7 au Front

Débats sur les Thèses programmatiques pour la Révolution prolétarienne (Bibeau)

Par Normand Bibeau.

Voici une première contribution du webmagazine international «Les7duquebec.net» aux débats sur les Thèses programmatiques pour la Révolution prolétarienne à venir et dont vous trouverez quelques contributions de camarades prolétariens internationalistes dans les articles ci-après:  Débats sur les Thèses programmatiques pour la Révolution prolétarienne internationale – 1 (GIGC) – les 7 du quebec  et  https://les7duquebec.net/archives/302678 et https://les7duquebec.net/archives/302727 et  Les conditions de l’insurrection populaire (N. Bibeau) – les 7 du quebec  et https://les7duquebec.net/archives/302727  et 


«THE PROOF OF THE EATING IS IN THE EATING». «LA PREUVE DU PUDDING EST QU’ON LE MANGE» (F. Engels)

Écrivait F. Engels dans l’«Anti-Düring» (1878, part III, Socialism; Chapter III, theory), principe scientifique, matérialiste dialectique et historique, qui signifie que:

1- la valeur d’une théorie ( ou d’un programme) ne repose pas que sur sa cohérence abstraite,

2- mais sur sa capacité à transformer, objectivement et subjectivement, la réalité,

3- en produisant les résultats escomptés, vérifiés dans la praxis transformatrice révolutionnaire prolétarienne de la lutte des classes.

Ainsi, Engels opposait l’expérimentation scientifique prolétarienne, le «creuset de la pratique révolutionnaire», aux spéculations scolastiques, apparemment savantes, mais «purement spéculatives et idéalistes» et dans le vide, de Dūring.

Engels reprit une formule proche, sans être identique, dans «Ludwick Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande» (1886) en ces termes: « As the saying goes, the proof of the pudding is in the eating», toujours pour démontrer que la validité d’une théorie philosophique comme d’un programme politique, au demeurant, se prouve par sa capacité à transformer le monde conformément à son diagnostic et à son pronostic révolutionnaire, consécration que la philosophie doit être une science du réel, non une «Allégorie dans une caverne».

Engels reprit cette formulation parlante dans une lettre de sa «Correspondance» en anglais en ces termes: « Well, the proof of the pudding is in the eating» (1880), toujours pour exprimer qu’une position théorique ou politique sera jugée par son efficacité révolutionnaire prolétarienne pratique.

Engels démontrait que les doctrines, tout comme les programmes politiques, ne peuvent être évaluées dans l’abstraction, mais dans la lutte des classes réelles, le mouvement ouvrier, le développement historique concret, la transformation révolutionnaire du monde. Il ne saurait suffire d’«interpréter le monde», il nous faut le «transformer».

«Une théorie doit être mise à l’épreuve de la réalité historique, c’est l’action révolutionnaire de classe qui en donne la preuve».

Marx à proprement parlé n’a jamais utilisé ce proverbe percutant pour traduire cette réalité scientifique matérialiste dialectique et historique, il a plutôt employé des formulations plus académiques mais aux effets  identiques.

Marx a ainsi écrit, en 1845, dans la 2e  thèse sur Feuerbach: «La question de savoir si la pensée humaine peut atteindre une vérité objective n’est pas qu’une question théorique, mais une question pratique (…) C’est dans la pratique que l’homme doit prouver la vérité.»

Il en va de la philosophie, de la politique, de l’économie comme de toute autre science – y compris physique: la roue tourne-t-elle et fait-elle avancer le carrosse; la turbine produit-elle de l’électricité qui active le filament produisant la lumière et la chaleur; le feu allume-t-il la mèche qui fait exploser la dynamite; la philosophie conduit-elle l’homme à la compréhension du monde; le programme politique conduit-il au pouvoir; l’économie nourrit-elle le monde?  Seule l’expérimentation scientifique, l’équivalant de la «praxis» pour les marxistes, fournit les réponses, sans elle, il n’y a pas de science que des spéculations futiles et stériles.

Ce «test» scientifique fut aussi exprimé, en d’autres termes, par Marx lorsqu’il a écrit: «[L]es philosophes à ce jour non fait qu’interpréter le monde de différentes façons, mais ce dont il s’agit ici c’est de le transformer.»

En conclusion, ce proverbe vernaculaire employé par Engels illustre concrètement et d’une manière compréhensible pour les révolutionnaires, loin des théories ronflantes et des phraséologies pompeuses et prétentieuses:

  • Qu’une réalisation matérielle (non seulement idéelle) de l’homme: le pudding,
  • soumit au test pratique du réel d’être mangé (la praxis) par l’homme lui-même,
  • reçoit son verdict humain, il est bon, nourrissant et conforme à l’idée que l’homme s’en était fait.

Ainsi, en aucun cas, ce proverbe populaire, ne peut être réduit à un simple commentaire anecdotique, au contraire, il est didactique et profondément matérialiste dialectique et historique.

Le «pudding» est au cuisinier, ce que le «plan» était à l’architecte et pour paraphraser Marx dans les Manuscrits de 1844 où ce qui distingue «l’abeille la plus experte de l’architecte le plus médiocre, c’est qu’il avait conçu son plan dans sa tête avant de l’exécuter contrairement à l’abeille».  Ici, le cuisinier a conçu son «pudding» dans sa tête avant de l’exécuter et le manger.

Plusieurs successeurs de Marx et d’Engels ont repris la notion marxiste de «praxis» et en lisant la lettre des camarades du Groupe Barberia de janvier 2025, j’ai cru y déceler une version à la Gramsci de la «praxis», ce qu’il appelle souvent de «filosofia della praxis» dans ses Cahiers et qu’il décrit comme «philosophie de l’action politique», «stratégie politique intégrale» en vue de créer une «praxis» révolutionnaire culturelle, éducative, idéologique et non seulement matérielle.

Ainsi, Gramsci préconise «l’organisation des idées et la formation de la conscience afin de créer une volonté collective révolutionnaire», faisant des «intellectuels prolétariens» des acteurs majeurs de la «praxis comme conscience organisée» pour devenir un processus politique par lequel les révolutionnaires communistes seront «les éducateurs, les instructeurs et les guides» du prolétariat insurgés et les assisteront dans leur révolution créative spontanée.

Dans cette mesure, les camarades semblent adopter la conception de la «praxis» développée par Rosa Luxembourg dans ses ouvrages: «Grève de masses, parti et syndicats» (1906) et «Réforme sociale ou Révolution» (1899) où elle expose que:

«[L] a praxis révolutionnaire est l’action autonome, créatrice, spontanée et de masse du prolétariat dans laquelle le parti et les syndicats doivent s’insérer et non l’inverse»;

– la grève générale (source de la praxis révolutionnaire, NDÉ) n’est pas une technique décidée par un parti, ni un mot d’ordre bureaucratique, mais «la forme vivante du mouvement lui-même» (Grève de masse, parti et syndicats);

– Les masses dans leur lutte réelle inventent spontanément des formes nouvelles d’organisations et de luttes de classe: grèves économiques – revendications immédiates – grèves politiques – affrontements avec l’État – comités de grève – embryons d’organes de pouvoir – Soviets des ouvriers – insurrection armée – etc.

– La praxis révolutionnaire n’est jamais programmée à l’avance, elle surgit d’en bas, des contradictions sociales;

– La spontanéité engendre l’organisation, et l’organisation nourrit la spontanéité;

– La praxis est un processus dialectique vivant, non un processus mécanique.

Rosa Luxembourg appuie ses conclusions sur la «praxis» à la lumière de son analyse de la Révolution russe de 1905, une révolution essentiellement capitaliste qui n’avait pour finalité que de renverser un régime politique féodale absolu (totalitaire et réactionnaire) et d’instaurer la dictature de la bourgeoisie russe sur les masses paysannes russes et sur le prolétariat russe embryonnaire et  en aucun cas d’instaurer le communisme.

Voir notre article: https://les7duquebec.net/archives/296348 et DE L’INSURRECTION POPULAIRE À LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE – les 7 du quebec

Dans ses critiques de la Révolution d’Octobre 1917 (1918-1919), quelques années avant son assassinat par les nazis hitlériens en 1919, Rosa Luxembourg a soutenu que: «Sans élections générales, sans liberté illimitée de presse et de réunion, la vie meurt dans toutes les institutions publiques (…) La dictature du prolétariat ne peut exister que comme un processus démocratique de masse (…) Dans la révolution, la pratique précède la théorie».

En résumé, chez Rosa Luxembourg: «La ‘praxis’ révolutionnaire est le mouvement auto-organisé, spontané, démocratique, et créateur des MASSES, dans lequel organisations de masse, partis et syndicats doivent s’inscrire au lieu de le diriger d’en haut».

Dès lors, que Rosa Luxembourg traite des «masses» plutôt que du prolétariat, elle s’éloigne du marxisme, car pour le marxisme: les «masses» n’existent pas ailleurs que dans l’idéologie interclassiste bourgeoise où une prétendue «union» des petits bourgeois réformistes, des «chefs syndicaux» renégats, des lumpenprolétaires désespérés et des ouvriers formant les «MASSES» pourraient «spontanément» et par l’intervention d’un «instinct révolutionnaire» immanent, engendrer le renversement du capitalisme et l’avènement du socialisme scientifique,  la dictature du prolétariat, ce qui n’est, en réalité, qu’une interprétation idéaliste de la conscience prolétarienne, une version des «Allégories de la caverne» platonicienne.

En subordonnant la révolution prolétarienne à des «élections générales, à une liberté illimitée de presse et de réunions», Rosa Luxembourg renie l’enseignement fondamental de Marx à l’effet que: «de tout temps l’idéologie dominante a été celle de la classe dominante» (L’idéologie allemande).

La bourgeoisie qui possède les moyens de production, de commercialisation et de communication domine totalement les fronts idéologique, politique et économique, manipule l’esprit du prolétariat qu’elle matraque à chaque instant et en chaque lieu de ses valeurs égoïstes et prédatrices, tout comme elle manipule les mascarades électorales à sa guise comme l’ont prouvé toutes les élections soi-disant démocratiques bourgeoises depuis l’avènement de la dictature électorale bourgeoise.

Là où les mascarades électorales bidon n’ont pas donné le pouvoir aux estafettes politiques et idéologiques de la bourgeoisie, des «coups d’État», des guerres et des massacres ont renversé les «choix» électoraux des «masses» et remis en «bon» ordre la dictature «électorale» de la bourgeoisie.

Voir l’article sur les mascarades électorales aux États-Unis : https://les7duquebec.net/archives/259062 et La mascarade électorale américaine, édition 2020 (Partie 1) – les 7 du quebec

S’il s’agissait simplement d’appliquer, le «test» scientifique matérialiste dialectique et historique d’Engels à l’effet que «la preuve du pudding c’est qu’on le mange» aux théories de Marx et Engels, de Lénine, de Gramsci, de Rosa Luxembourg, de Staline force serait d’en conclure:

 

  • Marx et Engels ont prouvé la puissance révolutionnaire prémonitoire du matérialisme dialectique et historique à l’occasion de la «praxis» de la Commune de Paris de 1871 et ajouté qu’à moins d’une révolution prolétarienne impliquant activement le prolétariat mondial, une révolution prolétarienne réussie est impossible. De plus, Marx et Engels ont vaincu de manière décisive les philosophies «idéalistes», principalement religieuses, qui depuis périclitent et se décomposent dans les sociétés évoluées pour être remplacées par une parodie pathétique de «philosophie» moyenâgeuse pharaonique terroriste patentée de religieux en robes, portant des turbans ou comme Poutine exhibant des icônes dérisoires de popes venus des poubelles de l’histoire ou Xi, exhibant un Confucius d’outre-tombe et Trump, bras dessus, bras dessous.
  • Lénine a prouvé que la science du marxisme peut servir toutes formes de révolution sociale, incluant les «révolutions» bourgeoises dans une société féodale/capitaliste compradore.
  • Gramsci et Rosa Luxembourg ont prouvé que les «MASSES» populaires, «spontanées, autorégulées», sans direction et encadrement prolétarien communiste scientifique résolu, sont condamnées à sombrer sous la dictature capitaliste fasciste et nazie comme l’a prouvé la prise du pouvoir «populaire» par Mussolini et Hitler et la Seconde Guerre mondiale impérialiste.
  • Staline a prouvé que le «capitalisme monopoliste d’État» associé aux capitalistes «mondiaux» est supérieur au capitalisme de marché traditionnel comme l’a démontré sa victoire sur le fascisme, le nazisme et l’alliance de toutes les puissances collaborationnistes européennes à l’occasion de la 2e Guerre mondiale et que sont à le prouver, à nouveau, ses rejetons «idéologiques» capitalistes bourgeois.
  • Mao Tsé Toung a prouvé que le «marxisme» à la sauce «idéaliste confucéenne» est supérieur au «féodalisme comprador capitaliste» et est le seul système idéologique capable de mener à bien une révolution bourgeoise dans un pays féodal non industrialisé.

Ce dont il s’agit maintenant, c’est de soumettre au «creuset de la praxis révolutionnaire communiste prolétarienne» le programme des camarades du Groupe Barbaria, un devoir qui incombe d’abord aux camarades italiens eux-mêmes, car l’ennemi de classe est d’abord à l’intérieur.

Camarades, recevez l’expression la plus chaleureuse de nos considérations révolutionnaires prolétariennes.

 

PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS, FORMEZ VOS BATAILLONS
ET RENVERSEZ LES CAPITALISTES QUI VOUS EXPLOITENT, VOUS OPPRIMENT
ET VEULENT VOUS TRANSFORMEZ DE CHAIR À PATRONS, EN CHAIR À CANON
POUR PERPÉTUER LEUR PARADIS CAPITALISTE DÉCADENT, DÉGÉNÉRÉ ET GÉNOCIDAIRE.

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une réflexion sur “Débats sur les Thèses programmatiques pour la Révolution prolétarienne (Bibeau)

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