Sur le livre intitulé “Sub-imperial power” ou « puissance sous-impériale »

Par Robert Bibeau.

La thèse de Clinton Fernandes se résume en ces mots… « Cela signifie qu’en tant qu’hommes de main, ils (les pays vassaux) ne sont pas tant victimes d’une domination américaine hégémonique mais qu’ils estiment en tirer des avantages tellement disproportionnés qu’ils sont prêts à tout mettre en œuvre pour aider les États-Unis à préserver cette domination au détriment des véritables victimes, celles qui perdent de manière disproportionnée à cause de cette domination. » Clinton formule de manière pudique – frileuse – le fondement de la vassalisation et de la domination d’un pays du « deuxième monde » écrivaient les maoïstes par une superpuissance hégémonique. Ce que l’on doit savoir c’est que les règles (les lois-les forces) qui propulsent le mode de production capitaliste amènent chaque composante (entité, État, monopole) à accumuler et à concentrer le capital – la richesse. Voilà la force centripète qui rassemble les puissances capitalistes secondaires (Canada, Australie, Japon, Allemagne, France…) autour de la puissance hégémonique américaine…du moins au temps de son apogée.  John Mearsheimer décrit de manière plus réaliste ce processus de coalition – de concentration – et de dépendance des entités secondaires (les États clients). Mearsheimer affirment que tous les États – indépendamment de leur culture, de leur religion, de leur hiérarchie sociale ou de leur système politique – agiront de la même manière parce qu’ils accordent tous la priorité à leur survie et à leur sécurité par-dessus tout. Ils affirment qu’étant donné que la maximisation du pouvoir est le meilleur moyen de survivre dans le système international, s’ils en avaient la possibilité, tous les États chercheraient à devenir des hégémons comme les États-Unis le sont aujourd’hui, ou comme la Grande-Bretagne impériale l’était hier »…et comme le sera demain la Chine. 


Par Arnaud Bertrand – Le 24 novembre 2023 – Source Moon of Alabama

Je viens de terminer la lecture de “Sub-Imperial Power” de Clinton Fernandes, ancien officier de renseignement australien et désormais professeur d’études internationales et politiques à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud.

Clinton m’a envoyé le livre et a écrit une belle dédicace, me qualifiant d’”éducateur public“, ce qui est une façon agréable de dire que je tweete trop 😄.

Mais je n’écrirais pas ceci si je n’avais pas vraiment aimé le livre, que je crois en fait être une lecture essentielle si vous voulez comprendre la géopolitique australienne, ou si vous vous intéressez à la géopolitique en général.

Il décrit en détail comment l’Australie n’est pas un vassal ou un État client des États-Unis, comme beaucoup le pensent, mais plutôt une “puissance sous-impériale“. Cela signifie que l’Australie, ainsi que d’autres “puissances sous-impériales” comme Israël ou le Royaume-Uni, ou le Canada sont essentiellement les hommes de main de l’actuel régime “impérial” des États-Unis, chargés de le préserver dans leurs régions respectives.

Cela signifie qu’en tant qu’hommes de main, ils ne sont pas tant victimes d’une domination américaine hégémonique mais qu’ils estiment en tirer des avantages tellement disproportionnés qu’ils sont prêts à tout mettre en œuvre pour aider les États-Unis à préserver cette domination au détriment des véritables victimes, celles qui perdent de manière disproportionnée à cause de cette domination.

À L’OPPOSER:  L’un des aspects les plus intéressants du livre est la manière dont il s’écarte des théories du réalisme, défendues par des personnalités telles que John Mearsheimer ou Stephen Walt, qui affirment que tous les États – indépendamment de leur culture, de leur religion, de leur hiérarchie sociale ou de leur système politique – agiront de la même manière parce qu’ils accordent tous la priorité à leur survie et à leur sécurité par-dessus tout. Ils affirment qu’étant donné que la maximisation du pouvoir est le meilleur moyen de survivre dans le système international, s’ils en avaient la possibilité, tous les États chercheraient à devenir des hégémons comme les États-Unis le sont aujourd’hui, ou comme la Grande-Bretagne impériale l’était hier.

Fernandes défend un point de vue très différent, qui me semble être une bien meilleure explication du fonctionnement du monde et du comportement historique des différents États. Il affirme que la géopolitique américaine, et celle des États coloniaux occidentaux qui l’ont précédée, a ceci d’unique qu’elle présente des caractéristiques extrêmement agressives – l’impulsion de subjuguer et de piller les autres – qui, en réalité, nuisent souvent à leur sécurité au lieu de la sauvegarder. Il explique cela par le pouvoir excessif que la classe financière exerce sur l’État dans ces systèmes de gouvernement. Ce qui est difficile à nier si l’on regarde l’histoire : par exemple, c’est la Compagnie des Indes orientales qui a lancé la colonisation et le pillage de l’Inde, et non l’État britannique qui n’est arrivé qu’ensuite pour pacifier la rébellion grandissante en Inde afin de perpétuer le pillage en cours. Ou prenons un exemple plus récent : la guerre en Irak. Elle n’a guère de sens du point de vue de la sécurité ou de la survie des États-Unis, mais elle est éminemment judicieuse du point de vue des compagnies pétrolières américaines ou de l’hégémonie économique. Ou encore le conflit actuel à Gaza, qui est extrêmement négatif pour la sécurité américaine car il génère dans le monde musulman des tonnes de haine contre l’Amérique et détourne l’attention des Américains de défis géopolitiques plus importants. Mais cela a du sens si on l’examine du point de vue de la perpétuation d’un système hégémonique.

En d’autres termes, l’argument de Fernandes est que la principale caractéristique de l’”ordre international fondé sur des règles” est liée à la structure même du système social et économique américain (ou britannique, français, australien, etc.), qui cherche à imposer un ordre dans lequel le monde entier est ouvert à la pénétration et au contrôle de leurs classes financières nationales respectives. C’est pourquoi l’ordre porte sur l’hégémonie et non sur la sécurité, et c’est pourquoi la première se fait si souvent aux dépens de la seconde.

Il est intéressant de noter que John Mearsheimer se lamente souvent à ce sujet si vous l’écoutez : “Pourquoi les États-Unis agissent-ils de manière aussi insensée, à l’encontre de ce que recommandent mes théories réalistes ?” Il s’est catégoriquement opposé à la guerre en Irak, a mis en garde pendant de nombreuses années contre le risque d’un affrontement avec la Russie en Ukraine si nous élargissions l’OTAN, et ne cesse de s’élever contre le soutien sans équivoque des États-Unis à Israël. Ce faisant, Mearsheimer admet en fait que le réalisme n’explique pas tout à fait le comportement des États et que ses théories ne sont donc pas tout à fait justes. Fernandes propose ici une explication qui prédit mieux le comportement réel des États-Unis et de leurs “puissances sous-impériales” : on ne peut pas comprendre le comportement des États en se limitant à une vision centrée sur l’État ; il faut également tenir compte des caractéristiques uniques de leur système politique, social et économique.

Un dernier point intéressant est que, étant donné qu’il soutient que les systèmes politiques et économiques des États jouent un rôle clé dans la définition de leur géopolitique, le livre de Fernandes implique une prédiction selon laquelle, à mesure que la puissance de la Chine augmentera, elle se comportera de manière très différente de celle des États-Unis et de leurs sbires impériaux. Compte tenu du système chinois, la Chine cherchera sans aucun doute à maximiser son pouvoir, mais cette fois-ci, ce sera pour sa propre sécurité et sa propre survie, et non pour servir les intérêts de sa classe financière, et elle se comportera donc de manière beaucoup moins agressive que les États-Unis. Là encore, il est intéressant de noter que Mearsheimer l’admet en quelque sorte, puisqu’il répète sans cesse que “lorsque je suis en Chine, je suis parmi mon peuple“, c’est-à-dire que les Chinois suivent ses théories réalistes beaucoup plus fidèlement que les Américains. Nous pouvons déjà en voir les contours : il est absolument évident que l’État chinois n’est pas à la merci de sa classe financière, bien au contraire, la Chine n’est pas exactement un pays où les milliardaires ont la vie facile 😂 Même chose en ce qui concerne l’hégémonie : La Chine ne fait tout simplement pas d’alliances militaires (elle n’en a pas), d’ingérences étrangères ou de coups d’états. En fait, elle n’a même pas tiré une seule balle à l’étranger en plus de quarante ans. Au contraire, elle cherche à créer un ordre où la sécurité indivisible et le respect mutuel sont intégrés au système, où elle serait idéalement l’État le plus puissant – bien sûr – mais pas dans le but de piller ou d’assujettir les autres, mais parce que cela garantit sa sécurité et sa stabilité. C’est exactement comme cela qu’elle s’est comporté pendant 1 800 ans, lorsqu’elle était l’État le plus puissant de la planète avant la révolution industrielle : elle n’a jamais cherché à coloniser et à piller le monde, car elle pensait que cela finirait par se faire au détriment de sa propre sécurité, comme c’est le cas aujourd’hui pour la sécurité et les intérêts des États-Unis. Au contraire, elle a cherché à établir des relations commerciales et de respect mutuel qui maximisent la sécurité et la stabilité à long terme.

Quoi qu’il en soit, vous devriez vraiment lire ce livre, car il est trop rare qu’un tel ouvrage soit écrit par des universitaires occidentaux. On y trouve généralement les conneries habituelles sur la supériorité inhérente des valeurs occidentales et diverses théories mal fondées expliquant pourquoi nous devrions dominer le monde. Ce livre vous donne un aperçu de ce qui se passe à l’extérieur de la matrice.

fin du texte d’Arnaud Bertrand


Moon of Alabama ici.

Vous pouvez rejeter la notion de “puissance sub-impériale” évoquée ci-dessus comme une “expression boiteuse pour que [l’Australien] n’ait pas à dire vassal“. Il y a une part de vérité là-dedans.

Mais distinguer l’hégémonie monétaire et l’impérialisme axé sur la sécurité, et voir le premier en tant que cause fondamentale du désordre mondial est, à mes yeux, une nouvelle vision des choses. En d’autres termes : L’aspect de la survie et de la sécurité n’est pertinent que dans la mesure où il concerne la classe financière. Le point de vue réaliste de Mearsheimer passe quelque peu à côté de cet aspect.

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone, sur Sur le livre intitulé “Sub-imperial power” | Le Saker Francophone

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

2 réflexions sur “Sur le livre intitulé “Sub-imperial power” ou « puissance sous-impériale »

  • 29 novembre 2023 à 3 h 17 min
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    Dès lors que l’Amérique n’est plus la puissance militaire dominante, comme c’est le cas actuellement, qu’elle n’est plus non plus la puissance politique qui lui valait le succès de ses entreprises à exploiter les matières premières des autres, c’est terminé, son hégémonie appartient déjà au passé.

    On est dans du grand guignol politique là, le comique qui est prétendument sorti des urnes argentines dernièrement, est un archétype de cette folie dans laquelle pataugent les nations, le gars est passé du catholicisme au judaïsme plus vite qu’un changement slip.
    Cette conversion, inattendue, expresse va peser très lourd dans les semaines à venir pour la cohésion sud-américaine.
    C’est pas du tout une bonne nouvelle pour les affaires américaines, car jusqu’ici Buenos Aires disposait d’un solide partenariat avec la Russie et les choses allaient plutôt pas si mal, par rapport à ce qu’elles vont pas tarder à devenir, car encore une fois, c’est un coin du monde infesté de la pire racaille terrestre qui soit, et on sait très bien à quels sorts sont voués les pays qui sont malades de ces pathologies-là.

    L’Argentine n’a même pas de capacité militaire supersonique et elle vient se fourrer dans le conflit palestino-israélien, c’est complètement fou, c’est comme si on voyait pas que, les faiseurs d’illusions, qui prennent leurs rêves pour des réalités, croient qu’en balançant encore plus de folie dans le jeu, elles le feront évoluer en leur faveur, c’est démentiel, jamais la Russie et ses alliés ne laisseront un tel chien fou prospérer aux affaires du pays longtemps, parce qu’à l’allure où va le malade, c’est à un élargissement rêvé de l’Otan que les Occidentaux voudraient aboutir en faisant de ce pays une de leurs bases militaires, ça va pas être possible,.

    C’est une idiotie majeure qui s’est jouée là, même si certains imbéciles incapables de faire fonctionner leurs neurones tant que la télé l’a pas dit, n’y croiront pas, peu importe, mais cette faute grave va vite avoir des répercussions dans les semaines et mois à venir.
    Car, le déploiement militaire russe récemment promis officiellement, va s’effectuer en accéléré et, l’Amérique va se retrouver comme nous en Europe, à quelques poignées de secondes des systèmes hypersoniques russes, donc, nous sommes bien confrontés à un conflit d’une intensité majeure à l’intérieur même des forces malfaisantes inhumaines, qui s’étaient habituées à vivre dans un monde dressé les uns contre les autres, et qui soudain voient les peuples de toutes ces nations qui s’opposaient entre elles, n’en avoir qu’une dans leur collimateur, la nation juive.
    Parce que, quand on dit haut et fort publiquement, par une personnalité qui a une influence internationale, la jeune Greta Thunberg:

    « Nous allons détruire le sionisme! »

    Alors que depuis des années des imbéciles s’emploient partout où ils le peuvent médiatiquement à amalgamer antisionisme et antisémitisme, si bien qu’ils ont fabriqués des anticorps à la seconde « maladie » chez les gens, je vois plus du tout comment on fait dorénavant, la différence entre, juif et sioniste.
    C’est un retournement violent de l’arme de l’appellation générique d’une philosophie de croyances pour stigmatiser plusieurs ensembles de populations. Quand on disait musulman, ça semblait moins raciste que de prendre une autre référence, conceptualisation des choses élaborée par des cerveaux imbéciles à courte vue, et maintenant, voilà, le fer rouge est dans leur flanc.
    L’antisionisme est légalisé internationalement, si c’est pas un dressage d’échafaud c’est à s’y tromper drôlement.

    Fallait oser les jouer ces coups-là, à ce moment précis de l’Histoire, j’en parlais récemment de la possible re-conversion expresse des marranes au judaïsme, eh bien, voilà!

    Les gens en ont la preuve sous les yeux, c’est faisable, ça leur est trop facile à pouvoir le faire, leur démographie peut exploser instantanément, et si c’est pour ensuite se mettre à la défense de la survie d’israël, mais alors adieu Berthe les amis, les fêtes de voisins vont plus être les mêmes.

    Les imbéciles heureux qui refusent de croire aux réalités qui s’affichent devant eux parce qu’ils n’ont pas les moyens intellectuels d’imaginer l’heure d’après, devraient se trouver d’autres occupations que de faire perdre leur temps aux intervenants sur les forums résistants, où les gens construisent les bons arguments avec lesquels leur duplication sur les réseaux sociaux réactivent les cerveaux.
    Je sais, c’est méchant, mais on en lit des conneries un peut partout, c’est une apparence ce calme, en vrai, tout est explosif, or si nous ne nous tenons pas prêts, nous allons nous faire dévorer tout cru.

    Si on prend le secteur pétrolier comme référence d’une part importante de la puissance américaine dans le monde, toutes les théories du dessus sont dépassées, parce que l’Amérique n’a absolument rien anticipé par rapport aux temps présents, et les gens compétents devront nous expliquer pourquoi, mais dans le secteur de la raffinage pétrolier, c’est bien beau de nous avoir fait l’article et imposé toutes sortes de taxes écologiques, mais aucune modernisation des raffineries ne s’est opéré, les produits devront pourtant répondre bientôt à d’autres normes que celles actuelles, pourquoi la concurrence qui a la maîtrise technologique et tout ce qui va avec, laisserait-elle faire l’Amérique alors qu’elle peut la noyer, légalement, en construisant des plateformes modernes et les entités qui les contrôlent là où sont leurs places, chez-elles?

    Le schéma est réplicable partout, donc, forcément les comportements des pays sont appelés à évoluer, peut-être est-il encore inconcevable à certains de croire en la fin des hégémons, peut-être est-ce utopique aussi de le croire, mais vu comme ça se passe aujourd’hui, c’est peu probable de ramener l’esclavage là où il s’apprend à ne plus jamais pouvoir le voir exister, c’est pas une blague, tellement de choses sont en train de changer dans le monde et les mentalités, qu’il me semble à moi, de moins en moins utopique de croire que nos jeunes générations vont, plus tôt qu’on ne le croit, porter la volonté de se débarrasser de cette malédiction avec laquelle elles sont nées, leur exploitation continuelle par le travail qui ne leur garantit, pour la majorité d’entre elles qu’une approximation de vie heureuse et saine.
    Tout est là pour que cela se produise, tant les échecs des perspectives rêvées pour leur avenir par les autorités politiques et autres mondiales actuelles, complètement folles, se révèlent déjà patents dans le présent, le monde de demain, n’est alors même pas encore en début d’élaboration par la pensée contemporaine, absolument tout est à faire.

    Nos vieux caciques cérébralement délabrés, pour la plupart d’entre eux, et leurs clones de rejetons, assis sur des savoirs et des croyances issues d’autres siècles, d’autres Hommes, étaient convaincus qu’en mettant plus de violences, plus de trash, moins de foi, d’espérances et d’Amour dans la tête de nos mômes ils les éloigneraient pour longtemps d’une noblesse morale, patatras!
    Ils ont aussi foiré leurs coups dans ces objectifs là, en trois ans d’échecs monumentaux, ils ont déballé et rendu aussi précieux que de la morve, toute la soi-disant érudition devant laquelle la simplicité devait se prosterner jusqu’ici.
    Si c’est pas l’Apocalypse ça, je sais vraiment pas ce que peut bien vouloir exprimer ce terme.

    Quant à la Chine, je laisse chacun à son opinion sur elle, peut-être l’effet perroquet ne rend-il pas encore évident toutes ses faiblesses ni l’hypocrisie naturelle dont elle est faite, c’est comme ça chez-nous, on a besoin d’avoir un modèle qui nous supplante, qui ne soit pas trop blessant pour nos esprits aliénés et étriqués de colonialistes en voie de disparition.

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