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Iran : le silence coupable de la gauche occidentale et des tiers-mondistes

Par Khider Mesloub.

Pendant que la théocratie iranienne écrase sa population sous les balles, la potence et la torture, un silence assourdissant règne dans les métropoles occidentales. Les rues de Paris, de Londres ou de Berlin ne voient ni marées humaines ni occupations d’ambassades. Aucun mouvement de masse. Aucun cri politique à la hauteur du massacre. Aucune mobilisation de la gauche occidentale et ses satellites tiers-mondistes à la hauteur du drame subi par le peuple iranien. Rien. Et ce silence de la gauche occidentale n’est pas une simple omission. Il est un choix.

Le régime iranien n’est pas un État «imparfait», ni un «partenaire critique». C’est une dictature cléricale de classe, un capitalisme de mosquées, un appareil de prédation théocratique qui gouverne par la peur et la terreur. Ce pouvoir théocratique ne repose ni sur le peuple ni sur une légitimité historique, mais sur un appareil de répression religieusement sacralisé : pasdaran, tribunaux islamiques, polices des mœurs, prisons, exécutions publiques. C’est un État qui ne survit que par la terreur et la répression sanglante. C’est une machine de guerre sociale. Une mafia islamiste qui a transformé la religion en industrie de la terreur. Un capitalisme théocratique qui pompe la richesse du peuple iranien et la convertit en prisons, en potences et en milices.

Et pourtant, face la boucherie iranienne actuelle, une grande partie de la gauche occidentale se tait. Pourquoi ? Parce que cette gauche n’est plus internationaliste. Elle est campiste. Elle ne regarde plus le monde du point de vue des peuples et du prolétariat, mais du point de vue des blocs géopolitiques. Elle ne se demande plus : «Qui opprime ?» mais «Qui s’oppose aux États-Unis  ou à Israël ? » Et à partir de là, tout devient permis.

Pour la gauche occidentale et ses satellites gauchistes et tiers-mondistes, si un régime est en conflit avec Washington ou Tel-Aviv, il devient fréquentable. Même s’il pend des ouvriers. Même s’il viole des femmes. Même s’il tire sur des adolescents.

La faillite morale de l’anti-impérialisme campiste de la gauche occidentale

La gauche stalinienne occidentale préfère mille fois un peuple écrasé par ses propres tyrans qu’un peuple libéré qui ferait mentir son roman géopolitique. Ce qu’ils appellent «anti-impérialisme» n’est que le droit sacré donné aux dictatures non occidentales, celles du «Sud global», d’écraser leurs masses.  

 Les prolétaires iraniens sont massacrés par un régime qui n’est pas aligné sur Washington, alors leurs vies sont quantité négligeable, deviennent négociables. Voilà la morale réelle du campisme de la gauche stalinienne occidentale et tiers-mondiste : les peuples peuvent crever tant que l’ennemi principal est ailleurs, à Washington ou Tel-Aviv. L’Iran peut tuer parce qu’il est utile contre l’Occident. Voilà la posture campiste de la gauche occidentale.

Pourtant, le régime iranien n’est pas une «résistance». C’est un État de clercs milliardaires qui exploite, viole et massacre un peuple captif.

Ainsi, la gauche occidentale bourgeoise et ses satellites  tiers-mondistes ont transformé l’anti-impérialisme en alibi de la barbarie. Ils n’ont pas de mots pour les contestataires iraniens. Pas de banderoles pour les femmes battues pour un voile mal porté. Pas de slogans pour les étudiants emprisonnés. Pas de manifestations pour les condamnés à mort (à la pendaison).

Mais ils trouvent toujours du temps pour relativiser, contextualiser, détourner le regard — au nom d’un prétendu réalisme géopolitique qui n’est que la traduction intellectuelle de leur lâcheté.

C’est une trahison historique. Car le régime iranien n’est pas l’ennemi de l’impérialisme. Il est un impérialisme régional, un capitalisme théocratique qui exploite, opprime et colonise sa propre société au nom de Dieu et du profit.

En soutenant ce régime par leur silence, la gauche occidentale bourgeoise trahit non seulement les principes du socialisme et du marxisme, mais aussi le peuple iranien lui-même.

L’anti-impérialisme retourné contre les peuples

Le véritable clivage n’oppose pas l’Iran à l’Occident. Il oppose les masses iraniennes aux mollahs qui les gouvernent. Et tant que la gauche occidentale refusera de le comprendre, elle restera ce qu’elle est devenue : non pas une force d’émancipation, mais un appareil idéologique de justification des tyrannies non occidentales, des tyrannies du «Sud global».

 La gauche bourgeoise occidentale, composée de «marxistes» de cour pour bourreaux exotiques, n’est pas neutre. Elle est objectivement du côté du pouvoir qui opprime. Elle préfère défendre des États que des peuples. Des drapeaux que des corps. Des stratégies que des vies.

Le véritable internationalisme consiste à se tenir du côté des opprimés, quel que soit le drapeau de leurs oppresseurs. En refusant de nommer clairement les crimes du régime iranien, la gauche occidentale abdique cette mission. L’histoire jugera sévèrement ce silence. Les peuples, eux, n’oublient jamais qui parlait quand ils mouraient, et qui regardait ailleurs.

Le peuple iranien n’a besoin ni de sermons ni de géopolitique. Il a besoin de solidarité révolutionnaire. Et celle-ci, aujourd’hui, lui est refusée par ceux-là mêmes qui prétendent parler au nom des peuples opprimés. Il ne demande pas qu’on le sauve. Il demande qu’on cesse de justifier leurs bourreaux.

Khider MESLOUB

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

7 réflexions sur “Iran : le silence coupable de la gauche occidentale et des tiers-mondistes

  • richard deu

    Pertinent, hormis le fait que la gauche occidentale est sociale-démocrate, trotskiste, anarchiste, wokiste, tout ce qu’on voudra sauf « stalinienne » (hélas)!

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  • jE pense qu’il est trop réducteur de voir et de présenter l’IRAN comme une théocratie – une société uniquement religieuse – islamique – comme le font les médias mainstream – les médias à la solde du capital.

    La tendance politique et idéologique majeure qui domine parmi la population iranienne est le NATIONALISME PATRIOTIQUE que la frange religieuse met de l’avant chaque fois que les forces réactionnaires américaines – israéliennes – occidentales et royalistes agressent la population iranienne.

    Les mollahs apprécient ces agressions guerrières – fascistes – et s’en servent pour rameuter la jeunesse pour défendre le régime… qu’ils présentent frauduleusement comme la défense de la nation, de sa souveraineté.

    En aucun cas nous ne devons appuyer – soutenir – les royalistes, le fils fasciste du shah aristocratique et les factions pro-occidentales et impérialistes qui grenouillent dans la mare Persanne.

    La situation en IRAN est fort complexe – elle est au coeur du réalignement des grands blocs (alliances) impérialistes mondiaux et le prolétariat doit réfléchir à ses intérêts de classe dans ce bourbier sur lequel nous avons bien peu de prise.

    Vive la véritable insurrection populaire anti-capitaliste du prolétariat iranien et de toute la région.

    Robert Bibeau

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  • Bizet Daniel

    Entre d’un côté: le Venezuela et L’Iran, et de l’autre: l’atlantico-sionisme le choix est simple:
    Qui fabrique des mesures unilatérales de rétorsion par l’embargo depuis plus de 20 ans dans ces pays émergents, auxquels il faut ajouter Cuba et la Corée du Nord depuis plus de 60 ans?
    Ces mesures de guerres économiques ne font pas de bruit, n’est-ce pas. Non c’est comme quelqu’un qui n’a plus d’eau, ou d’air, il mettra plus de temps à mourir qu’une balle de pistolet mais il mourra. Doucement, de façon invisible.
    Ce sont ces conséquences lancées il y a un demi siècle qui ont entravé le commerce vital du PETROLE pour ces deux pays. Le résultat (très lent) en est l’asphyxie certaine.
    Que se passe t-il dès lors ?
    1/ les recettes ne rentrent plus en macro économie. dès lors les achats de vivres, de médicaments qui sont des marchandises vitales pour exister et faire grandir ses enfants sont en éternelles pénuries pendant des décennies.
    2/ la détérioration des termes de l’échange (la monnaie nationale) créent des difficultés tenaces donc toxiques dans le commerce de ces pays vis à vis de l’étranger en déséquilibrant les prix des marchadises.
    3/ la parité monaitaire tend vers zéro dans sur les marchés internationaux (les dettes coutent de plus en plus chers par des prêts exhorbitants usuriers)
    4/ les rentes de situation naturelles de ces pays sont empêchées par les rétorsions, les entraves constituées.
    Que s’est-i passé envers ces 2 pays dernièrement?
    Une situation économique exangue qui appauvrit les plus modestes.
    Les salaires baissent, les avantages sociaux sont plombées, en outre les routes, les écoles, les hopitaux régressent en qualité nécessaire.
    5/Le Venezuela a vu sa production de pétrole baissée de 10 fois en regard des productions sous Chavez. Le pouvoir d’achat est en cale sèche. La monnaie est décramponnée. C’est l’hyper inflation qui déroule.
    6/ L’Iran qui avait négocié sous Obama (malgré Fabius !) un accord avec les principaux pays européens en 2016 a vu cet accord déchiré par Trump. Point barre, aucun autre accord n’a pu avoir eut lieu depuis. En outre le criminel Trump fait flinguer le général Soleimani pour le remercier de sa lutte contre Daesh..
    Pour effet ces deux pays ont vu leurs populations minées de l’intérieur par un pouvoir d’achat anéanti.
    Alors on peut comprendre que les peuples se soulèvent. Mais ces effets délétères (assassins) sont organisés par les USA et Tel Aviv pour le l’Iran.
    On peut toujours regretter que ces pays ne sont pas dans la conception marxiste de l’économie et que les partis de gauche radicales sont très affaiblis mais ce sont des cultures différentes de nos traditions républicaines tirées de la Révolution, de la Commune, des luttes ouvrières de 1936, 1945, 1968 1981,en France.
    En conclusion:
    Il ne m’appartient pas de juger les cultures ou les religions millénaires d’autres continents.
    Ils sont chez eux, s’ils doivent faire évoluer leurs religions c’est a eux qu’il revient et non pas aux occidentaux de leur faire la leçon sur : »le poids réactionnaire « de leur autorités religieuses, parlant de l’Iran ou de la Syrie, Libye, Irak, Afghanistan, etc..Laissons les tranquilles et dénonçons les envahisseurs yankees. Ne mélangeons les sujets. Il faut exiger la souverainté envers les colonialistes modernes qui crachent des bombes.
    Leurs gouvernants sont t-ils des usurpateurs? ils ne seront jamais marxistes ? peut-être et même sans doute. S’ils doivent se révolter pour limoger des dirigeants et bien ce sera dûr mais qu’ils le fassent. Nous n’avons pas à leur fournir un code moral universel d’autorité idem à un régent envers des sujets. Dans les pays musulmans la Charia remplace t-elle le Code Civil? pourquoi pas si cela vient de leurs traditions. Cela les regarde, uniquement eux. Je suis marxiste léniniste et maoiste depuis toujours? Je suis athée mais je laisse l’affaire des religions aux gens concernés. La Laïcité me convient et elle peut être universellement proposée. En Egypte, en Turquie des périodes l’ont vu érigée, puis cela a été combattu par les gouvernants de l’Islam intégriste. Mais cela reste un combat (à maintenir) par souci de convivialité des groupes sociologiques (les classes y compris).
    En Amsud Guevarra, Castro et Chavez sont plus compatibles avec nos cultures européennes, chrétiennes, d’où les révolutions bolivariennes.
    Mais faire exister « la lutte des classes » est un autre paradigme, étranger à l’Inde, le Pakistan, l’Afrique. C’est lunaire pour en changer.
    Ils le feront s’ils le souhaitent.
    Ce que je reproche à la tonalité de l’article de l’auteur c’est le prisme de lecture qui est mis essentiellement sur la « faute des gouvernants » envers leurs populations. C’est une SIMPLIFICATION pernicieuse, inexacte au total.
    Les fauteurs de trouble sont les AMERICAINS qui pratiquent le « régim change » (Ukraine compris) dès l’instant où leurs intérêts sont en jeux dans la mondialisation de Davos.
    Et il ne faut l’oublier si l’on est dans la cause humaniste universelle. Il y a des combats primordiaux, donc des CAUSES primordiales à dénoncer.
    Cordialement et viva Zapata!

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  • Ping : Iran : le silence coupable de la gauche occidentale et des tiers-mondistes | Raimanet

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