Après l’épouvantail du terrorisme islamiste, un nouveau spectre agite le pouvoir français complice: le narcotrafic
Par Khider Mesloub.
Au début du siècle, les attentats du 11 septembre 2001 ont constitué le prétexte à la mise en œuvre des nouvelles reconfigurations politiques et géostratégiques impulsées par l’hyperpuissance américaine. Sur fond de sidération mondiale suscitée par la psychose généralisée, dès le lendemain des attentats, les autorités américaines ont déployé promptement leur stratégie machiavélique : mobilisation de la population derrière l’état de guerre, renforcement de l’appareil répressif de l’Etat, réaffirmation de la puissance de l’Amérique matérialisée par une politique interventionniste impérialiste tous azimuts, opérée au nom de la «lutte contre le terrorisme islamiste». De fait, immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001, les instances politiques et médiatiques américaines son embrigadées pour enrôler la population dans les entreprises guerrières impérialistes.
Tous les pays stratégiques du tiers-monde étaient susceptibles d’être envahis, toutes les nations économiquement concurrentes, torpillées, toutes les puissances militaires potentiellement rivales, neutralisées. Dans le même temps, au niveau national, en un temps record, l’appareil politique met en œuvre ses plans de durcissement de la machine judiciaire et policière répressive, sa nouvelle législation sécuritaire liberticide. Du jour au lendemain, la crise terroriste sert de stratagème au renforcement du contrôle social au démantèlement des budgets des programmes sociaux.
Tous les fonds sont désormais alloués à l’effort de guerre impérialiste et à la sécurité nationale. La promptitude avec laquelle ces mesures auront été adoptées révèle qu’elles avaient été ficelées depuis longtemps, préparées et planifiées par les cercles restreints opaques américains. Sur le plan international, d’entrée de jeu le dessein réel de la guerre n’est pas tant l’anéantissement du terrorisme islamiste que la réaffirmation de la domination militaire américaine sur tout le globe, implantée au lendemain de l’effondrement du bloc impérialiste rival soviétique.
Durant deux décennies, sous couvert de lutte contre le terrorisme islamiste, les Etats-Unis mèneront plusieurs opérations militaires d’envergure : contre l’Irak, l’Afghanistan, la Serbie, le réseau Al-Qaïda, etc. Dans chacune de ses interventions impérialistes, les Etats-Unis contraindront leurs alliés, telles la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, à s’enrôler sous le drapeau américain ; l’ensemble des pays du monde à se plier au calendrier géostratégique étasunien, à s’incliner devant la volonté de l’Oncle Sam, à se soumettre devant les intérêts de la grande puissance victorieuse de la Guerre froide.
Cependant, avec l’effritement de l’épouvantail terroriste islamiste, devenu inopérant en matière de manipulation idéologique, pour avoir épuisé toutes ses potentialités de dévoiement politique et d’enrégimentement caporalisée, les classes dominantes occidentales se sont résolues à s’octroyer un autre ferment terrorisant pour pérenniser leur gouvernance vacillante. En effet, pour passer à un degré supérieur en matière de gouvernance par la manipulation médiatique et la terreur de la population, exercée dans le cadre du nouvel ordre mondial chaotique menacé d’éclatement sous l’effet de la crise économique et institutionnelle, les gouvernants occidentaux, notamment les États-Unis et la France, ont créé (ou réactivé pour les premiers) un nouvel épouvantail : le narcotrafic, voire narco-terrorisme.
Le narcotrafic est devenu le catalyseur de l’aggiornamento policier, l’instrument de dévoiement de la colère sociale et du bâillonnement de la dissidence, le vecteur de psychose généralisée, orchestrée par les médias inféodés au pouvoir. Le prétexte idéal pour adopter des lois d’exception, instaurer l’état de siège, le couvre-feu, intensifier la surveillance technologique, accroître l’armement des forces de l’ordre.
Comment procèdent les gouvernants américains et français pour créer un climat de psychose lié au trafic de drogue ? D’abord, par l’utilisation d’une rhétorique alarmiste à même de susciter l’effroi et l’émoi parmi la population. Par des campagnes médiatiques toxiques. Par la fabrication de rapports parlementaires catastrophistes propres à être exploités pour accélérer l’adoption de nouvelles lois répressives.
A cet égard, il est utile de rappeler que la première opération de lutte contre le trafic de drogue opérée à des fins politiques et d’offensives contre-insurrectionnelles a été déclenchée par le pouvoir américain au début des années 1970, au lendemain de la publication d’un rapport rédigé par des membres d’une commission gouvernementale.
En effet, à la suite des révoltes urbaines de 1967 qui avaient balayé les États-Unis et, surtout, ébranlé et tétanisé la bourgeoisie blanche américaine, une commission nommée par le président Lyndon B. Johnson publie un rapport en 1968. Le rapporteur, en préambule, décrit de la manière suivante les Afro-américains qui se sont révoltés : « Quant aux émeutiers, ces pillards menaçants et incendiaires dont la violente irruption a précipité cette étude, ils avaient tendance à être, curieusement, quelque peu plus éduqués que les “frères” qui restèrent à l’écart. Dans leur ensemble, les émeutiers étaient de jeunes Noirs, issus du ghetto (pas du Sud), hostiles à la société blanche qui les entourait et les opprimait, et tout aussi hostiles aux Noirs des classes moyennes qui s’accommodaient de cette domination blanche. Les émeutiers n’avaient pas confiance dans la politique des Blancs, ils détestaient la police, ils étaient fiers de leur race, et particulièrement conscients des discriminations dont ils souffraient. Ils étaient et ils sont une bombe à retardement au cœur du pays le plus riche dans l’histoire mondiale… Ils ne s’en iront pas. On ne peut que les opprimer ou leur concéder leur humanité, et ce n’est pas à eux de faire ce choix. Ils ne peuvent le faire que contre nous, et ce sur quoi insiste ce rapport est qu’ils sont déjà en train de le faire et qu’ils ont l’intention de continuer ».
Sans surprise, les autorités américaines blanches racistes n’ont pas « concédé leur humanité » aux populations afro-américaines. Elles ont répondu, depuis lors, par l’amplification de l’oppression et le durcissement de la répression. Et pour justifier et légitimer l’intensification de l’oppression sociale et de la répression policière elles ont décidé de criminaliser les Afro-américains, notamment par le stratagème de «guerre contre la drogue». Le narcotrafic.
En tout cas, les révoltes des jeunes noirs avaient traumatisé la bourgeoisie et la population blanche américaine. Ces dernières avaient pris conscience de quelle puissance subversive et insurrectionnelle disposait la population noire en révolte. Les jeunes noirs désœuvrés et désespérés peuvent constituer une «bombe sociale à retardement».
Insidieusement, depuis lors, les autorités américaines amalgament drogue et crime, consommation et vente, Noirs et drogue, pour justifier le lancement de leur opération de répressions tous azimuts contre les populations afro-américaines.
Or, selon toutes les études sérieuses, contrairement à la propagande raciste répandue par les autorités et les médias américains, les Noirs ne consomment ni ne vendent pas plus de drogue que les Blancs. Comme du reste en France. Mieux : les jeunes blancs américains de la classe moyenne et supérieure consommeraient plus de drogues que les jeunes noirs pauvres. Et pas n’importe quelle drogue : la cocaïne, cette drogue de luxe des Blancs des classes aisées américaines.
Pourtant, les Noirs, majoritairement consommateurs de cannabis (crack), cette drogue du pauvre, ont cinq plus de risque d’atterrir en prison que les Blancs, grands consommateurs d’héroïne, de cocaïne.
En effet, en matière d’infraction aux stupéfiants, aux États-Unis, «pays des droits de l’homme et de l’égalité», une loi fixe des peines minimales obligatoires pour la cocaïne. Il faut 100 fois plus de cocaïne que de crack pour encourir la même peine. Autrement dit, un Blanc appréhendé avec presque 99 fois plus cocaïne qu’un noir arrêté en possession d’un petit bout de crack n’encourt aucune peine d’emprisonnement. Tandis que le noir est sans autre forme de procès incarcéré. Preuve que la lutte anti-drogue n’est pas motivée par des raisons sanitaires mais sécuritaires et discrétionnaires. La « lutte contre la drogue» est la variable d’ajustement de stigmatisation et de neutralisation des populations afro-américaines.
Ironie de l’histoire, aux États-Unis 80% des consommateurs de drogues (cannabis, crack, cocaïne, héroïne) sont Blancs. Pourtant, seuls les 20% des Afro-américains défrayent régulièrement la chronique judiciaire, font les Unes des journaux. Car ils sont les principales cibles des autorités, c’est-à-dire de la police, des tribunaux. Le même phénomène répressif discrétionnaire s’observe également en France où les populations issues de l’immigration maghrébine et subsaharienne sont particulièrement ciblées.
Depuis le début des années 1970, la «guerre contre la drogue» est le prétexte fallacieux invoqué pour justifier le quadrillage des quartiers populaires noirs, l’intimidation et le harcèlement des jeunes, notamment les contrôles policiers permanents, les descentes et rafles policières, les arrestations arbitraires, les assassinats d’afro-américains déguisés en bavures.
C’est de cette façon oppressive et répressive que l’ordre, mis à mal par les révoltes, a été énergiquement et violemment rétabli aux États-Unis au lendemain des révoltes de 1967, et durant les années 1970.
Ainsi que le préconisait le rapport de 1968, l’État et la société blanche américaine pouvaient soit «réprimer, soit concéder son humanité» à la population noire qui s’était révoltée. Du fait de son indécrottable racisme séculaire profondément ancré dans sa mentalité et dans ses institutions, et, surtout, pour n’avoir pas pardonné aux Noirs d’avoir défié et effrayé la population blanche, la société américaine a choisi la seconde option : ne pas «concéder son humanité» aux Noirs. Donc continuer à les réprimer.
Le conseiller de Nixon, John Ehrlichman, expliquera plus tard le choix de cette voie répressive de la manière suivante : «Bon, nous comprenions que nous ne pouvions rendre illégal le fait d’être jeune ou pauvre ou noir aux États-Unis, mais nous pouvions criminaliser leur plaisir commun. Nous savions que la drogue n’était pas le problème de santé publique que nous prétendions, mais c’était un sujet tellement parfait… que nous n’avons pas pu résister.»
Tout est résumé dans ce propos du conseiller de Nixon. La drogue n’est pas un problème de santé publique mais un paravent pour justifier la politique de criminalisation des jeunes et pauvres afro-américains. Non désireuse de rendre illégale la pauvreté des Noirs, la bourgeoisie américaine préfère criminaliser les Noirs. Au lieu de faire la guerre à la pauvreté des Afro-américains, elle livre la guerre aux Afro-américains. Autrement dit, elle les massacre par la pauvreté et par la répression policière, judiciaire et carcérale.
Avec cette politique de criminalisation des Noirs, les autorités américaines officialisent dorénavant le préjugé raciste selon lequel crime et population noire sont synonymes. Sous le prétexte d’enrayer la propagation de la drogue, toute une frange de la population noire est ainsi criminalisée. Pire, progressivement la cible des arrestations pour drogue passe des dealers aux utilisateurs.
Avec cette outrancière criminalisation des populations afro-américaines, il n’est pas étonnant de relever que, en matière d’arrestation et d’incarcération, les Noirs soient surreprésentés. La présence massive des Noirs dans les prisons ne s’explique pas autrement que par le racisme institutionnel, la criminalisation des populations afro-américaines. Depuis cette période on assiste en effet à une forte inflation carcérale. Le taux d’incarcération par habitant a quintuplé entre 1970 et aujourd’hui. Aux États-Unis, on parle d’incarcération de masse de la population, en majorité afro-américaine. Pour une population étasunienne de 333 millions de personnes, 2,3 millions sont emprisonnées ou en probation (plus de 3,5 millions), ou en liberté conditionnelle (près de 900 000).
Pour compléter cet arsenal répressif contre les populations noires, notamment certaines franges accusées de constituer une «entreprise criminelle agissante», le gouvernement américain a voté au des années 1980 des lois permettant la suspension de leurs droits sociaux.
Ainsi, avec ce stratagème de lutte anti-drogue, la bourgeoisie américaine s’active à encadrer les populations afro-américaines pour maintenir l’ordre, pour prévenir toute révolte.
Sous couvert d’endiguer la diffusion de la drogue, toute une partie de la population américaine est criminalisée, quotidiennement victime d’intimidations, de harcèlements, de brimades xénophobes, d’interpellations arbitraires, et de meurtre commis par une police qui «tire d’abord et pose les questions ensuite».
Les États-Unis sont devenus une prison à ciel ouvert pour des millions d’Américains dont «le seul tort» et la seule infraction est d’être noirs.
En France, cette stratégie de guerre sociale, menée sous couvert de lutte anti-drogue, contre les jeunes et les prolétaires musulmans est appliquée par le gouvernement Macron depuis la révolte des quartiers populaires de l’été 2023, consécutivement à l’assassinat de Nahel, jeune d’origine algérienne, abattu à bout portant par un policier.
Au lendemain des révoltes de l’été 2023, j’écrivais dans un article « Une chose est sûre, ce type de révoltes est l’expression du sentiment de détresse sociale causée par la décomposition de la France capitaliste, réduite à investir des milliards pour équiper ses forces de l’ordre afin de pérenniser son système moribond, et non pour équiper ces “forces vives de la nation” en vue de leur assurer un avenir radieux ».
Ces dernières décennies, la France est rythmée par les violences policières et les crimes policiers. Dans cette période de crise multidimensionnelle et de délégitimation gouvernementale, marquée par l’exacerbation de la lutte des classes, l’État français protège et couvre de manière générale les policiers, son dernier rempart. La politique du gouvernement, en matière de répressions, vise, quoi qu’il arrive et quoi qu’il en coûte, l’absolution des violences policières systémiques, illustrée notamment par l’impunité dont bénéficient les policiers, auteurs d’exactions ou d’homicide.
Et en matière de répression policière, l’Etat français, pour gérer ses banlieues et quartiers populaires à dominante immigrée musulmane, recourt fréquemment aux méthodes coloniales israéliennes utilisées contre les Palestiniens dans les territoires occupées. Mais également aux services des structures de sécurité de l’entité sioniste.
Comme le révélait le journal L’humanité dans son édition du 5 juillet 2023, dès le déclenchement des révoltes des quartiers populaires, les autorités françaises, saisies de panique comme un animal tétanisé par les phares d’une voiture qui fonce sur lui, ont faxé un message d’urgence à la commission de police israélienne «pour s’informer sur la façon de gérer la crise à laquelle elle faisait face». Où l’on découvre que la France est une colonie israélienne.
Mandaté par la France, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite israélienne, ministre de la Sécurité nationale, aurait ordonné au directoire des renseignements militaires et des relations extérieures «d’étudier ce qui a conduit aux manifestations et la réaction extrême des manifestants français, quels étaient les ordres de la police, comment elle a agi avant l’événement qui a conduit au soulèvement urbain, et ce qui, pendant l’événement à conduit à de violentes émeutes à travers la France».
En tout cas, les agents des services de sécurités israéliens semblent avoir bien briefé les dirigeants français, en particulier les officiers supérieurs du ministère de l’Intérieur.
S’appuyant sur leurs méthodes de gestion coloniale des territoires occupées de la Palestine et le programme américain de criminalisation des populations afro-américaines sous couvert de lutte anti-drogue, institué depuis plus de 50 ans, comme rapporté plus haut, les agents israéliens ont vendu leurs savoir-faire en matière de guerre psychologique et de répression policière au gouvernement Macron.
Aussitôt initiés et formés à ces deux modes de gouvernance par la guerre psychologique et la terreur policière, les dirigeants français ont mis à exécution leur politique d’intimidation, de harcèlement et de répression des jeunes et des prolétaires musulmans des quartiers populaires.
Sous couvert de lutte contre le narcotrafic, la première opération de répression des quartiers populaires a été lancée le 19 mars 2024 à Marseille. Cette opération, mobilisant des centaines de policiers et de CRS, a été baptisée «place nette XXL». Au vrai, éradication, non pas des trafics de drogue, mais de toute velléité de révolte populaire. Car prétendre éradiquer les trafics de drogue sans s’attaquer aux racines sociales de la décomposition de la société capitaliste (chômage, mal-logement, la misère) est fallacieux.
Cette opération «place nette XXL» contre le narcotrafic s’est poursuivie ensuite les 25 et 26 mars, de Roubaix à l’Ile-de-France. Puis étendue à plusieurs autres villes, notamment Strasbourg.
Bilan des opérations coup de force (farce ?) : en l’espace de quelques semaines ce sont près de 700 personnes qui ont été interpellés à Marseille, Lille, Dijon, Lyon ou dans plusieurs villes d’Île-de-France. Une intensification des contrôles et de la répression policière salués, à l’époque, par le ministre de l’Intérieur Darmanin . Des opérations qui s’apparentent à une véritable chasse à l’homme dans les quartiers populaires à dominante musulmane.
Quartiers populaires ostracisés, stigmatisés. Pire, accusés dorénavant d’être des pépinières du terrorisme islamiste, voire de narco-terrorisme. Preuve. Pour alimenter le brasier islamophobe, déjà amplement enflammé par les médias, le ministre de l’Intérieur n’a pas hésité à se livrer à des amalgames entre trafics de drogue et terrorisme islamiste.
Interrogé sur le passage du plan Vigipirate au niveau «Urgence attentat» après l’attentat du Crocus City Hall de Moscou perpétré le 22 mars 2024, Darmanin a établi un parallèle avec «l’argent sale du trafic de stupéfiants» qui «finance souvent le terrorisme». Évoquant même une «menace endogène». Manière implicite de justifier les opérations «Place nette» par la désignation d’une lutte contre un ennemi intérieur (les jeunes, les prolétaires musulmans ?).
Sous couvert de la «guerre à la drogue», une lutte contre l’ennemi intérieur (le prolétariat) inscrite dorénavant dans le marbre de la loi, à l’instigation de Darmanin, devenu ministre de la Justice. En effet, le 1er avril 2025, les députés français ont adopté la loi dite Narcotrafic. Les dispositions votées constituent une offensive liberticide sans précédent. Sous prétexte de s’attaquer aux formes de criminalité les plus graves, notamment le narcotrafic, les parlementaires français ont voté un texte qui s’attaque brutalement à des droits démocratiques élémentaires, ciblant spécifiquement les quartiers populaires. Cette loi ne se contente pas de renforcer la répression et les moyens de surveillance aux mains de la police, elle prévoit également des mesures visant à contrôler les habitants des quartiers populaires avant l’intervention de la justice.
Au vrai, la loi Narcotrafic sert de prétexte à un durcissement autoritaire contre la jeunesse des quartiers populaires, voué à s’étendre à l’ensemble des dissidents de France qui s’opposent au gouvernement et à sa politique antisociale.
Dans cette période de marche forcée vers la guerre généralisée, de militarisation de la société, de résurgence du fascisme, mais également d’exacerbation de la lutte des classes, la bourgeoisie française, par le biais de son État, mène ainsi une guerre préventive de neutralisation des populations jugées remuantes et dangereuses, accusées par ailleurs de manquer d’engagement patriotique : les jeunes et les prolétaires musulmans.
Refusant de «concéder leur humanité» aux jeunes prolétaires et aux populations de confession musulmane, la bourgeoisie française, pour qui les révoltes de l’été 2023 lui laissent encore un arrière-goût de peur panique au fond de son palais buccal empestant la haine de classe, a décidé, sous couvert de lutte contre le narcotrafic, de désamorcer cette bombe à retardement, incarnée par les indomptables et rebelles jeunes et les fières et indociles populations paupérisées d’origine immigrée, majoritairement de confession musulmane.
Mais, au vrai, les manœuvres manipulatoires de la bourgeoisie française sont vaines. Car, en dépit de son «opération narcotique» visant à se procurer à bon compte un assoupissement des tensions sociales et des agitations populaires, la bombe sociale lui explosera infailliblement à sa hideuse figure vérolée de racisme et de bellicisme.
La France est devenue une prison à ciel ouvert pour des millions de personnes dont «le seul tort» et la seule infraction est d’être jeune prolétaire ou musulman.
Pour conclure. Amorcé aux États-Unis au début des années 1970 sous l’étiquette «loi et ordre» (« law and order»), le mouvement d’encadrement policier des «classes dangereuses», opéré sous couvert de lutte contre le narcotrafic, se déploie aujourd’hui avec force en France.
Avec la complicité des médias stipendiés, le gouvernement Macron fabrique un véritable climat de psychose provoqué, selon les responsables politiques, par la « submersion du narcotrafic». M. Bruno Retailleau, alors ministre de l’intérieur, n’a pas hésité de déclarer sur un ton alarmiste: «Il y a un tsunami blanc qui déferle sur la France» (Le Monde, 22 août 2025). Quelques mois plus tôt, il assénait déjà : «Les narcoracailles sont partout. Il va falloir les combattre avec une détermination implacable. (…) Le choix que nous avons aujourd’hui est celui d’une mobilisation générale ou alors la mexicanisation du pays » (Le Parisien, 1er novembre 2024).
La comparaison avec le Mexique est outrancière. Le taux d’homicide est vingt fois moins important en France qu’au Mexique ou en Colombie (1,3 pour 100 000 habitants en 2023, contre 24,9 dans les deux pays). Par ailleurs, contrairement à ce que laisse entendre la propagande médiatique, le chiffre des homicides a été divisé par deux depuis 1990. Qui plus est, en France les «règlements de comptes entre malfaiteurs» ne représentent que 9% des 900 victimes enregistrées annuellement.
Par ailleurs, à entendre les politiciens et les journalistes, la France est envahie par des centaines de milliers de trafiquants de drogue. Or selon une note de l’Office antistupéfiants (Ofast) intitulée «État de la menace liée aux trafics de stupéfiants» et parue en juillet 2025, le marché français des stupéfiants est dirigé par moins de 100 «grands importateurs», et par moins de 5000 «semi-grossistes», dont la plupart sont connus, fichés, notamment les gros bonnets marocains, aisément neutralisables.
Comment justifier et légitimer le pronunciamiento narco-sécuritaire actuel accompli avec des moyens de conditionnement psychologique hautement technologique, sinon par la fabrication hystérique du péril de la drogue mythologique agrémenté d’homicides vindicatifs délibérément amplifiés. Comment justifier et légitimer la militarisation de la société associée à une stratégie de contrôle social électronique et policier, sinon par des campagnes de propagandes narcotiques, appuyées sur un traitement de l’information anxiogène propre à susciter un état de sidération sur fond de psychose collective.
Comme le disait Hermann Göring, ministre sous le régime nazi et fondateur de la Gestapo : «Et si vous pouvez trouver quelque chose pour les effrayer, vous pouvez leur faire tout ce que vous voulez». En fidèles disciples d’Hermann Göring, les dirigeants français radicalisés s’appliquent à mettre en œuvre ses méthodes tortionnaires et ses mesures totalitaires, méthodes et mesures qui ont fait leur preuve sous le Troisième Reich et, surtout, infligé à des millions d’innocents des épreuves.
Khider MESLOUB

Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2025/12/apos-o-espectro-do-terrorismo-islamico.html