Les affres du télétravail et les résistances

Par Gérard Bad.

Voici donc que depuis la pandémie, les syndicats tous confondus veulent renégocier les conditions d’ exploitation organisé par le télétravail. C’est bien sur le rôle que l’ état attribue aux syndicats reconnus d’ailleurs qualifiés de partenaires sociaux ou mieux de collaborateurs.


 Nous avons à plusieurs reprises, montré comment la loi travail et les ordonnances Macron avaient introduit pour s’adapter aux réalités de l’ emploi précaire le concept de « contractant » ou si l’on préfère celui d’ auto-entrepreneur de soi. de la loi el khomri au rapport badinter via les ordonnances macron et la loi sur le télétravail .


Maintenant il s’ agit de montrer l’ impact provoqué par le confinement sur l’introduction du télétravail. Il faut se souvenir qu’ avant l’ ordonnance de Macron du 22 décembre 2017, un accord collectif était nécessaire et l’employeur se devait d’indemniser les frais occasionnés par le télétravail. Bien entendu, l’ordonnance Macron allait faire disparaître le volet de l’indemnisation en l’absence d’ accord collectif ou de rédaction d’une Charte. Le résultat ne s’est pas fait attendre et de nombreux salariés ont été contraints de signer un accord de gré à gré avec l’employeur.


L’ enthousiasme initial des travailleuses et travailleurs pour le travail à domicile n’ est plus aussi unanime. En effet, le confinement a révélé au grand jour les inconvénients du télétravail. En effet, c’ est l’entreprise qui s’impose chez toi, elle te prend un espace de vie, elle économise sur l’électricité, le chauffage, les restaurants d’entreprises ou les chèques déjeuné.  Avec un peu de chance tu toucheras une prime médiocre.

 

Les femmes en première ligne des affres du télétravail.

 Le confinement à provoqué la fermeture des crèches, des écoles. De nombreuses travailleuses se sont retrouvées à devoir travailler en présence des enfants dans un espace réduit par le mobilier informatique, le tout sous la surveillance constante de l’entreprise.

Toute déconnexion étant bien évidemment suspecté tant par l’employeur que le manager. Selon une récente étude réalisée par GetApp ; c’est 45% des télétravailleurs et travailleuses qui seraient soumis à des contrôles en permanence.


Aux Etats-Unis, c’ est le logiciel Time Doctor qui fait le flicage, en France il y a Hubstaff qui peut prendre des captures d’ écran des salariés toutes les cinq minutes. Microsoft a proposé une nouvelle fonction dans sa suite Office 365 qui permet de noter, avec un score, les utilisateurs…


De son côté, l’outil Teramind permet de surveiller le comportement en ligne des salariés (messagerie instantanée, suivi des documents et des fichiers partagés, etc.). Il permet aussi à l’employeur de bloquer l’accès aux sites des réseaux sociaux, au matériel non autorisé sur l’ordinateur du salarié et à d’autres contenus.

Mais le télétravail a entraîné un autre genre d’isolement des salariés, après avoir été utilisé contre les grèves des transports, il est maintenant la source du flex office du bureau agile utilisé dans les assurances et les banques. Le salarié n’ a plus de poste fixe attitré, quand il arrive il prend le premier poste libre. Les taux d’occupation des grandes entreprise comme à la Défense prés de Paris ne cesse de baisser, il est question actuellement d’un taux d’occupation de 70% mais les employeurs ne cachent pas leur intention de tomber à 50%.

 La Défense bientôt un désert d’ emploi

 C’ est tout du moins ce que Philippe Morel, pense avec quelques arguments
 a  la question Pensez-vous qu’avec l’essor du télétravail, le secteur de l’immobilier d’entreprise va devoir se réinventer plus rapidement que prévu ?

 Il va répondre : « Avant la crise, le taux d’occupation réelle des bâtiments était en chute libre. Alors que jusqu’au début des années 2000, il était d’environ 60%, depuis le développement du nomadisme, ce taux a chuté pour être aujourd’hui, en région parisienne, de 40%. Cela veut dire que dans un bâtiment de 10.000 mètres carrés accueillant 1.000 collaborateurs, en moyenne uniquement 400 personnes étaient présentes en permanence. Et cela va évidemment s’accentuer après cette crise, puisque le télétravail et le nomadisme vont devenir incontournables. L’impact sur la consommation de mètres carrés à l’intérieur des sièges sociaux est considérable. »

 Ce constat est confirmé par plusieurs sources « Gagner de l’espace… pour augmenter les profits Ça vient de tomber: Neptune bientôt 500 personnes passeront en « Flex office » avec disparition des bureaux individuels soit une surface de… 6000 m². Il y aura aussi sur le nouveau site de Marc en Baroeul qui remplace Wasquehall 260 personnes en Flex office un peu plus tard. Les patrons de l’assurance, des banques, des sièges sociaux, profitent très largement du télétravail pour réduire les surfaces et réaliser ainsi de substantielles économies. Allianz : tout va très bien… pour eux Allianz (le groupe) va bien…


Cinq tours Allianz durant des années à La Défense. quatre tours depuis le 1er janvier 2019 grâce au télétravail et « flex office » (disparition des bureaux individuels, open space où tu te trouves toi-même une place avec ton « caisson »).Résultat : 10 millions d’euros de loyer annuel « économisé » pour Allianz (plus que le CICE de 9 millions annuels). » (source le Syndicat des employés mécontents (Sdem) et L.O)

 La déshumanisation de l’individu au travail 

C’ est sans aucun doute le plus important malaise ressenti par le télétravail, et Phiippe Morel1 l’ a bien cerné. « Les outils digitaux sont des accélérateurs de productivité, mais ce ne sont pas des créateurs de confiance. La confiance, elle se crée quand on se voit. Il est donc impératif de donner aux collaborateurs l’envie de se voir, de travailler visuellement ensembles pour qu’ensuite ils puissent travailler efficacement de façon nomade.»


Comme le faisait remarqué H.Simon quand il travaillait dans l’ assurance aux AGF, l’ entreprise c’ est comme un village…2 Mais il y a longtemps que ce village à été détruit par organisation capitaliste du travail et de la productivité. Toute reconstruction de « rapport humains » sera avant tout motivé par les gains de productivité et pour eux.

Ce village Philippe Morel se propose de reconstruire cet espace de vie « Ça passe par un accueil qui ressemble à ce qui se fait dans l’hôtellerie et le commerce, par exemple. Tout commence au rez-de-chaussée : c’est là qu’on doit retrouver le maximum de convivialité. Il faut aussi soigner les espaces de café ou restauration : on sait à quel point les moments de repas sont importants pour la vie sociale et pour créer du lien. Les entreprises se sont massivement horizontalisées : on travaille de façon autonome, en mode projet… Mais pour que cela fonctionne, il faut que les salariés amenés à collaborer puissent avoir l’occasion de tisser des liens. Or pour cela il faut se voir. »

Ce voir, sous le contrôle des managers, ce n’ est pas réifier les véritables contacts humains qui s’ expriment le plus souvent lors des gréves et manifestations ou ils ont tous le sourire libérateur. Il ne faut jamais oublier que Marx comparait l’ organisation des entreprise à celle des prisons, l’organisation capitaliste du travail avec les systèmes de contrôles des nouvelles technologies et de l’ Intelligence artificielle I A n’ est qu’une pale copie de celle des prisons et le confinement a révélé au grand jour ce rapprochement avec le monde carcéral.

L’intelligence artificielle aux postes de commande

La voilà enfin opérationnelle au point de réveiller les consciences de ceux qui se croyaient indispensables à l’ entreprise , sont étendue est potentiellement illimité et détruit par la même de nombreuses fonctions dont il faudrait faire un livre. Si la machinerie mécanique à remplacée la force musculaire de l’ homme, la machinerie informatique va remplacer son intelligence et ceux bien payé pour leur savoir. Le dernier exemple qui me vient à l’ esprit c’ est celui des consultations chez son médecin, consultation de plus en plus rapide se limitant souvent à un renouvellement d’ordonnance. Le médecin ne vous ausculte plus il n’ est plus qu’un prolongement de l’ industrie pharmaceutique facilement remplaçable, dans un premier temps par les pharmaciens qui maintenant s’ équipe de télécabine. pour télé-consultation.

Voilà donc le prestigieux métier de médecin traitant en sous traitance/télétravail de l’ industrie pharmaceutique. Comme pour le capital la véritable maladie provient d’un manque de productivité,le remède technologique devrait enfin guérir le malade. Par exemple l’ importante charge de travail des personnels soignants devrait trouver sa solution grâce à l’ appui des robots apportant les repas aux patients. Par l’utilisation de calculateurs de chambres médicalisées réalisant diagnostics et prescriptions.

Dans d’ autres secteurs, l’IA associée aux algorithmes, devient une véritable prothèse de l’humain qui se trouve ravalé à n’ être comme le disait déjà Marx en son temps qu’un serviteur de la machinerie. La gestion algorithmique reste encore insidieuse, mais déjà elle fait ses premiers pas dans la gestion des recrutements, des compétences, l’ évaluation des salariés, la dite sécurisation des accès au sein des entreprises.

Conclusion provisoire, Nous n’ en avons pas fini de résister à l’ emprise globale des NTCI sur toutes les superstructures, sur la vente du meilleur produit que puisse produire les Etats « le sécuritaire » et sa compagne « la peur ». Comme vient de le formuler Israël Adam Shamir dans son article « Les tueurs de géants s’attaquent à Google »

« Les géants du numérique (Big Tech) ont pris le contrôle du monde. Personne n’a jamais amassé autant de pouvoir. Hitler en crèverait d’envie si on lui montrait la grandeur de Google. Les protagonistes de Huxley et d’Orwell ne pouvaient qu’en rêver, Bezos et Gates font le boulot. Ces derniers ont renversé le président américain pour en installer un plus à leur goût, et pour cause. La valeur nette combinée des 100 premiers ultra-riches américains a grimpé en flèche de 195 milliards de dollars depuis l’entrée en fonction de Biden, selon les calculs de Bloomberg. Ces géants contrôlent l’esprit de milliards de personnes. Les nations mettent en gage leurs terres et leurs industries pour acheter leurs médicaments brevetés (Big Pharma). Ces géants connaissent nos visages, nos noms, ils savent tout de nous, jusqu’aux cellules dont nous sommes faits, jusqu’à la dernière protéine. Les dieux ont été vaincus, le doux Christ et le puissant Sabaoth, sans oublier le colérique Allah. Est-ce là une chose dont on dit : « Voici, c’est nouveau » ? (Eccl 1:10) Non, mon ancêtre à l’esprit blasé avait raison – cela avait déjà été fait dans les âges qui nous ont précédés.»

Le lanceur d’ alerte Edward Snowden nous avait déjà mis en garde contre ce fascisme sans botte qui s’infiltre dans tous les pores de la société comme le totalitarisme achevé, mais avec le visage de la bonne mère démocratique.

G.Bad 12 mai 2021


Notes


1 Philippe Morel, confondateur et président de Dynamic Workplace, répond à cette question dans le Journal du Télétravail, le podcast de Management.
2Henri Simon de son nom de plume Roger Berthier dans Socialisme ou barbarie N°20 décembre 1956-février 1957

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