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La Franc-maçonnerie au Moyen-Orient (1/2)

Sur La Franc-maçonnerie au Moyen Orient 1/2 – Madaniya

Parution de l’Histoire de la Franc-Maçonnerie au Moyen-Orient (Liban, Syrie, Palestine, Turquie, Égypte, Iran) de Jean Marc Aractingi. Editions Amazone Prix 21 euros, ISBN 978 107 500  5473


Le sujet a longtemps nourri les fantasmes et les supputations, les phobies aussi du fait de son culte du secret, de son rite initiatique ésotérique et de la solidarité clanique des membres de la corporation.

L’antimaçonnisme était souvent lié à l’Église catholique craignant une remise en question de son magistère sur la vie publique nationale, condamna à plusieurs reprises la franc-maçonnerie en tant que telle depuis la bulle pontificale In Eminenti apostolatus spéculum en 1738.

L’Abbé Augustin Barruel, prêtre jésuite, polémiste,  par exemple, a défendu la thèse que la Révolution française résultait d’un complot maçonnique. L’anti maçonnisme devient progressivement une doctrine qui se développe dans les milieux catholiques ultramontains, qui soutiennent la position traditionnelle  de l’Église italienne, partisans du  pouvoir absolu du pape, par opposition aux gallicans, et chez les penseurs de la contre-révolution.

Un auteur a entrepris de dissiper ce halo de mystère, dans un magistral ouvrage de 755 pages, solidement documenté conforté par des photos d’époque. Une encyclopédie en somme. L’auteur, il est vrai, n’est pas un perdreau de l’année ni un plaisantin. Plutôt un hyper-capé du cursus universitaire français en même temps qu’un grand ponte de la Franc-Maçonnerie.

Jean Marc Aractingi est tout à la fois «Maître à la Grande Loge de France et de l’Orient de Paris, membre correspondant de la célèbre loge de recherche Jean Scott européenne de la Grande Loge de France, haut dignitaire du Souverain Sanctuaire International des rites égyptiens de Memphis Misraïm et Commandeur de l’Ordre de La Fayette»  Grand maître du Grand Orient Arabe, il est pour les initiés (33e, 99e, CBCS, 7e R), autrement dit le «Grand Manitou».

Son cursus universitaire n’en est pas moins impressionnant.

Diplôme de l’École Centrale de Paris (DEA thermique), cet ingénieur en énergie solaire est titulaire d’un triple diplôme : DEA thermique-Centrale, DEA en Développement de l’Université Paris I-Sorbonne, Diplôme de 3e cycle en Diplomatie Supérieure du Centre des Études Diplomatiques et Stratégiques de Paris (CEDS), par ailleurs ancien stagiaire au Collège Interarmées de défense (anciennement École de Guerre)-Exercice COALITION 2003. Ancien PDG du Groupe ARCORE-SOLARCORE SA, il est Président de l’Association Franco-Arabe des Diplômés des Grandes Écoles Françaises. Il est l’auteur du livre «Peintres orientalistes», Éditions vues d’Orient (2003) et co-auteur avec Christian Lochon du livre sur «Confréries soufies: secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques (Harmattan 2008).


Le Grand Orient au Moyen Orient

L’Angleterre aura durablement façonné le Moyen-Orient à son image, plus que toute autre puissance coloniale. Des accords Sykes-Picot, en 1916, portant démembrement de l’Empire ottoman et son partage en zone d’influence entre la France et la Grande Bretagne, à l’avantage des Anglais, à la Promesse Balfour, en 1917, portant création d’un Foyer National Juif en Palestine, à la propulsion de la dynastie wahhabite à la tête du royaume saoudien et de la dynastie hachémite sur le trône jordanien, à la mainmise enfin sur le golfe pétrolier, tout, absolument tout, aura porté la marque de son empreinte, y compris l’introduction de la Franc-Maçonnerie dans le Monde arabe et musulman. À l’ancrage du Grand Orient au Moyen Orient en vue d’accompagner le Monde arabo-musulman dans son accession à la modernité.

La première loge de la Grande Loge d’Écosse en Syrie remonte en effet à 1748, soit trente ans avant la Révolution française. Elle a été instituée d’ailleurs par Alexandre Drummondville, Consul britannique à Alep et frère de Georges Drummond, Grand Maître de la Grande loge d’Écosse (1752-1753), lui-même grand provincial (1739-1747).

Revue de détails

1- Liban: Camille Chamoun, Charles Debbas, Bachir Gemayel, Sami et Rachid Solh, l’Émir Majid Arslane, Gebrane Khalil Gebrane, Antoun Saadé, chef du Parti populaire syrien, Melhem Karam, ancien président du syndicat de la presse.

Dans la décennie 1920, le Liban comptait plus de 1.200 Francs maçons, soit 7 pour cent de la population adulte de sexe masculin. La loge Palestine N0 415, en 1851, comptait 150 membres avec comme adhérents les grandes familles de Beyrouth, de Damas et de Palestine, comme les Beyhum, les Sursock, les Ammoun, les Azm etc.

Parmi les personnalités ayant adhéré à la Franc-maçonnerie, les deux présidents Charles Debbas, Camille Chamoun, ainsi que des membres des grandes familles, Sami et Rachid Solh, deux anciens premiers ministres, l’Emir Majid Arslan, ancien ministre de la défense, ses collatéraux, l’Emir Chakib, Arslan, l’Emir Adel Arslane et l’Emir Amine Arslane, Mahmoud Joumblatt.

Camille Chamoun, de porte étendard de la Palestine au chef du camp pro américain au Moyen orient

L’homme qui commença sa carrière par une éblouissante profession de foi pro-palestinienne que ne renierait pas le plus farouche nationaliste arabe, dans sa première intervention devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, en sa qualité de délégué du Liban, en 1948, finira sa carrière en tant que chef du camp pro-américain au Moyen-Orient.

Succédant dans cette fonction à l’irakien Noury Said, lynché par la foule à Bagdad à la chute de la monarchie hachémite, en juillet 1958, Camille Chamoun présidera un pays qui aura connu sous son magistère la première guerre civile interconfessionnelle libanaise (1958), et sous son autorité au ministère de l’intérieur en 1975-1976, le lancement de la 2e guerre civile libanaise.

Circonstance aggravante, le plus en vue des dignitaires maçonniques libanais sera le seul dirigeant arabe à refuser de rompre ses relations diplomatiques avec la Grande Bretagne et la France, en 1956, en signe de solidarité avec l’Égypte nassérienne dans la foulée de l’agression tripartite israélo-anglo-française de Suez, en 1956.

Cet alignement inconditionnel sur la stratégie atlantiste de même que la cécité politique des milices chrétiennes libanaises dans leur alliance contre nature avec Israël, quinze ans plus tard, lors de la guerre inter factionnelle libanaise (1975-1990) ont semé la suspicion sur le patriotisme des maronites vis à vis du Monde arabe, entraînant un déclassement de leurs prérogatives constitutionnelles dans la règlement du conflit libanais.

L’effondrement des structures familiales et la recomposition des alliances claniques à la faveur de la guerre intestine inter-libanaise (1975-2000) ont donné lieu à une prolifération de groupuscules se proposant de développer des solidarités parallèles en marge des réseaux habituels.

Conséquence sans doute lointaine de l’aspersion des méga-radios religieuses américaines, les fameux prédicateurs électroniques, le prosélytisme a connu un regain de vigueur au Liban et en Cisjordanie.

Les Témoins de Jéhovah se sont montrés très actifs au sein des couches paupérisées de la fraction chrétienne et de la population musulmane, désireux de modifier leur condition de vie ancestrale. Cet engagement s’expliquait par la perspective ou l’illusion d’un débouché, ou encore, par l’indéniable attrait, qu’offre, en cas de conversion, la possibilité d’un recyclage aux États-Unis.

Même la franc-maçonnerie, structure d’ordre et de discipline s’il en est, n’a pas échappé au phénomène de prolifération. Alors que le Liban comptait avant la guerre civile (1975-1990) près de 3.000 francs-maçons régulièrement identifiés, la fin des hostilités a déclenché une croissance exponentielle des loges issues de l’immigration, les loges de la diaspora.

Bachir Gemayel

Le chantre du libanisme intégral, d’une souveraineté nationale pleine et entière, était un franc maçon. “Initié par Georges Nercessian, Grand Maître de la Grande Loge du Liban, l’appartenance du président éphémère du Liban (1982) à la maçonnerie a été confirmée au Grand Maître du Grand Orient Œcuménique, le TSF Jean Marc Aractingi, par la famille du frère Charles Hernu (1923-1990), ancien ministre socialiste français de la défense.

Charles Hernu, ancien Maire de Villeurbanne (banlieue de Lyon) a raconté avoir fait la connaissance du chef des milices chrétiennes libanaises lors d’un atelier organisé par la Grande Loge d’Orient et d’Occident à Lyon”, est-il écrit à la page 181 de l’ouvrage.

Bachir Gemayel, un voyou

Richard Murphy, ambassadeur des Etats Unis en Syrie, en poste dans la zone à la fin de la décennie 1970 jugeait Bachir Gemayel, chef militaire des phalangistes et fondateur des Forces Libanaises, les milices chrétiennes libanaises, comme un «voyou».

Parmi les autres personnalités libanaises ayant adhéré à la Franc-maçonnerie figuraient notamment Antoun Saadé, fondateur du Parti Populaire Syrien,  Gébrane Khalil Gébrane, l’inoubliable auteuir du “‘prophète”, l‘écrivain Girgi Zeydan, le poète Bechara Abdallah Al Khoury “Al Akhtal as saghir”, Kamel Al Assaad, ancien président de la chambre des députés, l’homme politique Bachir al Awar, Melhem Karam, ancien président du syndicat de la presse, ainsi que Prosper Gay Para, propriétaire du Palm Beach à Beyrouth et du Byblos à Saint Tropez.

Syrie: Jamil Mardam Bey, Housni al Zaim, Adib Chichakli, Choucry Al Kouatly

Au XX me siècle, La loge «Qayssoun» a regroupé les principaux dirigeants nationalistes parmi les plus hostiles à la France, puissance mandataire de l’époque. Pas moins de dix présidents de la République et de premiers ministres était affiliés à des instances maçonniques notamment Jamil Mardam Bey, Choukry Al Kouatly, Husni al Zaim, Adib Chichakli, Nazem Al Kodsi, Fawzi Selo, Sami al Hennaoui, Farés Al Khoury et Saadallah Al Jabri.,

Syrie : Jamil Mardam Bey, une réputation vouée à la suspicion

Le plus en vue des francs-maçons syriens n’est autre que Jamil Mardam Bey (1894-1960), l’ancien premier ministre du mandat français sur la Syrie, le plus controversé des dirigeants politiques syriens de l’histoire moderne.

L’évocation de son nom dans les cercles intellectuels arabes prête à controverse et emporte rarement une adhésion spontanée. Présenté par ses partisans comme un «éminent nationaliste», il est, pour ses détracteurs, «le chef du parti colonial» français en Syrie.

L’homme traîne en effet comme un boulet une réputation vouée à la suspicion, conséquence de la satire dont il a été l’objet de la part du célèbre poète arabe Omar Abou Riché mettant en question son patriotisme.

Né à Damas, en 1894, d’une famille sunnite, d’origine ottomane, appartenant à la grande aristocratie damascène, titulaire d’un diplôme universitaire de Paris, Jamil Mardam Bey est le fondateur, en 1911, à Paris, avec cinq de ses camarades d’école, la société secrète «Al Fatat» œuvrant pour l’indépendance des provinces arabes de l’Empire Ottoman.

En 1916, condamné à mort par contumace par les Ottomans, il fuit en Europe. Mais ses camarades moins chanceux seront, eux, pendus en public à Damas et à Beyrouth, le 6 Mai 1916, du fait d’une négligence du consul général français à Beyrouth, Georges Picot, qui avait laissé traîner dans ses tiroirs la liste de ses interlocuteurs habituels.

De retour à Damas, en 1918, il accompagne en 1919 le roi Fayçal à la Conférence de Paix de Paris. En 1920, l’armée française, après avoir détrôné le roi Fayçal, le condamne à mort. Il fuit à Jérusalem. Amnistié, il devient membre du mouvement clandestin, la «Société à  la “main de fer» de son ami et «frère» Abdul Rahman Shahbandar.

À l’indépendance de la Syrie, en 1943, le nouveau président syrien Chucri Al Kouatly le nomme ministre des Affaires étrangères et de la Défense. En 1947, il est de nouveau Premier Ministre. En 1948, avec l’arrivée des militaires au pouvoir, il démissionne et annonce son retrait de la vie politique. Son parcours maçonnique et la satire du grand poète arabe Omar Abou Riché, Jamil Mardam Bey est rentré assez tard en franc-maçonnerie à l’âge de 30 ans. Il a passé tous les échelons de la franc-maçonnerie pour devenir un Haut Dignitaire de la Célèbre Loge «AL Zahra N°92» à l’Orient de Damas, sous juridiction de la Grande Loge Nationale d’Égypte.

Il rejoindra, plus tard, la Grande Loge de Syrie.

Ce haut dignitaire maçonnique traîne cependant une réputation sulfureuse de chef du parti colonial, sans doute en raison de son comportement à l’égard de la puissance mandataire. Il sera à ce titre fustigé par l’un des plus célèbres poètes arabes, Omar Abou Riché.

Dans un papier intitulé «Ceux qui ont bradé la Palestine», l’écrivain Mohamad Al Walidi dresse le portrait de Jamil Mardam Bey, en reprenant à son compte la satire du poète Omar Abou Riché à l’encontre du politicien syrien :

«Comment une nation peut elle forger sa grandeur, alors qu’elle compte parmi les siens un homme à l’exemple de Jamil Mardam Bey. Jamais entrailles n’ont porté un criminel d’un tel calibre».

Jamil Mardam Bey

Il est le grand oncle de l’éditeur franco-syrien Farouk Mardam Bey, Directeur des Éditions Sindbab (groupe Actes Sud) et de ses cousines, les  deux sœurs Kodmani, Basma et Hala Kodmani.

En filiation intellectuelle directe avec leur aîné, Farouk Mardam Bey et Hala Kodmani ont animé durant la guerre de Syrie (2011-2024)  depuis Paris une micro structure oppositionnelle «Souriya Hourra» -(Syrie Libre), dans un parfait synchronisme de la guerre menée par la France contre la Syrie, leur patrie d’origine, depuis 2011, sous couvert de «printemps arabe». Hala Kodmani est par ailleurs salariée du journal Libération, propriété du milliardaire franco-israélien Patrick Drahi.

Sa sœur, Basma Kodmani, a assumé les fonctions de porte-parole de l’opposition off shore syrienne pour le compte de la coalition islamo-atlantiste avant d’être déchargée de ses responsabilités.

Choucri Kouatly

Premier Président de la République syrienne post-indépendance (1943), Choucri Kouatly était, par malchance et en dépit de son nationalisme, un féal du royaume saoudien. Plus que de besoin.

Ses relations avec le Roi Abdel Aziz et ses enfants, étaient étroites. Il gravitait dans leur giron depuis 1926. Plusieurs membres de sa famille exerçaient des activités commerciales fructueuses en Arabie. Kouwatly était partisan de la restauration de la Monarchie en Syrie, dans la décennie 1930. Il a même soutenu la candidature de Fayçal Ben Abdel Aziz au poste de Roi de Syrie, mais échouera dans son projet. Ces faits sont mentionnés dans l’ouvrage «Syria and Lebanon under French Mandate» de Stephen Hemsley Longrigg –traduction en langue arabe Pierre Akl, Maison d‘édition Dar Al Haqiqa.

Lorsque Nasser demanda à Sarraj d’aviser Kouatly du complot ourdi contre lui par le Roi d’Arabie, l’officier syrien s’est montré très réticent, craignant que «le citoyen arabe N°1», titre que lui avait attribué Nasser au moment de la fusion syro-égyptienne, n‘alerte ses amis saoudiens de cette grave affaire.

De surcroît les relations entre Sarraj et Kouatly n’étaient pas empreintes d’une grande chaleur.  Sarraj était parfaitement informé de la nature des relations Kouatly -Al Saoud.

Nasser insista. Les craintes de Sarraj étaient fondées. Kouatly avait bel et bien alerté les Saoudiens, les assurant que Nasser était au fait de leurs menées. Sarraj s’est étranglé de colère lorsque son officier d’ordonnance lui a remis un message chiffré adressé par l’ambassade de d’Arabie saoudite à Damas, à la Cour Royale saoudienne et intercepté par les services syriens qui mentionnait laconiquement: «L’immeuble est virusé».


Du même auteur

 

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 réflexions sur “La Franc-maçonnerie au Moyen-Orient (1/2)

  • Au verset 5 du Chapitre 23 du second livre de Samuel, il est dit : « Il n’en était pas ainsi de ma maison ; mais Elle m’a établi dans une alliance éternelle, bien ordonnée, et ferme en toutes choses. Elle est toute ma délivrance et tout mon plaisir, et ne fera t-elle pas fleurir ma maison ? »
    L’alliance éternelle et bien ordonnée dont parle le verset 5 fait allusion à la fondation d’une immense fraternité secrète qui a été éternelle en effet, puisqu’elle est devenue la Franc-Maçonnerie.
    Cependant, il ne faut pas faire de confusion entre la Maçonnerie moderne (ou Maçonnerie anglo-saxonne) dite « spéculative », issue de la rédaction des Constitutions de la Grande Loge d’Angleterre publiées en 1723, et la Maçonnerie ancienne dite « Opérative » qui trouve son origine dans les « Mystères », c’est-à-dire dans un enseignement donné dans le secret pour continuer à expliquer les lois de la Nature. Aussi, c’est cette dernière, et non la « spéculative », qui a toujours été visée et/ou interdite par certains régimes totalitaires.
    La Franc-Maçonnerie est d’origine hébraïque (Les Mystères de Jérusalem), tous les mots de passe sont des vocables hébreux, ses légendes sont tirées de l’histoire du peuple d’Israël.
    C’est la Reine Daud qui fonda les Mystères de Jérusalem, Institution secrète qui devait se propager jusqu’à nous à travers la Franc-Maçonnerie. Précisons que le nom de « David », dont on a fait un « Roi », est la traduction du nom hébreu « Daud », nom féminin qui était celui de la dernière souveraine, Reine et Mère de Salomon, qui fut martyrisée à Jérusalem après y avoir régné 33 ans.
    Profitons-en pour préciser que le Coran utilise deux expressions différentes pour désigner les juifs : soit « fils d’Israël » (banû Isrâ’îl) quand il s’agit des authentiques dépositaires de la tradition hébraïque, soit proprement « juifs » (yahûd) quand il s’agit des représentants de ses formes déviées.
    Rappelons avec Joseph de Maistre que « la Franc-Maçonnerie moderne, née aux XVIIIème siècle, est le produit corrompu et d’origine anglo-saxonne de cette tige ancienne et respectable ».
    « C’est bien ainsi qu’il faut envisager la question, confirme René Guénon qui ajoute qu’on a trop souvent le tort de ne penser qu’à la Maçonnerie moderne (ou « Maçonnerie spéculative »), sans réfléchir que celle-ci est simplement le produit d’une déviation, et d’une dégénérescence au sens d’un amoindrissement consistant dans la négligence et l’oubli de tout ce qui est « réalisation » du point de vue initiatique. Les premiers responsables de cette déchéance, à ce qu’il semble, ce sont les pasteurs protestants, Anderson et Desaguliers, qui rédigèrent les Constitutions de la Grande Loge d’Angleterre, publiées en 1723, et qui firent disparaître tous les anciens documents (Old Charges) de l’ancienne « Maçonnerie opérative » sur lesquels ils purent mettre la main, pour qu’on ne s’aperçût pas des innovations qu’ils introduisaient, et aussi parce que ces documents contenaient des formules qu’ils estimaient fort gênantes. Ce travail de déformation, les protestants l’avaient préparé en mettant à profit les quinze années qui s’écoulèrent entre la mort de Christophe Wren, dernier Grand-Maître de la Maçonnerie ancienne (1702), et la fondation de la nouvelle Grande Loge d’Angleterre (1717). Cependant, ils laissèrent subsister le symbolisme, sans se douter que celui-ci, pour quiconque le comprenait, témoignait contre eux aussi éloquemment que les textes écrits, qu’ils n’étaient d’ailleurs pas parvenus à détruire tous. Voilà, très brièvement résumé, ce que devraient savoir tous ceux qui veulent combattre efficacement les tendances de la Maçonnerie actuelle, bien qu’il y a eu ultérieurement une autre déviation dans les pays latins, celle-ci dans un sens antireligieux, mais c’est sur la « protestantisation » de la Maçonnerie anglo-saxonne qu’il convient d’insister en premier lieu. ».
    À propos de Jean-Théophile Desaguliers : pasteur presbytérien et physicien, élève de Newton, était un huguenot français exilé en Angleterre. Violemment antifrançais et anticatholique, il complota toute sa vie contre la France et y réalisa plusieurs voyages secrets, notamment à Bordeaux où il fut à l’origine de l’infiltration d’une loge opérative anglophile existante, qui fut le fer de lance de la Grande Loge de Londres (GLL) en France. Rappelons simplement que Bordeaux fut un des creusets où se forgea la Révolution française, ce qui explique encore que dans la première phase révolutionnaire ce furent les girondins, majoritairement francs-maçons « spéculatifs », qui dominèrent la situation.
    À propos de James Anderson : pasteur lui aussi, était avant tout un « voluptueux », au sens le plus baudelairien du terme, évoluant dans les milieux libertins et occultistes londoniens, et nous verrons que c’est grâce à ses relations avec l’un des plus grands débauchés du royaume, le duc Philippe de Wharton, qu’il va opérer la phase finale de sa subversion en 1723. Signalons la curieuse étymologie d’« Anderson » : « Ander » ou « Andros » qui signifie « mâle » ou « homme », et « son », « fils », ce qui donne « Fils de l’homme » qui prend le contrepied du « Fils de la Femme ».
    Rappelons qu’à l’époque où l’on inventa la légende de Jésus « Fils de l’homme », les anciennes coutumes gynécocratiques régnaient encore, et ceux qui étaient restés fidèles à l’ancienne Loi appelaient encore l’enfant du nom de sa Mère ; même à Rome, malgré les nouvelles lois, Mécène portait le nom de sa mère parce qu’il gardait les anciennes coutumes de l’Etrurie dont il était originaire. Avec « Anderson », on sent l’importance de donner une nouvelle impulsion au masculinisme contre lequel le mouvement des Cathares, les Troubadours, la Chevalerie et l’Ordre des Templiers avaient entamé la puissance.
    Dans son ouvrage « Initiation féminine et initiations de métier, Études Traditionnelles », René Guénon nous fait remarquer que dans la Franc-Maçonnerie moderne, nous trouvons l’existence d’une « Maçonnerie mixte », ou « Co-Masonry », comme elle est appelée dans les pays de langue anglaise, qui représente tout simplement une tentative de transporter, dans le domaine initiatique lui-même qui devrait encore plus que tout autre en être exempt, la conception « égalitaire », si chère au monde moderne, qui, se refusant à voir les différences de nature qui existent entre les êtres, en arrive à attribuer aux femmes un rôle proprement masculin, et qui est d’ailleurs manifestement à la racine de tout le « féminisme » contemporain.
    Pour en revenir à Anderson, un journal, en annonçant sa mort en 1739, le qualifia de « très facétieux compagnon », ce qui peut se justifier par le rôle suspect qu’il joua dans le schisme spéculatif et par la façon frauduleuse dont il présenta sa rédaction des nouvelles Constitutions comme conforme aux documents « extraits des anciennes archives » ; A. E, Waite a écrit de lui qu’« il était surtout très apte à gâter tout ce qu’il touchait » ; mais sait-on que, à la suite de ces événements, certaines Loges opératives allèrent jusqu’à prendre la décision de n’admettre désormais aucune personne portant le nom d’Anderson ? Quand on songe que c’est là l’homme dont tant de Maçons actuels se plaisent à invoquer constamment l’autorité, le considérant presque comme le véritable fondateur de la Maçonnerie, ou prenant tout au moins pour d’authentiques landmarks tous les articles de ses Constitutions, on ne peut s’empêcher de trouver que cela n’est pas dépourvu d’une certaine ironie…
    Précisons, pour finir, que, dans les Mystères antiques, l’« Initié » prenait un autre nom en même temps qu’il s’intitulait « Mâo Soon » qui, en grec, signifie : « Je cherche ce qui est sûr », c’est-à-dire la Vérité. C’est de ces deux mots « Mâo Soon » qu’on fera plus tard « Maçon ». Le terme « Maçonnerie » viendrait de « Mesouraneo » (Je suis au milieu du ciel).
    NB : L’Ordre des Templiers fut fondé pendant les Croisades (1) et, dès son origine, se soumit à la souveraineté du Saint-Siège. Nous devons penser que cette soumission ne fut qu’une mesure de prudence, nécessaire dans un temps où l’on n’avait de sécurité qu’en s’abritant sous l’autorité de l’Église.
    Mais nous voyons que l’Ordre des Templiers, aussitôt qu’il devient puissant, au lieu de suivre le dogme catholique, fait un retour complet vers l’ancienne religion théogonique et se constitue en société secrète.
    A quoi faut-il attribuer cette conversion ? Est-ce l’austérité du régime, qui fait faire le serment de chasteté à des jeunes gens d’élite, qui par là les ramène à la saine raison ? Est-ce une influence étrangère ?
    On prétendit que ce changement était dû à l’influence des Ismaélites, qui avaient reparu en Orient et s’étaient reconstitués en société. En Syrie, on trouvait leur secte florissante en 1326. Ils ne disparurent jamais complètement, du reste, et l’on trouve encore, à notre époque, quelques sectes dont ils sont l’origine.
    Des relations intimes unirent les Ismaélites et les Templiers (2). Ils avaient la même organisation, la même hiérarchie de grades, le même costume blanc et rouge. Ils professaient la même doctrine et vouaient la même haine à l’erreur que le Catholicisme et l’Islamisme représentaient : l’adoration d’un Dieu unique, mâle, et, pour protester contre ce dogme, les Templiers avaient une Divinité féminine représentant l’ancienne Déesse porte lumière, la Vénus-Lucifer. Ils enseignaient que c’est Lucifer, « l’Esprit », qui est l’organisateur de l’Univers, le Grand Architecte qui met toutes choses à leur place et crée l’ordre.
    C’est le mauvais principe, son contraire, représenté par l’homme fourbe, qui crée le désordre en se déclarant Dieu et en se faisant adorer et obéir (3).
    Ils avaient pour emblème un aigle double, blanc et noir, représentant les deux Principes, bon et mauvais, qui règnent dans le monde.
    Vénus-Lucifer (la Femme) est l’Être par excellence, c’est Elle que l’homme doit adorer ; toute adoration du principe mâle conduit l’homme à la sodomie morale et physique, considérée comme le plus honteux des crimes.
    Toutes les vertus naissent de l’obéissance au bon Principe, tous les vices naissent de l’obéissance au mauvais Principe.
    Le retour à la Femme est toujours un retour à la Sagesse ; mais il excite toujours la rage envieuse des hommes pervertis, qui veulent faire régner le mal.
    L’éternelle Sagesse, la Raison universelle, la lumière de l’Esprit est en même temps la loi du cœur ; elle rend l’amour sacré, elle en fait un culte en l’épurant. C’est dans ce culte seulement que l’homme trouve la Vérité absolue, qui est le souffle divin de l’Esprit féminin, qui le purifie quand il en reçoit l’effluve.
    Sans cette Sagesse, tout est chancelant. Elle élève l’homme et le rend digne d’adresser son hommage à la Divinité.
    La devise des Templiers était : « Valeur et charité ». Ils juraient de punir le crime et de protéger l’innocence.
    La croix qu’ils portaient était celle des anciens preux de Germanie, dite croix de Saint-André, non celle des Catholiques.
    Maintenant que nous connaissons les doctrines des Templiers, nous comprenons que le but de leur voyage en Palestine était, non d’affranchir le Saint-Sépulcre de la domination musulmane, mais de relever le Temple de David, d’édifier la « Jérusalem nouvelle », et cette idée, qui inspira les Chevaliers du Temple, restera dans le monde comme une aspiration sourde, sécrète, lointaine…
    (Rappelons que la reine Daud, dont on a changé le sexe, est devenue le roi David.)
    On n’admettait, dans l’Ordre du Temple, que des hommes d’élite d’une réputation intacte, d’une probité sûre, ceux que leur fidélité, leur zèle, leur fermeté, mettaient au-dessus du vulgaire, ceux, enfin, qui, dégagés de tous préjugés, de toute crainte, s’élevaient au-dessus des erreurs du temps, au-dessus de l’opinion des masses, au-dessus de la fausse science des empiriques qui attendent tout des sens.
    Ils étaient spiritualistes dans le sens le plus élevé et le plus vrai du mot, c’est-à-dire qu’ils attendaient tout de la pensée abstraite, qui seule peut atteindre à la connaissance des vrais principes et percer le voile sombre qui dérobe aux hommes les secrets de la Nature.
    Les Chevaliers du Temple remplissaient le même rôle que les Époptes des anciennes sociétés, qui étaient placés à côté des Prêtresses dans les « Mystères » pour les protéger et les venger.
    C’est ce rôle de vengeurs qui excita la haine contre les Templiers ; c’est de cela surtout qu’ils furent accusés par les Catholiques, car les outrageurs du Bon Principe, les ennemis de la Vérité, ce sont eux. C’est leur religion qui a jeté le blasphème dans le monde en montrant la Vénus-Lucifer, l’Astarté, l’Aphrodite, comme des symboles d’ignominie, alors que c’étaient des symboles de lumière.
    Aussi les Templiers, qui savaient toute la haine dont les imposteurs sont capables, exhortaient leurs néophytes au courage, ils en faisaient des apôtres ardents, résolus, d’une volonté ferme dans le Bien, capables d’obéir aux ordres reçus sans hésitation ; c’était la condition rigoureuse de leur admission, et c’est cette admirable discipline qui fit la grande prospérité et la grande richesse de l’Ordre.
    Le poignard des chevaliers ne devait jamais servir que pour des causes justes et légitimes ; ils étaient les chevaliers servants du Bon Principe, les champions de l’Éternel Indomptable, qui a préservé et préservera toujours le monde de la destruction à laquelle travaille incessamment le génie du mal. Ils devaient combattre le mensonge, le fanatisme et la superstition, détruire l’erreur, combattre les passions anti-naturelles, qui désolent l’humanité et que les fourbes représentent comme la vraie morale.
    Leurs armes étaient la science, la Vérité. Pour y arriver, ils devaient prendre la vertu pour point d’appui. C’était donc un retour, à la vie de l’Esprit.
    Les Templiers travaillaient à l’émancipation des peuples par la Religion du Bien, triomphant du Catholicisme, religion du mal, et de la royauté. Ils voulaient établir une République universelle et combattaient à la fois la Couronne et la Tiare, ces deux pouvoirs néfastes. Ils cherchaient à éclairer leurs victimes : la Femme, qui vit au milieu de ses bourreaux, toujours dupe ; le peuple, qui laisse vivre ses tyrans et ses despotes.
    (1) Le résultat des croisades fut double : si les féministes revinrent en possession de la tradition antique cachée dans les Mystères (*), les masculinistes revinrent plus mauvais qu’ils n’étaient partis ; ils se corrompirent au contact et à l’exemple des Musulmans ; ils revinrent imprégnés de leurs mœurs. Et, pendant ce temps, le progrès de l’erreur changeait la France et transformait l’Europe. De vastes confréries masculines mettaient en commun leurs efforts et leurs richesses et s’organisaient pour élever des cathédrales qui allaient étonner le monde.
    (*) Le Chevalier du Serpent d’Airain (25ème degré de la Franc-Maçonnerie « Opératives ») : Pendant les Croisades, on avait retrouvé la tradition sacrée, l’histoire réelle du Sinaï, le Buisson ardent et la personnalité de Hévah. Le 25ème degré des Mystères fut créé par des chevaliers qui, étant en Palestine, avaient trouvé des Israélites captifs des Musulmans et les avaient délivrés. Ceux-ci, en reconnaissance leur firent connaître la tradition du Serpent d’airain, qui s’était perpétuée en Judée, et alors ces croisés, émerveillés de cette lumière apportée à leur esprit, abandonnèrent leurs anciens préjugés et se dévouèrent à l’étude des sciences antiques et au culte de la vraie Divinité HÉVAH, en même temps qu’à la délivrance des captifs. Ce fut l’origine de la fondation de l’Ordre des Templiers. Le Serpent d’airain représente la tyrannie, l’intolérance et la superstition ; il entoure le T, symbole de la Divinité féminine ; c’est la persécution sous toutes ses formes, il est l’ennemi de l’Ange de lumière Hévah-Lucifer. Mais la vertu triomphera fatalement du vice, les persécutions prendront fin, et la vérité sera connue. Dans ce grade, on rappelle l’éternité du Cosmos et on précise l’œuvre du grand Architecte : la Déesse-Mère, qui crée l’enfant et organise le monde.
    (2) « Le monde occidental, depuis des temps qui remontent encore plus loin que le début de l’époque dite historique, et quelles qu’aient été les formes traditionnelles qui l’organisaient, avait d’une façon générale toujours entretenu avec l’Orient des rapports normaux, proprement traditionnels, reposant sur un accord fondamental de principes de civilisation. Tel a été le cas de la civilisation chrétienne du moyen âge. Ces rapports ont été rompus par l’Occident à l’époque moderne dont René Guénon situe le début beaucoup plus tôt qu’on ne le fait d’ordinaire, à savoir au XIVème siècle, lorsque, entre autres faits caractéristiques de ce changement de direction, l’Ordre du Temple, qui était l’instrument principal de ce contact au moyen âge chrétien, fut détruit : et il est intéressant de noter qu’un des griefs qu’on a fait à cet ordre était précisément d’avoir entretenu des relations secrètes avec l’Islam, relations de la nature desquelles on se faisait d’ailleurs une idée inexacte, car elles étaient essentiellement initiatiques et intellectuelles. » (Michel Vâlsan ou Mustafâ ‘Abd al-Azîz)
    Cette rupture des liens traditionnels est véritablement la première cause de toute la déviation intellectuelle du monde moderne.
    « après la destruction de l’Ordre du Temple, les initiés à l’ésotérisme chrétien se réorganisèrent, d’accord avec les initiés à l’ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction » (René Guénon, Aperçu sur l’initiation)
    (3) Les ennemis des Templiers ont ridiculisé la Femme-Esprit, qu’ils ont appelée le Baphomet, caricature qui la représentait sous la forme d’une femme à tête de bouc. Ils lui mettent un flambeau entre les cornes, puisqu’elle est porte-lumière, et sur la poitrine le caducée, les deux serpents enlacés qui représentent les deux pouvoirs qui ont écrasé la Femme, la couronne (le Roi) et la tiare (le Prêtre). Quelquefois, on lui met sur la poitrine une croix avec une rose au centre, l’emblème des Rose-Croix.
    Bertrand Portevin, dans son ouvrage « Le démon inconnu d’Hergé ou le génie de Georges Rémi » (p. 297) rapporte également ceci : « Le déchiffrage récent du mot Baphomet par l’utilisation du code Ath-Bash de la kabbale hébraïque, donne un relief tout à fait inattendu à ce chef mystérieux et à notre petit portrait banal du héros de bande dessinée. Le chiffre Ath-Bash consiste simplement à inverser l’ordre des lettres de l’alphabet. Son nom découle du système utilisé en kabbale puisqu’il est composé à partir des lettres aleph, beth, shin et tav, les deux premières et les deux dernières lettres de l’alphabet hébreu. Ce mode de chiffrage, et donc de déchiffrage, appliqué au mot Baphomet donne tout simplement Sophia, la Sagesse ! »
    Les Croisades : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/lescroisades.html

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