Le petit est de retour

OLIVIER CABANEL — Non, il ne s’agit pas d’un certain ex-président rentrant de vacances, mais d’el Nino, dont on vient de nous annoncer le retour.

Ces deux petits peuvent avoir des effets dévastateurs, mais lequel l’emportera ?

En ce qui concerne el Nino, cela aura probablement des conséquences graves sur notre climat.

El Nino, comme chacun sait est un courant marin côtier saisonnier, qui provoque une élévation anormale de la température de l’océan Pacifique.

Normalement, il apparaît quelques temps après Noël, d’où son nom (le petit Jésus) que lui avaient donné les navigateurs portugais lors des voyages vers les Amériques.

Son apparition déplace les pluies vers l’est et empêche la remontée d’eau froide, le long de la côte d’Amérique du sud, ce qui prive les poissons de leur nourriture habituelle, et à naturellement aussi de graves conséquences pour les pêcheurs.

C’est sir Gilbert Walker qui a découvert son existence au cours des années 20 du siècle dernier.

Il a établi une corrélation entre la pression barométrique aux stations météorologiques à l’ouest et à l’est du Pacifique.

Il a remarqué un « effet de balance » : si la pression augmentait à l’Est, elle diminuait à l’Ouest, et vice versa.

Son apparition bouleverse le climat en Australie, en Afrique, en Asie du Sud et dans les régions tropicales de l’Amérique. lien

En 1997/98 les conséquences ont été importantes :

Le Pérou connut au mois d’août d’importantes tempêtes de neige, la sécheresse frappa l’Indonésie, quelques régions de chine, le nord de la Corée, et une partie de l’Australie, le désert du Chili fut inondé en mai et juin 1997, contrairement à certaines région d’Amérique centrale, qui connaissait beaucoup de pluies à la même époque.

Les conséquences les plus importantes on étés observées en 1972/1973, 1982/1983, et 1997/1998.

En 1982/1983 dans le nord du Pérou et en Equateur, plus de 2500 mm de pluie sont tombés pendant 6 mois transformant les déserts en champs parsemés de lacs. La végétation a fait naître une immense colonie de sauterelles qui ont attiré crapauds et oiseaux.

Près de l’île Christmas, le niveau de la mer a augmenté de 30 cm ce qui a provoqué l’abandon des nids d’oiseaux de mer, et diminué du quart la population des phoques et autres lions de mer.

Les anomalies du vent ont dérouté les typhons de leurs routes habituelles, vers Hawaii et Tahiti, peu préparés à de telles conditions météorologiques.

L’estimation des dégâts créés par el Nino de 1982 a été de plus de 15 milliards d’euros.

Il est encore trop tôt pour savoir s’il sera violent cet hiver.

Ce qui est certain, c’est que lorsque c’est le cas, il touche de nombreux domaines : nouveaux foyers de maladie, récoltes plus ou moins nombreuses, changement du niveau de la demande énergétique, incendies de forets, conséquences économiques, pêche et migration animale.

En ces temps de crise, de réchauffement climatique, et de menace épidémique, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas le bienvenu.

El Nino a des effets sur le climat dans le monde entier.

Des chercheurs du NOOA (administration nationale des études océanographiques et atmosphériques des Etats Unis) ont annoncé l’arrivée d’el Nino, et s’attendent à ce que le phénomène continue à prendre de l’ampleur au cours des prochains mois, et qu’il dure tout l’hiver. lien

Ce qui a été confirmé par l’OMM (organisation météorologique mondiale).

Selon cette organisation, la température des eaux du Pacifique Est se situait entre 0,5° et 1° au-dessus de la normale à la fin du mois de juin avec des températures similaires en juillet. lien

Les supputations sur l’importance de ce nouveau phénomène météorologique vont bon train : entre ceux qui sont convaincus qu’il sera faible, et ceux qui pensent qu’il est trop tôt pour le dire, un flou s’est installé.

En attendant, comme en 1998, les uns et les autres s’activent à la mesure de leur moyens pour en limiter les effets.

Au Philippines, on utilise d’immenses feuilles de plastique pour canaliser la pluie et l’envoyer directement vers les fermes.

En 1998 on estimait que 3,5 millions de personnes nécessiteraient de la nourriture d’urgence en Éthiopie.

Il n’y a plus qu’à attendre, et à croiser les doigts, car c’est malheureusement l’une des rares choses que nous puissions faire pour combattre de tels phénomènes, car comme disait un vieil ami africain :

«Seul un idiot mesure la profondeur de l’eau avec ses deux pieds».

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