Asie/Afrique

👁‍🗹 La lutte de libĂ©ration nationale du peuple palestinien contre le nĂ©ocolonialisme (1947-2026)

👁‍🗹  IsraĂ«l a clairement montrĂ© qu’il est aux antipodes des valeurs humanistes et s’opposera toujours Ă  la crĂ©ation d’un État palestinien, dĂ©masquant ainsi l’hypocrisie des â€œĂ©lites” occidentales.

Par Ross Mackay, le 1er janvier 2026

IsraĂ«l l’entitĂ© paria


Parmi toutes les contorsions ridicules auxquelles les mĂ©dias occidentaux se sont livrĂ©s ces deux derniĂšres annĂ©es pour blanchir le gĂ©nocide en cours perpĂ©trĂ© par IsraĂ«l, les lamentations hystĂ©riques sur la prĂ©tendue calamitĂ© de voir IsraĂ«l devenir un “État paria” sont une dĂ©monstration presque touchante d’un vƓu pieux dĂ©sespĂ©rĂ©. Dans tous les titres et articles, la presse “libĂ©rale” – Haaretz, The New York Times et The Guardian en tĂȘte – s’inquiĂšte des prĂ©tendues “erreurs” d’IsraĂ«l risquant de le faire passer pour un État voyou, comme si la barbarie et le mĂ©pris du droit international n’étaient que de simples erreurs de jugement. Mais ce n’est que dans un monde inversĂ© que le statut de paria d’IsraĂ«l, Ă©vident depuis sa crĂ©ation, pourra ĂȘtre remis en question. Si ce terme a un sens, IsraĂ«l en est l’archĂ©type et l’a toujours Ă©tĂ©.

Pourtant, les propagandistes israĂ©liens inventent une “crise de lĂ©gitimitĂ©â€, qualifiant les critiques justifiĂ©es des tentatives de “dĂ©lĂ©gitimer” l’État et de mettre en danger les Juifs du monde entier. Cette affirmation est une fiction destinĂ©e Ă  transformer la culpabilitĂ© en persĂ©cution supposĂ©e et Ă  dissimuler des crimes amplement documentĂ©s. Les observateurs objectifs savent qu’il ne s’agit pas d’une dĂ©gradation soudaine : le mĂ©pris d’IsraĂ«l pour le droit, l’éthique et la vie humaine elle-mĂȘme est intrinsĂšque — il s’est forgĂ© dans le sang et la terreur. Il est impĂ©ratif de reconnaitre ce statut de paria de longue date pour mettre fin Ă  l’impunitĂ© dont jouit IsraĂ«l.

Paria dĂšs le premier jour

Si les critiques ont raison de souligner que l’histoire n’a pas commencĂ© le 7 octobre, se concentrer uniquement sur le siĂšge de Gaza aprĂšs 2006, voire sur l’occupation de 1967, occulte une rĂ©alitĂ© bien plus ancienne. Longtemps avant la crĂ©ation officielle de l’État d’IsraĂ«l en 1948, les milices sionistes ont menĂ© des opĂ©rations terroristes pour chasser les Palestiniens de leurs foyers. À partir des annĂ©es 1920, des organisations sionistes telles que la Haganah, l’Irgoun et le Lehi ont menĂ© des attentats Ă  la bombe, perpĂ©trĂ© des assassinats et pratiquĂ© le terrorisme de masse, instaurant une culture politique oĂč la terreur devenait la norme. Il n’est donc pas surprenant que deux dirigeants de ces groupes terroristes soient devenus par la suite premiers ministres de l’État paria.

Ce climat de terreur a pavĂ© la voie Ă  la Nakba de 1948, au cours de laquelle plus de 750 000 Palestiniens ont Ă©tĂ© expulsĂ©s. Les forces israĂ©liennes ont commis des massacres barbares Ă  Deir Yassin et Ă  Tantura, mais ces exemples ne sont que les deux cas les plus tristement cĂ©lĂšbres. Rien qu’entre 1947 et 1948, au moins trente massacres documentĂ©s ont fait des centaines de morts, dont des enfants, des femmes et des personnes ĂągĂ©es. Et dans d’innombrables lieux moins connus, des civils ont Ă©tĂ© mutilĂ©s, violĂ©s et exĂ©cutĂ©s en masse. Les forces israĂ©liennes, dans un calcul pervers, ont dĂ©signĂ© tous les hommes ĂągĂ©s de dix Ă  cinquante ans comme des cibles lĂ©gitimes, condamnant de fait des enfants Ă  une mort certaine. Il ne s’agissait pas d’excĂšs en temps de guerre, mais de campagnes dĂ©libĂ©rĂ©es de meurtres de masse et de nettoyage ethnique, rĂ©pĂ©tĂ©es des centaines de fois au cours des dĂ©cennies qui ont suivi.

La violence ne s’est pas limitĂ©e aux fusillades. Les premiĂšres forces sionistes ont Ă©tĂ© les pionniĂšres de formes de terreur collective. Les milices juives ont fait rouler des barils remplis d’explosifs dans les quartiers arabes, ont incendiĂ© les rues et ont mitraillĂ© les habitants qui tentaient d’éteindre les flammes. La guerre biologique a Ă©tĂ© dĂ©ployĂ©e via la typhoĂŻde dans les rĂ©serves d’eau, et des voitures piĂ©gĂ©es ont Ă©tĂ© envoyĂ©es dans des garages palestiniens, provoquant un carnage aveugle. Cette tradition de cruautĂ© inventive persiste, comme en tĂ©moigne rĂ©cemment l’explosion de beepers à Beyrouth qui a fait des dizaines de morts et des milliers de blessĂ©s – un crime contre l’humanitĂ© – et qui a Ă©té cĂ©lĂ©brĂ©e de maniĂšre effroyable par le Premier ministre israĂ©lien lors d’une visite Ă  la Maison Blanche en janvier 2025, lorsqu’il a remis un “beeper en or” au prĂ©sident amĂ©ricain.

Depuis l’occupation de 1967, tout doute quant au statut de paria d’IsraĂ«l a disparu. Un rĂ©gime permanent de domination est en place : expansion incessante et illĂ©gale des colonies imposĂ©e par des milices d’extrĂ©mistes opĂ©rant sans crainte de reprĂ©sailles, construction d’un mur d’apartheid de 700 kilomĂštres annexant les terres, isolant les communautĂ©s et renforçant les frontiĂšres de facto, guerre environnementale par le dĂ©versement d’eaux usĂ©es, spoliation des terres et dĂ©racinement de plus d’un million d’oliviers, utilisation systĂ©matique d’“eau puante” pour contaminer les habitations et les quartiers, incarcĂ©ration de masse sans inculpation, torture systĂ©matique, violences sexuelles (y compris avec l’utilisation de chiens), dĂ©shabillage et filmage forcĂ©s, dĂ©tention d’enfants, morts en dĂ©tention, punitions collectives par blocus, famine et dĂ©placement forcĂ©, destruction systĂ©matique des habitations et des hĂŽpitaux, de la vie culturelle, attaques rĂ©gionales rĂ©pĂ©tĂ©es en toute impunitĂ©, et assassinats ciblĂ©s perpĂ©trĂ©s dans le pays et Ă  l’étranger. IsraĂ«l est le premier pays occidental à pratiquer l’assassinat politique.

Comme dans tout projet colonial, la dĂ©shumanisation est le prĂ©lude aux atrocitĂ©s. Un Premier ministre israĂ©lien a ouvertement dĂ©crit les Palestiniens comme des “bĂȘtes sur deux jambes”, un autre homme politique a qualifié les enfants palestiniens de “petits serpents” et un troisiĂšme a proclamé que “chaque bĂ©bĂ© Ă  Gaza est un ennemi”. Les soldats transforment la barbarie en spectacle : ils dansent avec les vĂȘtements volĂ©s, se moquent des morts et exhibent les biens pris aux enfants. Cette dĂ©shumanisation institutionnalisĂ©e affecte Ă  la fois les auteurs et les spectateurs, tentant de banaliser les atrocitĂ©s et de rendre la violence extrĂȘme acceptable.

Cette cruautĂ© sociale et idĂ©ologique transparaĂźt dans l’anarchie et l’impunitĂ© de l’État israĂ©lien. Il refuse de se soumettre aux normes internationales : c’est une puissance nuclĂ©aire non dĂ©clarĂ©e qui Ă©chappe aux inspections du TNP et de l’AIEA. C’est l’État le plus condamnĂ© de l’histoire du Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU, avec des dizaines de rĂ©solutions bloquĂ©es par les États-Unis. La CIJ l’a dĂ©clarĂ© en 2024 comme Ă©tant plausiblement coupable de gĂ©nocide et d’occupation illĂ©gale. Il a Ă©tĂ© sanctionnĂ© par l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies et son Premier ministre ainsi que son ministre de la DĂ©fense font l’objet de mandats d’arrĂȘt de la CPI. De ses premiĂšres milices Ă  l’appareil d’État actuel, ce cycle ininterrompu de terreur systĂ©mique fait indĂ©niablement de l’État d’IsraĂ«l un paria.

L’impunitĂ© des parias

Le “remĂšde contre l’antisĂ©mitisme”

L’impunitĂ© dont jouit IsraĂ«l tient Ă  un “remĂšde” immunisant l’État hĂ©breu contre toute critique : les accusations ritualisĂ©es de “nouvel antisĂ©mitisme” qui sont immĂ©diatement portĂ©es contre quiconque ose le moindre reproche. Les mĂ©dias occidentaux amplifient le discours d’un cercle restreint de groupes pro-israĂ©liens, souvent eux-mĂȘmes vecteurs de racisme anti-palestinien, qui qualifient l’opposition Ă  l’apartheid et au gĂ©nocide de fanatisme. Cette tactique est grossiĂšre, mais efficace : elle transforme le dĂ©ni en preuve et dĂ©tourne l’attention des crimes commis par IsraĂ«l. MĂȘme les mouvements pro-palestiniens sont incitĂ©s Ă  une autocensure dĂ©mesurĂ©e sur de prĂ©tendus problĂšmes d’antisĂ©mitisme, les empĂȘchant ainsi de consacrer leur Ă©nergie Ă  la lutte contre le gĂ©nocide et l’apartheid. D’autre part, le monde universitaire perd son temps Ă  dĂ©battre de la distinction Ă©vidente entre s’opposer Ă  un État et haĂŻr un peuple.

Le vĂ©ritable antisĂ©mitisme est grave, mais la plupart des incidents signalĂ©s relĂšvent de la catĂ©gorie des “incivilitĂ©s” non violentes. Quant aux allĂ©gations d’une recrudescence mondiale, elles assimilent les critiques d’IsraĂ«l, les publications sur les rĂ©seaux sociaux, les insultes et les incidents sous faux drapeau à de vĂ©ritables attaques contre les Juifs. Comme les critiques Ă  l’encontre d’IsraĂ«l sont systĂ©matiquement qualifiĂ©es d’antisĂ©mitisme, la recrudescence de ces accusations pendant le gĂ©nocide perpĂ©trĂ© par l’État hĂ©breu Ă©tait tout Ă  fait prĂ©visible. En prĂ©tendant reprĂ©senter tous les Juifs, IsraĂ«l incite de maniĂšre perverse les antisĂ©mites, qu’ils soient mal informĂ©s ou convaincus, Ă  blĂąmer collectivement les Juifs pour les crimes commis par IsraĂ«l.

Cette dynamique prend forme dans la dĂ©finition de l’antisĂ©mitisme de l’Alliance internationale pour la mĂ©moire de l’Holocauste, dĂ©sormais adoptĂ©e par plus de 46 pays. PrĂ©sentĂ©e comme une rĂ©ponse Ă  un prĂ©tendu “nouvel antisĂ©mitisme”, cette dĂ©finition se concentre sur le discours plutĂŽt que sur l’injustice structurelle, assimile la critique politique d’IsraĂ«l Ă  du sectarisme et fournit un moyen de contrĂŽler les institutions et de protĂ©ger IsraĂ«l de toute enquĂȘte approfondie, objectif parfaitement compris par ses concepteurs. Le Canada est allĂ© encore plus loin en publiant, en 2024, un manuel qui prĂ©sente les Palestiniens et leurs soutiens comme des fanatiques pour le simple fait d’exposer les crimes commis par IsraĂ«l, une logique aussi absurde que de qualifier de pyromane toute personne alertant sur un incendie.

Ce qui a pour consĂ©quence un rĂ©gime d’application transnational, avec une rĂ©pression de la dissidence dans les universitĂ©s, les ONG et les institutions publiques, tandis que des groupes bien financĂ©s rebaptisent la solidaritĂ© avec les Palestiniens “antisĂ©mitisme”. Cette diffamation est dĂ©vastatrice : Francesca Albanese, la rapporteure spĂ©ciale des Nations unies, se souvient avoir eu “la nausĂ©e” quand elle a Ă©tĂ© qualifiĂ©e pour la premiĂšre fois d’antisĂ©mite. Le postulat absurde Ă  l’origine de ces accusations sous-entend que des militants de longue date pour la justice raciale, les droits des autochtones, la protection des travailleurs, l’action climatique et autres causes similaires, lorsqu’ils protestent contre un gĂ©nocide en temps rĂ©el, seraient soudainement animĂ©s par la haine des Juifs plutĂŽt que par les mĂȘmes engagements moraux qui les ont guidĂ©s tout au long de leur vie. Que ces accusations ne soient pas rejetĂ©es par les rĂ©dactions ou les institutions, alors qu’elles proviennent de milieux manifestement partisans d’IsraĂ«l, en dit long sur le privilĂšge extraordinaire dont jouissent leur auteurs. Cette discrimination sĂ©lective dans la surveillance de l’antisĂ©mitisme contraste fortement avec l’indiffĂ©rence manifestĂ©e Ă  l’égard de la violence anti-musulmane meurtriĂšre.

La politisation de l’“antisĂ©mitisme” n’a jamais vĂ©ritablement servi les communautĂ©s juives, comme le montre clairement l’hypocrisie des prĂ©tendus dĂ©fenseurs. L’Anti-Defamation League a minimisé le salut nazi d’Elon Musk en le qualifiant de “geste malheureux” alors qu’elle a condamnĂ© le maire Mamdani pour une simple critique du sionisme. AprĂšs la terrible fusillade de Bondi Beach, IsraĂ«l s’est empressĂ© de condamner les manifestations contre le gĂ©nocide, lançant des accusations avant mĂȘme de disposer de preuves, exposant ainsi la logique dĂ©libĂ©rĂ©ment pervertie de ces campagnes de diffamation. En rĂ©alitĂ©, l’antisĂ©mitisme le plus dangereux ne vient pas des dĂ©tracteurs d’IsraĂ«l, mais de l’extrĂȘme droite, notamment des nationalistes blancs et des sionistes chrĂ©tiens. Cette rĂ©alitĂ© est systĂ©matiquement occultĂ©e par ces zĂ©lĂ©s partisans. Comment peuvent-ils imaginer lutter efficacement contre l’antisĂ©mitisme alors qu’ils ignorent si soigneusement ses causes profondes ?

Et pendant ce temps-lĂ , les institutions sionistes rĂ©duisent le judaĂŻsme Ă  une idĂ©ologie de suprĂ©matie raciale exclusive, subvertissant ainsi ses valeurs fondamentales d’altruisme, de vĂ©ritĂ©, de justice et de paix. En exigeant des Juifs du monde entier un appui inconditionnel des crimes d’IsraĂ«l, elles pratiquent l’antisĂ©mitisme mĂȘme qu’elles prĂ©tendent combattre, faisant croire que tous les Juifs soutiennent le gĂ©nocide. Elles ignorent ou minimisent le nombre croissant de Juifs opposĂ©s au sionisme et qui condamnent les crimes d’IsraĂ«l, pour invisibiliser toute dissidence juive. Cette stratĂ©gie menace les communautĂ©s juives au lieu de les protĂ©ger.

La Nakba 1.0 et la Nakba 2.0, génocidaires

Le prĂ©tendu remĂšde Ă  l’antisĂ©mitisme a prĂ©parĂ© le terrain Ă  un massacre de masse. Depuis le 7 octobre 2023, IsraĂ«l a transformĂ© des dĂ©cennies d’oppression en un vĂ©ritable gĂ©nocide. Avec un bilan dĂ©passant probablement les 100 000 morts, voire largement plus, les Palestiniens sont confrontĂ©s Ă  des tueries et Ă  des souffrances sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire moderne.

Gaza a Ă©tĂ© bombardĂ©e avec quelque 85 000 tonnes d’explosifs par kilomĂštre carrĂ©, soit environ six fois la puissance de la bombe d’Hiroshima. Les civils reprĂ©sentent au moins 83 % des victimes, parmi lesquelles des centaines de journalistes et de travailleurs humanitaires. Les soldats ont dĂ©libĂ©rĂ©ment pris pour cible des tentes, des “zones de sĂ©curitĂ©â€Â et des files d’attente pour l’aide humanitaire, massacrant plus de 2 600 civils affamĂ©s qui faisaient la queue pour obtenir de quoi manger, et en blessant au moins 19 000 autres. Des cas documentĂ©s de soldats tirant mĂ©thodiquement sur des enfants ont Ă©tĂ© recensĂ©s, visant diffĂ©rentes parties du corps selon un programme, “comme un exercice de tir sur cible”. En dehors de Gaza, plus de 1 000 Palestiniens ont Ă©tĂ© tuĂ©s en Cisjordanie et Ă  JĂ©rusalem-Est, alors que le Hamas n’y est pas prĂ©sent.

Le prĂ©tendu remĂšde Ă  l’antisĂ©mitisme a prĂ©parĂ© le terrain Ă  un massacre de masse. Depuis le 7 octobre 2023, IsraĂ«l a transformĂ© des dĂ©cennies d’oppression en un vĂ©ritable gĂ©nocide. Avec un bilan probablement supĂ©rieur à 100 000 morts, voire largement plus, les Palestiniens sont confrontĂ©s Ă  des tueries et Ă  des souffrances sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire moderne.

Gaza a Ă©tĂ© bombardĂ©e avec quelque 85 000 tonnes d’explosifs par kilomĂštre carrĂ©, soit environ six fois la puissance de la bombe d’Hiroshima. Les civils reprĂ©sentent au moins 83 % des victimes, parmi lesquelles des centaines de journalistes et de travailleurs humanitaires. Les soldats ont dĂ©libĂ©rĂ©ment pris pour cible des tentes, des “zones de sĂ©curitĂ©â€Â et des files d’attente pour l’aide humanitaire, massacrant plus de 2 600 civils affamĂ©s qui faisaient la queue pour obtenir de quoi manger, et en blessant au moins 19 000 autres. Des cas documentĂ©s de soldats tirant mĂ©thodiquement sur des enfants ont Ă©tĂ© recensĂ©s, visant diffĂ©rentes parties du corps selon un programme, “comme un exercice de tir sur cible”. En dehors de Gaza, plus de 1 000 Palestiniens ont Ă©tĂ© tuĂ©s en Cisjordanie et Ă  JĂ©rusalem-Est, alors que le Hamas n’y est pas prĂ©sent.

On dĂ©nombre plus de 4 800 amputations, affectant notamment dix enfants par jour. Les hĂŽpitaux sont Ă  l’arrĂȘt, l’approvisionnement en eau potable et en mĂ©dicaments est interrompu et les maladies infectieuses se propagent sans contrĂŽle. Actuellement, au moins 9 300 enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguĂ«. Le personnel mĂ©dical est enlevĂ©, torturĂ© ou tuĂ©, privant les hĂŽpitaux de Gaza de leurs effectifs. La nourriture, l’eau, le carburant et l’électricitĂ© sont rationnĂ©s de maniĂšre dĂ©libĂ©rĂ©e. Les cultures sont dĂ©truites. Les maisons, les Ă©coles et les universitĂ©s ont Ă©tĂ© pulvĂ©risĂ©es. PrĂšs de deux millions de personnes ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©es, souvent Ă  plusieurs reprises, et la vie civile est au bord de l’effondrement.

Au-delĂ  de la violence aveugle sĂ©vit une terreur ciblĂ©e. Depuis le 7 octobre, au moins 56 Palestiniens ont Ă©té torturĂ©s à mort. Des intellectuels, des Ă©crivains et des professeurs sont dĂ©libĂ©rĂ©ment assassinĂ©s, notamment Refaat Alareer, surnommĂ©Â â€œla voix de Gaza”, tuĂ© avec sa famille. IsraĂ«l s’appuie sur des “listes de personnes Ă  abattre” gĂ©nĂ©rĂ©es par l’intelligence artificielle et sur le systĂšme “Where’s Daddy ?” pour traquer les Palestiniens jusque chez eux et exterminer des familles entiĂšres. Des drones diffusent des enregistrements de pleurs de bĂ©bĂ©s et de cris de femmes pour attirer les civils hors des abris, puis ouvrent le feu. L’effondrement documentĂ© des taux de natalitĂ© et la flambĂ©e de la mortalitĂ© infantile tĂ©moignent d’une violence reproductive dĂ©libĂ©rĂ©e, qui s’inscrit dans une stratĂ©gie plus large de rĂ©duction de la population palestinienne et de remĂ©diation Ă  la menace dĂ©mographique perçue par IsraĂ«l.

L’ampleur, la barbarie et le sadisme de cette campagne dĂ©fient la capacitĂ© descriptive ordinaire. Face Ă  l’histoire de violence orchestrĂ©e et de spoliation depuis 1948, ces agissements ne peuvent qu’ĂȘtre qualifiĂ©s de typiques d’un État paria — ou alors le terme perd tout son sens.

La rĂ©sistance qualifiĂ©e de “terrorisme” par les terroristes israĂ©liens

Pour justifier cette violence terroriste sans fin, Israël qualifie toute résistance palestinienne de terrorisme.

Contrairement Ă  ce que la plupart des mĂ©dias laissent entendre, le Hamas est une organisation politique et sociale lĂ©gitime qui mĂšne une lutte de libĂ©ration nationale tout en fournissant des services humanitaires Ă  la population palestinienne. Sa branche militaire mĂšne une rĂ©sistance armĂ©e vĂ©ritablement hĂ©roĂŻque, avec des ressources limitĂ©es et des armes improvisĂ©es, face Ă  une armĂ©e dont la taille et la puissance de feu sont Ă©crasantes. Pourtant, s’inspirant d’IsraĂ«l, certaines puissances occidentales (moins de 1 % des membres de l’ONU) ont qualifiĂ© le Hamas d’“organisation terroriste”. AprĂšs la victoire Ă©lectorale du Hamas en 2006, IsraĂ«l a imposĂ© un blocus et lancĂ© des attaques Ă  grande Ă©chelle, tuant des civils et s’attaquant mĂ©thodiquement Ă  la sociĂ©tĂ© civile palestinienne, ce que les autoritĂ©s israĂ©liennes appellent cyniquement “tondre la pelouse”. En rĂ©ponse, le Hamas a Ă©tendu son rĂ©seau de tunnels afin de contourner le blocus et de protĂ©ger les civils des frappes aĂ©riennes, une mesure dĂ©fensive rationnelle dictĂ©e par le dĂ©sengagement de la communautĂ© internationale Ă  l’égard du peuple palestinien.

Les parias “libĂ©raux”

Cette vision de la rĂ©sistance palestinienne imprĂšgne la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne, oĂč mĂȘme les commentateurs libĂ©raux qualifient rĂ©guliĂšrement les combattants palestiniens de terroristes.

Ainsi, le sionisme libĂ©ral, s’il a jamais existĂ©, semble n’ĂȘtre qu’une fiction. Il ne s’agit plus que d’une ruse rhĂ©torique qui blanchit la domination coloniale en se parant des oripeaux de la dĂ©mocratie et des droits de l’homme, suggĂ©rant que l’apartheid et le gĂ©nocide ne seraient que des aberrations imputables Ă  de mauvais dirigeants. Le soutien quasi universel de l’opinion publique Ă  ces massacres ĂŽte toute crĂ©dibilitĂ© Ă  cette affirmation.

À l’étranger, les institutions sionistes renforcent ce dĂ©ni par des dĂ©cennies de mythification, du fantasme d’un dĂ©sert rendu fertile au mensonge d’une “terre sans peuple pour un peuple sans terre”. L’attachement Ă©motionnel Ă  IsraĂ«l rĂ©sulte d’un ancrage religieux, culturel et institutionnel, d’oĂč l’inertie, voire la complicitĂ©, des organisations juives progressistes face Ă  l’intensification des atrocitĂ©s.

L’impunitĂ© d’IsraĂ«l s’appuie toutefois sur d’autres soutiens que le sionisme juif. Aux États-Unis, les sionistes chrĂ©tiens sont environ trente fois plus nombreux que les sionistes juifs. Ils apportent un soutien financier et politique considĂ©rable Ă  IsraĂ«l, tout en adhĂ©rant Ă  une idĂ©ologie apocalyptique dĂ©lirante, dĂ©pourvue de toute rationalitĂ© et de tout sens moral fondĂ©e sur la mort massive des Juifs. Leurs homologues canadiens, moins nombreux mais influents, forment une faction puissante au sein du Parti conservateur traditionnel. Ils contribuent Ă  financer et Ă  soutenir les crimes d’IsraĂ«l, tout en faisant rĂ©gner la rĂ©pression dans leur propre pays.

Ainsi, la domination coloniale et la suprĂ©matie ethnique ne sont pas des dĂ©rives du projet, mais ses principes mĂȘmes, sans variante “libĂ©rale”. Le soutien massif de la sociĂ©tĂ© au gĂ©nocide souligne l’inefficacitĂ© des appels Ă  la modĂ©ration ou Ă  la retenue. Si le sionisme libĂ©ral a jamais existĂ©, il repose dĂ©sormais sous les dĂ©combres de Gaza.

“Aucun autre pays sur cette terre biblique” (sic) — La stigmatisation du paria

De plus, non seulement nos gouvernements dĂ©fendent IsraĂ«l, mais ils vont jusqu’à rĂ©primer activement ceux qui contestent les crimes commis par l’État hĂ©breu :

Le lobbying juif a convaincu le Canada de mettre fin au financement de KAIROS, une organisation ƓcumĂ©nique de dĂ©fense des droits humains, aprĂšs 35 ans d’existence, tandis que des organisations caritatives pro-israĂ©liennes versent des centaines de millions de dollars Ă  des projets israĂ©liens, y compris des opĂ©rations militaires, souvent en violation des rĂšgles fiscales, impliquant ainsi les contribuables canadiens dans les atrocitĂ©s en cours. Les politiciens canadiens insistent par ailleurs sur la natureÂ â€œĂ©ternelle” de l’amitiĂ© et de l’alliance qui nous lie Ă  IsraĂ«l, un pays avec lequel nous partagerions des “valeurs fondamentales”, une amitiĂ© renforcĂ©e par le partage de renseignements, la coopĂ©ration militaire, un accord de libre-Ă©change et la vente d’armes canadiennes, en violation des obligations juridiques nous interdisant de nous rendre complices de crimes de guerre.

Ces pratiques conjuguĂ©es rĂ©vĂšlent Ă  quel point les privilĂšges israĂ©liens sont profondĂ©ment ancrĂ©s aux États-Unis et au Canada, et de quelle maniĂšre la rĂ©pression de la dissidence devient systĂ©mique. Le scandale ne rĂ©side pas dans les critiques excessives des crimes d’IsraĂ«l, mais dans l’immunitĂ© sans prĂ©cĂ©dent dont bĂ©nĂ©ficie un État paria commettant des atrocitĂ©s de masse, immunitĂ© qui l’exonĂšre de toute exposition et de toute responsabilitĂ© — aucun autre pays n’a jamais bĂ©nĂ©ficiĂ© de telles largesses. Nos dĂ©mocraties tolĂšrent qu’un petit État lointain ultra-violent exerce une influence aussi corrosive sur nos libertĂ©s civiles. Si IsraĂ«l est pointĂ© du doigt, c’est parce que nos gouvernements sont complices de ses crimes — en l’armant, le protĂ©geant et en punissant ceux qui le dĂ©noncent —, ce qui nous contraint, nous, Canadiens, Ă  condamner, Ă  affronter et Ă  rĂ©sister Ă  ces crimes.

DĂ©noncer l’État paria

Le parcours d’IsraĂ«l rĂ©vĂšle une vĂ©ritĂ© implacable : il n’est pas prĂȘt Ă  se rĂ©former. À l’instar de l’Afrique du Sud de l’apartheid, IsraĂ«l est un État paria qui ne survit que grĂące Ă  une domination et une violence inouĂŻes.

L’historien Ilan PappĂ© a observĂ© que le sionisme entre dans sa phase terminale, et on ne peut qu’espĂ©rer qu’il ait raison pour le bien des Palestiniens et du reste du monde. IsraĂ«l ne devrait pas bĂ©nĂ©ficier d’une quelconque lĂ©gitimitĂ© pour justifier sa barbarie. La Palestine doit rester au centre du dĂ©bat public, mĂȘme si IsraĂ«l et les États-Unis dĂ©tournent l’attention de Gaza, de la Cisjordanie et de leur programme expansionniste. La pression internationale est l’unique moyen pour qu’IsraĂ«lrende enfin des comptes et que justice soit rendue. D’ici lĂ , le terme “paria” doit ĂȘtre utilisĂ© sans relĂąche, aussi spontanĂ©ment que “ministĂšre de la SantĂ© du gouvernement du Hamas”.

Il fut un temps oĂč les politiciens et les dirigeants politiques, prĂ©tendument progressistes, mais moralement frileux, reconnaissaient en privĂ© la vĂ©ritĂ©, sans toutefois jamais oser la professer publiquement. Ils prĂ©tendaient alors qu’un “vĂ©ritable ami” d’IsraĂ«l le pousserait Ă  changer de cap pour son propre bien. Cette croyance est rĂ©volue. IsraĂ«l a clairement montrĂ© qu’il est aux antipodes des valeurs humanistes et ne permettra jamais la crĂ©ation d’un État palestinien, dĂ©masquant ainsi l’hypocrisie desÂ â€œĂ©lites” occidentales.

Si le statut de paria doit donc garder tout son sens, il doit se traduire par des mesures dĂ©cisives et coordonnĂ©es. ConcrĂštement, cette dĂ©marche implique de mettre fin Ă  l’occupation et Ă  l’apartheid, de radier IsraĂ«l des institutions internationales, y compris de l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies, d’imposer un embargo militaire total, des sanctions diplomatiques, commerciales, financiĂšres, universitaires et culturelles, en accord avec les stratĂ©gies mondiales de boycott, dĂ©sinvestissement et sanctions (BDS), et de mettre en Ɠuvre un processus de justice transitionnelle avec des rĂ©parations. Les gouvernements et la sociĂ©tĂ© civile doivent poursuivre les responsables devant la CPI, la CIJ et d’autres instances judiciaires, restreindre les dĂ©placements des fonctionnaires complices, contraindre les entreprises Ă  se dĂ©sengager de l’apartheid, protĂ©ger les militants contre la rĂ©pression, tenir les mĂ©dias pour responsables de la diffusion de la propagande et donner la prioritĂ© aux mouvements dirigĂ©s par les Palestiniens, en privilĂ©giant les voix longtemps marginalisĂ©es, y compris dans les espaces de dĂ©fense des droits.

Le soutien occidental Ă  IsraĂ«l, ancrĂ© dans la culpabilitĂ© historique, les intĂ©rĂȘts stratĂ©giques, les affinitĂ©s culturelles, la politique intĂ©rieure, l’idĂ©ologie religieuse, l’argent et la propagande, constitue un obstacle majeur Ă  toute responsabilisation. Ces alliances doivent ĂȘtre rompues. Les souffrances incessantes des Palestiniens l’exigent : des enfants morts ou traumatisĂ©s, des communautĂ©s anĂ©anties, des avenirs effacĂ©s. L’inaction de la communautĂ© internationale aggrave la crise morale et crĂ©e un vide qui permet Ă  IsraĂ«l de prĂ©tendre Ă  une “crise de lĂ©gitimitĂ©â€, alors qu’il se dĂ©savoue lui-mĂȘme avec ses crimes perpĂ©tuels.

La romanciĂšre palestinienne Susan Abulhawa a souligné qu’IsraĂ«l a infligĂ© une profonde “blessure morale” à l’humanitĂ© tout entiĂšre par sa barbarie sadique. Elle souligne ainsi la nĂ©cessitĂ© urgente pour les citoyens du monde de tenir IsraĂ«l pour ce qu’il est, un État paria, de le tenir pleinement responsable et d’exercer une pression impitoyable jusqu’à ce qu’un ordre juste Ă©merge des dĂ©combres de son oppression inhumaine et barbare, et que la Palestine recouvre sa libertĂ©.

 


Traduit par Spirit of Free Speech

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Robert Bibeau

Auteur et éditeur

Une rĂ©flexion sur “👁‍🗹 La lutte de libĂ©ration nationale du peuple palestinien contre le nĂ©ocolonialisme (1947-2026)

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