7 au Front

L’espèce humaine travailleuse – salariée – aliénée – à émanciper

Par Normand Bibeau

Chez Marx, le «travail» comme activité humaine par laquelle l’être humain agit sur la nature pour la transformer et se transformer lui-même constitue un processus créateur, à la fois matériel et spirituel et il se définit par la «lutte des classes» et en aucun cas, par l’étymologie qui, somme toute, n’est que l’expression «terminologique-lexicologique», d’une classe, sur une réalité objective matérielle et spirituelle.

Ainsi, chez Marx:

«[L]e travail est l’essence de l’homme dans la mesure où l’homme se réalise en produisant le monde humain à partir du monde naturel, matériel et spirituel que la nature originelle lui a imposé».

L’homme par son «travail» ne se réduit pas à utiliser la nature qui lui est donnée et imposée, il y projette une FINALITÉ CONSCIENTE (la forme imaginée avant l’acte lui-même). Au-delà de l’animal, l’être humain planifie, conçoit, imagine, symbolise et donne un sens à son activité productive, à telle enseigne, qu’il en change la destination naturelle, par son «travail»: le cours de l’eau dans la rivière devient énergie au passage dans la turbine; le feu dans la forge trempe le fer et le transforme en acier.

«Ce qui distingue l’araignée la plus externe de l’architecte le plus minable, c’est que l’architecte a conçu sa toile dans son esprit avant de l’accomplir» (Manuscrits de 1844).

Chez Marx, le «travail» est l’acte créatif par lequel l’homme se réalise comme être générique («Gattungswesen») c’est-à-dire comme être SOCIAL (collectif) et créateur.

Ontologiquement, le «travail» fait l’homme comme expression de sa nature créatrice;  Socialement, le «travail» unit les hommes entre eux, via l’organisation de la production créative;  Historiquement, le «travail» est le moteur de l’histoire humaine et l’ultime accomplissement de son œuvre créatrice, seule capable d’assurer sa prospérité et son expansion.

Pour Marx, l’homme n’est pas défini par la pensée (contrairement à l’hégélianisme idéaliste), mais par son activité pratique, matérielle et créatrice:

«L’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé.  Elle est l’ensemble des rapports sociaux par lesquels (les hommes et les femmes) s’organisent et s’élèvent au-dessus de sa condition animale originale pour accéder à l’humanité et créer les conditions tant matérielles que spirituelles de leur  plénitude sociale.»

L’homme s’est arraché à sa condition de bête «sans conscience» par le «travail».  Ainsi, d’animal «sans conscience» travaillant à la cueillette, s’est uni à d’autres hommes pour le «travail» de la chasse, développant un «langage» qui créa des «plans» qui devinrent des «idées» desquelles proviennent «la conscience qui n’ait de ces conditions sociales, car ce n’est pas la conscience qui crée les conditions sociales, mais les conditions sociales qui créent la conscience ».


Voir quelques articles sur le concept de travail : La valeur travail n’est pas une norme transhistorique, mais inhérente au capitalisme – les 7 du quebec  et   https://les7duquebec.net/archives/302561   et  Travail productif et travail improductif (Gérard Bad) – les 7 du quebec  et  La productivité du capital diminue parce que La productivité du travail augmente – les 7 du quebec.


LE TRAVAIL EST CRÉATEUR et INDISPENSABLE À TOUT CE QUI VIT CAR SANS TRAVAIL POINT DE VIE, TANT POUR L’ABEILLE QUE POUR L’HOMME CAR TOUT CE QUI VIT: NAÎT ET SE BAT JUSQU’À CE QUE MORT S’ENSUIVE.

Marx a démontré que ce n’est que sous la société de classes sociales antagonistes que le produit du travail n’appartient pas à celui qui le crée: l’esclave travaille pour son propriétaire; le serf pour son seigneur et l’esclave salarié pour son capitaliste bourgeois, de là provient l’aliénation du travail.

Ainsi, sous le capitalisme, selon Marx, parce que le travailleur ne possède pas ses moyens de production, le produit de son travail ne lui appartient pas, ce qui en fait une activité extérieure à lui, une contrainte imposée pour obtenir un salaire d’où naissent 4 formes d’aliénation spécifiques qui l’asservissent et l’aliènent:

1- aliénation du produit qui appartient à son maître;
2- aliénation de l’activité par un travail qui lui est imposé de l’extérieur, le rendant étranger;
3- aliénation de l’essence humaine puisqu’il ne permet plus l’autoréalisation;
4- aliénation d’autrui puisque les rapports sociaux de production deviennent des rapports marchands dépourvus d’humanité pour n’être que mercantiles et égoïstes.

Marx dans  Le Capital et les Grundisses, élève cette analyse philosophique des Manuscrits de 1844 et de l’Idéologie allemande, dans la sphère économique et démontre que le «travail» humain est l’unique activité vivante qui crée un surplus de «valeur en biens et en services» entre ses coûts et ses produits «en valeur en biens et en services»: le «travail» est le «saint Graal» qui change le plomb en or,  le «travail» du travailleur crée plus de biens et de services qu’il n’en consomme, ce qui crée l’excédent de «valeur», la «plus value» (profit), source de la richesse du capitaliste qui se l’approprie en tant que propriétaire des moyens de production.

Ainsi, le travail salarié produit des objets: valeur d’usage;  le travail salarié abstrait- le temps de travail socialement nécessaire- produit la valeur d’échange.

Puisque le coût de location par le capitaliste du travailleur salarié (FORCE DE TRAVAIL ou capital variable) + les coûts des intrants: machinerie, énergie et matières premières ou capital constant sont inférieurs à la valeur de la marchandise produite alors il y création de PLUS VALUE pour le capitaliste ou PROFIT.

Sous le mode de production capitaliste (MPC) alors que le «TRAVAIL» qui constituait la pratique par laquelle l’homme s’était élevé au-dessus de la bête- de la nature –  et qui grâce aux rapports de production créée à l’occasion du travail avait acquis sa suprématie sur la nature, ce «travail» émancipateur à l’origine, transposée dans la société divisée en classe se transforme en son contraire et il devient le lieu de son exploitation et de son aliénation.

Ce n’est pas parce que la bourgeoisie méprise le travail manuel afin de justifier de le sous-payer que cela empêche l’ouvrier de faire grève pour de meilleur salaire.  Qu’on  refuse à l’ouvrier le titre d’«artiste» ou d’«artisan» l’indiffère, sans les soudures industrielles qui assemblent les pièces de métal: les camions, les voitures et les remorques ne sont que des morceaux de fers sans valeur, car sans usage.

Vous avez parfaitement raison camarade Mesloub de condamner ce système capitaliste moribond et mortifère qui aliène les prolétaires, ceux-là mêmes qui par leur «travail» crée toutes les richesses (toute la valeur) les dissocient et les opposent à leur propre création, en faisant des ennemis, atrophiant, gaspillant par l’anarchie de la production et paralysant tout développement économique et social et finalement tout progrès idéologique et moral. (Voir ceci:  La valeur travail n’est pas une norme transhistorique, mais inhérente au capitalisme – les 7 du quebec et    https://les7duquebec.net/archives/302561).

Le système d’exploitation de l’homme par l’homme qu’est le capitalisme est l’ennemi à détruire et non pas le «travail» qui sous une forme ou sous une autre, à un degré ou à un autre, est une nécessité absolue de toutes les formes de la vie sur terre depuis l’amibe unicellulaire jusqu’à l’humain pluricellulaire, car tous doivent manger ou être mangés, telle est la loi de la vie.

Rien ne sert de rentrer dans l’histoire les yeux rivés sur le rétroviseur, car on n’entre pas dans la vie «derrière par devant», le passé appartient au passé et jamais ne reviendra, la roue de l’histoire tourne inexorablement vers l’avant: le passé nous apprend que l’avenir est radieux, les chemins qui nous y mènent sont sinueux jusqu’à l’insurrection populaire, puis à la révolution prolétarienne et à l’avènement du communisme.

PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS, LE MONDE VOUS APPARTIENT
POUR PEUT QUE VOUS VOUS EN EMPARIEZ PAR LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE.

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Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une réflexion sur “L’espèce humaine travailleuse – salariée – aliénée – à émanciper

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