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Quand la France bourgeoise s’émeut des rixes inter-groupuscules et banalise les massacres israéliens à Gaza

Par Khider Mesloub.

Peu de sociétés révèlent autant que la France leurs priorités morales dans la manière dont elles hiérarchisent les violences qu’elles choisissent de montrer. Les médias et responsables politiques français excellent à exhiber les violences du quotidien, tout en normalisant les violences d’État, qu’elles soient policières ou militaires, en France comme en Israël. Cette hiérarchie des violences n’est pas abstraite : elle structure chaque jour le récit médiatique et politique français.

En France, il suffit d’une vidéo montrant quelques adolescents se bousculant dans un train ou d’une altercation dans un hall d’immeuble pour que s’enclenche aussitôt la grande machine à dramatisation hystérique. Des studios climatisés de CNEWS aux colonnes du Figaro, des plateaux de BFM aux discours de ministres macronistes, la même rengaine se déploie : « ensauvagement de la société », « perte des repères », « barbarie des banlieues », « faillite de l’autorité ».

Éric Zemmour voit dans chaque fait divers la preuve de sa prophétie apocalyptique : « la France se tiers-mondise ». Pascal Praud s’étrangle en direct en parlant de « zones de non-droit ». Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, n’hésitait pas à déclarer que « la sauvagerie gagne du terrain », promettant toujours plus de police et toujours plus de fermeté. Bruno Retailleau exigeait « un sursaut d’ordre », quand Jordan Bardella dénonçait « une jeunesse ensauvagée par l’immigration ».

Chaque agression de rue devient un symbole national. On convoque en boucle syndicalistes policiers et éditorialistes sécuritaires pour expliquer que « la France bascule ». On réclame des lois d’exception, des couvre-feux pour mineurs, des peines planchers, la fin de « l’excuse de minorité ». Un coup de poing dans un métro parisien déclenche plus de commentaires qu’une guerre entière. Voilà pour la comédie quotidienne. Le problème n’est pas l’attention portée aux victimes françaises, mais la hiérarchie implicite des vies humaines.

Le fait divers rassure : il désigne un coupable identifiable. Le crime d’État oblige à questionner un système. Une exigence que le débat médiatique français vérolé par le sionisme contourne soigneusement.

Mais il existe une autre scène, bien moins commentée. Une scène où cette même classe politico-médiatique a révélé sa véritable nature immorale. Pendant plus de deux ans, au moment même où ces donneurs de leçons hurlaient à la barbarie pour un scooter volé à Marseille, la population palestinienne entière était méthodiquement écrasée à Gaza sous les bombes israéliennes. Des villes rasées, des hôpitaux pulvérisés, des écoles détruites, des familles entières anéanties. Des dizaines de milliers de morts, dont une majorité écrasante de femmes et d’enfants. Et face à cela ? Un silence complice. Des justifications cyniques. Une obscénité permanente.

La France des plateaux télé préfère les faits divers aux crimes d’État

Souvenons-nous : lorsque les premières images d’immeubles effondrés à Gaza ont circulé, Pascal Bruckner expliquait tranquillement sur LCI qu’Israël menait « une guerre de civilisation ». Alain Finkielkraut déclarait sur Europe 1 : « Gaza n’est pas une prison, c’est une base militaire du Hamas » (autrement dit : tous ses habitants méritent d’être anéantis). Sur CNEWS, le général Dominique Trinquand justifiait les bombardements massifs en affirmant que « la proportionnalité n’existe pas dans la guerre contre le terrorisme » (là également, justification du massacre des civiles palestiniens).

Quand des milliers d’enfants palestiniens mouraient sous les décombres (55 enfants massacrés par jour), Raphaël Enthoven assénait que « l’émotion ne doit pas remplacer la raison stratégique » (autrement dit : la stratégie occidentalo-sioniste exige l’anéantissement des enfants palestiniens). Caroline Fourest dénonçait « l’hypocrisie des larmes sélectives pour Gaza » (autrement dit : aucune larme pour les Gazaouis et davantage d’armes pour Tsahal). Le député macroniste Meyer Habib applaudissait à l’Assemblée nationale chaque offensive israélienne, allant jusqu’à traiter de « complices du Hamas » tous ceux qui réclamaient un cessez-le-feu.

Le président Emmanuel Macron lui-même, si prompt à commenter la moindre incivilité en France, déclarait dès octobre 2023 son « soutien inconditionnel à Israël », « son droit à se défendre » (contre des civils palestiniens innocents). Quand l’ONU parlait de possibles crimes de guerre, BFM et CNEWS invitaient des « experts » pour expliquer que tout cela n’était que propagande. Quand des organisations humanitaires décrivaient une catastrophe absolue, on leur répondait par des éléments de langage fournis par l’ambassade d’Israël. Les hôpitaux bombardés ? « Des centres terroristes ». Les journalistes tués ? « Des dommages collatéraux ». Les convois humanitaires visés ? « Des erreurs regrettables ». Les enfants déchiquetés ? « La responsabilité du Hamas ».

Jamais le mot « ensauvagement » n’a été prononcé pour qualifier ces massacres industriels perpétrés par la horde militaire israélienne fanatisée. Jamais.

Ainsi, la mort d’un adolescent français poignardé déclenche des heures d’antenne, ce qui est normal. Mais la mort de milliers d’enfants palestiniens ne suscite que des précautions de langage, des relativisations prudentes, des appels abstraits à la « retenue des deux côtés ».

On se souvient de cette phrase glaçante de l’éditorialiste Yves Thréard dans Le Figaro : « Israël a le droit de se défendre, quoi qu’il en coûte ». « Quoi qu’il en coûte » : y compris la vie de dizaines de milliers de civils, quand bien même en majorité des enfants et des femmes.

L’ensauvagement imaginaire contre la barbarie bien réelle

On se souvient aussi de Bruno Le Maire affirmant que « la France est solidaire d’Israël sans ambiguïté », pendant que les images d’enfants carbonisés tournaient en boucle sur les réseaux sociaux.

Voilà leur morale. Une morale à géométrie variable. Une morale où une bagarre à Créteil devient une tragédie nationale, mais où un charnier à Gaza devient un simple « contexte géopolitique complexe ». Ces gens ne sont pas indignés par la violence. Ils sont indignés par certaines violences seulement : celles qui servent leur récit politique.

Mais cette obsession pour la « violence du quotidien » n’est pas seulement sécuritaire : elle est d’abord identitaire. Ces politiciens et chroniqueurs ne s’intéressent à ces faits divers que parce qu’ils leur offrent un prétexte idéal pour désigner un coupable commode : l’immigration musulmane. Chaque rixe devient l’occasion de marteler le même refrain : l’islam comme problème national. Sous couvert de parler d’ordre et d’autorité, ils construisent méthodiquement un discours islamophobe, où la délinquance serait l’expression naturelle d’une culture supposée étrangère à la France.

Ils ne cherchent pas à comprendre la violence sociale ; ils veulent l’ethniciser et la confessionnaliser. Le fait divers n’est pour eux qu’un outil : transformer des difficultés sociales en menace civilisationnelle, faire d’une poignée d’adolescents turbulents le symbole d’une « invasion culturelle ». Leur indignation est donc sélective et orientée : elle sert à nourrir la peur de l’islam et à légitimer toujours plus de répression contre les quartiers populaires.

La violence vénielle des pauvres en France les horrifie. La violence terroriste d’État du régime de Netanyahou les indiffère. Ils parlent d’« ensauvagement » quand des jeunes des quartiers s’affrontent, mais restent muets quand une armée composée de 400 000 soldats sionistes fanatisés rase des quartiers entiers avec des bombes de 900 kilos. Ils s’émeuvent des insultes contre la police, mais pas des médecins palestiniens abattus dans des blocs opératoires. Ils dénoncent les réseaux sociaux qui « banalisent la brutalité », mais invitent sans sourciller des généraux israéliens à expliquer doctement comment bombarder « proprement » une ville de deux millions d’habitants.

Leur indignation n’est pas morale : elle est politique. Elle sert à discipliner socialement les classes populaires françaises, tout en justifiant les guerres impérialistes et coloniales menées par leurs alliés, notamment les sionistes d’Israël.

Quand la violence vient d’en bas, ils parlent de barbarie. Quand elle vient d’en haut, ils parlent de géopolitique. Quand elle frappe un quartier populaire, ils réclament l’état d’urgence. Quand elle frappe le peuple palestinien assiégé, ils invoquent « la complexité du conflit ». Ce double langage est une honte historique.

La véritable sauvagerie n’est pas dans les bagarres d’adolescents, mais dans les bombardements menés contre des populations civiles palestiniennes par le régime fasciste israélien et son appareil militaire fanatisé. Elle est dans les enfants amputés sans anesthésie. Elle est dans les hôpitaux détruits. Elle est dans les famines organisées. Elle est dans les gouvernements occidentaux qui financent et arment ces crimes tout en donnant des leçons de civilisation.

À force de crier « ensauvagement » à propos de tout et n’importe quoi, ils ont fini par vider le mot de son sens. Car s’il existe un ensauvagement, il est d’abord celui des élites françaises, capables de s’émouvoir d’une vitrine brisée à Nanterre tout en trouvant normal que des milliers d’enfants palestiniens soient ensevelis sous des tonnes de béton à Gaza.

Leur théâtre moral ne trompe plus personne. Derrière leurs grands discours républicains se cache une vérité simple : pour eux, toutes les vies ne se valent pas. Et c’est peut-être là, plus que dans les violences qu’elle prétend dénoncer, que la France révèle ses véritables priorités morales. C’est cela, le cœur de leur barbarie.

 

Khider MESLOUB

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

4 réflexions sur “Quand la France bourgeoise s’émeut des rixes inter-groupuscules et banalise les massacres israéliens à Gaza

  • bixel

    Monsieur MESLOUB

    Comme d habitude , vous prenez parti , oui moi aussi, car je vis en France et je constate tous les jours que l immigration que j endure , est de plus en plus insupportable ::: SECURITE en premier et COUT en second ca fait beaucoup , il est absolument que cet exode cesse car nous sommes entrain de disparaitre ce qui semble vous satisfaire
    Pour quoi vivez vous hors de votre pays d origine ??????

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  • Josy

    Ceux des médias qui n’ont pas besoin de vrais journalistes adorent les confusions : les crimes sont ceux que l’on peut utiliser pour décharger l’un et charger l’autre.
    Les castagneurs en groupes sont utilisés pour faire un cocktail : on mélange les lieux , les sites de conférences, les universités et sciences po Lyon et on secoue les trois sans tenir compte des distances.
    Ensuite on accuse LFI et on souligne l’existence de groupuscules mal connus de jeunes pour dénicher un royaliste bigot tué on ne sait trop comment / Toute la presse s’y colle pour en fin de compte ne rien comprendre sauf que Mélenchon est de gauche et qu’il faut faire front contre lui . OUF!! !la chatte a peut être retrouvé ses petits.

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  • Josy

    Vous êtes content là où vous êtes et c’est tant mieux .
    Certains comme à Gaza étaient chez eux et des migrants sont venus les chasser : ceux qui n’ont pas été chassés sont tués, massacrés, torturés et subissent les sévices les plus ignobles. Réjouissez vous donc que des migrants ne font que déranger.
    On ne choisit pas toujours le lieu .
    Essayez de ne pas vous laisser emporter par l’absence de réflexion des faiseurs d’opinion et vous vous sentirez mieux.

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