7 de garde

La grève comme école de lutte de classe

Par Normand Bibeau

Le camarade Gori du «Bureau de correspondance du Forum italien des communistes», je le crains, confond la proie pour son ombre en pesant et sous-pesant, les avantages et les désavantages des «grèves générales» et de leurs objectifs «salariaux», à travers les programmes «réformistes» des uns et des autres: CGIL, UIL, CISL et autres officines «syndicales ouvrières» légalisées à la «tête » des travailleurs.

Lénine dans «Les grèves de 1895», puis dans «Sur les grèves ouvrières» (1896-1899) et «La grève politique de masse» (1905) écrivait: que les «grèves» sont: «l’école de la guerre» de la classe ouvrière qui révèlent les antagonismes fondamentaux entre ouvriers et capitalistes, la solidarité ouvrière et la nature répressive intrinsèque du capitalisme comme le prouve leur répression policière et judiciaire, l’adoption de lois de retour forcé au travail et les peines d’amendes et de prisons exorbitantes qui les assortissent.

Ainsi, «La grève est l’école de la guerre, et non la guerre elle-même; elle prépare les ouvriers à la lutte qui décidera de leur émancipation» («Les grèves russes»,1899).

Dans «Que faire?», il ajoutait que les grèves développent la solidarité, apprennent l’organisation et lorsqu’elles sont «générales et politiques», elles sont un moyen de passer de l’agitation économique à l’insurrection populaire et, que «la grève politique de masse est une forme supérieure de la lutte» (1902).

Lénine y ajoutait: «La conscience politique ne peut être apportée à l’ouvrier que de l’extérieur de la lutte économique. Sans cela, le mouvement ouvrier ne sera jamais que trade-unioniste. (…) Le spontané n’est que la forme embryonnaire du conscient. Le rôle du parti est de transformer la spontanéité en conscience.»

Dans «Deux tactiques de la social-démocratie» (1905), il insistait sur la possibilité de combiner: «la grève aux Soviets pour déclencher des insurrections populaires pouvant même mener jusqu’à la révolution dans certaines conditions».

Il y ajoutait: «La grève politique de masse est l’un des moyens les plus puissants d’ébranler l’autocratie, mais elle ne saurait remplacer l’insurrection armée

Il a écrit que la «manifestation du «Dimanche Sanglant/ Dimanche Rouge» de 1905, menée par un pope et l’Assemblée des ouvriers de St-Petersbourg, derrière des îcones et des photos du tsar, en révélant la vraie nature du tsarisme féodal par son massacre des manifestants pacifiques (entre 200 et 1000 morts) a contribué de manière significative à la révolution de 1905, «répétition générale de celle de 1917.»

Dans «L’État et la révolution» (1917), il poursuivit que la résistance à la guerre impérialiste devait être menée par des grèves générales politiques enrayant la production de guerre et favorisant le renversement du système capitaliste.

Dès lors, il est sans importance d’évaluer l’intérêt «salarial» des grèves en elle-même pour en apprécier le caractère éminemment insurrectionnel, peut importe leurs programmes réformistes et leurs objectifs salariaux galvaudés par les bureaucrates syndicaux et les réformistes politiques.

Lénine écrivit dans «La maladie infantile du communisme (le gauchisme)» (1920) que les communistes doivent travailler dans les syndicats réformistes :«parce que les syndicats regroupent les couches les plus larges des travailleurs et ne peuvent être remplacés».

Il y ajoutait: «Les syndicats sont l’organisation de masse indispensable du prolétariat.Renoncer à y travailler, sous prétexte qu’ils sont dominés par les opportunistes, serait un non-sens.»

Au sein de ces syndicats, les prolétaires révolutionnaires ne doivent pas en prendre la direction réformiste et se concentrer sur l’organisation physique des grèves, la résistance à la répression inévitable, le travail de mobilisation et expliquer inlassablement aux ouvriers que ces luttes salariales incessantes sont la conséquence du capitalisme et que sous le socialisme ces guerres seraient inutiles mais qu’en attendant, ils les organisent loyalement, concrètement, professionnellement et consciencieusement pour en faire les meilleures écoles de la solidarité ouvrière possible.

Les militants prolétariens refusent de négocier avec leurs ennemis de classe, les employeurs. Ils refusent tous les postes de collaboration avec l’employeur et n’occupent que des postes d’organisation des grèves et de mobilisation afin de s’éduquer et d’éduquer les ouvriers dans la lutte gréviste, préambule à la révolution prolétarienne.

Marx dans les années 1860, a combattu les anarchistes (Bakounine) qui proclamaient que «la grève générale était l’outil révolutionnaire ultime» qui conduirait à la révolution. Pour Marx, les grèves pouvaient accompagner le mouvement révolutionnaire mais ne pouvait le remplacer car la lutte économique (syndicats) ne pourra jamais suppléer à la lutte politique (parti communiste) et à la remplacer pour le renversement du capitalisme et la conquête du pouvoir politique.

Il écrivait dans une Adresse inaugurale de l’Association Internationale des Travailleurs (1864):

«Les grèves ne sont pas seulement les conséquences inévitables du système capitaliste; elles sont à leurs tour, des écoles de guerre où les ouvriers se forment, s’organisent et se préparent à la grande lutte qui décidera de leur sort.»

«Les syndicats agissent utilement comme centres de résistance aux empiètements du capital.Ils ne doivent pas se limiter à une simple guérilla contre les effets du système existant, mais s’efforcer de changer le lui-même.» ( Salaire, prix et profit, 1865).

«La lutte des classes est d’abord une lutte économique, mais elle doit nécessairement devenir une lutte politique.» (Lettre à Bolte,1871).

Rosa Luxembourg dans son ouvrage: «La grève de masse, le parti et les syndicats» (1906) écrivait:

«La grève générale naît des contradictions économiques, des luttes locales, puis généralisée» et elle «crée la conscience révolutionnaire qui naît dans l’action, pas en dehors de l’action».

Comme la révolution est un «processus vivant», organique et non mécanique, les «masses» sont capables de créativité révolutionnaire dont émergent les soviets et la direction révolutionnaire spontanément à partir de la grève générale, d’où que Rosa Luxembourg accusait Lénine d’«étouffer l’initiative populaire révolutionnaire» par la direction autoritaire du parti.

Elle y ajoutait:

«La grève générale de masse n’est pas inventée par les théoriciens du socialisme.Elle est un phénomène historique résultant du cours naturel des choses (…) La révolution ne se laisse pas enseigner.Elle naît d’elle-même, avec une logique qui lui est propre (…) L’erreur fondamentale de la théorie de Lénine est qu’elle s’oppose à l’initiative spontanée des masses (…) La multiplicité des formes de grève de masse ne peut être dissociée a priori; elle jaillit du mouvement lui-même et de la créativité historique du prolétariat. (…) Le parti ne peut ni ordonner ni empêcher la grève de masse ; il doit seulement éclairer, expliquer, guider.»

Malheureusement pour le mouvement prolétarien, Rosa Luxembourg fut assassinée par les nazis et la révolution spartakiste qu’elle avait initiée fut noyée dans le sang par les hordes nazies qui prirent le pouvoir et mobilisèrent les masses «populaires» jusqu’à la 2e  Guerre mondiale.

Lénine, pour sa part, conduisit le prolétariat russe puis soviétique, à la révolution d’octobre 1917 et à la victoire sur les 14 puissances impérialistes, les menchéviques et les tsaristes en 1923.  S’il suffisait de juger en fonction des résultats, la supériorité de la théorie léniniste serait totalement avéré.

Tous les révolutionnaires communistes doivent soutenir toutes les grèves: partielles, locales, régionales et générales que les ouvriers organisent contre les capitalistes et les pertes de salaires que leurs infligent les capitalistes sont un mince tribut pour l’opportunité d’apprentissage de la révolution que cela leurs procurent.

Que les réformistes syndicaux renégats projettent de trahir les ouvriers ne doit jamais empêcher les révolutionnaires communistes prolétariens de servir les ouvriers en toutes circonstances et ils ne doivent jamais se comporter comme ces «pseudos-révotutionnaires» qui du «bas» de la montagne observent à l’aide d’un télescope, les authentiques révolutionnaires qui la gravissent au péril de leur vie, en critiquant qu’eux «étaient contre cette ascension dès le début: nous avions proposé un plan plus sûr, plus lent…» ( Lénine, Notes of a publicist, 1922).

S’il est vrai que le prolétariat a une capacité créatrice inouïe, la science de la révolution, le matérialisme dialectique et historique, le marxisme, ne naissent pas de la réflexion spontanéité des masses; ce ne sont pas des «idées allégoriques innées qui flottent à l’envers dans une caverne en attendant d’en sortir pour pénétrer l’esprit humain comme des langues de feu pentecôtistes»; ils sont l’aboutissement de la science, de l’étude et de la réflexion de milliers d’années d’histoire; la quintessence de l’histoire de l’humanité et sont apportés au prolétariat par son parti révolutionnaire prolétarien qu’il reconnaît et auquel il adhère, voilà en quoi consiste le rôle du parti: amener la théorie révolutionnaire au prolétariat pour qu’il fasse la révolution prolétarienne communiste et se libère de ses chaînes et y gagne un monde.

Le camarade Gori devrait se souvenir des précieux enseignements fournis par Marx, Lénine et Rosa Luxembourg et appeler tous les prolétaires à aller à l’école de la guerre de classe qui se tiendront les 28 novembre et 12 décembre 2025 dans les rues d’Italie.

 

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

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