7 au Front

La quatrième révolution industrielle et les «platesformes numériques»

Par Robert Bibeau

La quatrième révolution industrielle et les «platesformes numériques»

Les systèmes informatiques que l’on appelle «Plateformes numériques» se positionnent comme intermédiaire qui rassemble différents utilisateurs: clients, publicitaires, prestataires de services, producteurs de biens, grossistes, marchands, voire des objets physiques mis en interactions pour la production et la livraison d’un bien ou d’un service.

En usines, ce que l’on appelle la quatrième révolution industrielle, la plateforme d’industrie regroupe des systèmes cyberphysiques (SCP) embarqués qui utilisent des capteurs pour récupérer des données pour interagir sur des processus physiques au moyen de commandes. Ces systèmes sont connectés les uns aux autres via des réseaux digitaux (numériques). Ils utilisent les données et services disponibles mondialement et bénéficient d’interfaces personnes-machines multimodales.

Ces plateformes numériques sont créatrices de valeur c’est-à-dire qu’elles participent à la valorisation du capital en produisant de la plus-value relative via l’augmentation de productivité du travail salarié, source unique de valeur marchande sous le mode de production capitaliste.

De manière très concrète, cette industrie des plateformes numériques a vu le jour au cœur de l’économie politique la plus avancée de l’humanité, là où se concentrent au niveau le plus élevé les contradictions de ce mode de production. Les experts lui ont donné le nom de GAFAM pour Google, Apple, Facebook, Amazon, Netflix, Airb&b, et Microsoft, toutes des entreprises étatsuniennes si une telle appellation fait encore du sens en cette «Ère» de mondialisation où chacune de ces entreprises multinationales possède des actifs et des actionnaires dans un grand nombre de pays et fait transiter ses profits par les paradis fiscaux offshores.

Certains croient que ces «plateformes numériques» seraient une menace pour le capital historique, le capital industriel et productif. Ainsi, depuis quelques années l’Union européenne, le Canada, la Chine et la Russie légifèrent afin de contrer la mainmise de ces géants de la technologie sur les données sensibles de l’économie. La menace que représentent ces mégaentreprises n’est pas différente de celle que représentaient Ford, GM, Boeing, General Électrique, ou IBM au siècle dernier. C’est la menace d’une super puissance hégémonique dans sa concurrence pour accaparer les moyens de production et les marchés afin d’accumuler le maximum de capitaux.

Pour le moment, la numérisation sous plateforme a largement pénétré le domaine des services, de la commercialisation et des communications, mais désormais, elle déborde et s’étend à des secteurs qui semblent plus difficiles à conquérir du fait de barrières règlementaires, technologiques et juridiques.

La numérisation de l’industrie est difficile mais inévitable.

La grande crainte des capitalistes industriels est de voir s’introduire les trublions de la Silicone Valley dans le partage des profits. En effet, il suffit d’observer comment le phénomène des « plateformes numériques » s’est accaparé une large part des profits des industries touristiques, des communications, de la publicité, de l’édition, de l’immobilier et bientôt de la finance (bourse, banque et assurance).

En tant qu’intermédiaire, la plateforme s’impose comme une infrastructure indispensable visant une position monopolistique comme condition de son efficacité et de sa rentabilité. Les procès qu’intentent les banques et les firmes d’assurance ne visent pas tant à freiner la pénétration des plateformes numériques dans leur secteur et dans l’industrie en général  qu’à négocier le partage des bénéfices de productivité escomptés.

 Contrairement à la France et au Royaume-Uni, l’Allemagne, la championne des biens d’équipements et des industries chimique et mécanique, se tenait à l’écart non pas du numérique – qui a déjà pénétré l’industrie classique –, mais de l’industrie des « plateformes » qui constitue une modalité de livraison des services et des marchandises. Cependant, la numérisation et l’informatisation ne connaissent pas de frontières géographiques ni techniques. Malgré leur réticence, les industriels allemands (les plus en pointe en Europe) se trouvent contraints bon gré mal gré d’entrer dans la danse des plateformes numériques.

Une caractéristique de ces innovations est la mise en réseau de tous les éléments du processus de production afin de construire l’usine ultra connectée du futur. Autrement dit, la quatrième révolution industrielle lancée aux États-Unis et diffusée au Japon, en Chine et en Allemagne, repose sur l’interconnexion de machines intégrées dans un univers éclaté, parcellisé, et mondialisé appelé Système productif cybernétique qui impose d’avoir une approche globale et transversale des différents composants techniques. Une sorte d’architecture en toile d’araignée s’autorégulant à l’échelle de l’entreprise d’abord, puis à l’échelle mondiale ensuite.

Les machines, les pièces usinées ayant la capacité d’interagir et de se reconnaitre mutuellement par pilotage intégré et de se diriger là où elles sont réclamées. Une superstructure gigantesque qui agit mondialement par le truchement des télécommunications, par l’emploi de capteurs, de puces RFID, interconnectées et ordonnancées via l’industrie des plateformes.

Le Grand capital allemand craint pour ses profits.

 En Allemagne, Google est présenté comme le concurrent n°1 de l’industrie germanique. Les industriels allemands craignent qu’à l’aune d’autres secteurs comme l’édition, l’hôtellerie, le tourisme, les géants de l’Internet et du numérique n’imposent leur relation exclusive avec le client final. Détenant l’accès aux données d’usage et des interfaces guidant le choix des consommateurs, ils sont en position de force pour capter une part importante des marges de profit.

Récemment, le constructeur automobile Porche a pris les devants «Selon Lutz Meschke, l’essor de l’autopartage et des services de type VTC, voiture de transport sans chauffeurs devrait à terme, d’ici 7 à 10 ans, rendre l’utilisation à temps partagé d’une voiture aussi commode que le fait d’en posséder une». Une tendance qui d’après lui devrait impacter le volume des ventes de véhicules neufs.

Ces batailles d’arrière-gardes entre consortiums industriels européens résistants aux conglomérats des plateformes numériques étatsuniens sont inévitables – incontournables et ce sont les seconds qui gagneront la partie, car tout ceci ne relève pas de conflits politiques nationaux ou multinationaux, mais s’inscrit dans l’évolution des moyens de production, d’échanges et de communication propre au mode de production capitaliste qui appelle la concentration maximale du capital.

À la poursuite de gains de productivité.

Rappelons simplement que la finalité de l’activité des entreprises classiques et numériques n’est pas de produire des marchandises, mais de valoriser, de reproduire et d’accumuler le capital. Si ces entreprises pouvaient atteindre cet objectif stratégique en ne produisant aucun produit, elles le feraient. Autre point important, ces mégaentreprises  transnationales sont interreliées non seulement par les réseaux de télécommunications, Internet, les satellites, mais surtout par les réseaux financiers, l’actionnariat, et les conseils d’administration multinationaux cooptés. C’est ce que l’on appelle la «mondialisation».

La numérisation et la technologisation de la production industrielle (là où se produit l’essentiel de la plus-value capitaliste) sont un processus concret inévitable auquel les plateformes numériques (GAFAM)* participent, poussées par les lois de l’économie-politique qui exigent de constantes hausses de productivité en périodes de crises économiques systémiques.

Ces hausses de productivité que permettent les plateformes numériques interconnectées sont autant de réduction du quantum de capital variable (baisse des salaires réels) et d’augmentation de la portion de capital constant (immobilisations) entrainant la hausse de la composition organique du capital qui entrainera l’effondrement du mode de production capitaliste.  La concurrence commerciale  exacerbée entre puissances impériales puis la guerre se poseront alors comme alternative afin de perpétuer ce mode de production moribond. Veuillez noter que la prochaine guerre mondiale, pas davantage que les précédentes, ne sera le résultat d’un complot machiavélique de méchants complotistes psychopathes et suicidaires, elle sera l’aboutissement inéluctable de l’évolution des contradictions inhérentes à ce mode de production.

   La valeur boursière des actifs de ces plateformes numériques (en février 2016 la valeur de ces GAFAM était supérieure à 1650 milliards de dollars US, bien au dessus de la valeur de leurs actifs réels) n’est que la manifestation en bourse du fait que les hausses de productivité sont désormais  devenues dépendantes des  avancées technologiques du numérique (alors qu’il y a cent ans ces avancées résultaient des progrès mécaniques en usines ou alors de la «taylorisation» du processus de production et du «fordisme» sur les chaines de montage).

Cette valorisation phénoménale des actifs boursiers des plateformes numériques est basée sur une activité de «cavalerie» boursière – une pyramide de Ponzi – selon la tactique que l’investissement suivant garantit le dividende de l’investissement précédent, si bien qu’un jour cet échafaudage bancal s’effondre. En effet, la vitesse à laquelle les actions de ces consortiums se valorisent est bien supérieure à celle à laquelle ils s’emparent des profits des industries.

La classe prolétarienne internationaliste face à la crise du capitalisme

La classe prolétarienne n’a rien à faire dans cette affaire de capital financier sur laquelle elle n’a aucune prise, surtout pas via les potiches politiques ou via l’État capitaliste fétiche. La classe doit simplement mener une guerre de résistance farouche partout où le capital de plateforme numérique saque les travailleurs, réduit les heures de certains pour augmenter celles des autres, attaque les régimes de retraite ou fait pression à la baisse sur les salaires des ouvriers.

 

Voir :  https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/de-l-insurrection-populaire-a-la-revolution-proletarienne/77706

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

4 réflexions sur “La quatrième révolution industrielle et les «platesformes numériques»

  • Normand Bibeau

    Cette analyse marxiste de la «4 ième révolution industrielle» (numérique, informatique,cybernétique,IA plateformes) et qui en expose avec rigueur et justesse, les tenants et aboutissants, illustre parfaitement combien le mode de production capitaliste («MPC») constitue une entrave insoluble aux développements des forces productives humaines indispensables à l’évolution humaine et à la solution des défis qu’imposent la crise endémique du capitalisme: pauvreté endémique du 2/3 de l’humanité; désertification de l’Afrique; pollution; etc. et prochainement, une 3ième guerre mondiale thermonucléaire apocalyptique.

    Ainsi, ce «révolution industrielle» qui est:
    «informatique ubiquitaire» en ce que tout devient calculable, mesurable, quantifiable, traçable en temps réel;
    «cybernétique et auto-régulés»: algorithme, IA, boucles de rétroaction;
    «automatisation cognitive»: ce n’est plus que la force musculaire qui est automatisé partiellement mais le jugement, la décision, la classification, voire la volonté;
    «interconnexion totale»: réseaux, cloud, objets connectés, donnés massives traités efficacement en temps réel.

    Cette 4ème «révolution industrielle» a conféré la domination du «monde numérique exponentielle» aux propriétaires capitalistes de:

    GOOGLE (accès et contrôle de l’information);
    META (réseaux sociaux et espace public);
    AMAZON ( commerce et logistique);
    APPLE et MICROSOFT (systèmes d’exploitation des données et des standards);
    AIRBNB, UBERT (système de réservations en ligne);
    LES MÉTAS DONNÉS ET LE CLOUD à d’autres capitalistes parasitaires;

    et cela aux seuls fins d’ENRICHIR ces parasites du génie humain de leur armée d’esclaves salariés.

    En soumettant l’immense potentiel de cette «4ème révolution industrielle» à la dictature impitoyable des rapports de production capitaliste c’est-à-dire à la PROPRIÉTÉ PRIVÉE, à LOI DU PROFIT et de l’ESCLAVAGE SALARIÉ de ceux-là mêmes qui les ont créé, les opèrent et les développent, le système capitaliste subordonne les bénéfices quelle procure aux lois rétrogrades, réactionnaires et fascisante du mode de production capitaliste: anarchie, inégalité, gaspillage et conflit, les 4 fléaux de l’apocalypse capitaliste.

    Le mode d’appropriation capitaliste d’actionnariat qui concentre entre les mains des milliardaires et de leurs instruments de domination que sont les banques, les trusts financiers, les compagnies et leur État fantoche subordonne l’évolution du numérique à la loi du «profit» capitaliste personnel au détriment de l’intérêt collectif et, pour cela doit être combattu à sa racine même: LE MODE DE PRODUCTION CAPITALISTE PAR LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE SOCIALISTE QUI SUBORDONNERA SON ÉVOLUTION ET SES BÉNÉFICES À L’INTÉRÊT DU GENRE HUMAIN afin de réaliser l’ultime idéal: «DE CHACUN SELON SES CAPACITÉS ET À CHACUN SELON SES BESOINS».

    PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS ET FAITES DE LA 4ième RÉVOLUTION INDUSTRIELLE, LA PREMIÈRE RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE.

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