Serendipité, le grand absent des dictionnaires

OLIVIER CABANEL — Ce mot bizarre, inconnu de la plupart d’entre nous, est né en 1754, et il revient à la mode aujourd’hui, car il concerne sans qu’ils le sachent, la plupart des internautes.

Il s’agit d’un néologisme dérivé de l’anglais « sérendipity » lui-même inspiré d’un conte persan : « les trois princes de Serendip ».

Ceux-ci menaient une véritable enquête policière, en essayant de décrire un animal qu’ils n’avaient pas vu et vont devenir riches et célèbres, alors qu’ils étaient simplement partis à l’aventure.

Il s’agit donc de « découvertes inattendues, faites grâce au hasard et à l’intelligence »

Le Grand Voltaire s’est inspiré de ce conte pour écrire son « Zadig ».

La première définition de ce mot a été donnée par Walpole, en 1754 :

« Le fait de découvrir quelque chose par accident et sagacité alors que l’on est à la recherche de quelque chose d’autre ».

Ce mot, difficile à prononcer, était à l’origine utilisé par les bibliomanes, puis s’est dirigé vers les sciences exactes, les sciences sociales et enfin le monde de la décision.

Il s’applique aujourd’hui parfaitement à Internet.

Lorsque nous allons sur un moteur de recherche et qu’en tapant un mot, nous découvrons autre chose, nous sommes en plein dans le sujet.

Mais çà s’applique à des tas d’autres situations.

Vous vous baladez par exemple, dans un vide-grenier, sans idée arrêtée, sans chercher véritablement tel ou tel objet, et vous allez découvrir par hasard, un objet dont vous ne comprenez pas aujourd’hui comment vous avez pu l’ignorer si longtemps.

C’est en somme toute la preuve que « le hasard fait bien les choses ».

On peut aussi évoquer la Sérendipité lors de la création hasardeuse de la tarte Tatin, ou des bêtises de cambrai.

Pour la petite histoire, ou pour ceux qui l’ignoreraient encore aujourd’hui, la tarte Tatin (des sœurs du même nom) est née à la suite d’une maladresse.

Tout le monde n’est pas d’accord sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là avec Caroline et Stéphanie Tatin.

De grands gastronomes ont même sorti les couteaux et s’affrontent sur différentes versions.

Mais l’important n’est-il pas la recette elle-même ?

L’une des sœurs oublia de mettre la pâte sous les fruits avant d’enfourner, rajouta cette dernière sur les fruits.

Le résultat fut somptueux.

Si vous voulez vous y atteler, beurrez un moule, disposez les pommes, de préférence reinette, le plus serrées possible, saupoudrez d’un peu de sucre non raffiné de préférence, râpez un peu de cannelle, et pourquoi pas un peu de vanille et de muscade ?

Quand les pommes, cuites à feu doux, afin de les compoter sans les brûler, ont suffisamment doré, recouvrez d’une pate brisée.

Et enfournez.

180°, et pour savoir quand c’est bien cuit, fiez vous surtout à l’odeur. lien

Un autre exemple de Sérendipité : les bêtises de Cambrai.

« Tu n’es bon à rien » avait affirmé la mère d’Emile Afchain, apprenti confiseur chez ses parents : « Tes bonbons sont encore ratés, tu as encore fait des bêtises ».

D’abord vendues à 400 000 exemplaires en 1910, puis à 2 millions en 1930, 7 millions en 1987, aujourd’hui plus de 10 millions de boites de bêtises sont vendues chaque année. lien

Voila des bêtises que l’on ne regrette pas.

La sérendipité est aussi à l’origine de découvertes scientifiques nombreuses comme la pénicilline, par exemple, ou les rayons x.

Christophe Colomb à découvert l’Amérique grâce à elle.

Aujourd’hui dans les « brainstormings » la Sérendipité est l’une des règles.

Sam Stern et Alan G.Robinson en ont écrit un livre (« l’entreprise créative : comment les innovations surgissent vraiment » éditions d’Organisation).

Pour réussir un brainstorming, il faut être plusieurs, c’est le concept de l’intelligence collective, et on n’est pas loin de la sérendipité, puisqu’en allant sur le moteur de recherche, on met à contribution des milliers de personnes.

Le vendredi 9 octobre, sur France Culture dans l’émission « place de la toile », Danièle Bourcier et Evelyne Gayou en ont fait le sujet d’un débat passionnant.

Ils ont évoqué «  une sorte de déambulation hasardeuse mais heureuse, fertile, une trouvaille inattendue ».

La Sérendipité a même fait l’objet d’un colloque très réussi qui a duré dix jours cet été. lien

Alors comme disait un vieil ami africain : « quand la mémoire va ramasser du bois mort, elle rapporte le fagot qui lui plait».

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