atelier, car tout son profit s’envolerait.

    Et voilà que nous avons résolu toutes ces contradictions. La formation de la plus-value (dont le profit du capitaliste constitue une partie importante) est maintenant tout à fait claire et naturelle. La valeur de la force du travail est payée, mais cette valeur est de beaucoup inférieure à celle que le capitaliste sait tirer de la force de travail, et la différence, le travail non payé, constitue précisément la part du capitaliste, ou plus exactement, de la classe capitaliste. Car même le profit que, dans l’exemple cité plus haut, le marchand de coton a tiré de son coton, doit nécessairement consister en travail non payé si les prix du coton n’ont pas augmenté. Il faut que le marchand ait vendu à un fabricant de cotonnades qui, outre ces cent thalers, puisse tirer encore pour soi un bénéfice de sa fabrication, et qui partage par conséquent avec lui le travail non payé qu’il a empoché. C’est ce travail non payé qui, en général, entretient tous les membres de la société ne travaillant pas. C’est avec lui qu’on paye les impôts d’Etat et des communes dans la mesure où ils atteignent la classe capitaliste, les rentes foncières des propriétaires terriens, etc. C’est sur lui que repose tout l’état social existant.

    D’autre part, il serait ridicule de supposer que le travail non payé ne s’est formé que dans les conditions actuelles où la production est le fait d’un côté des capitalistes et de l’autre des salariés. Au contraire, de tout temps la classe opprimée a dû faire du travail non payé. Pendant toute la longue période où l’esclavage fut la forme dominante de l’organisation du travail, les esclaves ont été obligés de travailler beaucoup plus qu’on leur donnait sous forme de moyens de subsistance. Sous la domination du servage et jusqu’à l’abolition de la corvée paysanne, il en fut de même ; et là apparaît même, de façon tangible, la différence entre le temps où le paysan travaille pour sa propre subsistance et celui où il fait du sur6travail pour le seigneur, parce que ces deux formes de travail s’accomplissent de façon séparée.La forme est maintenant différente, mais la chose est restée, et tant qu’

    une partie de la société possède le monopole des moyens de production, le travailleur, libre ou non, est forcé d’ajouter au temps de travail nécessaire à son propre entretien un surplus destiné à produire la subsistance du possesseur des moyens de production.1
___________________
1 Capital, t. 1, p, 231.


 

II


    Dans l’article précédent, nous avons vu que chaque ouvrier qui est occupé par le capitaliste, fait un double travail : pendant une partie de son temps de travail, il restitue le salaire que lui a avancé le capitaliste, et cette partie de son travail est appelée par Marx le travail nécessaire. Mais ensuite, il doit encore continuer à travailler et produire pendant ce temps la plus-value pour le capitaliste, dont le profit constitue une partie importante. Cette partie du travail s’appelle le surtravail.

    Supposons que l’ouvrier travaille trois jours de la semaine pour restituer son salaire et trois jours pour produire de la plus-value pour le capitaliste. Cela veut dire, en d’autres termes, qu’il travaille, dans une journée de douze heures, six heures par jour pour son salaire et six heures pour créer de la plus-value. Mais on ne peut tirer de la semaine que six jours et même en y ajoutant le dimanche, sept jours seulement, alors que de chaque jour on peut tirer six, huit, dix, douze, quinze et même plus d’heures de travail. L’ouvrier a vendu pour son salaire une journée de travail au capitaliste. Mais qu’est-ce qu’un jour de travail ? Huit heures ou dix-huit ?

    Le capitaliste a intérêt à faire la journée de travail aussi longue que possible. Plus elle est longue, plus elle crée de plus-value. L’ouvrier a le juste sentiment que chaque heure de travail qu’il fait au-delà de la restitution de son salaire, lui est prise de façon illégitime; c’est sur son propre corps qu’il doit sentir ce que cela signifie de travailler un temps trop long. Le capitaliste lutte pour son profit, l’ouvrier pour sa santé, pour quelques heures de repos quotidien, pour pouvoir, en dehors du travail, du sommeil et du manger se manifester encore, en tant qu’homme.
Remarquons en passant qu’il ne dépend pas de la bonne volonté des capitalistes pris isolément qu’ils veuillent ou non s’engager dans cette lutte, car la concurrence contraint le plus philanthrope d’entre eux à se rallier à ses collègues et à faire accomplir une aussi longue journée de travail que ceux-ci.

    La lutte pour cette fixation de la journée de travail date de la première apparition d’ouvriers libres dans l’histoire et dure jusqu’aujourd’hui. Dans diverses industries, règnent des coutumes diverses concernant la journée de travail ; mais, en réalité, elles sont rarement observées.

C’est seulement là où la loi fixe la journée de travail et en contrôle l’observation, c’est là seulement qu’on peut vraiment dire qu’il existe une journée de travail normale. Et jusqu’à maintenant, ce n’est presque le cas que dans les districts industriels d’Angleterre. Là, la journée de travail est fixée à dix heures (10 heures et demie pendant cinq jours et 7 heures et demie le samedi) pour toutes les femmes et pour les garçons de 13 à 18 ans, et comme les hommes ne peuvent travailler sans ces derniers, ils tombent, eux aussi, sous la loi de la journée de dix heures. Cette loi, les ouvriers des fabriques d’Angleterre, l’ont conquise par de longues années de persévérance, par la lutte la plus tenace, la plus obstinée contre les fabricants, par la liberté de la presse, par le droit de coalition et de réunion, ainsi que par l’utilisation habile des divisions au sein de la classe régnante elle-même.

Elle est devenue la sauvegarde des ouvriers anglais, elle a été élargie peu à peu à toutes les grandes branches d’industrie et étendue, l’année dernière, à presque tous les métiers, du moins à tous ceux où sont occupés des femmes et des enfants. Sur l’histoire de cette réglementation légale de la journée de travail en Angleterre, l’ouvrage présent contient une documentation extrêmement détaillée. Le prochain « Reichstag de l’Allemagne du Nord » aura également à discuter une loi industrielle, et, par conséquent, à réglementer le travail dans les fabriques. Nous espérons que pas un des députés qui ont dû leur élection à des ouvriers allemands, n’ira à la discussion de cette loi sans s’être auparavant familiarisé complètement avec le livre de Marx. On peut obtenir beaucoup. Les divisions dans les classes régnantes sont plus favorables aux ouvriers qu’elles le furent jamais en Angleterre, parce que le suffrage universel contraint les classes dominantes à rechercher la faveur des ouvriers. Dans ces circonstances, quatre ou cinq représentants du prolétariat sont une puissance, s’ils savent utiliser leur situation, s’ils savent avant tout de quoi il s’agit; ce que les bourgeois ne savent pas. Et pour cela le livre de Marx leur met en mains la documentation toute prête.

    Nous laisserons de côté une série d’autres recherches très belles d’un intérêt plus théorique et nous nous contenterons d’en venir au chapitre final qui traite de l’accumulation du capital. On y prouve d’abord que la méthode de production capitaliste, c’est-à-dire, réalisée par des capitalistes d’une part et des salariés d’autre part, non seulement reproduit constamment son capital au capitaliste, mais produit toujours aussi en même temps la misère des ouvriers; de sorte que l’on veille à ce que, d’une façon constante et renouvelée, existent d’un côté des capitalistes qui sont les possesseurs de tous les moyens de subsistance, de toutes les matières premières et de tous les instruments de travail, et, de l’autre côté, la grande masse des ouvriers qui sont contraints de vendre leur force de travail à ces capitalistes pour une certaine quantité de moyens de subsistance, suffisants tout au plus, dans le meilleur des cas, pour les maintenir en état de travailler et pour faire grandir une nouvelle génération de prolétaires aptes au travail.

Mais le capital ne se contente pas d’être reproduit : il est continuellement augmenté et grossi et avec lui, sa puissance sur la classe non possédante des ouvriers. Et de même qu’il est reproduit lui-même dans des proportions de plus en plus grandes, le mode de production capitaliste moderne reproduit également à une échelle toujours plus grande, et en nombre toujours croissant, la classe des ouvriers qui ne possèdent rien.

    L’accumulation du capital reproduit les rapports du capital à une échelle plus large, plus de capitalistes ou de plus gros capitalistes à un pôle, plus d’ouvriers salariés à l’autre… L’accumulation du capital est donc l’augmentation du prolétariat.

    Mais comme pour faire la même quantité de produits, il faut toujours moins d’ouvriers par suite du progrès du machinisme, de l’amélioration de l’agriculture, etc., comme ce perfectionnement, c’est-à-dire, cet excédent d’ouvriers grandit plus rapidement que le capital lui-même, qu’advient-il de ce nombre toujours plus grand d’ouvriers ? Ils forment une armée de réserve industrielle qui, pendant les périodes d’affaires mauvaises ou médiocres, est payée au-dessous de la valeur de son travail et est occupée irrégulièrement ou encore tombe à la charge de l’assistance publique, mais est indispensable à la classe capitaliste pour les moments d’activité particulièrement vive des affaires, comme cela apparaît de façon tangible en Angleterre, mais qui, en tout état de cause, sert à briser la force de résistance des ouvriers occupés régulièrement et à maintenir leurs salaires à un bas niveau.

    Plus la richesse sociale est grande…, plus est grande la surpopulation relative ou l’armée de réserve industrielle. Mais plus cette armée de réserve est grande par rapport à l’armée ouvrière active [occupée régulièrement] et plus massive est la surpopulation consolidée [permanente], c’est-à-dire les couches d’ouvriers dont la misère est en proportion inverse de la peine de leur travail. Plus, enfin, la couche de la classe ouvrière partageant le sort de Lazare et l’armée de réserve industrielle sont grandes, plus est grand le paupérisme officiel. Telle est la loi générale, absolue de l’accumulation capitaliste.

    Telles sont, prouvées d’une façon rigoureusement scientifique – et les économistes officiels se gardent bien de tenter seulement de les réfuter – quelques-unes des lois principales du système social capitaliste moderne. Mais avec cela avons-nous tout dit ? Pas du tout. Avec la même netteté que Marx souligne les mauvais côtés de la production capitaliste, il prouve, de façon aussi claire, que cette forme sociale était nécessaire pour développer les forces productives de la société à un niveau qui permette le même développement vraiment humain pour tous les membres de la société. Toutes les formes sociales antérieures ont été trop pauvres pour cela. Seule, la production capitaliste crée les richesses et les forces de production nécessaires à cette fin, niais elle crée en même temps, avec la masse des ouvriers opprimés, la classe sociale qui, de plus en plus, est contrainte de revendiquer l’utilisation de ces richesses et de ces forces productives pour toute la société et non, comme aujourd’hui, pour une classe monopoliste.

(Demokratisches Wochenblatt, de Leipzig, 21-28 mars 1868.)




                           EXTRAIT DE LA PRÉFACE AU DEUXIÈME LIVRE DU « CAPITAL »


    Vers la fin du siècle dernier, régnait encore, comme chacun sait, la théorie phlogistique, d’après laquelle la nature de toute combustion consistait en ce que du corps en combustion il se détachait un autre corps, un corps hypothétique, une matière combustible absolue à qui on donnait le nom de phlogiston. Cette théorie suffisait à expliquer la plupart des phénomènes chimiques alors connus, non sans toutefois, dans certains cas, faire violence aux faits. Or, voici qu’en 1774, Priestley produisit une espèce d’air « qu’il trouva si pur ou si exempt de phlogiston que, par comparaison, l’air ordinaire paraissait déjà vicié » Il l’appela : air déphlogistisé. Peu dé temps après, Scheele produisit, en Suède, la même espèce d’air et prouva qu’il existait dans l’atmosphère. Il constata également qu’il disparaissait quand on brûle un corps dans son sein ou dans l’air ordinaire. Il l’appela donc « air à feu ».

    De ces résultats, il tira la conclusion que la combinaison qui naît de l’alliance du phlogiston avec un des éléments de l’air [c’est-à-dire dans la combustion], n’était que du feu ou de la chaleur qui s’échappait du verre2.

    Priestley et Scheele avaient tous deux produit l’oxygène, mais sans savoir ce qu’ils avaient sous la main. Ils « ne pouvaient se dégager des catégories « phlogistiques », telles qu’ils les trouvaient établies.» L’élément qui allait renverser toute la conception phlogistique et révolutionner la chimie restait, entre leurs mains, frappé de stérilité.
Mais Priestley avait immédiatement communiqué sa découverte à Lavoisier, à Paris, et celui-ci, partant de ce fait nouveau, soumit à l’investigation toute la chimie phlogistique ; c’est alors qu’il découvrit que la nouvelle sorte d’air était un élément chimique nouveau, que, dans la combustion d’un corps, ce n’est pas le mystérieux phlogiston qui s’échappe, mais bien ce nouvel élément qui se combine avec le corps, et il mit ainsi sur ses pieds toute la chimie qui, sous sa forme phlogistique, était mise à l’envers.

Et s’il n’est pas exact, contrairement à ce qu’il a prétendu par la suite, qu’il ait produit l’oxygène en même temps que Priestley et Scheele et indépendamment d’eux, il n’en reste pas moins celui qui a vraiment découvert l’oxygène par rapport aux deux autres qui l’avaient simplement produit, sans avoir la moindre. idée de ce qu’ils avaient produit.

    Marx est à ses prédécesseurs, quant à la théorie de la plus-value, ce que Lavoisier est à Priestley et à Scheele. Longtemps avant Marx on avait établi l’existence de cette partie de la valeur du produit que nous appelons maintenant plus-value ; on avait également énoncé plus ou moins clairement en quoi elle consiste : à savoir dans le produit du travail pour lequel l’acquéreur ne donne pas d’équivalent. Mais on n’allait pas plus loin. Les uns, les économistes bourgeois classiques, étudiaient tout au plus le rapport suivant lequel le produit du travail est réparti entre l’ouvrier et le possesseur des moyens de production. Les autres, les socialistes, trouvaient cette répartition injuste et cherchaient des moyens utopiques à mettre fin à cette injustice. Ni les uns ni les autres ne réussissaient à se dégager des catégories économiques qu’ils avaient trouvées établies.

    Alors Marx vint. Et il prit le contrepied direct de tous ses prédécesseurs. Là où ceux-ci avaient vu une solution, il ne vit qu’un problème. Il s’aperçut qu’il n’y avait ici ni « air déphlogistisé » ni « air à feu », mais de l’oxygène ; qu’il ne s’agissait ici ni de la simple constationd’un fait économique, ni du conflit de ce fait avec la justice éternelle et la vraie morale, mais d’un fait appelé à bouleverser toute l’économie, et qui, pour la compréhension de toute la production capitaliste, offrait la clef à qui savait s’en servir. Partant de ce fait, il examina toutes les catégories existantes, de même que Lavoisier partant de l’oxygène, avait examiné les catégories existantes de la chimie phlogistique.

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2 ROSCOE-SCHORLEMMER : Manuel complet de chimie, Brunswick, 1877 I, p. 3-18 (Note d’Engels.)



                                                                            RÉSUMÉ DU CAPITAL

                                                   Le procès de la production du capital (Livre Premier)


Préface à l’édition allemande

CINQUANTE années se sont écoulées depuis la mort de Karl Marx. Alors que cette période a suffi pour faire sombrer dans l’oubli total les oeuvres d’écrivains fort connus de leurs contemporains elle n’a été pour le Capital de Karl Marx qu’une marche triomphale, à travers le monde entier. Le résumé de cette oeuvre par Engels, que nous pouvons pour la première fois faire lire en langue allemande au prolétariat allemand, revêt donc, pour cette raison, une importance particulière.


Engels entreprit ce travail quand, à la demande de Marx, il écrivit pour la Fortnightly Review, revue libérale de gauche paraissant à Londres, un article sur le premier tome du Capital. Mais le rédacteur de la Fortnightly Review, renvoya à l’auteur la première partie de l’article, et Engels cessa d’y travailler.


Engels qui préparait son travail avec beaucoup de soin, avait commencé suivant en cela les directives précises de Marx par prendre des extraits du Capital ; le résumé que nous publions aujourd’hui en est le résultat.
Le 17 avril 1868, Engels écrivait à Marx

    Avec le temps limité dont je dispose, la dissection de ton livre me donne plus d’ouvrage que je ne le prévoyais ; car enfin3, une fois qu’on s’attelle à ce travail il faut au moins le faire à fond et pas seulement en vue de cet objectif spécial.

    Ce travail, Engels l’a effectué vraisemblablement dans la première moitié de l’année 1868 il n’a pas dépassé la quatrième partie. la Production de la plus-value relative, chapitre XIII : « Machinisme et grande industrie », sous-chapitre 6. Le résumé n’a pas été achevé Cependant, même sous cette forme, il rendra de précieux services au prolétariat, car, il résume magistralement en termes propres, les idées fondamentales du Capital. Engels nous montre la voie à suivre pour se pénétrer des enseignements du Capital. Aussi, le résumé sera-t-il un guide important dans l’étude de l’économie politique marxiste.

    Ce travail est, par endroits, difficile à comprendre. C’est qu’il n’est pas destiné à remplacer l’étude préalable d’oeuvres économiques marxistes élémentaires comme Travail salarié et capital , Salaires, prix et profits, comme les parties économique de l’article sur Karl Marx de Lénine et de l’Anti-Dahring d’Engels ; il doit seulement permettre au lecteur prolétarien de passer de l’étude de ces ouvrages, facilement compréhensibles, à celle du Capital.

    Seul Engels, le génial collaborateur de Marx, co-fondateur du matérialisme historique et du communisme scientifique, qui a lui-même exploré le domaine de l’économie politique, pouvait, dans son résumé, restituer le contenu du Capital sous une forme aussi claire et aussi condensée. Son art de la popularisation repose sur une maîtrise absolue de la méthode du màtérialisme dialectique. Le résumé est un modèle de recherche et
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3 En français dans le texte (N.T.)


d’exposition matérialistes. Les catégories économiques sont montrées dans leur développement historique. Engels n’a omis, dans son résumé aucune des transitions révélées par le Capital. Alors que les falsificateurs idéalistes du marxisme contestent la base matérielle qui sert d’assise aux catégories marxistes de l’économie politique, Engels, matérialiste, part toujours des conditions de production. Voilà pourquoi son résumé est une arme contre la déformation menchévik de l’économie marxiste dans le sens idéaliste.

    Le résumé est centré sur la théorie de la plus-value. Quand, en 1884, Deville fit paraître en France l’abrégé populaire du Capital, Engels lui reprocha, en particulier, d’y avoir mis des choses «inutiles pour l’intelligence de la théorie de la plus-value et de ses conséquences (et c’est cela justement qui importe pour un abrégé populaire) ». Engels étudie avec une attention particulière les lois de la production de la plus-value, car la production de plus-value, l’exploitation des ouvriers, éveille dans le prolétariat les forces de l’indignation, de la révolte. Par ailleurs, la production de plus-value aboutît à un tel épanouissement des forces productives que le cadre du mode de production capitaliste devient trop étroit, que le renversement de la bourgeoisie, l’instauration de la dictature prolétarienne, l’édification du socialisme deviennent possibles et nécessaires.


    C’est dans la façon dont Engels met la production de la plus-value au centre de son travail qu’en apparaît le caractère rêvolutionnaire. Il traite des contradictions économiques de la production des marchandises, depuis la contradiction entre la valeur d’usage et la valeur d’échange, jusqu’à sa forme la plus élevée dans le capitalisme.
Dans la contradiction économique, il découvre la contradiction de classe il montre les classes en tant que supports des contradictions économiques. Soit par des citations de Marx, soit par des formulations personnelles, Engels met justement en relief le côté révolutionnaire et « révolutionnarisant » du capitalisme :

    La plus-value est le surtravail cristallisé et seule la forme de son extorsion distingue les diverses formations sociales. Le capital ne se soucie donc nullement de la santé et de la vie de l’ouvrier, à moins d’y être forcé par la société.

Engels souligne que:

    devant les ouvriers se dressent les puissances spirituelles du processus de travail en tant que propriété étrangère et force qui les domine.

    Combien lamentables paraissent à côté du résumé d’Engels les innombrables tentatives faites par les économistes bourgeois et social-démocrates (Kautsky, Borchardt, etc.) pour populariser et abréger le Capital, c’est-à-dire pour le vulgariser – au pire sens du mot – et le falsifier.

    II est regrettable qu’Engels n’ait pu terminer son travail. Cependant, même sous cette forme inachevée, il sera pour le lecteur un guide indispensable à travers le Capital.

    Le texte a été établi sur la base d’une vérification minutieuse du texte original, d’après les copies photographiques qui se trouvent à l’Institut Marx-Engels-Lénine. Nos additions, qui se bornent essentiellement à l’explication de mots étrangers, ont été placées entre crochets. Les indications paginales données par Engels se rapportent à la première édition allemande du Capital, tome I, Editions Otto Meissner ;les chiffres ajoutés entre crochets se rapportent à l’édition établie par les soins de l’Institut Marx-Engels-Lénine.


L’édition du résumé que nous publions aujourd’hui a été préparée par Horst Frochlich. INSTITUT MARX-ENGELS-LÉNINE


 

LIVRE PREMIER

Le procés de la production du capital

   PREMIÈRE PARTIE

 LA MARCHANDISE ET L’ARGENT


I. La marchandise en soi

La richesse des sociétés dans lesquelles règne la production capitaliste consiste, en marchandises. La marchandise est une chose qui possède une valeur d’usage ; cette dernière existe dans toutes les formes sociales, mais, dans la société capitaliste, la valeur d’usage est en même temps le support matériel de la valeur d’échange.

    La valeur d’échange présuppose un tertium comparationis4 auquel elle est mesurée : le travail, la substance sociale commune des valeurs d’échange, plus précisément le temps de travail socialement nécessaire qui y est matérialisé.

    De même que la marchandise [revêt] un double aspect valeur d’usage et valeur d’échange, de même, le travail contenu en elle [est] doublement déterminé: d’une part comme activité productive déterminée, travail du tisserand, du tailleur, etc., « travail utile », d’autre part, comme simple dépense de force de travail humaine, travail cristallisé, abstrait. Le premier produit de la valeur d’usage, le second de la valeur d’échange ; seul, ce dernier est quantitativement comparable (la distinction entre travail skilled [qualité] et unskilled [non qualifié], travail composé et travail simple, le confirme).

    [La] substance de la valeur d’échange [est] donc le travail abstrait. Sa grandeur [se mesure] au temps employé. [Reste] encore à considérer la forme de la valeur d’échange.

    1. x marchandise A = y marchandise B, la valeur d’une marchandise exprimée en valeur d’usage d’une autre [marchandise] est sa5 valeur relative. L’expression de l’équivalence de deux marchandises est la forme simple de la valeur relative. Dans l’équation ci-dessus, y marchandise B est l’équivalent. En lui, x marchandise A reçoit sa forme valeur par opposition à sa6 forme naturelle, alors que y marchandise B reçoit en même temps, dans sa propre forme naturelle, la propriété de pouvoir être directement échangé.


La valeur d’échange est imprimée à la valeur d’usage de la marchandise par des conditions historiques déterminées. Elle ne peut donc l’exprimer dans sa propre valeur d’usage, mais seulement dans la valeur d’usage d’une autre marchandise. C’est seulement dans la mise en égalité de deux produits concrets du travail que le travail concret contenu dans l’un et dans l’autre révèle sa qualité de travail humain abstrait ; c’est-à-dire qu’une marchandise peut se comporter comme simple matérialisation de travail abstrait, non pas envers le travail concret contenu en elle-même, mais envers le travail concret contenu dans une autre espèce de marchandise.

    L’équation x marchandise A = y marchandise B implique. nécessairement que x marchandise A puisse être également exprimé dans d’autres marchandises, donc :

    2. x marchandise A = y marchandise B = z marchandise C =v mimarchandise D = u marchandise E . etc., etc.
C’est là la forme développée de la valeur relative. Ici, x marchandise A, en tant que simple matérialisation du travail qui y est contenu, ne se rapporte plus à une marchandise, mais à toutes. Mais par simple inversion, elle conduit à

4 Terme de comparaison. (N. T.)
5 Se rapporte à l’expression « x marchandise A,». (N. R.)
6 Se rapporte au- mot « marchandise ». (N. R.)
3. la deuxième forme, réfléchie, de la valeur relative.
y marchandise B = x marchandise A
z marchandise C = x marchandise A
v marchandise D = x marchandise A
u marchandise E = x marchandise A
etc., etc.

   Ici, les marchandises reçoivent la forme de valeur relative générate, dans laquelle, en tant que marchandiises, elles s’abstraient de leur valeur d’usage pour s’identifier, en tant que matérialisation du travail abstrait, dans [l’expression] x marchandise A. L’expression x marchandise A est la forme générique de l’équivalent pour toutes les autres marchandises, elle est leur équivalent général; le travail qui y est matérialisé vaut simplement comme réalisation de travail abstrait, comme travail général. Mais maintenant :

4. Chaque marchandise de la série peut prendre le rôle d’équivalent général; mais, simultanément, elles ne peuvent prendre [pour équivalent général] qu’une des marchandises [de la série] car si toutes les marchandises étaient des équivalents généraux, chacune en exclurait l’autre à nouveau.


La forme 3 n’est pas engendrée par x marchandise A, mais par les autres marchandises, objectivement. Il faut donc qu’une marchandise déterminée prenne le rôle [d’équivalent général] – elle peut changer pour l’instant – et c’est par là seulement que la marchandise devient intégralement marchandise. Cette marchandise particulière avec la forme naturelle [de laquelle] se confond la forme de l’équivalent général, est l’argent.


La difficulté de la marchandise réside en ce que, comme toutes les catégories du mode de production capitaliste, elle représente sous une enveloppe matérielle un rapport entre individus. Les producteurs rapportent leurs divers travaux les uns aux autres comme travail humain général, tandis qu’ils rapportent leurs produits entre eux en tant que marchandises, sans l’entremise des choses ils ne sauraient y parvenir. Le rapport entre les individus apparaît donc comme un rapport entre les choses.


Pour une société où prédomine la production des marchandises, le christianisme, [et plus] spécialement le protestantisme, [est] la religion appropriée.


II. Procès d’échange de la marchandise.

DANS l’échange, la marchandise démontre qu’elle est marchandise. Les possesseurs de deux marchandises doivent avoir la volonté d’échanger leurs marchandises resp[ectives] et, par conséquent, se reconnattre mutuellement la qualité de propriétaires privés. Ce rapport juridique, dont la forme est le contrat, n’est que le rapport de volontés, dans lequel se reflète le rapport économique. Le contenu de ce rapport [de droit et de volontés] est donné par le rapport économique même, P. 45 (90/95).

    La marchandise est valeur d’usage pour celui qui ne la possède pas, elle n’est pas valeur d’usage pour son possesseur7. D’où le besoin d’échange. Mais chaque possesseur de marchandise veut acquérir des valeurs d’usage qui lui soient spécifiquement utiles – en ce sens l’échange est un processus individuel. Par ailleurs, il veut réaliser sa marchandise comme valeur, par conséquent dans n’importe quelle marchandise, que sa [propre] marchandise soit ou non valeur d’usage pour le possesseur de l’autre marchandise. En ce sens, l’échange est pour lui un processus social général. Mais le même processus ne peut pas être pour tous les propriétaires de marchandises à la fois individuel et social général. Chaque possesseur de marchandise considère sa [propre] marchandise comme l’équivalent général, et toutes les autres marchandises comme autant d’équivalents particuliers de la sienne. Comme tous les possesseurs de marchandises font de même, aucune marchandise n’est équivalent général : par suite, aucune marchandise ne revêt la forme générale de valeur relative, dans laquelle toutes les valeurs s’égaleraient et pourraient être comparées comme grandeurs de valeurs. Elles ne se rapportent donc pas les unes aux autres comme marchandises, mais seulement comme produits. P. 47 [92/97].

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7 Engels emploie les mots de non-possesseur et non-valeur d’usage et dit littéralement : « La marchandise est valeur d’usage pour son non-possesseur, elle est non-valeur d’usage pour son possesseur. « (N. T.)

    Les marchandises ne peuvent se rapporter les unes aux autres comme valeurs, et par suite comme marchandises, que si elles se rapportent toutes à une autre marchandise quelconque comme équivalent général. Mais seul le fait social peut muer une marchandise déterminée en équivalent général : l’argent.

    La contradiction immanente de la marchandise en tant qu’unité directe de valeur d’usage et valeur d’échange, en tant que produit du travail privé utile… et en tant que matérialisation directe et sociale de travail humain abstrait, cette contradiction n’a pas de cesse avant d’avoir abouti au dédoublement de la marchandise en marchandise et argent. P. 48 [92-93/97].

    Toutes les autres marchandises n’étant que des équivalents particuliers de l’argent et celui-ci étant leur équivalent général, elles se comportent comme marchandises particulières à l’égard de l’argent, marchandise générale. Le processus d’échange donne à la marchandise qu’il transforme en argent non pas sa valeur, mais sa forme-valeur. P. 53 [97-98/100].


Fétichisme : une marchandise ne semble pas devenir argent parce que les autres marchandises expriment en elle leurs valeurs, mais ces dernières semblent au contraire exprimer leurs valeurs en elle parce qu’elle est argent.



                                III. La monnaie ou la circulation des marchandises.


                                     A. Mesure des valeurs (or = monnaie supposée) 8


LA monnaie comme mesure de la valeur est la forme sous laquelle se manifeste nécessairement la mesure de la valeur immanente des marchandises : le temps de travail. La simple expression de la valeur relative de la marchandise en argent, x marchandise A = y argent, est son prix. P. 55 [99-100/105].


Le prix de la marchandise, sa forme argent, est exprimé en monnaie idéale ; c’est donc seulement l’argent idéal qui mesure les valeurs. P. 57 {101/105].

   Une fois réalisée la transformation de la valeur en prix, il devient techniquement nécessaire de développer davantage encore la mesure des valeurs pour aboutir à l’étalon des prix ; c’est-à-dire qu’une quantité d’or est fixée qui sert de mesure aux diverses [autres] quantités d’or. Le tout est essentiellement distinct de la mesure des valeurs qui, elle-même, dépend de la valeur de l’or ; quant à cette dernière, elle est indifférente pour la mesure des prix. P, 59 [l05-106/108].


Les prix étant formulés en appellations arithmétiques de l’or9, l’argent sert [alors] de monnaie de compte.
Si le prix, comme exposant de la grandeur de valeur de la marchandise est l’exposant de son rapport d’échange avec la monnaie, il ne s’ensuit pas réciproquement que l’exposant du rapport d’échange avec la monnaie soit nécessairement le rapport de sa grandeur de valeur.


En supposant que des circonstances permettent ou imposent de vendre une marchandise au dessus ou au-dessous de sa valeur, ces prix de vente, s’ils ne correspondent pas à sa valeur, n’en sont pas moins le prix de la marchandise, car ils sont :

1. la forme de sa valeur, l’argent, et
2. les exposants de ses rapports d’échange avec l’argent.
La possibilité de désaccord quantitatif entre le prix et la grandeur de valeur est donc donnée dans la forme prix elle-même. Cela ne constitue pas une défectuosité de cette forme ; celle-ci devient au contraire ainsi la forme adéquate d’un mode de production où la règle ne peut prévaloir qu’en tant que loi moyenne, à l’action aveugle, de l’irrégularité.


La forme prix peut ce[pendant aussi] dissimuler [une] contradiction qualitative, de sorte que le prix cesse, d’une façon générale, d’être expression de valeur… La conscience, l’honneur, etc., peuvent… par leur prix acquérir la forme marchandise. P. 60-61 [107/112].


La mesure des valeurs en argent, la forme prix, implique la nécessité de l’aliénation [vente] ; la mesure idéale des prix [implique] la [mesure] réelle. D’où la circulation.



                                                  B. Moyens de circulation.
                                                      a) La métamorphose des marchandises.


Forme simple : M-A-M (marchandise-argent-marchandise), dont le contenu matériel =M-M. Abandon de valeur d’échange, appropriation de valeur d’usage.

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8 Le texte de Marx dit, plus clairement : « Dans un but de simplification, nous supposons que l’or est la marchandise qui remplit les fonctions de monnaie. » (N. T.)

2. C’est-à-dire en noms monétaires ; livre, franc, ducat… (N, T.)

1. Première phase : M-A = vente, avec deux éventualités :celle de la non-réussite [de la vente] ou celle de la vente au-dessous de la valeur ou au-dessous du prix de revient, si la valeur sociale de la marchandise se modifie.

    La division du travail transforme le produit du travail en marchandise et nécessite par cela même sa transformation en argent.


En même temps elle remet au hasard la réussite de cette trans-substantiation. P. 60-67 [111-113/115-116]. Pour considérer ici le phénomène en lui-même, M-A présuppose que le possesseur de l’A (au cas où il n’est pas producteur d’or) a auparavant échangé d’autres M contre son A (la possession de l’A résulte pour lui de la vente antérieure d’autres M) : pour l’acheteur, le phénomène n’est donc pas seulement l’inverse = A-M, mais [encore] il présuppose de sa part une vente antérieure, etc., de sorte que nous nous trouvons dans une série infinie d’achats et de ventes.

   2 . La même chose se produit dans la deuxième phase, A-M. Achat, qui est en même temps une vente pour l’autre participant.


3. Le processus d’ensemble est donc un cycle d’achats et de ventes. Circulation des marchandises.
Cette dernière [est] toute différente de l’échange direct des produits ; d’une part les limites locales et individuelles de l’échange direct des produits sont brisées, la permutation du travail humain [est]développée ; d’autre part, il apparaît ici déjà que tout le processus est conditionné par des rapports naturels sociaux indépendants des personnes qui interviennent dans ces opérations. P. 72 [117/120].


L’échange simple s’est éteint dans le seul acte d’échange au cours duquel chacun [des partenaires] a échangé de la non-valeur d’usage pour de la valeur d’usage ; [mais] la circulation continue indéfiniment.

 

    P. 73 [118/121]. Voici un dogme économique faux : La circulation des marchandises exigerait nécessairement l’équilibre des achats et des ventes, chaque achat étant vente et vice-versa – ce qui reviendrait à dire que chaque vendeur amène son [propre] acheteur sur le marché.


1. L’achat et la vente constituent d’une part, un acte identique de deux personnes polariquement opposées, d’autre part, deux actes polariquement opposés d’une [même] personne. L’identité entre l’achat et la vente implique donc que la marchandise est inutile, quand elle n’est pas vendue, donc aussi que cette éventualité peut survenir.


2. M-A en tant que processus partiel est en même temps, un processus indépendant et implique que l’acquéreur de l’A peut choisir le moment où il transformera à nouveau cet A en M. Il peut attendre. L’unité intérieure des processus indépendants, M-A et A-M se meut, justement du fait de l’indépendance de ces processus, dans des contradictions extérieures, et lorsque la tendance qu’ont ces processus dépendants à devenir indépendants atteint une certaine limite, l’unité s’impose par une crise, dont la possibilité [est] par conséquent donnée ici même. En tant qu’intermédiaire de la circulation des marchandises, la monnaie est moyen de circulation.



                                                     b) Mouvement de la monnaie


Chaque marchandise individuelle entre et sort de la circulation par l’intermédiaire de la monnaie ; la monnaie, elle, y reste toujours. Bien que, par suite, le mouvement de la monnaie ne soit que l’expression de la circulation des marchandises, cette dernière n’en apparaît pas moins comme le résultat du mouvement de la monnaie. Comme l’argent reste constamment dans la sphère de la circulation, la question se pose de la quantité d’argent qui y est contenue.


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10 Lettres grecques dans le texte d’Engels. (N. R.)

     La masse de l’argent circulant est déterminée par la somme des prix des marchandises (pour une valeur constante de la monnaie), et cette somme des prix par la masse des marchandises en circulation. Cette masse de marchandises étant supposée donnée, la masse de l’argent circulant varie avec les fluctuations de prix des marchandises. La même pièce de monnaie servant à la conclusion d’un certain nombre d’affaires dans un temps donné, on a pour un laps de temps déterminé :


somme des prix des marchandises par nombre de cycles d’une pièce de monnaie=masse de la monnaie fonctionnant comme moyen de circulation. P. 80 [125/126].

     Par suite, le papier-monnaie peut évincer l’or quand il est jeté dans une circulation saturée.
    Comme dans le mouvement de la monnaie n’apparaît que le processus de circulation des marchandises, la rapidité de ce mouvement révèle aussi celle de ses métamorphoses [les métamorphoses de la circulation des marchandises], son ralentissement [révèle] la séparation entre l’achat et la vente, le ralentissement des échanges sociaux. La circulation ne nous indique pas la cause de ce ralentissement; elle ne nous montre que le phénomène. Le philistin l’explique par la quantité insuffisante de moyens de circulation. P. 81 [125-126/126-127].
Ergo1:


1. Les prix des marchandises restant constants, la masse de la monnaie circulante augmente quand augmente la masse des marchandises en circulation ou que se ralentit le mouvement de la monnaie; et elle diminue vice versa [quand la masse des marchandises en circulation diminue ou que le mouvement de la monnaie s’accélère].

   2. Les prix des marchandises subissant une hausse générale, la masse de la monnaie circulante reste constante si la masse des marchandises diminue ou si la rapidité de la circulation augmente dans la même mesure.

    3. Les prix des marchandises subissant une baisse générale, – inverse de 2.
    Dans l’ensemble, on trouve une moyenne assez constante à laquelle seules les crises pour ainsi dire font subir des perturbations importantes.



                                                        c) Numéraire. Signe de valeur.


    L’étalon des prix est fixé par l’Etat, de même que l’appellation donnée à la pièce d’or déterminée – le numéraire et sa fabrication. Sur le marché mondial, les uniformes nationaux respectifs sont retirés (il est fait abstraction ici du trésor accumulé de la Monnaie), de sorte que le numéraire et les lingots12 ne se distinguent que par la forme.


– Mais la monnaie s’use dans la circulation, l’or en tant que moyen de circulation se différencie de l’or en tant qu’étalon des prix; le numéraire devient de plus en plus [le] symbole de son contenu officiel.

    Par là se trouve donnée d’une façon latente la possibilité de remplacer l’argent métallique par des jetons ou des symboles. D’où :


1. Monnaie divisionnaire de cuivre ou d’argent, dont la fixation par rapport à la monnaie or réelle est empêchée par la limitation de la quantité dans laquelle elle constitue un legal tender13. Son contenu purement arbitraire [est] fixé par la loi et sa fonction du numéraire devient ainsi indépendante de sa valeur. D’où le progrès possible vers des signes absolument sans valeur.


2. Papier-monnaie, c’est-à-dire papier-monnaie d’Etat avec cours forcé (la monnaie de crédit ne sera pas encore traitée ici). Dans la mesure où ce papier-monnaie circule réellement à la place de la monnaie d’or, il est soumis aux lois de la circulation monétaire. Seul, le rapport dans lequel ce papier remplace l’or peut faire l’objet d’une loi spéciale, à savoir: l’émission de papier-monnaie doit être limitée à la quantité dans laquelle l’or qu’il symbolise circulerait réellement14. Il est vrai que le degré de saturation de la circulation oscille, mais partout l’expérience fait apparattre un minimum au-dessous duquel il ne tombe jamais. Ce minimum peut être émis. En outre, quand le degré de saturation s’abaisse au minimum, une partie [du papier-monnaie] devient immlédiatement superflue. En pareil cas, la quantité totale de papier au sein du monde des marchandises ne symbolise cependant que la quantité d’or déterminée par ses lois immanentes, donc seule capable d’être symbolisée15. [Si] donc la masse de papier [constitue] le double de la masse d’or absorbée, chaque morceau de papier se déprécie [et tombe] à la moitié de sa valeur nominale. Tout comme si l’or avait subi une modification dans sa fonction de mesure des prix, dans sa valeur. P. 89 (133/133-134).

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11 Donc. (N.T.)
12 L’or monnayé et l’or en barres. (N. T.)
13 Moyen de paiement légal. (N. R.)



                                          C. La monnaie ou l’argent-monnaie.


                                                            a) La thésaurisation.


    Avec le premier développement de la circulation des marchandises se développe la nécessité et la passion de retenir le produit de M-A, l’A. Au lieu de servir simplement d’intermédiairé des échanges, cette métamorphose devient un but en elle-même. L’argent se pétrifie, devient trésor, et le vendeur se change en thésauriseur. P. 91 [135-136/135-136].

    Cette forme prédominante [prédomine] justement aux débuts de la circulation des marchandises. Asie. Avec le développement de la circulation des marchandises, chaque producteur de marchandises doit s’assurer le nervus rerum16, le gage social de la force, l’A Ainsi se constituent partout des hoards17.Le développement de la circulation des marchandises augmente la puissance de la monnaie, forme toujours disponible et absolument sociale de la richesse. P. 92 [1.36-137/136-138]. L’instinct de thésaurisation est par essence illimité. Au point de vue de la qualité ou de forme, la monnaie n’a point de limites et reste le représentant général de la richesse matérielle, parce qu’elle peut directement se transformer en n’importe quelle marchandise. Mais au point de vue de la quantité, toute somme réelle est limitée et n’a donc, comme moyen d’achat, qu’une action limitée. Cette contradiction ramène sans cesse le thésauriseur à son travail de Sisyphe de l’accumulation.

    A côté de cela, l’accumulation d’or et d’argent en plate18, [constitue] à la fois [un] nouveau marché pour ces métaux, et [une] source latente de monnaie.

    La thésaurisation sert de canal abducteur et adducteur de l’argent circulant dans les oscillations permanentes du degré de saturation de la circulation. P. 93 [139-140/139].

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14 Dans le texte de Marx « L’émission du papier-monnaie doit être proportionnée à la quantité d’or (ou d’argent) dont il est le symbole et qui devrait réellement circuler. » (N T)
15 Dans le texte de Marx : Le papier-monnaie n’est donc signe de valeur qu’autant qu’il représente des quantités d’or qui, comme toutes les autres quantités de marchandises, sont aussi des quantités de valeur. » (N. T.)
16 Le nerf des choses. (N. T.)
17 Trésors. (N. T.)
18 Objets précieux..(N. T.)



                                                          b) Moyen de paiement


    Le développement de la circulation des marchandises fait surgir de nouvelles, conditions: l’aliénation de la marchandise peut être séparée chronologiquement de la réalisation de son prix.
La production des diverses marchandises nécessite des durées diverses; elles sont fabriquées à des saisons différentes; maintes marchandises doivent, être expédiées vers des marchés lointains, etc. X19 peut donc être vendeur avant que Y, l’acheteur, soit solvable. La pratique règle les conditions de paiement de la façon suivante : X devient créancier, Y débiteur, l’argent devient moyen de paiement. Le rapport entre le créancier et le débiteur est donc d’ores et déjà antagoniste. (Il peut en être ainsi indépendamment de la circulation des marchandises, par exemple dans l’antiquité et au moyen âge.) P. 97 -[140-141/1140-141].

    Dans ce rapport, l’argent fonctionne :
1. comme mesure de valeur pour la détermination des prix des marchandises vendues;
2. comme moyen d’achat idéal.

En tant que trésor, A avait été soustrait à la circulation ici, en tant que moyen de paiement20, A entre dans la circulation, mais seulement quand M en est sortie. L’acheteur-débiteur vend pour pouvoir payer, sous peine d’être saisi. A devient donc maintent le but même de la vente, par une nécessité sociale découlant des conditions mêmes de la circulation. P. 97-98 [141-142/141].

    La non-simultanéité des achats et des ventes, qui donne naissance à la fonction de l’argent comme moyen de paiement, apporte21, en même temps, une économie de moyens de circulation, la concentration des paiements en un endroit déterminé.


(Virements à Lyon, au moyen âge, espèce de clearing house où seul [était] payé le solde des créances réciproques. P. 98 [;143/ 142].

    Tant que les paiements se balancent, la monnaie ne fonctionne, que d’une manière idéale comme monnaie de compte ou mesure de valeur. Dès qu’il faut effectuer des paiements réels, elle ne se présente plus comme moyen de circulation, comme simple forme éphémère servant d’intermédiaire aux échanges; elle devient l’incarnation individuelle du travail social, la réalisation indépendante de la valeur d’échange, une marchandise absolue. Cette contradiction directe éclate, lors des crises industrielles et commerciales, au moment qui s’appelle la crise monétaire. Elle ne se produit que là, où se sont complètement développés l’enchaînement progressif des paiements et un système artificiel d’équilibre entre eux. Ce mécanisme subit-il, pour une raison quelconque, des perturbations d’ordre général, la monnaie renonce brusquement et sans transition à sa forme idéale de monnaie de compte pour devenir espèces sonnantes et trébuchantes. Elle ne peut plus être remplacée par des marchandises vulgaires. P. 99 [143-144/143].

    La monnaie de crédit résulte de la fonction de la monnaie comme moyen de paiement, les certificats de dettes circulent à leur tour et déplacent les créances. Avec le système de crédit s’étend à nouveau la fonction de la monnaie comme moyen de paiement, comme telle elle acquiert des formes d’existence propres, dans lesquelles elle hante la sphère des grandes transactions commerciales, tandis que la monnaie [métallique] est surtout refoulée dans la sphère du commerce de détail. P. 101, [145/144-145].

    Quand la production de marchandises atteint un certain niveau et une certaine étendue, la fonction de la monnaie-moyen de paiement dépasse la sphère de la circulation des marchandises, elle devient la marchandise générale des contrats. De versement en nature, les rentes, impôts, etc., se transforment en versement d’argent. Voir la France de Louis XIV (Boisguillebert et Vauban), par contre l’Asie, la Turquie, le Japon, etc. P. 102 [146/145].

    La transformation de l’argent en moyen de paiement exige – une accumulation d’argent pour les jours d’échéance – la thésaurisation qui disparaît dans le développement social continu comme forme indépendante d’enrichissement, reparaît à nouveau comme fonds de réserve des moyens de paiement. P. 103 [148/147].

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19 Dans le texte d’Engels l’acheteur et le vendeur sont désignés par A et B. Nous avons remplacé par X et Y pour éviter la confusion avec l’argent A (G. en allemand) (N. T.)
20 Marx écrit : « Le moyen de circulation s’est transformé en trésor, parce que le mouvement de la circulation s’était arrêté à sa première moitié. Le moyen de paiement entre dans la circulation, mais seulement après que la marchandise en est sortie » (N. T.)
21 Dans le manuscrit d’Engels.: donnent et apportent. (N- T.)


                                                                               c) La monnaie universelle


Dans la circulation universelle, les formes locales du numéraire, de la monnaie divisionnaire, des signes de valeur se dépouillent et seule la forme de l’argent [métal] en barres sert de monnaie universelle. C’est seulement sur le marché mondial que la monnaie fonctionne pleinement comme la marchandise dont la forme naturelle est, en même temps, la réalisation sociale immédiate du travail humain in abstracto22. Sa manière d’être devient adéquate à son concept. P. 103-104 (Détails, 105) [148. Détails149-151/147-150].
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22 En général. (N.. T.)



 DEUXIEME PARTIE

LA TRANSFORMATION DE L’ARGENT EN CAPITAL

I. Formule générale du capital.


    La circulation des marchandises est le point de départ du capital. La production des marchandises, leur circulation et son développement, le commerce, sont donc partout les facteurs historiques qui font naître le capital. C’est de la création du commerce moderne et du marché mondial au XVIe siècle que date l’histoire moderne du capital. P. 106 (153/151).

    Pour ne considérer que les formes économiques engendrées par la circulation des marchandises, [nous constatons que] son dernier produit est l’argent et c’est là la première forme d’apparition du capital. Historiquement, le capital se dresse toujours en face de la propriété foncière sous forme de fortune monétaire, de capital marchand ou de capital usuraire, et, actuellement encore, tout nouveau capital entre en scène sous forme d’argent qui doit se transformer en capital au moyen de processus déterminés.

    L’argent en tant qu’argent et l’argent en tant que capital ne se distinguent tout d’abord que par la forme de leur circulation. A côté de M-A-M survient également la forme A-M-A, acheter pour vendre. L’argent, qui décrit dans ce mouvement cette forme de circulation, devient du capital, est déjà en lui-même, c'[est]-à-d[ire] par sa destination, du capital.

    Le résultat de A-M-A est A-A, échange indirect d’argent , contre argent. J’achète pour 100 livres sterling du coton que je revends 110 livres ; en fin de compte j’ai échangé 100 livres contre 110, de l’argent contre de l’argent.

    Si ce processus aboutissait à la même valeur monétaire qui y fut jetée initialement – 100 livres [issus] de 100 livres – ce [il] serait absurde. Mais que de, ses 100 livres le marchand tire 100, 110 ou seulement 50 livres, son argent n’en a pas moins décrit un mouvement particulier, tout à fait différent de la circulation des marchandises M-A-M. L’analyse des différences de forme qui distinguent ce mouvement de M-A-M permettra également de discerner la différence de contenu.

    Les deux phases du processus sont respectivement les mêmes que dans M-A-M. Mais il existe une grande différence dans son ensemble. Dans M-A-M, l’argent est l’intermédiaire, la marchandise le point de départ et l’aboutissant ; ici, c’est M qui est l’intermédiaire, A le point de départ et l’aboutissant. Dans M-A-M, l’argent est définitivement dépensé, dans A-M-A, il est seulement avancé et doit être retrouvé. Il revient à son point de départ – [il y a] donc ici déjà une différence sensible et palpable entre la circulation de l’argent en tant que monnaie et de l’argent en tant que capital.

    Dans M-A-M l’argent ne peut refluer à son point de départ que par la répétition de tout le processus, par la vente de marchandises fraîches, [nouvelles] ; le reflux est donc indépendant du processus lui-même. Dans A-M-A, par contre, il est conditionné d’avance par la structure même du processus, qui est incomplet s’il ne réussit pas. P. 110 [156/153].

    M-A-M, a pour but final la valeur d’usage, A-M-A, la valeur d’échange [en] elle-même.

    Dans M-A-M, les deux extrêmes ont la même forme économique23. Ce sont tous deux des marchandises et de même valeur. Mais ce sont en même temps des valeurs d’usage qualitativement différentes et le processus a pour contenu l’échange social. Dans A-M-A, l’opération paraît de prime abord tautologique, vide de contenu. Il semble absurde d’échanger 100 livres sterling contre 100 livres sterling, et par un détour au surplus. Une somme d’argent ne peut se distinguer d’une autre que par la grandeur; A-M-A ne reçoit son contenu que par la différence quantitative des extrêmes. On retire de la circulation plus d’argent qu’on n’y en avait jeté. Le coton acheté 100 livres est vendu par exemple 100 livres + 10 livres; le processus prend donc la forme A-M-A’, où A’ = A + ΔA.
Ce ΔA, cet incrément [accroissement] est de la plus-value. La valeur avancée initialement non seulement se maintient dans la circulation, mais encore s’accroît d’une plus-value, se valorise, et ce mouvement transforme l’argent en capital.

   Dans M-A-M, il peut, certes, également exister une différence de valeur entre les extrêmes, mais elle est purement fortuite dans cette forme de circulation et M-A-M ne devient pas absurde quand les extrêmes sont de valeur identique – au contraire, c’est même plutôt la condition d’un fonctionnement normal.


   La répétition de M-A-M trouve sa mesure et sa raison d’être dans un but final extérieur à la vente, et qui est la consommation, la satisfaction de besoins déterminés. Dans A-M-A, au contraire, le début et la fin sont identiques – de l’argent – et de ce seul fait, le mouvement est indéfini. Toutefois, A + ΔA est une quantité différente de A, mais néanmoins une somme d’argent limitée; si elle était dépensée elle cesserait d’être du capital; si elle était retirée de la circulation, elle [resterait] stationnaire sous forme de trésor24. Une fois donné le besoin de mise en valeur de la valeur, il existe aussi bien pour A’ que pour A et le mouvement du capital est illimité parce qu’à la fin du processus son but est tout aussi peu atteint qu’au début. P. 111 [1b6-159/153-156]. En tant que support de ce processus, le possesseur d’argent devient capitaliste.

    Si dans la circulation des marchandises la valeur d’échange arrive tout au plus à une forme indépendante [celle de l’argent] par rapport à la valeur d’usage de la marchandise, ici elle apparaît brusquement comme une substance processive25, douée d’un mouvement propre et pour laquelle la marchandise et l’argent ne sont que de simples formes; bien plus, en temps que valeur originale, elle se distingue d’elle-même considérée comme plus-value. Elle devient de l’argent processif26 et, à ce titre, du capital. P. 116 [162/158].


A-M-A’ semble, il est vrai, n’être qu’une forme propre au seul capital commercial [marchand]. Mais le capital industriel est également de l’argent qui se transforme en marchandise et, par la vente [de la marchandise], se retransforme en une somme d’argent supérieure. Des actes qui peuvent se passer entre l’achat et la vente, hors de la sphère de la circulation, n’y changent rien. Dans le capital portant intérêt, enfin, le processus se présente, directement [sous la forme] A-A’, valeur qui est en même temps plus grande qu’elle-même27. P. 117 [162-163/158-159].

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23 Marx emploie seulement le mot « forme » Engels emploie Formbes limmtheit. difficilement traduisible : certitude, précision de forme, l’idée étant rigoureusement la même forme (N. T.)
24 Marx écrit : « Si elles sont dérobées à la circulation, elles -[ces sommes, se pétrifient sous forme trésor et ne grossissent pas d’un liard quand elles dormiraient là jusqu’au jugement-dernier » (N. T.)
25 Engels reproduit ici le mot employé par Marx : prozessierende Substanz, c’est-à-dire substance en voie de processus, en mouvement continu. (N. T.)
26 idem que 25
27 Marx écrit : « Enfin, par rapport au capital usuraire, la forme est réduite à ses deux extrêmes sans terme moyen ; elle se résume, en style lapidaire, en A-A’, argent qui vaut plus d’argent, valeur qui est plus grande qu’elle-même. » (N. T.)



                            II. Contradiction de la formule générale.


    La forme de circulation par laquelle l’argent devient capital contredit toutes les lois développées ci-dessus relatives à la nature de la marchandise, de la valeur, de l’argent et de la circulation elle-même. Est-ce la différence purement formelle de l’ordre de succession [des deux phases opposées, la vente et l’achat inversé] qui a pu produire ce résultat ?

    Plus encore Cette inversion n’existe que pour une des trois personnes [pour un des trois contractants]. Capitaliste, j’achète de la marchandise à A et je la revends à B, A et B n’interviennent simplement que comme acheteur et vendeur de marchandises. Dans les deux cas, je ne suis à leur égard que simple possesseur d’argent ou simple possesseur de marchandises à l’égard de l’un [j’agis] comme acheteur ou argent, à l’égard de l’autre comme vendeur ou marchandise, mais à l’égard d’aucun, je ne suis capitaliste ou représentant de quelque chose qui serait plus que de l’argent ou de la marchandise. Pour A l’affaire a commencé par une vente, pour B, elle s’est terminée par un achat, par conséquent exactement comme dans la circulation des marchandises. De même, si je fondais le droit à la plus-value sur chacune des séries28 isolées, A pourrait vendre directement à B, et la chance de la plus-value tomberait.

    Supposons que A et B s’achètent directement des marchandises. En ce qui concerne la valeur d’usage, tous deux peuvent gagner. A peut même produire de sa marchandise plus que B n’en pourrait produire dans le même temps et vice-versa, de sorte que tous deux y gagnent. Mais [il en va] différemment avec la valeur d’échange. Ici, sont échangées des grandeurs de valeurs égales, même lorsque l’argent intervient comme moyen de circulation. P. 119 [164-165/161].


    Au point de vue abstrait, il ne se produit, dans la circulation simple des marchandises, outre le remplacement d’une valeur d’usage par une autre, qu’un changement de forme [métamorphose] de la marchandise. Dans la mesure où elle [la circulation des marchandises] n’amène qu’un changement de forme de sa valeur d’usage, elle [n’] entraîne, lorsque ce phénomène se réalise dans toute sa pureté [qu’] un échange d’équivalents. Il peut certes arriver que des marchandises soient vendues à des prix différents de leur valeur, mais seulement lorsque la loi de l’échange des marchandises a été violée. Dans sa forme pure, il [cet échange] est un échange d’équivalents ; [il ne représente] donc pas un moyen de s’enrichir. P. 120 [165-166/162].

    D’où l’erreur de toutes les tentatives de faire dériver la plus-value de la circulation des marchandises. Condillac, p. 121. [166/162-163]. Newmann, p. 122 [167/163].

    Mais admettons que l’échange n’ait pas lieu sous sa forme pure, que des non-équivalents soient échangés. Admettons que chaque vendeur vende sa marchandise 10% au-dessus de sa valeur. Tout demeurant égal, ce que chacun gagne comme vendeur, il le reperd comme acheteur. Tout comme si la valeur de l’argent s’était modifiée de 10% – De même si les acheteurs achetaient tout 10% au-dessous de la valeur. P. 123 [168169/164] (Torrens).

    L’hypothèse que la plus-value naît d’une hausse sur les prix présuppose qu’il existe une classe qui achète sans vendre, c’est-à-dire consomme sans produire, [une classe] à laquelle l’argent afflue sans cesse, gratuitement29. Vendre à cette classe des marchandises au-dessus du prix, c’est regagner en partie, par des moyens frauduleux, de l’argent qu’on avait donné sans rien recevoir en échange. (Asie mineure et Rome). Néanmoins, le vendeur reste toujours frustré et ne peut pas de cette façon s’enrichir, produire de la plus-value.

    Prenons le cas de l’escroquerie. A vend à B du vin qui vaut 40 livres contre du blé qui envaut 50. A gagne 10 [livres]. Mais A et B n’ont ensemble que 90. A a 50 et B [n’a] plus que 40. La valeur est déplacée, mais non créée. Dans son ensemble, la classe capitaliste d’un pays ne peut pas se léser elle-même. P. 126 [170/166].
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28 La série est ici l’ensemble des deux transactions : achat de la marchandise à A et vente de la marchandise à B. (N. T.)
29 Marx écrit « l’argent avec lequel une telle classe achète constamment doit constamment revenir du coffre des producteurs dans le sien, gratis, sans échange, de gré ou en vertu d’un droit acquis. » (N. T.)

    Donc, si l’on échange des équivalents, il ne se produit pas de plus-value; si l’on échange des non-équivalents, il ne se produit pas davantage de plus-value. La circulation des marchandises ne crée pas de nouvelle valeur.


    C’est pourquoi nous laissons de côté ici les formes les plus anciennes et les plus populaires du capital, le capital commercial et le capital usuraire. Si l’on ne veut pas expliquer la mise en valeur du capital commercial par la simple escroquerie, il faut recourir à de nombreux termes intermédiaires qui manquentt encore ici. Plus encore pour le capital usuraire et le capital portant intérêts. Plus tard, tous deux apparaîtront comme des formes dérivées; [on verra] également pourquoi ils apparaissent historiquement avant le capital moderne.


    La plus-value ne peut pas naître de la circulation. Mais en dehors d’elle. En dehors d’elle, le possesseur de marchandises est un simple producteur de sa marchandise, dont la valeur dépend de la quantité – mesurée d’après une loi sociale déterminée – de son propre travail qui y est contenu ; cette valeur est exprimée en monnaie de compte, par exemple dans un prix de 10. Mais cette valeur n’est pas en même temps une valeur de 11 livres; son travail crée des valeurs, mais pas de valeurs qui s’accroissent de leur propre chef30. Il peut ajouter de la valeur à une valeur existante, mais cela uniquement en y ajoutant du travail. Le producteur de marchandise ne peut donc pas produire de la plus-value, en dehors de la sphère de la circulation, sans entrer en contact avec d’autres possesseurs de marchandises.


    Le capital doit, par conséquent, surgir à la fois dans la circulation des marchandises et non en elle31. P. 128 [173/168].


Donc la transformation de l’argent en capital, doit être développée sur la base des lois immanentes à l’échange des marchandises, de façon telle que l’échange d’équivalents serve de point de départ. Notre possesseur d’argent, qui n’existe plus qu’à l’état de chrysalide capitaliste, doit acheter les marchandises à leur valeur, les vendre à leur valeur et néanmoins tirer à la fin du processus plus de valeur qu’il y en a jetée. Sa métamorphose en papillon doit se produire dans la sphère de la circulation et en même temps hors de cette sphère. Telles sont les données du problème. Hic Rhodus, hic salta !32. P. 129 [173174/168-169].

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30 Engels reprend le mot de Marx sich verwerlende Werte, « des valeurs qui se mettent en valeur »(N. T.)
31 Marx écrit : « Le capital ne peut donc pas résulter de la circulation, et il ne peut pas davantage ne pas résulter de la circulation. Il doit surgir à la fois en elle et non en elle. Un double résultat a été ainsi obtenu ». Ce passage n’existe pas dans la traduction Roy. (N. T. )
32 C’est ici Rhodes, ici saute ! C’est-à-dire Ici tu as l’occasion de montrer tes talents (N. R.)



                                 III. Achat et vente de la force de travail.


    La modification de valeur de l’argent, qui doit se muer en capital, ne peut pas se produire en cet argent lui-même, car il ne réalise dans l’achat que le prix de la marchandise; par ailleurs, aussi longtemps qu’il reste argent, sa valeur, ne change pas et, dans la vente, la marchandise ne fait que se transformer de sa forme naturelle en sa forme argent.


La transformation doit donc se produire dans la marchandise [au cours] du [processus] A-M-A, mais pas avec sa valeur d’échange, puisqu’on échange des équivalents; elle [cette transformation] ne peut donc naître que de sa valeur d’usage [de la marchandise] comme telle, c’est-à-dire, de sa consommation [de son utilisation].A cet effet, il faut une marchandise dont la valeur d’usage ait la propriété d’être source de valeur d’échange, et cette marchandise existe: [c’est] la force de travail. P. 130 [174-175/170].

    Mais pour que le possesseur d’argent trouve la force de travail en tant que marchandise sur le marché, il faut qu’elle soit vendue par son propre possesseur, c’est-à-dire qu’elle soit de la force de travail libre. Mais comme tous deux, l’acheteur et le vendeur, sont, en qualité de contractants, des personnes juridiquement égales, la force de travail ne doit être vendue que temporairement, car, dans la vente en bloc33, le vendeur ne reste pas vendeur et devient lui-même marchandise. Mais alors, au lieu de pouvoir vendre des marchandises où se trouve matérialisé son travail, il faut que le possesseur soit en mesure de vendre sa force de travail elle-même en tant que marchandise. P. 131 [175-176/1711.


    La transformation de l’argent en capital exige donc que le possesseur d’argent trouve sur le marché le travailleur libre, et libre à à un double point de vue. Il faut d’abord que le travailleur puisse disposer, en personne libre, de sa force de travail comme d’une marchandise lui appartenant, il faut ensuite qu’il n’ait pas d’autre marchandise à vendre et que, libre dans tous les sens du mot, il ne possède aucun des objets nécessaires pour réaliser sa force de travail. P. 132 [176/172].


    Notons en passant que le rapport entre le possesseur d’argent et le possesseur de la force de travail n’est pas un rapport naturel ou commun à toutes les époques, social, mais un rapport historique, le produit de nombreuses transformations économiques.


Ainsi, les catégories économiques considérées jusqu’ici portent également leur cachet historique. Pour devenir marchandise, le produit ne doit pas être fabriqué comme moyen de subsistance immédiat; la masse des produits ne peut prendre la forme marchandise qu’au sein d’un mode de production déterminé, le mode capitaliste, bien que la production des marchandises et la circulation puissent déjà avoir lieu là où la masse des produits ne devient jamais marchandise. L’argent dito34 peut exister à toutes les époques qui sont parvenues à un certain niveau de la circulation des marchandises ; les formes particulières de l’argent, depuis le simple équivalent jusqu’à la monnaie mondiale, présupposent des étapes différentes du développement; néanmoins, une circulation des marchandises très faiblement développées peut les produire toutes. Par contre, le capital ne surgit que lorsque se trouve donnée la condition définie plus haut, et cette condition embrasse [toute] une [période de l’] histoire universelle. P. 133 [177-178/173].


    La force de travail possède une valeur d’échange qui est déterminée, comme celle de toutes les marchandises par le temps de travail nécessaire pour sa production, donc aussi sa reproduction. La valeur de la force de travail est la valeur des moyens de subsistance nécessaires à la conservation de son propriétaire, à sa conservation dans un
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33 En Français dans le texte. (N. T.)
34 Pareillement. (N. T.)

 

état où il garde une capacité de travail normale. Celle-ci se juge d’après le climat, les conditions naturelles, etc., ainsi que d’après le standard of life35, donné historiquement dans chaque pays. Elles [ces conditions] varient,, mais sont fixes pour un pays déterminé et une période déterminée. Elle [la somme des moyens de subsistance nécessaires] comporte également les moyens de subsistance des hommes de remplacement, c’est-là-dire des enfants, de telle sorte que la race de ces possesseurs particuliers de marchandises se perpétue. De plus, pour le travail habile, elle [ idem] comprend également les frais d’apprentissage. P. 135 [178-180/174475].


La limite minimum de la valeur de la force de travail est la valeur des moyens de subsistance physiquement indispensables. Si le prix de la force de travail tombe à ce minimum, elle descend alors au-dessous de sa valeur, car cette dernière présuppose une qualité normale, non réduite, de la force de travail. P. 136 [180-181/175-176].

    La nature du travail implique que la force de travail ne soit consommée qu’après la conclusion du contrat et comme, pour de telles marchandises, la monnaie est le moyen de paiement le plus fréquent, elle [la force de travail] n’est payée, dans tous les pays du mode de production capitaliste, qu’après avoir été fournie. Partout, par conséquent, l’ouvrier crédite le capitaltiste36. P. 137 [181-182/176-177].


    Le processus de consommation de la force de travail est, en même temps, processus de production, de marchandise et de plus-value et cette consommation se déroule en dehors de la sphère de la circulation. P. 140 [183-184/178].

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33 En Français dans le texte. (N. T.)
34 Pareillement. (N. T.)
35 Niveau de vie. (N. T.)
36 Marx écrit : « Dans tous les pays où règne le mode de production capitaliste, la force de travail n’est donc pavée que lorsqu’elle a déjà fonctionné pendant un certain temps fixé par le contrat. Le travailleur fait donc partout au capitaliste l’avance de la valeur usuelle de sa force ; il la laisse consommer par l’acheteur avant d’en obtenir le prix ; en un mot il lui fait partout crédit. » (N. T.)


SUITE LA SEMAINE PROCHAINE

 

TROISIÈME PARTIE LA PRODUCTION DE LA PLUS-VALUE ABSOLUE……………………………………….32
I. Processus de travail et processus de mise en valeur…………………………………………………………………..32
II. Capital constant et capital variable……………………………………………………………………………………………33
III. Le taux de la plus-value…………………………………………………………………………………………………………..34
IV. La journée de travail………………………………………………………………………………………………………………35
V. Taux et masse de la plus-value…………………………………………………………………………………………………..37

QUATRIÈME PARTIE LA PRODUCTION DE LA PLUS-VALUE RELATIVE……………………………………39
I. Notion de la plus-value relative…………………………………………………………………………………………………..39
II. La coopération……………………………………………………………………………………………………………………….39
III. Division du travail et manufacture…………………………………………………………………………………………….42
IV. Machinisme et grande-industrie………………………………………………………………………………………………..45
V. Nouvelles recherches sur la production de la plus-value……………………………………………………………….51

COMPLÉMENT ET SUPPLEMENT AU LIVRE III  DU « CAPITAL ».…………………………………………..52
1. LOI DE LA VALEUR ET TAUX DE PROFIT. « PROFIT-RATE »……………………………………………………….52
2. LA BOURSE .……………………………………………………………………………………………………………………………….62
FRANZ MEHRING : « LE CAPITAL »…………………………………………………………………………………………….65
I. LES DOULEURS DE L’ENFANTEMENT…………………………………………………………………………………………………65
II. LE PREMIER LIVRE……………………………………………………………………………………………………………………….67
ROSA LUXEMBOURG :………………………………………………………………………………………………………………….76
III. LES DEUXIEME ET TROISIEME LIVRES……………………………………………………………………………………………..76

NOTE DES EDITEURS

 

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