Les remèdes du docteur Joe Biden: la relance de la consommation et la révolution fiscale

La théorie de la sous consommation

Cette théorie trouve son origine dans les œuvres de Sismondi (économiste suisse du début du 19ème siècle). Elle fut introduite en France par Proudhon et critiquée par Marx. Lénine reprendra cette critique contre les populistes dans un document appelé « Pour caractériser le romantisme économique ».

La théorie de la sous consommation est présentée faussement comme « la théorie marxiste des crises. » Ce fut le cas du PCF de « l’Elixir du docteur Marchais », critiqué à juste titre par les bordiguistes (1)

Selon les partisans de cette théorie, la cause fondamentale des crises proviendrait de la contradiction entre production et consommation, par conséquent pour enrayer la crise il suffirait tout naïvement d’augmenter le pouvoir d’achat des masses populaires, qui par leur consommation relanceraient la production. Seulement ce que recherche le capital, c’est la production de plus-value et pas la satisfaction des besoins sociaux, toute augmentation des salaires se présente à lui comme une réduction de plus-value.

C’est tout banalement cette théorie que Joe Biden et les partisans de la Théorie Monétaire Moderne MTT, ont décidé d’appliquer aux États-Unis avec le chèque de relance (2). Celui-ci de 1400 dollars par adulte et enfant va être versé à 80% des américains pour relancer la consommation. Une sorte d’ amuse gueule avant le revenu universel. Seulement dans le même temps les démocrates du Sénat acceptaient de réduire de 100 dollars par semaine la prestation supplémentaire de chômage hebdomadaire prévue dans le projet de loi de l’administration Biden faisant ainsi passer l’aide aux victimes du coronavirus, de 400 à 300 dollars.

En France, cette théorie de la relance de la consommation, fut pendant des années la tarte à la crème servie par les syndicats et le PC-PS pour endiguer le chômage. Cette tautologie de la relance de la consommation populaire pour endiguer le chômage fut fustigée par Marx et Engels (voir les citations en Annexe-1).

Il nous faut préciser que nous sommes parfaitement d’accord pour dire que sous le règne du capital, une partie bien trop petite de la production revient au salariat, c’est ce qui engendre ce que nous appelons en langage marxiste la paupérisation ( absolue et relative). Nous savons aussi que la classe ouvrière, par ses luttes est capable d’obtenir des augmentations de salaires, et d’ accéder provisoirement à des produits de luxes. (3)

Ces bénéficiaires, sont souvent ceux qui se trouvent à un moment donné indispensables à l’ économie, ce fut notamment le cas des mineurs de charbon après la seconde guerre mondiale et du rapport de force provisoire qu’ils pouvaient opposer à la bourgeoisie. Ces améliorations non négligeables du sort de la classe ouvrière, son accession à la consommation de masse notamment en occident, elle le devait à la surexploitation de l’ organisation fordisme et tayloriste du mode de production capitaliste MPC c’est-à-dire à la forte hausse de la productivité du travail et de la machinerie. (4)  La production de masse allait faire diminuer la part de travail nécessaire contenue dans chaque produit, entraînant une baisse tendancielle du taux de profit qui sera compensée par l’augmentation de la masse de profit.

La relance de la consommation le remède en trompe l’œil du keynésianisme.

La théorie de la relance de la consommation par une augmentation des revenus populaires et de la fiscalité, fut comme l’ indique Paul Mattick, le cheval de bataille du kéynésianisme.

    « Financer les dépenses publiques par le déficit budgétaire revient à dépenser de l’argent tiré des ventes de bons du trésor. A la manière de la consommation en général, la » consommation publique » n’ajoute rien à la formation de capital. Mais elle n’en accroît pas moins la dette publique dont le coût, c’est-à-dire les intérêts servis aux porteurs de bons, doit être prélevé sur les profits réalisés dans le secteur privé en voie de rétrécissement relatif. » P MATTICK p. 197 Marx et Keynes.

Paul Mattick, s’est attelé à la fin de sa vie à démontrer que le keynésianisme aurait une fin, cette fin nous l’avons vu venir avec la vague Libérale des monétaristes, qui prétendaient euthanasier le keynésianisme et liquider l’inflation. Ils sont parvenus à liquider l’inflation et même à placer l’ économie mondiale sur le fil du rasoir de la déflation. Mais le monétarisme fut mis en échec malgré le consensus de Washington et le Quantitative easing. Et voilà que l’on nous fait croire, que pour enrayer la crise dite Covid, il faut ressortir du chapeau keynésien le vieux lapin sous consommationniste.

Supposons un instant que nous appliquions la théorie de la sous consommation pour relancer la production comme le fait Joe Biden. La demande du salarié à elle seule ne peut jamais suffire à toute la demande parce qu’elle ne recouvre pas entièrement le champ de ce qu’il produit (les capitalistes sont les plus gros consommateurs, ils achètent des produits de luxe et des moyens de production, ils font des dépenses somptuaires et parasitaires). Le fait même de l’existence d’un profit réalisé sur une marchandise implique une demande autre que celle émanant du travailleur qui l’a produite. Cette problématique sera celle que Rosa Luxemburg développera dans «l’accumulation du capital» considérant que ni la classe ouvrière, ni la classe capitaliste n’ étaient en mesure de réaliser la plus-value. Ce qui amènera Rosa Luxemburg à considérer que l’ effondrement du capitalisme était imminent, ce que A. Pannekoek réfutera LA THEORIE DE L’ EFFONDREMENT DU CAPITALISME Par Anton Pannekoek


La suite des événements lui donnera raison. Seule la question du militarisme mise en avant par Rosa Luxemburg mérite notre attention.

L’ effet multiplicateur de distribution de monnaie remis en cause

Tous nos néo-keynésien font le pari risqué, d’une reprise « verte et numérique » du post covid et de son effet multiplicateur. Mais c ‘est quoi cet effet multiplicateur, il n’est pas nouveau et fait partie de la panoplie des mesures du keynésianisme. Dans sont Marx et keynes, Paul Mattick en parle ;

   « En outre on se plaît à supposer que « chaque fois que l’État dépense de l’ argent, du revenu est créé au profit des producteurs des articles achetés . Le revenu ainsi créé aboutit à des dépenses accrues de la part de ceux qui l’ont encaissé, engendrant du même coup un supplément de revenu pour d’ autres encore, tant et si bien que le revenu total se trouve augmenté de plusieurs fois le volume de la dépense initiale. » (Mattick p 192/193

et il précise:

    « Il s’agit en l’ occurrence de la notion, ci dessus évoquée, de « multiplicateur », c’ est-à-dire de l’idée selon laquelle un revenu accru engendré par la dépense publique, a un effet multiplicateur de revenus qui se totalisent par une somme plus élevées que la dépense initiale. L’investissement a pour répercussion d’augmenter l’ emploi et, par là, la masse de revenus, ce qui permet à son tour à la consommation de croître. De cette façon, les fournisseurs de biens de consommation encaissent eux aussi un revenu supplémentaire qui leur donne la possibilité de consommer plus ; et leurs fournisseurs peuvent dés lors en faire autant. » Mattick p 193

Le multiplicateur de revenus ou crédit se voulait un instrument de sortie de crise à l’ époque du New Deal, nous savons que cette sortie de crise s’est faite par l’ entrée en guerre des États-Unis et que l’ effet du multiplicateur fut très limité.

C’ est cette tautologie, que le sieur Mélenchon et son parti de gôche essaye de nous vendre aujourd’hui. Jacques Généreux, un des économistes qui ont travaillé sur le plan de relance de M. Mélenchon, explique qu’« un euro d’argent public investi génère deux à trois euros d’activité et de recettes publiques ».

Voir la video du Monde sur l’ effet multiplicateur

Manque de chance pour Mélenchon, le Fonds monétaire international (FMI) avait publié, en 2014, une étude montrant que les politiques d’austérité instaurées après la crise de 2009 avaient aussi un effet multiplicateur négatif, compris entre 0,9 et 1,7 : les économies réalisées par l’Etat ont alors entraîné une baisse du produit intérieur brut (PIB) au moins égale, voire supérieure à l’argent public dépensé.

Vous aurez remarqué que les gouvernements, et notre P.Artus en tête ne cesse de vouloir nous convaincre que distribuer de la monnaie ce n’est pas faire de la dette, c’est tout simplement la monétiser en espérant que l’effet multiplicateur (5) de création de monnaie relancera la consommation et l’ économie. Voici entre autre ce que P Artus en pense.- Il affirmait dans une entrevue faite par France culture le 26/10/2020 que :

« aujourd’hui on n’émet pas de la dette publique, on émet de la monnaie »en expliquant que :« quand l’État fait un déficit, il le finance en émettant de la dette, qui est immédiatement achetée par la Banque de France, qui la paye en créant de la monnaie ». Selon les adeptes de la théorie du multiplicateur (monétaire) le flot de monnaie que les banques commerciales vont toucher, va alimenter les comptes courants des entreprises et des ménages bénéficiaires de diverses aides. Il faut signaler au passage que les théoriciens et adeptes de la MMT post-keynésienne rejettent complètement le multiplicateur keynésien ( voir a ce sujet le site MMT France) .

Comme le faisait remarquer un économiste « Les principales banques centrales du monde capitaliste, dont les banques d’Angleterre et d’Allemagne, ont alors senti le besoin urgent de siffler la fin de partie, en s’en prenant ouvertement, dans des textes destinés à un large public, à ce qui était raconté dans les manuels – notamment sur le soi-disant « multiplicateur monétaire ». C’est ainsi que dans un texte publié par la banque d’Angleterre, devenu depuis une référence, il est expliqué que : “la relation entre politique monétaire et monnaie est différente de celle qui est décrite dans beaucoup de manuels, qui affirment que les banques centrales déterminent la quantité de monnaie en circulation en faisant jouer le ‘multiplicateur monétaire’ ” (McLeay, et al. 2014).

Quelle est donc cette différence, qui fait que les injections monétaires n’ entraîne toujours pas l’inflation et l’ hyper-inflation pronostiquées par J.Attali et autres. Mais qui va jusqu’à remettre en cause le multiplicateur de crédit. C ‘est P.Artus qui s’ en explique dans un style clair

« Dans des économies financièrement assez fermées la notion de multiplicateur monétaire (de crédit) a un sens : une base monétaire choisie par la Banque Centrale permet d’obtenir une quantité de crédit et de masse monétaire déterminée par les caractéristiques du pays : taux de réserves obligatoires, structure des actifs monétaires.

Dans des économies financièrement ouvertes ou, dans les pays à excédent d’épargne, le réinvestissement de cet excédent est effectué par les Banques Centrales. La base monétaire générée par l’accumulation de réserves de change dans les pays à excédent d’épargne se déplace, on l’a vu, d’un pays à l’autre. De ce fait, le multiplicateur monétaire (de crédit) n’a plus de sens sur une base régionale ou nationale : du crédit dans un pays peut être basé sur de la base monétaire créée dans un autre pays. Le multiplicateur de crédit augmente fortement aux États-Unis depuis 2004 (contraction de la base monétaire sans contraction du crédit, ), aussi au Royaume-Uni et au Japon depuis 2006 pour les mêmes raisons. Ceci ne se voit pas dans la zone euro pour laquelle la base monétaire croît encore vite. A l’inverse, les pays qui exportent de la liquidité connaissent une baisse du multiplicateur de crédit: Chine , Monde hors (Etats-Unis + Zone Euro +Royaume Uni + Japon) » (sources 86 – Natixis: Le multiplicateur monétaire (de crédit), hier et aujourd’hui)

L’épargne mondiale comme garante en dernier ressort des remboursements

La MMT a cette caractéristique intéressante, de considérer dorénavant que ni les états, ni même un groupe d’États sont en mesure de contrôler la monnaie, le risque souverain l’ a confirmé, et les banques centrales (indépendantes) peuvent comme l’ indique P.Artus déplacer leur réserves de change d’un pays à l’ autre. En somme l‘épargne mondiale est devenue la jauge de la création de monnaie à l’ échelle mondiale, à ce niveau l’épargne mondiale est prise en otage (6).  https://les7duquebec.net/archives/263337

Nous avons vu dans un précédent article « Victoire et crépuscule de la domination réelle du capital. » comment à un certain niveau, l’ endettement international doit buter sur le mur de l’ épargne mondiale et ne pas dépasser le rubicond de cette limite. Cette limite semble actuellement atteinte si l’ on considère que la dette mondiale est de 233 330 milliards de euros face l’ épargne mondiale de 170 000 milliards d’ euros. Les États-Unis avec la réforme fiscale internationale ont pris la mesure du risque et ont devancé la demande du G20 d’une mutualisation de la fiscalité à minima. https://les7duquebec.net/archives/263337

Le grand projet de réforme fiscale nommé » « Base Erosion and Profit Shifting » fut engagé dès 2015 sous l’ égide de l’OCDE et du G 20 pour selon eux lutter contre l’ érosion fiscale. Erosion qui pourrait correspondre à un manque de plus-value à l’ échelle mondiale. Le projet prévoyait plusieurs actions distinctes dont la première visait la taxation des GAFA qui fut entravée par l’ administration Obama, celle de Trump laissera l’ affaire pendante. C’est alors que des négociations s’ engagent en janvier 2019. La base de ces négociations va s’élargir en passant de 36 pays membres de l’ OCDE à 115 états. La Chine, faisant même partie du comité de pilotage. (7)

De l’échec européen et de l’ OCDE aux solutions souveraines.

Il faut se remémorer que la Commission européenne avait en mars 2018 fait connaître son projet de taxation des services numériques (TSN). Ce projet restera dans ses cartons, celui-ci n’ étant pas parvenu à obtenir l’unanimité des 27 états membres. Étaient opposés au projet , l’ Allemagne, la Suéde, le Danemark, la Finlande et l’Irlande. Fort tout de même d’une appréciable majorité, l’OCDE et l’ UE vont poursuivre leur demande de taxation numérique afin de financer le plan de relance européen post-COVID dit « Next Ganeration EU » qui doit être de nouveau soumis en juin 2021 à l’UE.

L’ échec au niveau de l’ UE n’ a pas empêché les États, chacun dans leur coin de taxer les GAFA. La France, l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, la Hongrie et la Pologne ont adopté une taxe du numérique, d’autres comme , la Slovaquie , la Belgique, la république tchèque se tâtent. La pandémie mondiale à ouvert l’ appétit d’autres États en dehors de l’ UE, l’ Inde, le Royaume-Uni, la Turquie ont ouvert la « trappe à liquidité » des taxes sur les entreprises numériques. Même aux États-Unis on taxe les GAFA, Le Maryland en février 2001 fut le premier État à imposer une taxe de 10% sur les pub en ligne. Il y en a peut être d’ autres depuis.

A ce stade, nous voyons clairement que la « crise COVID » à comme premier résultat, la formation d’ une lézarde au sein même du capitalisme mondial et que cette lézarde à sa première faille au sein des USA, ce qui annonce ce qui va suivre. Alors que le gouvernement Trump pensait sanctionner la France et la Grande-Bretagne pour la taxation des GAFA. Il va confier fin mars 2021 au bureau du Représentant américain au Commerce (USTR) le soin de dresser une liste des biens britanniques à taxer pour compenser les pertes américaines liées à la taxe digitale des GAFA. En ce qui concerne l’ État français , la taxe GAFA lui a rapporté sur 2018 la somme de 350 millions d’ euros, la réaction de Trump, fut l’ annonce de rétorsion de 1,3 milliard de dollars sur les produits français. Résultat elle ne fut pas appliquée , le gouvernement Macron ayant suspendu pour 2019 la taxe pendant les négociations de l’ OCDE. L’ échec des négociations de l’ OCDE visant à taxer les GAFA conduira le gouvernement français à la rétablir des le mois de décembre 2020.

Changement de cap depuis l’ élection de Joe Biden (printemps 2021)

Dès le 26 février 2021, la secrétaire au Trésor Janet Yellen levait la condition safe harbor (8) , imposée par Trump. (9) Pendant que Joe Biden allait faire des propositions qui vont curieusement aller au delà des intentions de l’OCDE qui réclamait une taxation minimum de 12,5%. En effet, Pour financer son vaste plan d’investissement massif dans la transition énergétique et les infrastructures, Joe Biden escompte faire un prélèvement de l’ ordre de 2000 milliards de dollars en une décennie ! (10) Il prévoit aussi une augmentation du taux d’imposition des sociétés de 21% à 28%.

Quant à celui sur les bénéfices réalisés à l’étranger de 10,5 % (taux effectif) à 21 %. Joe Biden a également indiqué son souhait de voir naître un prélèvement minimal sur les revenus mondiaux.

Il faut savoir ce qu’il entend par revenus mondiaux ? Veut il parler de l’ épargne mondiale ?

En effet, le FMI avait en 2013 , suggéré de ponctionner l’épargne des ménages des pays développés via une taxe. Par une imposition d’environ 10% sur tous les ménages disposant d’une épargne nette positive », expliquaient les économistes de l’institution monétaire.

Emballement médiatique en demi teinte

La secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen (ancienne patronne de la banque centrale américaine FED) est revenue sur ce financement à l’occasion des journées du FMI et de la Banque mondiale. Les espérances des ministres des Finances de la planète sont redescendues d’un cran, ceux qui depuis des années veulent obtenir une fiscalité minimale sur les entreprises mondiales, notamment une taxe sur les activités des géants du numérique, ne savaient plus sur quel pied danser.

Cependant, les ministres participant au G20 se sont engagés à parvenir à un accord d’ici à la mi-2021 : « nous poursuivrons notre coopération pour un système fiscal international équitable, durable […], nous restons déterminés à parvenir à une solution globale et consensuelle selon les principes de l’OCDE », peut-on lire dans le communiqué.  https://les7duquebec.net/archives/263694

Janet Yellen, se trouve contrainte de tenir compte des conséquences pour les États-Unis de cette révolution fiscale, un chef économiste Arthur Jurus est monté au créneau avertissant des conséquences pour l’ économie américaines:

« Nous considérons qu’un tel projet fiscal réduirait la croissance des bénéfices du S&P 500 de 9 % », explique ainsi Arthur Jurus, chef économiste de l’établissement bancaire suisse Landolt & Cie. Toutefois, l’expert table sur une «hausse de 26 % en 2021 et de 15 % en 2022 » avant l’amputation des 9 %. « Les secteurs les plus pénalisés seraient les services de communication, la technologie et la santé », précise l’économiste.

Mais encore :

 » Si les États-Unis augmentent leur taxe fédérale à 28 %, à laquelle il faut ajouter un taux propre à chacun des états, la taxation des entreprises américaines s’élèverait en moyenne à 32,4%. Les États-Unis risquent ainsi de devenir l’un des pays dont le taux d’IS facial est le plus élevé. Il est possible que par un effet de retour de balancier, certains groupes préfèrent s’installer en Europe « , estime Frédéric Teper, associé du cabinet Arsene, spécialisé en fiscalité internationale des entreprises.

Tous les effets d’ annonce restent suspendus aux discussions, qui s’annoncent difficiles, notamment au Sénat. Quant à la taxation des Gafa, elle montre aussi l’incapacité à les démanteler.

Il n’empêche, l’inversion de tendance fiscale sera nette. Depuis quarante ans, la concurrence fiscale a conduit à la baisse des taux d’imposition des sociétés. « Nous voulons mettre fin à la course à la baisse des taux d’imposition des entreprises multinationales » n’a pas hésité à déclarer Janet Yellen.

En Conclusion

Le programme Joe Biden pourrait se résumer à « faire payer les riches » (11). Ce n’ est pas une nouveauté, toute la gauche petite bourgeoise a toujours voulu « une redistribution des profits » en masquant que quand les riches payent c’est qu’ils attendent un retour sur « investissement ».

Une levée d’impôts au niveau de la zone occidentale peut avoir plusieurs objectifs, le premier est de relancer les secteurs productifs de plus-value, ce que le New Deal de Roosevelt visionnait.

Dans un premier temps en produisant des armes pour l’Europe en guerre, dans un second en entrant en guerre en relevant encore le niveau des impôts pour une production massive de matériel de guerre ( l’aviation) comme le monde n’ en avait jamais connu. La finalité étant la victoire du dollar comme monnaie universelle. Voir à ce sujet notre article sur les origines du complexe militaro-industriel des États-Unis

La situation actuelle n’est pas du même ordre, il n’y a pas de sortie vers le haut comme à l’ époque du fordisme et du dollar roi. Il n’y a plus beaucoup de possibilité d’ accroître les taux de productivité l’automatisation/robotisation/numérisation seront bientôt dans l’incapacité de produire la précieuse plus-value. Le recours à une guerre mondiale, n’est plus envisageable car, du fait des armements de « destruction massive» il ne resterait plus rien du monde vivant. Reste encore des guerres localisées, pour vendre des armes et maintenir un certain statut quo, mais là aussi la concurrence est rude et le sécuritaire apparaît de plus en plus comme son contraire, la précarité et l’insécurité sociale devenant montantes.

L’ objectif post pandémie, se présente comme une relance de l’ endettement international , pour « sauver la planète », l’ instauration de normes écologiques ne visent que la création de nouvelles taxes et agissent comme un moyen de produire de l’obsolescence programmée à tous les niveaux. (12) https://les7duquebec.net/archives/264020 

Aux États-Unis, Joe Biden compte investir sur huit ans dans la construction de routes et de ponts, la rénovation de logements, l’élargissement de l’accès à internet, la prise en charge des personnes âgées, le financement de l’industrie manufacturière nationale et la construction de trains à grande vitesse. En réalité le nouveau gouvernement ne fait que prendre les mesures nécessaires pour ne pas perdre son rôle de leader mondial face à la Chine. La fronde des républicains, révèle en fait les méfaits du Tax Cuts and Job’s Act (TCJA) adopté par le Congrès le 22 décembre 2017. Se souvenir qu’il avait principalement permis une réduction drastique du taux d’imposition des bénéfices de 35 à 21 % et des profits accumulés à l’étranger à 15,5 %. Nous voyons que le « faire payer les riches » ne parvient même pas à revenir à l’ ancienne taxation de 35 %.

G.Bad fin mai 2021



Annexe -1

« C’est pure tautologie que de dire: les crises proviennent de ce que la consommation solvable ou les consommateurs capables de payer font défaut. Le système capitaliste ne connaît d’autres modes de consommation que payants, à l’exception de ceux de l’indigent ou du « filou ». Dire que des marchandises sont invendables ne signifie rien d’autre que: il ne s’est pas trouvé pour elles d’acheteurs capables de payer, donc de consommateurs ( que les marchandises soient achetées en dernière analyse pour la consommation productive ou individuelle). « (K.MARX, Le Capital Livre II chap XX p 398 édt Moscou)



« La sous-consommation de masse, la restriction de la consommation des masses au strict nécessaire à la reproduction n’est pas un phénomène nouveau. Cela a toujours existé depuis qu’il y a eu des classes exploiteuses et des classes exploitées. Par conséquent, alors que la sous-consommation a été un trait permanent depuis des milliers d’années, l’effondrement des marchés dans les crises résultant d’une surproduction est caractéristique des cinquante dernières années. La sous-consommation des masses est une condition nécessaire de toute société basée sur l’exploitation, y compris par conséquent de sa forme capitaliste ; mais c’est le mode spécifique de production capitaliste qui génère les crises. La sous-consommation des masses est donc une condition préalable des crises, et elle joue dans leur développement un rôle reconnu depuis longtemps. Mais elle ne nous dit pas grand chose sur pourquoi les crises existent aujourd’hui et pourquoi elles n’existaient pas auparavant. » [Engels, Anti-Dühring].

NOTES

1La « relance de la consommation populaire» ou l’élixir du docteur Marchais N68 de « programme communiste » Décembre 1975.

https://archivesautonomies.org/IMG/pdf/gauchecommuniste/gauchescommunistes-ap1952/pci/programmecommuniste/pc-n68.pdf

2 La manne de Joe Biden, ne va pas relancer la consommation comme l’indique le Figaro un journal de droite qui s’ explique, parlant des citoyens américains :

https://www.lefigaro.fr/conjoncture/etats-unis-une-bonne-partie-des-cheques-de-relance-va-atterrir-en-bourse-20210316

3« Ce n’est pas seulement la consommation des subsistances nécessaires qui s’accroît ; la classe ouvrière (renforcée par toute son armée de réserve) participe elle aussi momentanément à la consommation de articles de luxe, d’ordinaire hors de sa portée, et des articles qui, en d’autres circonstances ne constituent pour la plupart des moyens de consommation « nécessaires » que pour la classe capitaliste. » (Marx, Le Capital T II p. 780, ed. Moscou)

4-Même si les travailleurs obtiennent une augmentation générale des salaires, cette hausse du pouvoir d’achat correspondra à une baisse de celui des capitalistes. En l’absence de révolution sociale, ce n’est pas la demande totale qui augmenterait, mais les parties constitutives de cette demande qui se modifieraient.

5-Pour Keynes, l’investissement entraîne une augmentation du revenu distribué de niveau égal. Le niveau de la consommation augmente ce qui accroît les débouchés pour les producteurs de biens de consommation. Ils vont alors augmenter leur production et distribuer autant de revenus, et ainsi de suite. Au passage, ces revenus et ces dépenses supplémentaires vont générer des impôts qui réduiront ou supprimeront le déficit public initial.



6- En 2013, le FMI lui-même suggérait aux Etats des pays développés de ponctionner l’épargne des ménages via une taxe. « Les taux de taxation nécessaires pour ramener les ratios de dettes (par rapport au PIB) à leur niveau de la fin 2007 nécessiteraient une imposition d’environ 10% sur tous les ménages disposant d’une épargne nette positive », expliquaient les économistes de l’institution monétaire. « Ça avait créé un petit choc à l’époque », se rappelle Philippe Crevel, président du Cercle de l’Epargne.

7-La Chine, qui représente aujourd’hui un immense marché de consommateurs pour les entreprises étrangères, est favorable aux projets de réforme de l’OCDE et s’investit positivement dans les négociations.

8J. Stein, « Yellen Pushes Global Minimum Tax as White House Eyes New Spending Plan », The Washington Post, 15 mars 2021.

9Le safe harbor laissait libre les entreprises numériques de se faire taxer ou pas. Début avril 2021, l’ administration Biden va faire sa révolution copernicienne.

10-L’administration américaine établit toujours ses perspectives sur dix ans pour mieux appréhender l’impact d’un changement de fiscalité.

11 -L’impôt sur les sociétés fut créé aux Etats-Unis en 1909 , il est à la base de la relance de l’industrie durant la seconde guerre mondiale, en passant de 19 à 40%, et se poursuivra à 52% pendant la guerre de Corée, 52,8% avec la guerre du Vietnam.

12La promotion de la voiture électrique et son pendant le développement du nucléaire.

 

3 réflexions sur “Les remèdes du docteur Joe Biden: la relance de la consommation et la révolution fiscale

  • 5 juin 2021 à 10 h 17 min
    Permalien

    Merci @ Gérard pour cette excellente analyse.

    On me permettra deux remarques. D’abord ceci : « Lorsque le président américain Joseph Biden a annoncé il y a une semaine un gigantesque plan d’investissement et d’infrastructure de 2 billions de dollars , l’argument qui a résonné avec la plupart de la presse mondiale était son lien avec la concurrence contre la Chine . C’était une observation opportune. Le fait que la première puissance mondiale renforce l’interventionnisme, augmente la concentration du capital dirigé par l’État et parie sur la rénovation de toutes les infrastructures essentielles est pertinent: c’est le premier pas vers un capitalisme de guerre. Ce n’est pas seulement un autre plan de sauvetage. En fait, cela va bien au-delà du Green Deal et de la politique intérieure. Il implique une proposition de révision et de réorganisation des objectifs du capitalisme d’État et jette les bases économiques de la consolidation d’un bloc américain. »

    Seconde remarque: Il serait bon que GÉrard ou un lecteur nous rappel ce qu’est LA MONNAIE, LE CRÉDIT ET LE CAPITAL afin de bien comprendre l’aspect dérisoire de cette assertion « la limite semble actuellement atteinte si l’ on considère que la dette mondiale est de 233 330 milliards d’euros face l’ épargne mondiale de 170 000 milliards d’ euros. Les États-Unis avec la réforme fiscale internationale ont pris la mesure du risque et ont devancé la demande du G20 d’une mutualisation de la fiscalité à minima… »

    Robert Bibeau

    Répondre
  • 5 juin 2021 à 23 h 49 min
    Permalien

    Salut robert
    Au Chili ils viennent de s’ attaquer au fonds de retraite, il y a un bon article sur le sujet sur ton site que je vais reprendre. En ce moment je dois faire face à des dénouements de vieux problèmes ce qui me prend du temps. Je vais essayer de mettre un article de JLR sur ton site pour vebdredi.

    Bien à toi

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *