La valeur travail n’est pas une norme transhistorique mais inhérente au capitalisme
Par Khider Mesloub.
Indubitablement, le travail est une catégorie sociale historique. Sémantiquement, en français, le terme travail, originellement employé avec un sens très restreint, usité pour désigner les tâches les plus ingrates et douloureuses accomplies par les membres les plus modestes de la société, a commencé à s’appliquer progressivement, à la faveur du développement du salariat impulsé par la bourgeoisie, avec une connotation méliorative, à toutes sortes d’activités et toutes les catégories sociales. Même les monarques étaient censés dès lors « travailler » en quelque sorte, à l’instar des paysans. Le terme anglais moderne a conservé longtemps une partie de la signification primitive du mot « travail » dans son usage archaïque tel que « the travails of Christ » (« les douleurs du Christ »). De même, pour décrire l’accouchement des femmes, le terme longtemps consacré était « travail ».
Sur le plan professionnel, l’activité concrète remplie techniquement par un artisan, mot qui a la même origine qu’artiste, maître de son activité, contrôlant tout le processus de la fabrication, se dégrade avec l’introduction du capitalisme pour devenir, avec la généralisation des fabriques, un « travail abstrait ».
En effet, avec la naissance du capitalisme, l’activité concrète devient une forme sociale abstraite (du travail abstrait), car le capitalisme ne reconnaît que les différences quantitatives. Il ne reconnaît pas le contenu social qualitatif réel de l’activité humaine. Dans le système capitaliste, la production sert seulement à augmenter la quantité de richesse sociale abstraite : l’argent se transforme en plus d’argent. Aussi, la valeur travail n’est pas une norme transhistorique mais une norme sociale propre à la modernité capitaliste.
Le capitalisme a érigé le travail en socle de l’identité sociale
Dans les anciennes sociétés, il n’existait aucune pression sociale abstraite acculant les hommes à être « productifs », au-delà de ce qui était nécessaire à la reproduction de la vie sociale. À plus forte raison, il n’existait aucune « éthique du travail », « conscience professionnelle », « culture d’entreprise », normes inhérentes au mode de production capitaliste fondé sur le culte de la performance, de la compétitivité et de la rentabilité.
Dans les sociétés prémodernes, la marchandise ne représentait qu’une forme marginale permettant de faciliter l’échange des surplus entre les communautés. Dans les sociétés modernes, en revanche, la marchandise est devenue la centralité de la vie sociale, de sorte que l’accumulation de valeur d’échange sur le marché, sous forme d’argent, a réduit la production a un pur « processus de développement quantitatif ». En d’autres termes, la forme-marchandise privilégie la réalisation des valeurs d’échange au détriment de la satisfaction des besoins qualitatifs de la communauté humaine, car son mode d’être concret est justement l’abstraction.
Ainsi, le travail, au sein du mode de production capitaliste, n’est pas essentiellement une activité répondant à des considérations d’ordre qualitatif, mais bien plutôt un processus d’abstraction sociale oppressive dans lequel le travail humain est transfiguré en travail-marchandise, en salariat, qui est à son tour transformé en sa forme morte, quantifiée, la marchandise.
Indéniablement, la caractéristique essentielle du travail sous le capitalisme est d’être une dépense indifférenciée d’énergie humaine.
Ce type d’abstraction de l’activité humaine, impulsée avec l’émergence du travail salarié, trouve sa pleine réalisation avec son incarnation dans une sphère distincte de la vie sociale.
De fait, au sein du capitalisme, le travail est dissocié de la vie sociale. Il est enfermé dans la sphère économique accaparée et dominée par la classe détentrice des moyens de production.
Le travail pourrait aussi être qualifié d’aliéné car il est un « travail forcé », opéré dans des conditions hiérarchiques d’exploitation fondées sur les relations de propriété privée.
Au reste, autre spécificité inhérente au mode de production dominant : le capitalisme a érigé le travail en socle de l’identité sociale de tout individu. La centralité du travail, érigée en unique identité sociale, a contribué à rendre la valeur travail en norme sociale essentielle de l’existence. Sans travail, pas d’identité sociale. La bourgeoisie est de ce fait la première classe qui a fait du travail, ou du moins de son exploitation, le centre de sa « culture », de sa « vie quotidienne », parce qu’elle identifie son propre développement avec celui du processus de travail.
En effet, si les anciennes classes dominantes de l’époque féodale et antique avaient employé le « temps historique » sans impacter l’économie, la bourgeoisie, qui a fait de l’essor de la production de marchandises sa principale activité, a réinvesti le temps qu’elle a exproprié dans la base économique. Même le temps libre, le temps de loisirs, est phagocyté par la marchandisation des rapports sociaux. Désormais, le temps libre, accordé avec parcimonie (dans certains pays il ne dépasse pas deux semaines de congés annuels), n’existe que comme prolongement de l’activité économique, un moment d’investissement lucratif pour les capitalistes activant dans les secteurs des loisirs.
La société capitaliste vante les mérites de la civilisation du loisir, selon la célèbre formule éponyme du livre de Joffre Dumazedier, paru au début des années 1960, en pleine période des Trente Glorieuses (devenues Éternelles piteuses depuis le milieu des années 1970, date de l’entrée du capitalisme dans la crise économique systémique).
Le travail n’a été dévolu qu’aux seuls esclaves, serfs et prolétaires
La société capitaliste encense les 4 semaines de congés annuels octroyés aux esclaves salariés. Or, sous l’ancien Régime, à l’époque féodale, les lois de l’Église garantissaient au travailleur plus de quatre-vingt-dix jours de repos. Mieux : à l’époque de l’Antiquité, à Rome, le nombre de jours fériés pouvait atteindre le chiffre faramineux de 175 par an, sans parler de fêtes extraordinaires. Qui a dit que les classes dominantes de l’Antiquité et du Moyen-âge étaient plus barbares avec leurs sujets dominés que nos classes exploiteuses capitalistes contemporaines ?
Autre modalité inhérente au capitalisme pleinement développé, fondé sur l’anarchie de la production : les êtres humains, même leur gouvernement, ne décident pas à l’avance de ce qu’ils vont produire ni dans quelles conditions. Dans le capitalisme, ce sont des producteurs individuels – particuliers ou entreprises – qui produisent frénétiquement des marchandises pour des marchés anonymes dans des conditions de concurrence anarchique totale. C’est le règne de la production pour la production, destinée à une consommation solvable hypothétique et volatile.
De la résulte les crises de surproduction permanentes. La société pourvue d’une solvabilité anémique ne peut absorber l’immense production de marchandises déversées abondamment sur le marché par des capitalistes assoiffés de profits, mais jamais soucieux de la satisfaction des besoins essentiels de l’humanité.
Autre caractéristique du capitalisme : la division du travail entre un travail intellectuel de gestion contrôlant et conservant une vue d’ensemble de l’appareil de production, et un travail manuel identifié a une pure exécution. Ne jamais perdre de vue que le travail intellectuel du dirigeant consiste à gérer le travail manuel des esclaves salariés. La domination du corps social par la sphère intellectuelle est une domination de classe. Le travail intellectuel est le privilège social qui accorde au dirigeant son pouvoir de domination. Elle lui octroie cette prérogative de gouverner les travailleurs manuels condamnés à l’esclavage salarié.
Ironie de l’histoire, selon la bourgeoisie, le travail est la condition nécessaire de la liberté. Pourtant, le travail n’a été paradoxalement dévolu qu’aux seuls prolétaires pour être accompli.
Le travail rend libre, proclame la bourgeoisie. Néanmoins, la bourgeoisie, elle, s’est emparée de la seule liberté, en exploitant le travail des prolétaires. La liberté du bourgeois consiste à ôter aux autres leur liberté (d’exister socialement, de s’organiser politiquement, de s’autogérer économiquement : moyens concentrés par la classe dominante).
Cette même bourgeoisie a naturalisé le travail. Elle s’est ingéniée à présenter le travail comme une nécessité naturelle.
Afin de pérenniser sa domination et légitimer l’ordre social hiérarchique, la bourgeoisie a délibérément entretenu la confusion autour du concept de travail. Y compris Karl Marx s’est fourvoyé dans cette entreprise de naturalisation du travail, puisqu’il affirme que le travail est «l’essence de l’homme». En effet pour Marx, «le travail est le moyen d’expression créatif de l’homme, à travers lequel la nature humaine se réalise». Cette vision chimérique du travail est, en tout cas, en totale contradiction avec la réalité du vécu quotidien des ouvriers dans les entreprises. Pour les ouvriers, du fait de la pénibilité du travail, de l’accomplissement de tâches répétitives et abrutissantes, le travail est plutôt une source d’aliénation que d’émancipation, d’atrophie des facultés de l’ouvrier plutôt que de réalisation de son être. Au sein du capitalisme, l’ouvrier demeure un simple maillon interchangeable et anonyme, privé des moyens de production et des produits de son travail.
Pour nuancer le propos de Marx affirmant que le travail est l’essence de l’homme, il est vrai qu’il a également souligné que le travail au sein du capitalisme se caractérise par l’aliénation du travailleur. Dans Ecrits philosophiques, Marx note que «L’aliénation du travailleur dans son objet s’exprime en vertu des lois économiques de la façon suivante : plus le travailleur produit, moins il a à consommer ; plus il crée de valeurs, plus il devient sans valeurs, plus il devient indigne ; plus son produit a de formes, plus le travailleur devient difforme ; plus son objet est civilisé, plus le travailleur devient barbare ; plus le travail est puissant, plus le travailleur devient impuissant ; plus le travail est riche d’intelligence, plus le travailleur en est privé et devient esclave de la nature».
Le terme travail vient du latin tripalium et signifie « instrument de torture »
En réalité, le travail n’est que la forme sous laquelle le capitalisme façonne l’activité humaine. En effet, on confond activité humaine et travail.
Or, il faut distinguer ces deux notions. Si l’activité humaine a toujours existé pour permettre à l’être humain de se nourrir et de se perpétuer, le travail, lui, n’est que la forme spécifique que lui a imprimée le capital pour se valoriser.
Au reste, comme on l’a indiqué précédemment, le vocable travail est né à l’époque de l’éclosion du capitalisme. Étymologiquement, le terme travail vient du latin tripalium et signifie « instrument de torture ». Le mot est composé de « tri » (trois) et de « palus » (pieu), trois pieux ; il était surtout utilisé pour dompter les esclaves jugés trop paresseux, et aussi comme joug pour immobiliser les animaux. Au XIIe siècle, l’idée de souffrance était inhérente au concept du travail ; le sens de travail devient plus moderne, signifiant celui qui tourmente. Le mot travailler évoque aussitôt l’image de l’homme comme animal devant trimer comme une bête de somme pour vivre, souvent sous le joug d’un patron.
En revanche, le mot œuvrer, tiré du terme « œuvre », renvoie à l’idée de l’homme fabricant, qui fabrique (librement son œuvre – ce qui le distingue de l’animal qui, lui, travaille quand il a été dompté par l’homme -) consciencieusement son existence.
Mais pour œuvrer il faut pouvoir disposer librement de son œuvre, ce qui n’est jamais le cas du travail (salarié) dont le produit revient intégralement au détenteur des moyens de production, autrement dit le capitaliste détenteur de l’argent.
En effet, être actif est autre chose que travailler, notamment dans le système capitaliste. Dans certaines sociétés fondées sur une autre forme d’économie, l’activité se faisait non en fonction de l’argent et du marché, mais sous la forme du cadeau, du don, de la contribution, de la création pour soi, pour la vie individuelle et collective d’individus librement associés.
Dans la future société humaine universelle débarrassée du capitalisme, l’homme va œuvrer, au sens noble du terme, mais ne plus travailler au sens animal du terme. Il œuvrera en artisan (de sa vie). Le mot artisan vient de l’italien artigano, dérivé lui-même du latin artis (art).
À l’origine, l’artisan est celui qui met son art au service d’autrui. En outre, comme on l’a souligné plus haut, ce noble mot artisan a la même origine que le terme « artiste ». Les deux mots sont demeurés synonymes jusqu’à la naissance du capitalisme au XVIIème siècle. Par la suite, artiste s’est appliqué à ceux qui utilisent leur art pour la distraction (de la bourgeoisie), tandis qu’artisan a été dégradé, essentiellement lié à l’esprit commercial, mercantile.
Dans le processus de différenciation entre « travail » et « loisir » introduit par le capitalisme, on parle depuis lors d’artisan maçon, d’artisan menuisier, pour marquer l’aspect laborieux du terme, mais d’artiste peintre, artiste musical, pour souligner l’aspect noblement culturel du terme. Artisan renvoie au monde du « travail », tandis qu’artiste réfère à l’univers culturel raffiné. Alors qu’originellement, les deux termes étaient associés, synonymes.
Le travail, exercé au sein du capitalisme, ne sert exclusivement qu’à fabriquer des produits et services en vue de multiplier l’argent, contraignant ainsi des millions de travailleurs à des labeurs inutiles. Dans cette société capitaliste de pacotille, quatre-vingts pour cent de la production est absolument superflue. Inutile. Cette production superfétatoire représente un dramatique gaspillage de temps et d’énergie de l’Humanité, mais aussi un tragique pillage de la richesse naturelle de notre Terre. Dans le capitalisme décadent domine la gadgétisation de la production. Pour assouvir sa soif de profits, assurer sa valorisation, le capital invente chaque jour de nouveaux besoins factices. Inutiles.
Quand humanité laborieuse se résoudra-t-elle à abolir ce marché des esclaves salariés
Pour bénéficier de la consommation frénétique de ces produits factices, la possession de l’argent est indispensable. Et pour posséder cette matière toxique, il faut se résoudre à se déposséder en travaillant, autrement dit se vendre, s’aliéner au double sens du terme. Le travail étant la seule valeur rapportant de l’argent, au capitaliste comme au salarié, comme source respectivement de plus-value et de salaire, l’homme est contraint de vendre sa force de travail pour gagner ce sésame qui ouvre toutes les portes des cavernes d’Ali-Baba de la consommation : l’argent.
Qui plus est, l’esclave-salarié doit toujours travailler plus pour payer à crédit sa vie misérable ; jusqu’à s’épuiser dans le travail, à accepter de subir les pires humiliations. Ainsi, il consent à sacrifier sa vie au travail pour le profit de son patron. Aussi, pour lui rappeler la chance d’avoir un travail grâce à la générosité de son patron, le chômage a été inventé comme épouvantail afin d’effrayer le travailleur de toute inactivité. Car le chômage est vécu comme une déchéance sociale, une désocialisation, la fin de la consommation effrénée à crédit.
Que pourrait-il bien faire sans cette torture qu’est le travail ? Aussitôt, il serait désigné du doigt comme un impie de la société productive, un hérétique du travail, un blasphémateur de la servitude professionnelle.
Et dire que ce genre d’activité aliénante est présenté comme une libération, une chance d’accomplissement social, de réalisation de soi. Quelle dégradation morale. Quelle déchéance sociale. Pourtant, enfermé dans ces bagnes de la production où tout est chronométré, millimétré, délimité, le travailleur est totalement dépossédé de lui-même. Il ne s’appartient plus. Il est l’esclave de son patron, l’exécutant de la machine ou de l’ordinateur.
Quand l’humble humanité laborieuse se résoudra-t-elle à abolir ce marché des esclaves salariés où viennent s’approvisionner les négriers des temps modernes, aujourd’hui marché professionnel banalisé à l’instar de la légendaire foire aux bestiaux ?
Où est la différence entre l’esclave, le serf, le colonisé, le salarié ? Si différence il y a, elle est de degré et non de nature.
Modernité mystificatrice oblige, et imposture démocratique aidant, il est vrai que, à la différence de ses congénères serviles des sociétés de classes des époques antérieures, le salarié a la chance de signer librement son contrat d’asservissement. Quel prodigieux progrès ! L’honneur est sauf : par la grâce du paraphe désormais à la portée de la multitude massivement scolarisée pour les besoins de la production-valorisation- reproduction du système capitaliste.
L’organisation scientifique du travail constitue l’essence même de la dépossession des salariés : à la fois du fruit de leur travail mais aussi de leur temps, sacrifié à la production automatique des marchandises ou des services dont les bénéfices reviennent aux seuls patrons. Assigné à reproduire les mêmes tâches répétitives et rébarbatives « intellectuelles » ou physiques, le salarié-esclave est cantonné à besogner uniquement dans un domaine spécialisé de la production. Sans maîtrise ni vue d’ensemble des autres « process » de fabrication. Cette spécialisation se retrouve à l’échelle de la planète dans le cadre de la division internationale du travail. La conception s’élabore en Occident, la production en Asie, le néant économique et la mort existentielle en Afrique. Pour le bénéfice du dieu-argent mondialisé.
Dans la société algérienne la hâte est considérée comme un manque de savoir-vivre
Songeons que, pour prendre seulement l’exemple de l’Algérie, il y a à peine plus de cinquante ans, toutes les catégories du monde capitaliste (argent, marchandise, salariat, etc.), ces rapports marchands étaient totalement inexistants au sein de la société algérienne. De même qu’ils étaient ignorés dans d’autres pays semi-féodaux, semi-colonisés. Pierre Bourdieu l’a amplement démontré dans ses travaux sociologiques consacrés à l’Algérie. Les pratiques sociales et économiques kabyles offrent un bon exemple de l’absence totale des catégories marchandes capitalistes dans la société kabyle. En effet, en opposition à un modèle de travail capitaliste, Bourdieu a présenté les paysans kabyles (fellahine) comme participant (ou ayant participé) à une économie du don ou « de la bonne foi » dans laquelle le « travail » individuel et collectif (tiwizi) reste extérieur à l’esprit de calcul. Il a démontré que, dans la société kabyle, il n’y a pas de distinction entre « travail » (activité) et loisir. Bourdieu a caractérisé le bouniya – l’homme de la bonne foi « pure » – par son attitude de soumission et de nonchalante indifférence au passage du temps que personne ne songe à perdre, à employer ou à économiser. Dans la société algérienne, la hâte (l’activité mercantile effrénée) est considérée comme un manque de savoir-vivre doublé d’une ambition diabolique. Tout le contraire de la société de l’urgence en cours dans les pays capitalistes modernes. Dans ces sociétés, le temps, c’est de l’argent (Time is money).
Preuve que le capitalisme n’est pas naturel, mais un mode de production historique, spécifique, transitoire, voué à disparaître, avec la formation sociale exploiteuse qui l’a introduit : la bourgeoisie.
Pour une fois, le passé est le meilleur miroir de l’avenir, le meilleur reflet du devenir. N’oublions pas que seule la rétrospection nous permet de tracer la prospective, d’avoir une perspective. Présentement, la mémoire est le miroir de l’avenir.
Pensons qu’il existe encore dans notre vie des séquences sans médiation monétaire, sans argent : dans l’amour, dans l’amitié, dans la sympathie et dans l’entraide. Quotidiennement, nous cultivons encore ces échanges millénaires, sans présenter de facture à notre interlocuteur, à notre prochain.
Qui nous empêche d’élargir ces rapports humains gratuits à toutes les sphères de la société ? La réponse : nous-mêmes. Par notre « servitude volontaire », notre lâcheté, notre pusillanimité, notre frilosité en matière de combativité, nous refusons de nous libérer de nos chaînes, de nos catégories de pensée marchandes, de nos valeurs mercantiles, de notre cupidité, de notre oppression protéiforme. En un mot : de l’esclavage salarié, source de notre aliénation.
Khider MESLOUB

Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2025/11/o-valor-do-trabalho-nao-e-uma-norma.html
Camarade Mesloub, avec déférence, chez Marx, le «travail» comme activité humaine par laquelle l’être humain agit sur la nature pour la transformer et se transformer lui-même constitue un processus créateur, à la fois matériel et spirituel et il se définit par la «lutte des classes» et en aucun cas, par l’étymologie qui, somme toute, n’est que l’expression «terminologique», d’une classe, sur une réalité objective matérielle et spirituelle.
Ainsi, chez Marx:
«[L]e travail est l’essence de l’homme dans la mesure où l’homme se réalise en produisant le monde humain à partir du monde naturel matériel et spirituel que la nature originelle lui a imposé».
L’homme par son «travail» ne se réduit pas à utiliser la nature qui lui est donnée et imposée, il y projette une FINALITÉ CONSCIENTE ( la forme imaginée avant l’acte lui-même).Au delà de l’animal, l’être humain planifie, conçoit, imagine, symbolise et donne un sens à son activité productive à telle enseigne, qu’il en change la destination naturelle, par son «travail»: le cours de l’eau dans la rivière devient énergie au passage de la turbine; le feu dans la forge trempe le fer et le transforme en acier.
«Ce qui distingue l’araignée la plus externe de l’architecte le plus minable, c’est que l’architecte a conçue sa toile dans son esprit avant de l’accomplir» ( Manuscrits de 1844).
Chez Marx, le «travail» est l’acte créatif par lequel l’homme se réalise se comme être générique («Gattungswesen») c’est-à-dire comme être SOCIAL et créateur.
Ontologiquement, le «travail» fait l’homme comme expression de sa nature créatrice;
Socialement, le «travail» unie les hommes entre eux, via l’organisation de la production créative;
Historiquement, le «travail» est le moteur de l’histoire humaine et l’ultime accomplissement de son oeuvre créatrice, seule capable d’assurer sa prospérité et son expansion.
Pour Marx, l’homme n’est pas défini par la pensée (contrairement à l’hégélialisme idéaliste) mais par son activité pratique, matérielle et créatrice:
«L’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé.Elle est l’ensemble des rapports sociaux par lesquels l’homme s’organise et s’élève au-dessus de sa condition animale originale pour accéder à l’humanité et créer les conditions tant matérielles que spirituelles de sa plénitude.»
L’homme s’est arraché à sa condition de bête «sans conscience» par le «travail».Ainsi, d’animal «sans conscience» travaillant à la cueillette, s’est unit à d’autres hommes pour le «travail» de la chasse, développant un «langage» qui créa des «plans» qui devinrent des «idées» desquelles originèrent «la conscience qui n’ait de ces conditions sociales car ce n’est pas la conscience qui crée les conditions sociales mais les conditions sociales qui créent la conscience ».
LE TRAVAIL EST CRÉATEUR et INDISPENSABLE À TOUT CE QUI VIT CAR SANS TRAVAIL POINT DE VIE, TANT POUR L’ABEILLE QUE POUR L’HOMME CAR TOUT CE QUI VIT: NAÎT ET SE BAT JUSQ’À CE QUE MORT S’ENSUIVE.
Marx a démontré que se n’est que sous la société de classes sociales antagonistes que le produit du travail n’appartient pas à celui qui le crée: l’escave travaille pour son propriétaire; le serf pour son seigneur et l’esclave salarié pour son capitaliste, de là origine l’aliénation du travail.
Ainsi, sous le capitalisme, selon Marx, parce que le travailleur ne possède pas ses moyens de production, le produit de son travail, ne lui appartient pas, ce qui en fait «une activité extérieure à lui, une contrainte imposée pour obtenir un salaire d’où naissent 4 formes d’aliénation spécifiques qui l’asservissent et l’aliènent:
1- aliénation du produit qui appartient à son maître;
2- aliénation de l’activité par un travail qui lui est imposé de l’extérieur, le rendant étranger;
3- aliénation de l’essence humaine puisqu’il ne permet plus l’auto-réalisation;
4- aliénation d’autrui puisque les rapports sociaux de production deviennent des rapports marchands dépourvus d’humanité pour n’être que mercantiles et égoïstes.
Marx dans le Capital et les Grundisses, élève cette analyse philosophique des Manuscrits de 1844 et de l’Idéologie allemande, dans la sphère économique et démontre que le «travail» humain est l’unique activité vivante qui crée un surplus de «valeur en biens et de services» entre ses coûts en «valeur de biens et en services» et ses produits «en valeur en biens et en services»: le «travail» est le «saint graal» qui change le plomb en or: le «travail» du travailleur crée plus de biens et de services qu’il n’en consomme, ce qui crée l’excédent de «valeur», la «plus value» (profit), source de la richesse du capitaliste qui se l’approprie comme propriétaire des moyens de production.
Ainsi, le travail salarié produits des objets: valeur d’usage;
le travail salarié abstrait- le temps de travail socialement nécessaire- produit la valeur
d’échange.
Puisque le coût de location par le capitaliste du travailleur salarié (FORCE DE TRAVAIL ou capital variable) + les coûts des intrants: machinerie et matières premières ou capital constant sont inférieurs à la valeur de la marchandise produite = PLUS VALUE (profit) pour le capitaliste ou PROFIT,
Sous le capitalisme alors que le «TRAVAIL» qui constituait la pratique par laquelle l’homme s’était élevé au-dessus de la bête et qui grâce aux rapports de production créé à l’occasion du travail avait acquis sa suprématie sur la nature, ce «travail» émancipateur à l’origine, transposé dans la société divisée en classe se transforme en son contraire et il devient le lieu de son exploitation et de son aliénation.
Avec égard, le camarade Mesloub a tort de déprécier le travail manuel.Moi-même ayant travaillé en usine comme soudeur-monteur sous les ordres des kapos des capitalistes qu’étaient les contremaîtres, j’ai acquis la satisfaction du travail bien fait et je me valorisais grandement de l’excellence qualité de mes soudures indestructibles malgré que la «marchandise» que je créais ne m’appartenait pas et servait au capitaliste à m’asservir en aliénant le produit de mon travail.
Les centaines d’ouvriers qui soudaient autour de moi avaient cette même satisfaction du travail accompli et la même aliénation vis-à-vis du produit de leur travail.
Ce n’est pas parce que la bourgeoisie méprisait notre travail manuel afin de justifier de le sous payer que cela nous a empêché de faire grève pour de meilleur salaire.Qu’on nous refuse le titre d’«artiste» ou d’«artisan» nous indifférait, sans nos soudures industrielles: les camions, les voitures et les remorques que nous assemblions, n’étaient que des morceaux de fers sans valeur, car sans usage.
Vous avez parfaitement raison camarade Mesloub de dénoncer et de condamner ce système capitaliste moribond et mortifère qui aliène les prolétaires, ceux-là même qui par leur «travail» crée toutes les richesses, les dissocient et les opposent à leur propre création, en faisant des ennemis, atrophiant, gaspillant par l’anarchie de la production et paralysant tout développement.
Le système d’exploitation de l’homme par l’homme qu’est le capitalisme est l’ennemi à détruire et non pas le «travail» qui sous une forme ou sous une autre, à un degré ou à un autre, est une nécessité absolue de toutes les formes de la vie sur terre depuis l’amibe unicellulaire jusqu’à l’humain pluricellulaire car tous doivent manger ou être mangé, telle est la loi de la vie.
Rien ne sert de renter dans l’histoire les yeux rivés sur le rétroviseur car on n’entre pas dans la vie «derrière par devant», le passé appartient au passé et jamais ne reviendra, la roue de l’histoire tourne inexorablement vers l’avant: le passé nous apprend que l’avenir est radieux, les chemins qui nous y mènent sont sinueux jusqu’à l’insurrection populaire, puis à la révolution prolétarienne et à l’avènement du communisme.
PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS, LE MONDE VOUS APPARTIENT POUR PEUT QUE VOUS VOUS EN EMPARIEZ PAR LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE.
Le matérialisme dialectique et historique marxiste tel que scientifiquement élaboré par Marx et Engels relativement au «travail humain», le fut en partie à partir de la conception hégélienne pour laquelle:«[L]e travail est la médiation incontournable entre l’homme et le monde formant la conscience et la liberté qui n’est que la compréhension du règne de la nécessité».
Marx et Engels ont remis cette conception du monde sur «ses pieds» et démontré que «cette activité humaine n’est pas qu’«idéelle» mais naît et découle des rapports matériels de production qu’ont organisé les humains depuis la cime des arbres jusqu’à l’espace, en passant par la terre ferme, toujours et encore pour subvenir à ses besoins de subsistance et de reproduction.
Depuis la cueillette et la chasse primitive jusqu’aux complexes industriels modernes, en passant par la terre du paysan, l’atelier de l’artisan, l’église du prêtre et les écrans de cinéma, tout n’est que «travail»: communisme primitif, esclavage, servage, salariat, l’humain s’est toujours employé à se nourrir et se perpétuer pour ne pas mourrir et disparaître.
Comme ils avaient revisité Hegel sur le plan philosophique, Marx et Engels ont revisité Adam Smith et David Ricardo sur le plan économique pour qui «le travail est source de richesse et la valeur du travail déterminée par le temps de travail qui en fixe le prix», occultant par cette généralisation abstraite que sous tous les systèmes d’exploitation de l’homme par l’homme, «le travail» est aliéné à celui qui l’accomplit au profit de celui qui l’exploite par l’appropriation des «moyens de production»: la liberté chez l’esclave; la terre aux paysans et la manufacture aux salariés, toujours pour en extraire la «plus value», cette différence entre le «coût et la valeur», fondement de sa domination perpétuelle.
Ainsi:
«En produisant un monde d’objets, l’homme se prouve comme être générique» ( Marx,«Les Manuscrits de 1844, tome III: «Le travail aliéné»);
«Le travail n’appartient pas au travailleur mais à un autre» ( Ibid, Tome I);
«La valeur de la force de travail et la valeur qu’elle crée sont deux grandeurs différentes.» (Das Kapital, Livre I, chapitre 6);
DANS LA SOCIÉTÉ COMMUNISTE SUPÉRIEURE (…) LA SOCIÉTÉ ÉCRIRA SUR SES DRAPEAUX:
DE CHACUN SELON SES CAPACITÉS ET À CHACUN SELON SES BESOINS» (Critique du Programme de Gotha,1875, I,3).
A LONG TIME AGO IN THE PAST FAR, FAR AWAY…
Avant l’organisation matriarcale, les hommes erraient d’un lieu à l’autre, étrangers au sol qu’ils occupaient.
Les Déesses-Mères, en organisant le travail, divisèrent le sol et le délimitèrent pour les travaux agricoles. Elles donnèrent aux hommes la part de terre qu’ils avaient à cultiver. De là vint le mot « tenancier », qu’on retrouve dans le vieux mot latin « tenere » (tenir ; celui qui a).
Mais le tenancier devait donner une part de ses produits à la Mère, à l’organisatrice, dont le rôle moral, maternel, éducateur, n’était pas producteur des biens matériels nécessaires à la vie. Il fallait donc que l’homme travaillât pour elle et pour les enfants de la collectivité. Il faisait cinq parts du produit de sa terre, en gardant quatre et donnant la cinquième à sa Maîtresse. Le travail que représentent ces quatre parts a eu des appellations restées dans les langues. Ainsi, « arbé », dans les langues celtiques, veut dire « quatre ». De là s’est formé « arbeit » qui, en celtique, signifie « travailler » (en allemand « arbeiten »).
« Arabe » est le nom donné à ceux qui étaient soumis à cette redevance (« arba’a » : « quatre » en arabe).
Arabe ne serait pas un nom de peuple, mais un nom générique désignant celui qui travaille la terre. « Arare » veut dire labourer.
Les Bretons étaient quelquefois appelés « arbi » (hébreu, heber, arabe), « ceux qui travaillent ».
Chez les Celtes, où « Vyer » signifie « quatre », la grange dans laquelle se gardaient ces quatre parts fut appelée « Vyer heim » (« vyer », quatre, « heim », demeure), d’où nous avons fait « ferme ».
Le souvenir du cinquième lot payé à la Maîtresse laisse également des traces dans le mot « five », qui signifie « cinq » et dont on fait « fief ».
Une ferme s’appela « quinta » chez les Ibères. Le grec « pente », cinq, forma le latin « penaere », « payer l’impôt ».
Et, si nous poussons plus loin, nous trouvons que, dans la langue géorgienne, cinq se dit « chuth », qui n’est que le « schot » celtique, « tribut ». En Corée, cinq se dit « tasel », désignant par son nom même la taxe imposée au tenancier.
La personne à qui était payé l’impôt s’appelait « Fron » (« Frau », Dame). La terre de son obédience prit le nom de « Fron-terre », dont nous avons fait « frontière ». L’homme tenancier se fixa sur le sol où il errait auparavant sans s’y intéresser. A partir de ce moment, il contracta des habitudes de permanence, et cela eut un retentissement sur sa vie morale ; ses affections passagères devinrent plus durables quand il demeura dans un même lieu. Mais ce fut aussi le commencement de l’idée de propriété foncière, qui devait avoir un si triste avenir à cause de l’exagération que l’homme met dans tout ce qu’il fait, et à cause aussi de ce manque de jugement qui l’empêche d’apercevoir les causes naturelles des choses, surtout du Droit des Femmes, ce privilège donné à l’autre sexe et dont il ne comprend pas le motif. C’est ainsi qu’avec le temps les hommes commencèrent à trouver bien lourde leur sujétion. Ils travaillaient sur un sol dont ils n’héritaient pas (la fille seule héritait). On vit alors des hommes, plus audacieux que les autres, s’attacher à la Maîtresse et prétendre partager avec elle la redevance des tenanciers.
Alors le cinquième donné fut divisé, et chacune de ses deux moitiés devint un dixième (la Dîme).
C’est ainsi que Joseph, à la cour de Pharaon, régla la taxe du peuple (Genèse, XLI, 24).
Théophile Cailleux dit : « Le cinquième se dédoubla dans la suite, par la séparation des pouvoirs (civil et religieux), ce qui produisit la Dîme. » (Origine celtique de la civilisation de tous les peuples)
Par civil, il faut entendre le pouvoir masculin, et par religieux, le pouvoir féminin.
C’est le commencement du partage de l’autorité entre l’Homme et la Femme.
Par toute la terre, nous trouvons la même organisation.
La loi divine de Manou attribuait à la Déesse-Mère le sixième du revenu. Darius instaura en Perse cette redevance, mais dans des conditions de gouvernement masculin qui font de la Maîtresse un Maître. Quelle différence entre le Maître et la Maîtresse, entre la douceur dans l’assujettissement naturel de l’homme à la Femme et l’assujettissement forcé d’un homme sous le joug brutal d’un autre homme !
Le servage est issu de cet esclavage illégal, imposé par l’homme vainqueur à l’homme plus faible qui, ayant été dépossédé de ses droits de propriété par la force, est obligé de se soumettre à un Maître de terre, un Maître terrien, et se trouve forcé de lui consacrer une partie de son travail, comme l’homme des anciens temps gynécocratiques la consacrait à la Mère commune de la Tribu.
C’est encore ici l’imitation d’une loi légitime devenue illégitime par le changement des sexes.
L’homme doit le produit de son travail à la Femme parce qu’elle est d’une autre nature que lui et parce qu’elle est la Mère qui a enfanté l’humanité, il ne doit rien à un autre homme qui peut travailler comme il travaille.
L’obéissance de l’homme à la Femme est une vertu. L’obéissance de l’homme à un autre homme est une bassesse.
Celui qui, dans l’antiquité, cherchait à se libérer de l’autorité maternelle était flétri, et le mot libertin indique le sens de cette flétrissure.
Les principes qu’on inculquait à l’enfant lui donnaient le respect de l’autorité maternelle, il savait que sa soumission l’ennoblissait.
Le jeune homme était encore le dévoué serviteur de la Dame, et il en était récompensé par des marques d’approbation que sa conscience demandait, par des signes de tendresse que son cœur désirait. Cela mettait dans sa vie l’immense satisfaction du Bien réalisé, en même temps que cela le mettait à l’abri des soucis de la vie matérielle, la Dame pourvoyant à tout, et c’est pour cela qu’elle est la « Providence ». L’homme tenait tout de cette sécurité providentielle.
L’ancienne organisation matriarcale régnait partout, elle avait établi une autorité morale, religieuse et législative, invincible comme tout ce qui est basé sur les lois de la Nature.
« Chaque peuplade avait sa Grande Prêtresse, dit Edouard Grimard ; ces femmes jouaient un rôle plus ou moins semblable à la fameuse Voluspa des Scandinaves, qui, avec une autorité que nul n’eut osé lui contester, dirigeait tout un Collège de Druidesses. Et, tandis que l’homme tremblait devant les manifestations d’un monde inconnu, les femmes, plus hardies, exaltées par leur enthousiasme, prophétisaient sous certains arbres centenaires, considérés comme sacrés. » (Cité dans Les Bibles de Leblois.)
« Chez les Celtes, dit Fabre d’Olivet, les Femmes du suprême sacerdoce exercèrent la première Théocratie. Un Collège de Femmes était chargé de tout régler dans le culte et dans le gouvernement. Les lois données par les Femmes étaient toutes reçues comme des inspirations divines.
« A la tête de chaque Collège de Femmes, car il y en avait dans toutes les contrées, était une Druidesse qui présidait le culte et rendait des oracles ; on la consultait dans les affaires particulières, comme on consultait la Voluspa dans les affaires générales. Leur autorité était très étendue. Leur nom vient de Drud, qui veut dire puissance directrice de laquelle dépendent toutes les autres. Les Druides, que l’on voit à côté des Druidesses, ne faisaient rien, sans prendre leurs avis. Le peuple recevait avec le plus grand respect les ordres et l’enseignement de ces prêtresses, qui exerçaient le pouvoir législatif, mais confiaient à l’homme le pouvoir exécutif. C’est ainsi que la Voluspa nommait un Kank (ou Kang ou King), qui signifia plus tard « roi », qu’on regardait comme le délégué de la Déesse institué par Elle, par sa faveur divine (1). Et le peuple se soumettait sans aucune hésitation à ce chef qu’elle avait nommé et qui était, autant pontife que roi. » (On sait que dans les hiérarchies antiques le Roi devait toujours être un initié ; lorsque certains monarques assumaient ce rôle sans avoir les qualités nécessaires, il s’ensuivait pour les nations toutes sortes de catastrophes)
A cette époque primitive remonte la formation de la langue ; la création de la poésie et de la musique qui étaient appelées « la langue divine ». On dira plus tard « la langue des Dieux » quand on mettra des Dieux à la place des Déesses, mais, à l’origine, les Dieux ne sont pas nés.
« Tel avait été le décret divin que l’homme recevant ses premières impulsions de la Femme tiendrait de l’amour ses premiers développements », dit encore Fabre d’Olivet.
NB : « Personne, dans l’état présent du monde occidental, ne se trouve plus à la place qui lui convient normalement en raison de sa nature propre ; c’est ce qu’on exprime, en disant que les castes n’existent plus, car la caste, entendue dans son vrai sens traditionnel n’est pas autre chose que la nature individuelle elle-même, avec tout l’ensemble des aptitudes spéciales qu’elle comporte et qui prédisposent chaque homme à l’accomplissement de telle ou telle fonction déterminée. », écrit René Guénon, dans son ouvrage « La Crise du Monde Moderne », en son Chapitre VI intitulé « Le chaos social ».
Le désordre social, moral et mental qui règne sur la terre depuis les temps reculés de l’Évolution humaine, les systèmes absurdes qui se sont succédé et les aberrations de tous genres qui ont engendré tant de maux, n’ont qu’une cause : l’interversion des rôles de l’Homme et de la Femme.
Rappelons que la pierre fondamentale de l’ordre social dans l’Inde, c’est la division en castes. La première origine des castes se trouve dans la primitive religion naturelle. Religion signifie « relier », pour se relier, il faut observer les rapports mutuels des êtres différents : masculin et féminin ; violer cette loi en nivelant les sexes que la nature a faits dissemblables, c’est créer le désordre.
On n’aime pas à reconnaître que si musculairement l’homme est le plus fort, moralement la Femme est plus forte que l’homme.
L’homme a la force musculaire, l’action, l’exécution ; à lui la charrue, le champ, l’usine, la mine, l’outil, le navire, l’industrie. A la femme, la connaissance de la Nature et l’application morale de ses lois.
Dans l’état primitif et naturel de l’humanité, nous voyons l’homme se livrer à la chasse, à la pêche, à la construction des habitations, des instruments, à la culture de la terre. Il fait ce que son instinct lui dit de faire et il le fait bien.
La Femme s’occupe de la direction intérieure, de l’administration, de l’éducation des enfants ; elle est Reine au foyer, elle dirige et gouverne, à elle incombe tout ce qui demande du discernement, de la prudence, de la patience, du raisonnement, de la persévérance.
Cette famille primitive représente la première forme de l’Etat.
La dissolution des Etats, c’est-à-dire le désordre, commença quand certains hommes, troublés par le mauvais esprit qui engendre l’orgueil, voulurent mettre leur personnalité au-dessus des autres, s’affranchir des lois établies et dominer les faibles. Cette révolte fut le commencement de l’erreur sociale, c’est-à-dire de l’injustice.
Les hommes des temps anciens se sont groupés pour lutter, non pas contre des dangers physiques, mais contre l’autorité maternelle, contre le droit naturel de la Femme, sur lequel s’était élevé la grande civilisation gynécocratique que l’on appelle symboliquement l’« Âge d’Or ».
Le caractère dominateur de l’homme, en prenant une part plus grande dans la vie sociale, allait créer le despotisme, sous ses formes diverses : l’esclavage ; l’assujettissement de la Femme par le mariage jusque là inconnu ; l’assujettissement de l’homme par la guerre, par la conquête du plus fort. Mais en même temps ce régime nouveau allait affranchir l’homme du travail régulier, car celui qui a des esclaves pour faire sa besogne ne fait plus rien d’utile. Ce qui fait faire cette réflexion à de Charles Joseph de Graves : « Telle est la nature de l’homme qu’il doit être commandé et forcé à faire le bien. » (La république des Champs Elysées, ou monde ancien – Tomes 3)
Dans le premier régime social, le travail était organisé, les femmes étaient honorées, respectées, en possession du droit naturel et de tous les biens qu’il donne ; elles disposaient du travail des membres de la famille qu’elles dirigeaient ; c’étaient elles qui faisaient travailler les hommes tant qu’ils restaient dans le régime légal ; chaque sexe avait le rôle qu’implique ses facultés : aux hommes les gros travaux qui demandent la force musculaire, aux femmes les occupations qui exigent moins de force, mais plus de réflexion.
Et, dans cette première organisation familiale, la femme travaille bien plus que l’homme.
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Il est de nombreuses façons «abstraites» d’aborder le passé et l’avenir du «travail» humain, cette activité incontournable qui s’impose à toute «vie» sur terre pour survivre et se reproduire, mais une seule est résolument révolutionnaire et émancipatrice du travailleur, porteuse d’avenir pour l’humanité et elle fut formulée par Marx et Engels, en conclusion du Manifeste du Parti communiste, en ces termes prémonitoires scientifiques: «[L]a bourgeoisie produit ses propres fossoyeurs»: le prolétariat qui ne possède que sa force de travail à «louer» pour survivre et se reproduire, en s’émancipant de son exploitation capitaliste, émancipera toutes la société.
Ainsi, Marx et Engels, après avoir analysé sous la loupe invincible du matérialisme dialectique et historique le «travail», depuis son origine naturel comme nécessité de la vie de toute chose jusqu’à sa forme la plus complexe et aboutie au sein de la société humaine, passant du communisme primitif, à l’esclavagisme, au servage et à l’esclavage salarié, ils ont pronostiqué que l’avenir du «travail» sera inexorablement le suivant:
1. Sous la DICTATURE DU PROLÉTARIAT:
– la propriété privée des moyens de production ( = financiarisation + fabrication + commercialisation + communication) est ABOLIE et ils deviennent «propriété collective» à travers des organisations de gestions prolétariennes: LE TRAVAIL À CEUX QUI TRAVAILLENT;
– le «travail» reste obligatoire puisqu’il est une nécessité tant objective que subjective pour l’humain;
-le but du «travail» n’est plus de «produire» de la «plus value» accroissant le capital et la richesse des capitalistes mais de satisfaire les besoins des travailleurs eux-mêmes;
– la suppression «manu militari» du capitalisme, de son anarchie et de son gaspillage intrinsèque, engendre un surcroît de biens et services permettant de diversifier les formes du «travail», le transformant de «travail» nécessaire en un «travail» volontaire et partant, «libre»;
A ce stade de l’émancipation prolétarienne des travailleurs et du «travail» correspond la FINALITÉ: DE CHACUN SELON SES CAPACITÉS ET A CHACUN SELON SON MÉRITE.
2- SOUS LE COMMUNISME:
– l’abondance résultant de la collectivisation des moyens de production permet de surpasser la rareté;
– le travail devient une activité libre, créatrice et non contrainte;
– le travail libre devient la mesure de la richesse humaine;
– le «marché» comme forme sociale du partage des «biens et services» devenus «marchandises» dominées par la «valeur d’échange» au préjudice de la «valeur d’usage», disparaît.
( Critique du Programme de Gotha).
«Les COMMUNISTES ne s’abaissent pas à dissimuler leurs vues et leurs projets.ILS déclarent ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social existant.
Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste.
Le prolétariat n’y perd que ses chaînes.
Il a un monde à y gagner.
PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS».
Manifeste du Parti communiste.
En ce temps de crise systémique du capitalisme alors que les capitalistes, leurs estafettes politiques, militaires et idéologiques, la racaille des kapos du capital et leurs maîtres, se déchaînent au nord contre le sud, l’ouest contre l’est, l’occident contre l’orient, pour sauver cet ordre social capitaliste révolu comme ils l’ont déjà fait en 1914 pour «résoudre à leur profit» la crise de 1870; puis en 1939 pour «résoudre à leur profit», celle de 1929, le monde capitaliste se déchaîne pour «résoudre à son profit», la crise de 2008 et des «dettes impayables quelle a engendré», si le prolétariat révolutionnaire n’arrache pas par la force révolutionnaire le couteau thermonucléaire des dents et des mains des capitalistes et de ses laquais, ce sont les «travailleurs» qui disparaîtront de la surface de la terre, non pour le «loisir», le «retour au passé» du «matriarcat» mystifié mais pour le néant cosmique éternel.
QUEL DÉBAT PASSIONNANT.
mERCI À L’AUTEUR DE L’ARTICLE ET AUX COMMENTATEURS
NOUS DÉBATTONS ICI D’IDÉES ET DE CONCEPTS ET NON DE PERSONNALITÉS
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