LES CLASSES SOCIALES SOUS L’IMPERIALISME (Vincent Gouysse)

LES CLASSES SOCIALES SOUS L’IMPÉRIALISME

et textes dénonçant les courants réformistes bourgeois

VINCENT GOUYSSE

1ère édition, décembre 2013

http://www.marxisme.fr/

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Copyright Vincent Gouysse, décembre 2013. Diffusion libre de l’édition
numérique : reproduction totale ou partielle du texte autorisée pour tous les
pays sous réserve d’indiquer la source. Pour la traduction, s’adresser à
l’auteur.


Cet ouvrage est dédié au camarade Adélard Paquin (1919-2013),
responsable de l’édition française de Northstar Compass. Nous tenons à
rendre hommage à la remarquable capacité d’autocritique de ce camarade
qui nous a quittés le 25 janvier dernier. Nous n’oublierons jamais qu’il n’a
cessé de défendre ses idéaux communistes avec beaucoup de courage et
de lucidité, même au plus fort de sa longue et douloureuse maladie.


Légende des illustrations de la couverture :
• Images n° 1 à 4 ─ Embouteillages à Pékin ─ Rue piétonne à Shanghai ─ Affiche de
campagne « le rêve chinois » ─ Spot publicitaire TV « le rêve chinois » : ici l’ancien
ambassadeur Hua Liming fait part de son souhait de voir sa petite fille grandir dans
un « monde qui soit débarrassé de la guerre et de la pauvreté, un monde propre et
sans faim », un monde « idéal » évidemment synonyme de l’accession de la Chine au
statut de puissance impérialiste dominante incontestée…
• Images n° 5 à 8 ─ USA : avant la rue, la voiture ─ « Camping » de SDF à… New York
─ USA : soupe populaire ─ Misère dans les rues d’Athènes : la nouvelle Grèce.


Alors qu’une fraction croissante du prolétariat chinois se voit aujourd’hui
forger des chaînes dorées et accède au mode de vie petit-bourgeois, le
prolétariat des pays impérialistes en déclin, confronté à une paupérisation
absolue, assiste impuissant à la décomposition des siennes… Pour ce dernier,
le « rêve américain » tourne au cauchemar. A la fin de l’année 2010, on
comptait 1,6 million d’enfants sans-abris aux USA, un chiffre en hausse de
38 % par rapport à celui de l’année 2006.3
ISBN 978-1-291-67175-9


SOMMAIRE

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Les classes sociales sous l’impérialisme
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I – Introduction (p. 217)
II – La méthode philosophique (p. 218)
III – Aperçu sur l’économie politique marxiste (p. 221)
IV – Salaires, prix et plus-value : les « vraies lois » (p. 229)
V – Les impôts (p. 236)
VI – Protectionnisme et libéralisme (p. 238)
VII – La démocratie bourgeoise et la critique du communisme (p. 242)
VIII – Cynisme et sophistique (p. 246)
IX – « Il suffirait d’y croire » !!! (p. 249)
• ATTAC, la  »gauche »,  »l’extrême gauche » et le TCE (p. 254)
• ATTAC, semeur d’illusions sur  »l’Europe sociale » (p. 262)
• Le carnaval des élections présidentielles 2007 (p. 266)
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Annexes

• Éditorial de « L’Étoile du Nord », numéro de février-mars 2013 ─
Hommage au camarade Adélard Paquin (1919-2013), fondateur de
l’édition en français de Northstar Compass (p. 290)
• Sélection de textes rédigés par le camarade Adélard Paquin (p. 296)
• Albert Einstein, Pourquoi le socialisme ?, mai 1949 (p. 303)
• Robert Bibeau, Nelson Mandela, dernier repos pour le héros des bobos,
11/12/2013 (p. 310)
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Notes
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« La classe possédante et la classe du prolétariat représentent la
même aliénation humaine. Mais la première se complaît dans cette
aliénation de soi, elle éprouve l’aliénation comme sa propre
puissance et possède en elle l’apparence d’une existence humaine ;
la seconde se sent anéantie dans l’aliénation, elle voit en elle sa
propre impuissance et la réalité d’une existence inhumaine. (…) Au
sein de cette antithèse, le propriétaire privé représente donc le parti
conservateur, le prolétaire le parti destructeur. Celui-là agit en vue
de maintenir l’antithèse, celui-ci agit pour l’anéantir. Si, dans son
mouvement économique, la propriété privée s’achemine d’elle-même
vers sa propre dissolution, elle le fait uniquement à travers
une évolution indépendante d’elle, inconsciente, contraire à sa
volonté et inhérente à sa nature, simplement en produisant le
prolétariat comme prolétariat, la misère consciente de sa misère
morale et physique, la déshumanisation qui, consciente d’elle-même,
tend à s’abolir elle-même. Le prolétariat exécute la sentence
que la propriété privée prononce contre elle-même en engendrant
le prolétariat, tout comme il exécute la sentence que le travail
salarié prononce contre lui-même en produisant la richesse d’autrui
et sa propre misère. Si le prolétariat triomphe, il ne sera nullement
devenu le côté absolu de la société, car il ne triomphera qu’en
s’abolissant lui-même et en abolissant son contraire. A ce moment
là, le prolétariat aura disparu tout autant que son antithèse qui est
aussi sa condition, la propriété privée ». (Karl Marx et Friedrich
Engels, La sainte famille – Critique de la critique critique, 1845)


Avant-propos

L’ouvrage présenté ici comporte une analyse de classe intitulée « Les classes
sociales sous l’impérialisme ». Cette étude m’a été commandée par mes
camarades de l’Organisation des Communistes de France (OCF).

Je les en remercie infiniment car une telle étude est aussi fondamentale à la
renaissance du mouvement communiste marxiste-léniniste que l’est l’étude
de l’évolution du rapport de forces inter-impérialistes.

Prises ensembles, ces analyses nous permettent de comprendre comment
et dans quelle direction nous devons travailler pour réveiller la conscience
de classe prolétarienne des masses exploitées qui subissent
quotidiennement le joug de l’exploitation salariée.

J’ai joint à cette étude d’autres contributions rédigées pour l’OCF, en
particulier dans le cadre de réunions de formation. Ces contributions
forment une ébauche d’introduction à la méthode scientifique qu’est le
matérialisme dialectique.

Ce volume comporte enfin des textes rédigés antérieurement, mais
fondamentaux en ce qui concerne la dénonciation de courants réformistes
petit-bourgeois dont les mystifications font obstacle à la renaissance d’une
conscience de classe prolétarienne au sein des masses exploitées des pays
impérialistes en déclin.

Les classes sociales sous l’impérialisme

D’ordinaire, le marxisme considère que la société capitaliste moderne se
divise en deux camps antagonistes : la bourgeoisie détentrice des moyens
de production, et le prolétariat forcé de lui vendre sa force de travail pour
trouver les moyens de sa subsistance. Mais raisonner ainsi est à la fois vrai
et faux.

En effet, très tôt, les fondateurs du socialisme scientifique ont insisté sur le
fait que la société capitaliste comptait des classes sociales intermédiaires,
petite-bourgeoises, au sein desquelles s’opérait une différenciation sociale
constante, une fraction d’entre-elles se prolétarisant, tandis que certains de
ses membres parvenaient à se hisser au niveau de la bourgeoisie.

Dans son Manifeste du Parti communiste, Karl Marx remarquait ainsi déjà
que les « petits industriels, marchands et rentiers, artisans et paysans » qui
constituaient « tout l’échelon inférieur des classes moyennes de jadis,
tombent dans le prolétariat ; d’une part, parce que leurs faibles capitaux ne
leur permettant pas d’employer les procédés de la grande industrie, ils
succombent dans leur concurrence avec les grands capitalistes ; d’autre
part, parce que leur habilité technique est dépréciée par les méthodes
nouvelles de production. De sorte que le prolétariat se recrute dans toutes
les classes de la population ».4

« De toutes les classes qui, à l’heure présente, s’opposent à la bourgeoisie, le
prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire. Les autres classes
périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire,
en est le produit le plus authentique. Les classes moyennes, petits fabricants,
détaillants, artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle
est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne
sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont
réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire.
Si elles sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage
imminent au prolétariat : elles défendent alors leurs intérêts futurs et non
leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se
placer à celui du prolétariat ».

Ce vaste mouvement de prolétarisation de ce que Karl Marx désignait déjà
comme les « classes moyennes » explique pourquoi les fondateurs du
socialisme scientifique ont à juste titre considéré que l’opposition
irréductible entre le prolétariat et la bourgeoisie formait la base des
antagonismes de classe au sein des sociétés capitalistes modernes.

De même, en 1934, au cours d’un entretien avec le célèbre écrivain
romancier anglais H.-G. Wells, Staline avait essayé de corriger les vues
réformistes, technocratiques et idéalistes de son interlocuteur.

Pour Staline, la contradiction fondamentale du capitalisme se ramenait aux
intérêts inconciliables entre « possédants et exploités » et s’il reconnaissait
l’existence de « couches moyennes intermédiaires », c’était pour préciser
aussitôt qu’elles ne pouvaient rester en dehors de cette opposition
fondamentale et se plaçaient d’ordinaire « aux côtés de l’une de ces deux
classes ». Pour Staline, c’était une erreur que de penser que ces classes
intermédiaires pouvaient, « jouer un rôle historique indépendant ».

Aussi longtemps que de larges portions des couches petite-bourgeoises
périclitaient et tombaient dans le prolétariat, la division croissante de la
société en deux camps antagonistes devenait de plus en plus claire et
ouvrait des perspectives radieuses à l’essor du mouvement communiste.

Pourtant, dès la seconde moitié du 19ème siècle, apparurent les prémisses
d’une nouvelle donne sociale. D’abord en Angleterre, qui était alors la
première puissance industrielle mondiale, puis dans d’autres pays bourgeois
qui lui emboitèrent le pas quelques décennies plus tard (à l’instar de la
France, de l’Allemagne et des USA), on commença à observer un
phénomène nouveau qui venait compliquer l’équation.

Il y a un siècle et demi, dans une lettre écrite à Karl Marx datée du 7 octobre
1858, Friedrich Engels soulignait qu’

« En réalité, le prolétariat anglais s’embourgeoise de plus en plus, et il
semble bien que cette nation, bourgeoise entre toutes, veuille en arriver à
avoir, à côté de sa bourgeoisie, une aristocratie bourgeoise et un prolétariat
bourgeois. Évidemment, de la part d’une nation qui exploite l’univers entier
c’est, jusqu’à un certain point, logique ».

Un quart de siècle plus tard, au début des années 1880, Friedrich Engels
enrageait contre les « pires trade-unions anglaises qui se laissent diriger par
des hommes que la bourgeoisie a achetés ou que, tout au moins, elle
entretient » et remarquait que sur la question coloniale, il n’y avait « point
de parti ouvrier » du fait que les ouvriers anglais « jouissent en toute
tranquillité avec eux du monopole colonial de l’Angleterre et de son
monopole sur le marché mondial ».7

Une décennie plus tard, Friedrich Engels remarquait que la visée de
l’impérialisme anglais était de devenir « l’atelier du monde » et de voir les
autres pays devenir pour lui « ce qu’était déjà l’Irlande», à savoir « des
marchés pour ses produits industriels, des sources d’approvisionnement en
matières premières et en denrées alimentaires ».

« L’Angleterre, grand centre industriel d’un monde agricole, entouré d’un
nombre toujours croissant de satellites producteurs de blé et de coton,
tournant autour du soleil industriel ! Quelle grandiose perspective ! »
11

Comme le remarquait Friedrich Engels, ce processus « avait fait de la classe
ouvrière anglaise, sur le plan politique, l’appendice du « grand parti
libéral », parti dirigé par les industriels ». L’impérialisme britannique
n’aspirait évidemment qu’à « conserver à jamais cet avantage acquis » et
c’est ainsi que « l’attitude réciproque des deux classes se modifia ».

« La législation sur les fabriques, jadis croquemitaine de tous les industriels,
non seulement ils l’observèrent de bon gré, mais encore l’étendirent plus ou
moins à toute l’industrie. Les « Trade-unions », réputés récemment encore
ouvrage diabolique, furent désormais cajolés et protégés par les industriels
comme institutions hautement légitimes et moyen utile de propager parmi
les travailleurs de sains enseignements économiques. Les grèves mêmes,
déclarées illégales avant 1848, furent jugées tout à fait utiles à l’occasion,
particulièrement quand Messieurs les Industriels les avaient provoquées
eux-mêmes au moment adéquat.8

Des lois qui avaient ravi au travailleur l’égalité en droit avec son employeur,
au moins les plus révoltantes, furent abolies. Et cette Charte du peuple, jadis
si redoutable, devint, pour l’essentiel, le programme politique de ces mêmes
industriels, qui s’y étaient opposés jusqu’alors. La suppression du cens
électoral et le vote à bulletin secret sont institués par la loi. Les réformes
parlementaires de 1867 et 1884 ressemblent déjà nettement au suffrage
universel, du moins tel qu’il existe actuellement en Allemagne ».

Comme on le voit, le monopole commercial et colonial de l’impérialisme
britannique avait permis à la bourgeoisie anglaise d’acheter une certaine
paix sociale au sein de sa métropole contre quelques législations encadrant
les règles de l’exploitation salariée. Ces bribes de ce que nous appelons
aujourd’hui « chaînes dorées », avaient suffi à créer au sein du prolétariat
britannique une couche privilégiée, qui s’accommodait très bien de cette
version de l’esclavage salarié et se mit à propager les idées réformistes
petite-bourgeoises en son sein.

Selon les observations de Friedrich Engels, ces couches privilégiées du
prolétariat anglais étaient alors constituées « des ouvriers d’usine » qui
avaient profité de « la fixation légale à leur avantage, d’une journée de
travail normale », ainsi que des « ouvriers des grandes Trade-unions », dont
les secteurs industriels étaient protégés de « la concurrence du travail des
femmes ou des enfants ».

« Ils constituent une aristocratie à l’intérieur de la classe ouvrière ; ils sont
parvenus à conquérir une situation relativement confortable et cette
situation ils l’acceptent comme définitive. (…) La vérité, la voici : tant que le
monopole industriel anglais a subsisté, la classe ouvrière anglaise a participé
jusqu’à un certain point aux avantages de ce monopole. Ces avantages
furent très inégalement répartis entre ses membres ; la minorité privilégiée
en encaissa la plus grande part, mais même la grande masse en recevait sa
part, du moins de temps à autre et pour une certaine période. Et c’est la
raison pour laquelle, il n’y a pas eu en Angleterre de socialisme depuis la
mort de l’owenisme ».

Et pourtant, soulignait Friedrich Engels, la condition de la majeure partie du
prolétariat anglais restait caractérisée par un haut « degré de misère et
d’insécurité », comme prise en tenailles entre « la loi qui réduit la valeur de
la force de travail aux subsistances indispensables pour vivre, et celle qui, en
règle générale, abaisse le prix moyen de la force de travail à la quantité
minimum de ces subsistances ».

« Les quartiers Est de Londres sont un marais stagnant de misère, de
désespoir et de famine, qui ne cesse de s’étendre, ─ lorsque les hommes ne
travaillent pas ─ d’avilissement moral et physique ─ lorsque les hommes
travaillent ».

Près d’un quart de siècle après ces remarques d’Engels, Lénine remarquait
comment dans les pays impérialistes avancés, la scission du mouvement
ouvrier restait d’actualité du fait de l’existence d’une aristocratie ouvrière.
La base matérielle qui avait permis son émergence, répétait Lénine, n’est
autre que « le monopole de la possession de colonies particulièrement
vastes, riches ou avantageusement situées » qui fait de « l’exportation des
capitaux, une des bases économiques essentielles de l’impérialisme »,
laquelle « accroît encore l’isolement complet de la couche des rentiers par
rapport à la production, et donne un cachet de parasitisme à l’ensemble du
pays vivant de l’exploitation du travail de quelques pays et colonies d’outremer ».

Pour bien montrer l’ampleur de la rente coloniale, Lénine indiquait qu’en
1899, le revenu de l’exportation des capitaux de l’impérialisme britannique
avait été le quintuple du revenu net de son commerce extérieur « et cela
dans le pays le plus « commerçant » du monde ! ». Pour Lénine, il était
évident que ce « parasitisme » expliquait « l’agressivité de l’impérialisme
britannique » et que cet « Etat-usurier » n’hésitait pas à faire jouer à sa
« marine de guerre » « le rôle d’huissier » et lui permet de se « préserve[r]
de la révolte de ses débiteurs ». Le monde comptait alors comme autres
Etats-usuriers majeurs, la France, l’Allemagne, la Belgique, la Suisse, la
Hollande et les Etats-Unis bien que ces derniers ne fussent alors créditeurs
« qu’envers l’Amérique ».

Voilà pour la base économique du parasitisme qui a vu « l’univers » se
« divis[er] en une poignée d’Etats-usuriers et une immense majorité d’Etats
débiteurs ». A la clef, dans les métropoles impérialistes, la mutation
profonde de tout leur tissu social. Pour Lénine, ce capitalisme parasitaire,
« ne peut manquer d’influer sur les conditions sociales et politiques du pays
en général », et sur le « mouvement ouvrier en particulier ».
13 –

En effet, les capitalistes « orientent cette politique nettement parasitaire »
« pour enrichir [leur] classe gouvernante et corrompre ses classes
inférieures, afin qu’elles se tiennent tranquilles ».

Il y a près d’un siècle, Lénine insistait sur la nécessité de bien distinguer « la
« couche supérieure » des ouvriers et la « couche intérieure prolétarienne
proprement dite » ». La première, qui ne représentait alors « qu’une
minorité du prolétariat », était constituée « des coopérateurs et des
syndiqués, des membres des sociétés sportives et des nombreuses sectes
religieuses ». Pour Lénine, il était évident que c’est cette couche particulière
et privilégiée du prolétariat qui formait la base sociale de l’opportunisme et
du social-chauvinisme.10

« Cette couche d’ouvriers embourgeoisés », ajoutait Lénine, sont
« entièrement petit-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par
toute leur conception du monde » et constituent « le principal soutien
social de la bourgeoisie ».

Lénine ne manquait pas de souligner les mutations sociétales induites par
l’avènement d’Etats rentiers impérialistes.

« En Angleterre, une quantité de terre sans cesse croissante est enlevée à
l’agriculture pour être affectée au sport, à l’amusement des riches ».
Plus important encore, Lénine remarquait que le stade de développement
impérialiste avait amené en Angleterre à une baisse relative des effectifs du
prolétariat industriel qui étaient passés de 4,1 à 4,9 millions durant la
période 1851-1901, et avaient ainsi vu la proportion de ces producteurs
baisser de 23 à 15 % au sein de la population.

Parmi les facteurs de division de la classe ouvrière des pays impérialistes,
Lénine mentionnait également

« l’accroissement de l’immigration, vers ces pays, d’ouvriers venus des pays
plus arriérés, où les salaires sont plus bas. (…) En France, les travailleurs de
l’industrie minière sont « en grande partie » des étrangers : Polonais,
Italiens, Espagnols. (…) Aux Etats-Unis, les immigrants de l’Europe orientale
et méridionale occupent les emplois les plus mal payés, tandis que les
ouvriers américains fournissent la proportion la plus forte de contremaîtres
et d’ouvriers exécutant les travaux les mieux rétribués ».

Lénine en concluait que « l’impérialisme tend[ait] à créer, également parmi
les ouvriers, des catégories privilégiées et à les détacher de la grande masse
du prolétariat », avec à la clef « la tendance de l’impérialisme à diviser les
ouvriers, à renforcer parmi eux l’opportunisme, à provoquer la
décomposition momentanée du mouvement ouvrier ».12

La bourgeoisie des pays impérialistes comprit ainsi rapidement quels
multiples profits elle pouvait retirer de l’exploitation coloniale : à savoir 1°
des profits sonnants et trébuchants provenant du commerce colonial et de
la rente de l’exportation de capitaux et 2° la possibilité d’utiliser une fraction
de ces surprofits pour créer des couches prolétariennes privilégiées
s’accommodant du salariat et capables de propager le réformisme
bourgeois au sein du mouvement ouvrier anti-capitaliste avec à la clef sa
complète décomposition.

Dès lors, « le grand problème de la production capitaliste » ne fût « plus de
trouver des producteurs et de décupler leurs forces mais de découvrir des
consommateurs, d’exciter leurs appétits et de leurs créer des besoins
factices ».13

Dans ces conditions, la lutte pour le repartage du gâteau colonial devint
primordiale aussi bien pour se procurer des matières premières à bas coût
afin d’alimenter leur industrie et pouvoir espérer gagner la guerre
commerciale sur le marché mondial, qu’essentielle à la naissance d’une
aristocratie ouvrière capable de faire dérailler la lutte politique
prolétarienne des rails de la lutte de classe pour l’engager sur ceux du
réformisme bourgeois, en d’autres termes d’adoucir quelque peu les
conditions d’exploitation de leur propre prolétariat pour garantir la paix
sociale.

C’est ainsi que se développèrent les conditions qui engendrèrent la
première Guerre mondiale au cours de laquelle chaque puissance
impérialiste, avec le soutien actif de ses propres social-chauvins, poussa les
ouvriers des puissances impérialistes dominantes à s’entre-tuer afin de
déterminer laquelle arracherait à ses adversaires la plus grosse part du
gâteau colonial.

On connaît le résultat morbide de cette première conflagration inter-impérialiste :
une dizaine de millions de tués.

Dans la Russie tsariste exsangue, où l’aristocratie ouvrière était quasiinexistante,
les bolchéviks surent habilement mettre à profit cette situation
de chaos inter-impérialiste pour conquérir le pouvoir en offrant aux masses
travailleuses opprimées et misérables la paix immédiate et le pain. Dès que
la victoire du bloc impérialiste anglo-français fut acquise et l’impérialisme
allemand et son allié austro-hongrois défaits, l’ensemble des impérialistes
coalisés chercha à faire tourner à rebours la roue de l’histoire, par la force,
en finançant, en armant et en ravitaillant les débris de l’ancien régime
tsariste, imposant par là-même aux peuples de l’URSS naissante, déjà
éprouvés par les années de guerre inter-impérialiste, une nouvelle terrible
et cruelle épreuve (1919-1922). En vain.

Avec à sa tête le Parti communiste bolchévik, l’URSS parvint à anéantir les
armée blanches soutenues par l’intervention étrangère, puis pût enfin
commencer à panser ses blessures, relever sa production industrielle et
agricole afin de pouvoir poursuivre l’édification de la société nouvelle,
socialiste, débarrassée de toute forme d’exploitation de l’homme par
l’homme.

Dans les conditions de la première boucherie inter-impérialiste mondiale,
Lénine déclarait avec raison que l’opportunisme ne pouvait plus triompher
« complètement au sein du mouvement ouvrier d’un seul pays pour des
dizaines et des dizaines d’années, comme il l’a fait en Angleterre dans la
seconde moitié du 19ème siècle » et que dans les principaux pays
impérialistes il avait « atteint sa pleine maturité » :

« il l’a dépassée et s’est décomposé en fusionnant complètement, sous la
forme du social-chauvinisme, avec la politique bourgeoise ».

A cette époque, la trahison des sociaux-démocrates des pays impérialistes
était en effet manifeste du fait de leur appel aux ouvriers à prendre part à la
guerre inter-impérialiste aux côtés de leur propre bourgeoisie.
Conjuguée à la prise du pouvoir par les communistes en Russie qui montrait
la voie à suivre, l’affaiblissement considérable de l’influence des social
chauvins au sein du mouvement ouvrier donna lieu à un essor
révolutionnaire du mouvement communiste que les élites bourgeoises
d’Europe, terrorisées par la révolution d’Octobre qui venait de leur enlever
la Russie, réprimèrent naturellement dans le sang, qu’il s’agisse des
communistes finlandais (1918), des spartakistes allemands et des
communistes hongrois (1919), ou encore du Parti communiste d’Antonio
Gramsci en Italie (1926).

Cette répression sauvage du mouvement ouvrier ne signifiait rien d’autre
que l’abolition de la légalité « démocratique » bourgeoise, devenue trop
dangereuse et donc intolérable pour les exploiteurs, avec à la clef
l’instauration de régimes fascistes destinés à garantir à tout prix une relative
paix sociale.

Ce sont ces conditions internationales déjà orageuses qui constituèrent la
« période de développement pacifique » dont bénéficia pendant quelques
années la jeune URSS.

Mais le répit ne fût que de courte durée, car avec la Grande Dépression qui
plongea l’ensemble du monde impérialiste dans une grave crise
économique, politique et sociale, la réaction bourgeoise intérieure comme
extérieure flamba.

Avec l’avènement de l’Allemagne fasciste (1933), l’URSS comprit aussitôt
qu’une nouvelle guerre inter-impérialiste était devenue inévitable. Pourtant,
celle-ci tarda, et une nouvelle menace, plus grande encore, se fit jour pour
le premier Etat socialiste. L’impérialisme allemand fût en effet poussé par
les impérialistes américano-anglo-français à prendre sa part de colonies à
l’Est, en détruisant au passage l’ennemi commun qu’était le bolchevisme,
politique criminelle qui culmina avec les annexions de l’Autriche, de la
Tchécoslovaquie et de la Pologne.

Désignée comme vaste territoire à coloniser par les forces impérialistes de
l’Axe, l’URSS ne pût éviter d’être entrainée dans une nouvelle déflagration
mondiale. Si la guerre opposant les puissances impérialistes resta
relativement « civilisée », elle tourna à la guerre d’extermination pour les
peuples désignés comme inférieurs et tout juste bons à coloniser. C’est ainsi
que les peuples chinois et soviétiques payèrent le plus lourd tribu avec plus
de trente millions de morts, essentiellement civils, au compteur.

L’impérialisme américain sorti grand gagnant du conflit qui lui permit, avec
un minimum d’efforts et de pertes, de se soumettre l’impérialisme japonais
en lui arrachant ses colonies et de prendre durablement sa place dans la
région Asie-Pacifique, ainsi que de renforcer sa présence sur le continent
européen dont tous les impérialismes devinrent de facto ses vassaux plus ou
moins directs.

Dans l’immédiate après-guerre, seuls le plan Marshall et les guerres
coloniales visant à éradiquer les luttes de libération nationale des peuples
coloniaux permirent à l’impérialisme américain et à ses alliés de continuer à
générer suffisamment de surprofits pour garantir l’embourgeoisement
durable de leur mouvement ouvrier métropolitain. Ce n’est avec rien
d’autre que la sueur et le sang des peuples indiens, malgaches, indochinois,
coréen, algérien, etc. que les rapaces impérialistes furent en mesure de
forger des chaînes dorées à leur propre prolétariat.

Dans la première moitié des années 1950, la contre-révolution bourgeoise
en URSS marqua un brutal coup d’arrêt, non seulement à l’édification du
socialisme en URSS ─ laquelle fût convertie en une nouvelle puissance
impérialiste par la bureaucratie émancipée du contrôle populaire direct qui
se constitua en nouvelle classe exploiteuse ─, mais aussi à l’essor du
mouvement communiste international.

Dans les pays impérialistes d’Occident, la lutte contre le « stalinisme » offrit
l’opportunité aux éléments anti-marxistes tapis dans les rangs des Partis
ouvriers d’y diffuser librement le réformisme bourgeois sous couvert de la
promotion de « voies spécifiques » menant à un « socialisme » s’intégrant dans
la démocratie bourgeoise.

Le triomphe du social-chauvinisme dans le mouvement ouvrier des pays
impérialistes permit à ces impérialistes de réprimer librement les
mouvements de libération nationale des colonies, désormais complètement
isolé du mouvement ouvrier métropolitain qui venait d’abandonner les
principes de l’internationalisme prolétarien. C’est ainsi qu’au sein des pays
dépendants triomphèrent désormais systématiquement les courants
bourgeois, avec à la clef l’affaiblissement des luttes de libération et la
soumission croissante de ces peuples aux élites bourgeoises compradore
indigènes et donc à leurs maîtres impérialistes.

Profitant grandement de l’exploitation des peuples des pays inclus dans leur
sphère d’influence, les puissances impérialistes dominantes furent en
mesure de redistribuer suffisamment de miettes du gâteau colonial pour
corrompre les couches supérieures de leur prolétariat et même garantir un
certain nombre « d’acquis sociaux » à une fraction de plus en plus large de
celui-ci.

Jouissant d’une sphère coloniale particulièrement vaste sur les continents
africain (Maroc, Algérie, Afrique de l’Ouest) et asiatique (Indochine),
l’impérialisme français se montra particulièrement généreux à l’égard de ses
social-chauvins qui furent véritablement choyés contre l’assurance de voir
leur « socialisme » s’intégrer pacifiquement dans la démocratie bourgeoise.
En d’autres termes, ils se porteraient garants de la démocratie bourgeoise
au sein du prolétariat métropolitain aussi longtemps que leur impérialisme
continuerait à leur jeter régulièrement des os en pâture. Ce furent les
« Trente glorieuses » qui virent le puissant Parti ouvrier bourgeois qu’était
devenu le P »C »F contribuer à instiller de plus en plus profondément le
poison de l’idéologie petite-bourgeoise au sein du mouvement ouvrier.
Oui, tout allait « pour le mieux dans le meilleur des mondes », où régnait
cette remarquable division internationale du travail qui garantissait la paix
sociale dans les métropoles, certes au prix de l’exploitation forcenée et de la
répression la plus brutale du mouvement d’émancipation du prolétariat des
pays dépends auxquels une indépendance politique formelle fût parfois
accordée sans que cela ne remette pourtant jamais en cause leur
dépendance économique réelle ─ ceci se ramenant en fait à une forme de
sous-traitance de cette exploitation et de cette répression à de non moins
brutales élites bourgeoises-compradore indigènes.

Cette division internationale du travail aurait pu perdurer encore un peu s’il
n’y avait pas eu cette rivalité majeure entre l’impérialisme américain et le
social-impérialisme soviétique.

Pour abattre une fois pour toutes son principal concurrent, l’impérialisme
américain se lança le premier, suivi de près par ses alliés, dans une nouvelle
bataille : une part croissante de leurs industries légères se mit à déserter
leur territoire national pour rejoindre leurs sphères d’influence semi
coloniales dont le coût de la main-d’œuvre était incomparablement plus bas
que dans celles du social-impérialisme soviétique.

L’essor économique des quatre dragons asiatiques ─ Corée du Sud, Hong
Kong, Singapour et Taïwan ─, ainsi que d’un cinquième d’abord tapis dans
leur ombre ─ l’impérialisme chinois ─, eût rapidement raison du social
impérialisme soviétique, bien incapable de suivre le rythme impulsé par ses
concurrents occidentaux.

Ce dernier ne tarda donc pas à souffrir de cette stratégie qui dégrada
considérablement ses positions économiques et le plongea dans une crise
multiforme dont l’aggravation croissante ne pouvait manquer, dans le cadre
d’un état bourgeois multinational, d’aboutir à son implosion, une
perspective d’ailleurs soulignée par le camarade Enver Hoxha en 1973.15
C’est ainsi que l’ex- prolétariat soviétique se vit brutalement retirer les
chaînes dorées que sa nouvelle bourgeoisie monopoliste d’Etat avait pu
préserver trois décennies durant.

Dans les pays impérialistes d’Occident, les résultats de cette stratégie furent
contrastés. La hausse du taux de chômage structurel accompagna les vagues
successives de délocalisations de portions toujours plus vastes du tissu
industriel, en particulier au cours de la seconde moitié des années 1970 et
de la première moitié des années 1980. Les élites bourgeoises parvinrent
cependant à préserver la sacro-sainte paix sociale en compensant par de
généreuses aides sociales permettant malgré tout à l’armée de réserve du
travail de continuer à manger et même d’accéder aux loisirs de masse, d’où
une tertiarisation toujours plus poussée de leur économie.

Cette époque marqua le début d’un déclin inexorable des partis ouvriers et
des syndicats bourgeois, dont la base sociale s’effritait inexorablement,
parallèlement à la désindustrialisation à grande échelle.

A la place des zones industrielles, que les délocalisations convertirent en
friches industrielles, poussèrent comme des champignons de vastes zones
commerciales alimentées en marchandises d’importation à bas coût. De
grands complexes touristiques furent créés dans les lieux de villégiature des
régions montagneuses et maritimes, tandis que de multiples infrastructures
culturelles et sportives dédiées aux loisirs d’un prolétariat massivement
embourgeoisé se développèrent un peu partout comme une mosaïque.
Ainsi naquirent nos « sociétés de consommation » « post-industrielles ».

Selon les statistiques fournies par l’US Bureau of Economic Analysis, les
effectifs de l’industrie manufacturière américaine ont connu une très lente
croissance durant la période 1946-1969, passant de 14,49 à 19,79 millions
d’emplois équivalents temps-plein. Mais dans le même temps, la population
active américaine s’était élevée de 47,00 à 71,72 millions d’employés. La
part de l’industrie manufacturière dans l’emploi américain total a ainsi
reculée de 30,8 à 27,6 % durant cette période.

La période suivante, caractérisée par les délocalisations de branches
d’industrie entières, amena une complète stagnation des effectifs de
l’emploi industriel tandis que la rapide montée en gamme de l’industrie
chinoise au cours de la première décennie du 21ème siècle, combinée à la
profonde crise de décomposition économique actuelle, provoqua un
effondrement des effectifs de l’emploi industriel. Ceux-ci sont passés de
18,10 millions en 2000 à 13,61 millions en 2007 et 11,53 millions en 2009. A
la clef, un très fort recul de l’emploi industriel américain d’un point de vue
relatif. Sa part dans l’emploi total n’était plus que de 14,7 % en 2000, de
10,6 % en 2007 et de 9,5 % en 2009.

En dépit de la hausse considérable de la production d’hydrocarbures
américaine enregistrée depuis 2010, l’emploi industriel ne s’est redressé ni
d’un point de vue relatif, ni même d’un point de vue absolu (quasistagnation).
En 2012, l’emploi industriel américain se chiffrait à 11,66 millions, soit un
gain absolu (négligeable) de seulement 0,13 million d’emplois par rapport à
2009. Or à elle seule, l’industrie extractive a enregistré un surplus de 0,15
million d’emplois durant cette période. Cela signifie que prises dans leur
ensemble, les autres branches d’industrie n’ont pas vu leurs effectifs se
relever d’un iota. La part de l’industrie manufacturière américaine a donc
naturellement poursuivi son déclin pour ne plus représenter que 9,4 % de
l’emploi total en 2012. C’est à dire que la proportion des producteurs dans
la population américaine n’est plus aujourd’hui que de 3,7 % !16

A quelques nuances secondaires près, on pourrait dresser sensiblement le
même constat pour l’ensemble des pays impérialistes en déclin.
L’impérialisme français a ainsi vu les effectifs salariés de son secteur
industriel s’élever d’un point de vue absolu jusqu’au début des années 1970,
s’élevant ainsi de 5,42 à 5,74 millions durant la période 1970-1974 (tout en
baissant de manière relative), avant de les voir baisser également de
manière absolue ensuite. Au 2ème trimestre 2013, le secteur industriel
français ne comptait ainsi plus que 3,21 millions de salariés, contre 3,30
millions en 2010 et 3,63 millions en 2007.

La France compte ainsi aujourd’hui 44,1 % d’ouvriers industriels en moins
qu’en 1974… alors que sa population s’est accrue de 21,8 % dans le même
temps ! Déjà faible, la part des producteurs par rapport à la population s’est
ainsi effondrée pour passer de 11,0 % à 5,0 % durant cette période !
Comme on le voit, la proportion des producteurs dans la population des
pays impérialistes en déclin s’est considérablement réduite par rapport à
celle, déjà faible, que rapportait déjà Lénine pour le Royaume-Uni il y a un
siècle.

Dans le même temps, au cours du dernier demi-siècle écoulé, l’agriculture
des pays impérialistes en déclin a subi une profonde mutation.
En Europe occidentale par exemple, la mécanisation progressive sur la base
de l’existence d’exploitations individuelles a été rendue possible 1° par
l’instauration de la « préférence communautaire », c’est-à-dire de barrières
protectionnistes à l’échelle de l’Union Européenne, 2° puis par l’octroi
d’importantes subventions étatiques permanentes à la production, et enfin
3° par la ruine et la disparition progressive des plus petites exploitations et
la croissance de la superficie des exploitations restantes.

Les aides directes versées par les pays impérialistes dominants à leur
agriculture constituent pour elle un soutien essentiel. En 2011, ce sont ainsi
pas moins de 50,4 milliards d’euros de subventions nettes d’impôt qui ont
été versées au titre de la PAC par l’Union Européenne, dont 8,1 milliards
d’euros pour la seule agriculture française. Il faut comparer ces montants à
ceux de la valeur ajoutée de la production agricole. En 2011, les subventions
nettes représentaient une proportion de 33,9 % de cette valeur ajoutée à
l’échelle de l’Union Européenne, contre 31,3 % pour l’agriculture française.18
En dépit de ces aides directes massives, l’agriculture de nos pays n’a pas
échappé à une différenciation de la paysannerie, certes ralentie, mais
néanmoins continue. Les subventions elles-mêmes ont tendance à accélérer
(au moins d’un point de vue relatif) cette différenciation, puisqu’elles
profitent aux plus grandes exploitations. En 2009, ce sont ainsi 10,7 % des
exploitants qui ont reçu chacun plus de 50 000 euros d’aides (soit 40 % des
aides), tandis que 32 % des agriculteurs ont reçu chacun moins de 5 000 €
d’aides (soit 2,4 % des aides).19

Si en 1945 la France comptait une dizaine de millions d’actifs agricoles
permanents, ils n’étaient plus que 3,84 millions en 1970 et 0,97 million en
2010.20

Toujours en 2010, la France ne comptait plus que 514 000 exploitations
agricoles ─ dont deux-tiers d’exploitations individuelles ─, cumulant une
surface agricole utile (SAU) de 27,1 millions d’hectares ─ dont plus des trois-
quarts avaient pour mode de faire-valoir le fermage ─, soit une superficie
moyenne de 52,7 ha par exploitation. Si 18,1 % des exploitations avaient
une SAU supérieure à 100 ha, 62,9 % avaient une SAU inférieure à 50 ha.

 


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EN FORMAT PDF   imperialisme_et_classes_sociales

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une réflexion sur “LES CLASSES SOCIALES SOUS L’IMPERIALISME (Vincent Gouysse)

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