Les marchés financiers pris dans l’angoisse de la récession suite à la hausse des taux

Angleterre, Suisse, États-Unis, Union européenne… De nombreuses banques centrales optent pour un resserrement de leur politique monétaire, qui passe par une hausse des taux directeurs, pour tenter d’endiguer la hausse des prix (inflation). Cela n’est pas sans conséquence sur les marchés. Après avoir plongé à l’ouverture jeudi, les Bourses européennes se ressaisissent à la mi-journée. Mais le spectre de la récession plane sur l’économie mondialisée.

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A Wall Street, le Dow Jones a fini en baisse de 2,42%, plongeant sous les 30.000 points pour la première fois depuis janvier 2021, jeudi.
A Wall Street, le Dow Jones a fini en baisse de 2,42%, plongeant sous les 30.000 points pour la première fois depuis janvier 2021, jeudi. (Crédits : Carlo Allegri)

[Article mis à jour vendredi 17 juin, à 12h45]

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Chaque jour, la politique monétaire mondiale se resserre un peu plus. Les banques centrales de la planète ne cessent d’annoncer de nouveaux relèvements de leurs taux pour tenter de stopper l’inflation galopante. C’est le cas dernièrement de la banque d’Angleterre (BoE) qui a annoncé, jeudi, une cinquième hausse consécutive de son taux directeur face à une hausse des prix l’inflation qui devrait, selon elle, dépasser 11% cet automne. De même, la banque centrale suisse a relevé, elle aussi, son taux directeur jeudi, et ce, pour la première fois depuis 2015. Sans oublier la Fed, la banque centrale américaine, qui a, une nouvelle fois, relevé ses taux mercredi. Cette hausse de trois-quarts de point constitue la plus forte depuis 1994. Enfin, du côté de la banque centrale européenne, ses gouverneurs ont annoncé le 9 juin leur « intention de relever les taux directeurs de 25 points de base lors de la réunion en juillet » puis, à nouveau, en septembre.

Autant d’annonces qui ont fait plonger les bourses mondiales jeudi à l’ouverture. Mais après le coup de froid, les indices européens se ressaisissaient à la mi-journée, le CAC 40 évoluait à +1,21%, Francfort à +1%, Milan à +1,66%, et Londres +0,86%. Le veille, l’angoisse était néanmoins encore présente, clôturant toutes dans le rouge.

À Wall Street, le Dow Jones a fini en baisse de 2,42%, plongeant sous les 30.000 points pour la première fois depuis janvier 2021, tandis que l’indice Nasdaq a cédé 4,08% et l’indice élargi S&P 500, 3,25%. De leur côté, les bourses chinoises étaient en légère baisse ce vendredi à l’ouverture. Dans les premiers échanges à Hong Kong, l’indice Hang Seng a perdu 0,67% à 20.705,21 points. L’indice composite de la Bourse de Shanghai a, lui, reculé de 0,40% à 3.272,25, tandis que la place de Shenzhen cédait 0,82% à 2.089,51.

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Angoisse d’une récession

« Avec la réduction du bilan de la Fed (entamée en juin) et les marchés qui s’attendent à une nouvelle hausse de 0,75 point de pourcentage lors de la prochaine réunion de la Fed », les opérateurs se demandent « si la Fed n’est pas en train de se fourvoyer », et d’aller trop vite et trop fort dans son resserrement monétaire, a ainsi commenté Quincy Krosby, de LPL Financial. « Quand les gens réfléchissent à l’impact que pourrait avoir le mouvement simultané de toutes les banques centrales » vers un resserrement généralisé, « ils se disent: ils me restent des profits à prendre, allons-y », et se mettent à vendre, a, pour sa part, expliqué Maris Ogg, gérante de portefeuille pour Tower Bridge Advisors.

Car les banques centrales anticipent le risque principal que fait peser une trop forte hausse des taux sur l’économie : celui d’une récession. Aux Etats-Unis, l’économie américaine a d’ores et déjà ralenti avec une contraction de 1,5% du PIB au premier trimestre. Le début du deuxième trimestre semble montrer que le ralentissement se poursuit dans certains secteurs comme l’industrie manufacturière, l’immobilier et les ventes au détail.

«Les chances d’une récession en 2023 augmentent parce que cela pourra être nécessaire pour contrôler l’inflation», selon Joseph Gagnon, économiste au Peterson Institute for International Economics (PIIE), et ancien économiste de la Fed, dans une note. «Que ce soit clair, nous ne sommes pas en train d’essayer d’induire une récession», a néanmoins assuré le président de la Fed, Jerome Powell : «nous essayons de ramener l’inflation à 2%, (et conserver) un marché du travail solide».

Risque de fragmentation en Europe

Autre conséquence d’un resserrement de la politique monétaire, les annonces de la BCE ont inquiété les investisseurs faisant grimper la dette souveraine de certains pays dont l’Italie. La tension s’est néanmoins quelque peu relâchée, jeudi, par rapport au début de la semaine grâce aux annonces de l’institution monétaire européenne. Cette dernière a, en effet, chargé ses équipes « d’accélérer » la conception d’un nouvel instrument « anti-fragmentation » pour lutter contre un écartement trop important des taux entre pays du Nord et pays du Sud de la zone euro. Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a, lui, estimé jeudi qu’il n’y avait « pas de raison de s’inquiéter des écarts de taux d’intérêt en Europe ».

Enfin, ces variations de taux a aussi eu des effets sur le domaine de la tech, particulièrement dépendante des taux d’intérêt pour financer sa croissance. À New York, les géants technologiques ont mené le repli du marché, de Meta (-5,01%) à Apple (-3,97%), en passant par Microsoft (-2,70%) et Alphabet (-3,40%). À Paris, STMicroelectronics a cédé 6,19% et Dassault Systèmes 2,50%. Deliveroo a lâché 6,19% à Londres.

Les valeurs énergétiques pénalisées par les réductions de gaz en Europe

Concernant, les valeurs du secteur énergétique, ce sont les annonces successives de baisse des livraisons de gaz russe par Gazprom ces derniers jours et en particulier jeudi, qui les ont fait chuter. «Notre produit, nos règles. Nous ne jouons pas selon des règles que nous n’avons pas faites», a ainsi fait valoir le patron du géant gazier russe, Alexeï Miller. «La Russie est un fournisseur d’énergie fiable pour les amis de la Russie», a-t-il ajouté.

À Francfort, Uniper a perdu 9,73% et Siemens Energy 3%. À Paris, Engie a reculé de 7,29% après avoir constaté une « réduction des livraisons », même si c’était sans « impact sur l’approvisionnement » des clients. Eni, qui a annoncé que Gazprom ne livrerait jeudi que 65% des quantités réclamées, a également chuté 4,89% à Milan tandis qu’Enel a perdu de 2,81%.

Du côté des devises internationales, après un début de séance morose, l’euro et la livre se reprenaient face au dollar, la monnaie unique gagnant 1,03% à 1,0552 dollar, tandis que la livre remontait franchement de 1,39% à 1,2350 dollar.

Quant au bitcoin, il prenait 5,11% à 20.754 dollars. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord a gagné 1,09% à 119,81 dollars et celui du baril de WTI américain a pris 1,96% à 117,58 dollars.

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

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