UN CONGRÈS DÉCISIF : NATIONAL-BOLCHEVISME ET TROISIÈME INTERNATIONALE
Le deuxième congrès du KAPD (1er-4 août 1920)*
Le congrès de fondation du KAPD, qui comprenait alors 38.000 militants, s’était tenu
à Berlin du 2 au 4 avril 1920 dans une grande précipitation, tout juste après l’échec
du putsch de Kapp, alors que la Reichswehr marchait sur la Ruhr pour écraser
l’insurrection ouvrière qui avait répondu à ce putsch. Le KAPD, pour reprendre une
image de son dirigeant Karl Schröder, était bien l’ « enfant de la Révolution ». Mais
l’échec de l’insurrection, définitivement brisée par la Reichswehr et les corps francs –
sur ordre du nouveau chancelier social-démocrate Hermann Müller, et de son
ministre de l’intérieur, lui aussi social-démocrate, Carl Severing – ne marquait-t-il pas
une « nouvelle étape » dans la Révolution allemande?
Surgi comme un champignon d’une gigantesque grève générale de l’histoire (12
millions de grévistes), débouchant sur la plus grande insurrection de l’histoire du
mouvement ouvrier allemand (l’Armée rouge de la Ruhr était composée de 50.000 à
80.000 ouvriers), le KAPD se situait d’emblée sur le « terrain de la Troisième
Internationale », celui de l’« action révolutionnaire » et non des « résolutions de
congrès ».
Contrairement à la direction du KPD – Paul Levi, Wilhelm Pieck, Brandler et
Thalheimer, Fritz Heckert et Clara Zetkin –, l’opposition du KPD, puis le KAPD
s’étaient refusé à tout compromis avec la bourgeoisie allemande, se plaçant sur un
terrain de lutte décidée contre son État (armée et corps francs), rejetant toute action
tactique du passé (action syndicale et parlementaire).
Karl Radek, le mentor du KPD, avait traité dans sa prison dorée de Berlin, en 1919,
avec les représentants de l’État allemand (dont Walther Rathenau) pour établir une
entente entre la Russie bolchevik et l’Allemagne républicaine. Lors du putsch de
Kapp-Lüttwitz du 13 mars 1920, le KPD s’était d’abord proclamé « neutre » entre le
gouvernement social-démocrate d’Ebert-Scheidemann et les putschistes, et renoncé
à lancer tout appel à l’insurrection, empruntant par là une pose typiquement
maximaliste.
Lorsque l’insurrection ouvrière se répandit dans toute l’Allemagne, de Schwerin
jusqu’à l’Allemagne centrale, et surtout la Rhénanie-Westphalie, le KPD affirma son
« opposition loyale » à un « gouvernement ouvrier » qui comprendrait le SPD et les
syndicats officiels. Lorsque le nouveau gouvernement Bauer (SPD) se constitua et
qu’il envoya ses délégués faire signer un « compromis » de désarmement des
ouvriers insurgés (l’Accord de Bielefeld), seuls les communistes de gauche
refusèrent de signer un accord qui allait livrer les insurgés à la vindicte de la
Reichswehr et des corps francs. Les deux représentants du KPD – avec l’appui de
Wilhelm Pieck – et le député USPD Otto Brass – avant leurs retrouvailles dans le
même parti, le VKPD fondé en décembre 1920 – avaient signé un accord (l’Accord
de Bielefeld)1 qui fut rejeté majoritairement dans les centres de l’insurrection.
* Ce procès-verbal (ou protocole) du deuxième congrès du KAPD – dénommé ici
« premier congrès ordinaire » – est déposé à la Bibliothèque de la Cité et de
l’Université de Francfort sur le Main, sous la cote Qoo 1177. Le manuscrit en a
été publié, en partie édité, par Clemens Klockner, Wiesbaden, sous le titre suivant :
Protokoll
1. Ordentlichen Parteitages der Kommunistischen Arbeiterpartei Deutschlands vom
2. bis 4. August 1920 in Berlin, Verlag für wissenschaftliche Publikationen, Darmstadt 1981.
1 Les Accords de Bielefeld furent signés le 24 mars 1920 par les partis bourgeois,
l’ADGB, le SPD et l’USPD et deux représentants du KPD (avec l’aval de Wilhelm Pieck).
Selon ces accords, qui ne furent jamais respectés,
l’État s’engageait à désarmer les bandes contre-révolutionnaires et à épurer le
corps des fonctionnaires « déloyaux » vis-à-vis de la République. L’Armée rouge
devrait rendre toutes ses armes, sauf certains ouvriers
qui devraient être « intégrés » dans la police municipale.
En contrepartie la Reichswehr se contenterait de prendre ses quartiers à la frontière
de la Ruhr. Mais, lorsqu’une partie des ouvriers eut rendu ses armes –
l’immense majorité le refusant –, les forces gouvernementales, renforcées par les
corps francs, marchèrent sur la Ruhr. Il s’ensuivit un bain de sang :
dans toute la Rhénanie-Westphalie, les quartiers ouvriers étaient pillés et
incendiés, des familles entières étaient fusillées.
2 Le second congrès du KPD (Spartakusbund), qui comportait alors 16.000 militants,
représentés par 46 délégués, s’était tenu officiellement à Heidelberg du 20 au 24 octobre 1919.
Il nomadisait chaque jour dans différentes villes, pour échapper à la surveillance de la police.
Dès le début du congrès, et pour clore tout débat sur les questions
syndicale et parlementaire, Paul Levi mit au vote les thèses qu’il avait rédigée contre
l’Opposition de gauche : Leitsätze über kommunistische Grundsätze und Taktik
(Thèses directrices sur les principes et la tactique communistes). Ces thèses « préalables »
condamnaient la Gauche comme « syndicaliste », « anarchiste », donc
« hors du cadre du parti ». Ces thèses présentées “par surprise”, sans discussion préalable,
constituaient le nouveau programme du KPD.
La thèse 8 était un ultimatum : “Quiconque a agi ou se trouve agir contre le
(programme) du parti sera immédiatement exclu du parti”. Levi avait les plains pouvoir,
car les membres du Comité central, tous partisans de Paul Levi, obtinrent le droit de vote
dans toutes les décisions, pour mettre en minorité l’Opposition. L’Opposition de Hambourg (L. et W.)
qui dénonçaient la manoeuvre quittèrent le congrès; le dernier jour, l’Opposition de gauche à Berlin
(Schröder, Schwab, Rasch, Wendel, etc.) et à Dresde (Rühle) fut
exclue sans autre forme de procès. Les effectifs du KPD furent immédiatement réduits de moitié,
car la Gauche dans les sections quitta en bloc le parti (Berlin, Francfort, Brême, Hanovre,
Basse-Saxe, Allemagne centrale). Avant même le Congrès de Heidelberg, Radek avait condamné
toute idée de scission. [Cf. thèse de doctorat de Frédéric Cyr, Université de Montréal, octobre 2011,
Rebelle devant les extrêmes : Paul Levi, une biographie politique].
Lors du premier congrès du KAPD, dit Congrès de fondation, des délégués de
Rhénanie-Westphalie se succédaient à la tribune pour apporter des informations et
surtout demander au nouveau parti ce qu’ils devaient faire dans cette situation
d’insurrection, vécue comme un moment décisif de la Révolution mondiale. Quelle
était la place du parti et des unions dans le processus révolutionnaire ? Quelle serait
la place du KAPD et des Unions dans l’émergence de l’Internationale communiste,
constituée par les bolcheviks en mars 1919 ? En conséquence quel parti se situait le
mieux sur « le terrain de la Troisième Internationale », le KPD, qui avait expulsé la
minorité intransigeante en octobre 1919, au Congrès de Heidelberg, (2) ou le KAPD qui
était né lui-même de la lutte révolutionnaire ?
C’est dans ces conditions que le KAPD décida d’envoyer deux délégués faisant
partie de la direction du parti – Jan Appel, ouvrier des chantiers navals de Hambourg,
et Franz Jung, écrivain dadaïste converti à l’expressionnisme – pour demander non
seulement l’adhésion du KAPD au Komintern, mais l’exclusion du KPD dirigé par
Paul Levi, Wilhelm Pieck et Clara Zetkin, pour son « opposition loyale » au nouveau
gouvernement social-démocrate. Celui-ci venait tout juste de succéder à Kapp, et
n’allait pas tarder à envoyer l’armée, renforcée par les corps francs, dans la Ruhr.
Cette demande d’adhésion du KAPD au Komintern était en elle-même digne d’un film
d’aventures. Le 21 avril, depuis Cuxhaven, avec l’aide décisive de l’aventureux
matelot Hermann Knüfken, armé d’un revolver, membre de l’Union des marins, mais
aussi avec la complicité active de l’équipage, Franz Jung et Jan Appel détournent un
chalutier vers Mourmansk – le Senator-Schröder.
Cette décision de gagner la Russie révolutionnaire était devenue impérative, car du 2
au 6 avril environ la Reichswehr, renforcée par les corps francs (officiellement
dissous !), avait détruit ce qui restait de l’Armée rouge (Rote Armee) de la Ruhr, dont
3.000 miliciens périrent, les prisonniers étant exécutés sommairement. De nombreux
bataillons de l’Armée rouge avaient préféré s’enfuir dans la Zone occupée par les
armées française, belge et britannique pour échapper au massacre programmé par
la Reichswehr.
Cet envoi de délégués était donc aussi un véritable appel au secours lancé au
Komintern pour « sauver la Révolution allemande ».
Parvenus à Mourmansk, couverte de drapeaux rouges, pour le premier mai, les
« camarades pirates » – comme les surnommera Lénine – atteignent enfin, via
Petrograd, le 7 mai Moscou, « nouvelle Rome » de la Révolution mondiale. Les trois
délégués expliquent leur point de vue à Radek qui leur tend un exemplaire de la KAZ
(3) de Hambourg, sous l’emprise du national-bolchevisme, qui dénonce les « Papes de
Moscou ». Ils apprennent avec stupeur que les « Papes de Hambourg », Laufenberg
et Wolffheim ont lancé depuis le premier mai un appel à la « guerre populaire
révolutionnaire », qui devrait se traduire par une alliance de la Russie bolchevik avec
une Allemagne unie nationalement contre l’Entente et ses alliés polonais; qu’ils ont
même pris contact avec des cercles réactionnaires, comme celui du comte
Reventlow. (4) Or au même moment l’Armée rouge commençait à marcher sur
Varsovie, après avoir chassé les troupes polonaises qui avaient envahi l’Ukraine.
3 Kommunistische Arbeiter-Zeitung, n° 59, Hamburg, 22 mai 1920.
4 Comte Ernst zu Reventlow (1869-1943), ancien officier de marine, rédacteur en chef de 1908 à 1914 du
périodique Alldeutschenblätter (« Cahiers pangermaniques »), un maillon de l’antisémitisme en Allemagne, qui
parlait d’une « main-mise économique, financière et culturelle » des Juifs dans l’Empire allemand. Zélé
propagateur du colonialisme allemand pendant la guerre, il avait fondé en 1920 la revue hebdomadaire Der
Reichswart, typiquement « völkisch », dont le but était « l’indépendance nationale et l’instauration d’un
« socialisme allemand ». Les contacts avec L. et W. furent sans succès, car Reventlow dénonça dans sa revue
« l’illusion du prétendu ‘national-bolchevisme’ prétendant que le communisme pourrait évoluer vers le
nationalisme ».
En 1923, sous la houlette de Radek, la „ligne Schlageter“ triompha dans le KPD. Cette ligne « patriotique »
préconisait un dialogue avec les nationalistes allemands pour lutter contre l’occupation de la Ruhr par l’armée
française. Reventlow y répondit favorablement. En 1927, ce dernier rejoignit le parti nazi. Sa revue ne disparut
qu’avec son décès.
5 Lors de la séance du 10 mai étaient présents : Marchlewski-Karski, Balabanova, Radek, Sirola, Boukharine,
Rudnyanski; ainsi que : Schäfer, président du Conseil des prisonniers de guerre allemands en Russie soviétique,
et le président des soviets de la République allemande de la Volga. (cf. Hermann Knüfken, Von Kiel bis Leningrad.
– Erinnerungen eines revolutionären Matrosen 1917 bis 1930, BasisDruck, Berlin, 2008, p. 118.
Les discussions avec les chefs du Komintern s’avèrent difficiles. Ceux-ci sont très
impressionnés par l’acte spectaculaire des « camarades pirates », en particulier
Lénine informé tout de suite de leur arrivée à Mourmansk, et Radek qui en casse
même son téléphone… Puis c’est l’entrevue avec le Petit comité de l’exécutif du
Komintern5, où ils expliquent les positions du KAPD, totalement déformées par le
KPD et Radek. Lénine reçoit très chaleureusement les trois délégués (Appel et Jung
pour le KAPD; Knüfken pour l’Union des marins), tout en se prêtant volontiers à l’art
de son sculpteur officiel, et leur fait remettre la Maladie infantile du communisme qu’il vient tout juste d’achever.
Lorsque Jung et Appel reprirent le chemin de l’Allemagne vers le 8 juin, laissant sur
place Knüfken, ils avaient reçu au dernier moment, quasiment glissée dans leur
poche, La lettre ouverte au KAPD, exigeant non seulement l’exclusion immédiate de
Laufenberg et Wolffheim, mais celle d’Otto Rühle.
Tous ignoraient que, sans nouvelles d’eux, le KAPD avait décidé d’envoyer deux
autres délégués Otto Rühle, puis August Merges, afin de participer au Deuxième
congrès du Komintern, dont la date inaugurale était, croyaient-ils, le 15 juin (au lieu
du 15 juillet). Rühle touchait le sol russe le 16 juin, puis atteignait Moscou trois jours après.
Tout de suite il prit contact avec Radek, avec qui il avait collaboré avant 1914 dans la
presse socialiste allemande. Il s’aperçut vite que Radek était le réel mentor du KPD
(Spartakusbund) et même le guide éditorial de la « Rote Fahne ». L’« absolue
vilénie », « le manque total de scrupules » de Radek le heurtent profondément
d’autant plus que ce dernier refuse de lui remettre la « Lettre ouverte au KAPD »
de l’Exécutif, signée Zinoviev et Radek. En attendant l’arrivée d’August Merges,
délégué du KAPD (et ancien président de la République des conseils de Braunschweig),
il entreprit – souvent sans accompagnateurs officiels – une « enquête de terrain »
dans la nouvelle Russie, de Kachira à Nijni-Novgorod, Kazan, Simbirsk, Samara,
Saratov, Tambov, Tula, etc. Partout il reconnut tout ce qu’il rejetait viscéralement :
centralisme à outrance, terrorisme, « despotisme de clique dominante », en totale
opposition au principe d’« auto-développement des masses » jusqu’à son plus haut
degré de « maturité politique » dans son avant-garde, le KAPD.
Peu après Merges
arrivait à Moscou début juillet. Les 21 conditions d’adhésion, ainsi que l’acceptation
officielle des tactiques parlementaire et syndicale conduisirent Rühle et Merges à ne
pas participer au congrès du Komintern malgré la voix consultative, puis surtout
délibérative qui leur était accordée. Ils rentrèrent donc en Allemagne volontairement
bredouilles, mais avec la conviction chez Rühle que, sous la conduite des bolcheviks,
le « prolétariat russe était encore plus soumis à l’esclavage, à l’exploitation, à
l’oppression » qu’en Allemagne capitaliste. (6)
note-6 Kommunistische Arbeiter-Zeitung, Berlin, n° 146, octobre 1920, „Rühles antibolschewistische Propaganda“.
Cette attitude fut vivement critiquée par la centrale du KAPD, qui devait maintenant
se soumettre rapidement aux conditions préliminaires à toute discussion sur son
adhésion au Komintern : l’exclusion non seulement du national-bolchevisme de
Hambourg, incarné par Laufenberg et Wolffheim, mais aussi celle d’Otto Rühle pour
ses positions anarchisantes, fédéralistes et anti-centralistes.
Ainsi, lorsque tous les délégués du KAPD furent rentrés sains et saufs en Allemagne,
après de longs détours par la Norvège, la Suède et le Danemark, les positions de
l’Exécutif du Komintern, le contenu de leurs discussions avec ce dernier étaient
maintenant connues. Tout cela pesait lourdement sur l’orientation du KAPD, dont le
congrès devait se tenir début août. Si tous sont d’accord qu’il faut éliminer la
tendance national-bolchevik, la question de l’adhésion au Komintern et l’ultimatum
posé d’exclure Rühle, symbole incontournable de la lutte contre la guerre, sont loin
de faire l’unanimité, pour des raisons très diverses qui apparaîtront au grand jour lors
du congrès. * *
Le deuxième congrès du KAPD a été dénommé : « premier congrès ordinaire » pour
bien marquer que le parti reposait désormais sur un socle solide, avec son
programme et ses statuts d’organisation, dans une discontinuité avec le spartakisme,
pleinement assumée. Il se tint dans une banlieue tranquille de Berlin, à Weißensee,
au restaurant Zum Prälaten (Au Prélat), un haut lieu de rencontre de révolutionnaires,
où s’était formée en décembre 1918 la section locale du KPD (Spartakusbund), puis
celle de l’Opposition qui avait été exclue lors du congrès d’octobre 1919 à Heidelberg.
Cette opposition à Weißensee était dirigée par Arthur Michaelis, un militant de
premier plan, dont le nom n’apparaît pas dans les débats du congrès pour des
raisons évidentes de sécurité. (7)
7 A la mi-août, peu après le congrès, sont arrêtés les principaux chefs de l’organisation de combat du KAPD de
Weißensee : Arthur Michaelis (1888–1942), Fritz Falk, Ernst General, Karl Ziegler et Paul Dolling. Leur jugement
en septembre 1920 leur valut plusieurs années de prison. Leur procès fit sensation et fut considéré comme le
« Procès des communistes » (der Kommunistenprozess). [Reichskommissar für Überwachung der öffentlichen
Ordnung. Akten betreffend KPD. Vom 14. Mai 1920 bis 31. Oktober 1922. Kap. XII (1507/247; Nr. 2335/20]
8 Berlin : 12.000; Nord : Hambourg : 3.000, et Altona : 952; Saxe-Anhalt (capitale : Magdeburg) : 1.400;
Poméranie (Schwerin, Danzig, Stettin) : 1.100; Basse-Saxe (Hannover et Braunschweig) : 1.200; Saxe orientale
(Dresden) : 2.000; Prusse orientale (Königsberg, Tilsit et Memel) : 1.500; Rhénanie-Westphalie (Barmen-
Elberfeld, Bochum, Dortmund, Duisburg, Düsseldorf, Essen, Gelsenkirchen, Hagen, Mühlheim, Oberhausen,
Remscheid, Solingen, etc.) : 5.500; Francfort sur le Main : 1.000; Zwickau (Saxe) : 200; Allemagne centrale
(Halle, Merseburg, Bitterfeld, Dessau) : 3.000; Zone occupée (Sarre; rive gauche du Rhin, dont
Cologne, Coblence et Mayence, occupée par les troupes françaises, belges et britanniques) : 2.000; Thuringe
(Weimar, Erfurt, Eisenach) : 1.000; Spandau-Osthavelland (la circonscription de Spandau fut rattachée par la
suite au Grand-Berlin) : 1.000.
Remarque : en avril 1920, Francfort sur le Main, Darmstadt, Hombourg et Hanau furent
occupées par les troupes françaises dès que la Reichswehr eut pénétré dans la Ruhr, et parfois
pénétré dans la Zone occupée pour poursuivre l’Armée rouge en déroute.
Ce congrès du KAPD, qui fut présidé de bout en bout par Fritz Rasch, permanent
rémunéré du parti, regroupa environ 70 personnes, une quinzaine d’hôtes et les 56
délégués désignés par les 40.000 membres du parti, un chiffre très préoccupant pour
le KPD qui comportait alors 66.323 membres (chiffres donnés par l’historien
Hermann Weber pour le mois de juillet 1920). Ces 56 délégués dûment mandatés
représentaient les 15 districts économiques du parti. (8) Deux mandats, contestés par
les nationaux-bolcheviks ne furent pas exercés : ceux de la banlieue prolétarienne de
Hambourg, Altona, dont les délégués demandaient l’expulsion du national-
bolchevisme. Il en résulta, après vérification de la Commission des mandats, que 43
délégués avaient voix délibérative.
Plusieurs grandes questions devaient être rapidement résolues
par ce congrès, qui était tout sauf ordinaire :
– nation et lutte de classe (deux co-rapporteurs : Arthur Goldstein et Heinrich
Laufenberg)
– la question du programme communiste (introduite par Karl Schröder)
– l’adhésion à la troisième internationale (rapport de Franz Jung)
– les rapports entre parti et organisation d’entreprise (introduction de Kurt
Kuschewsky)
– le cours nouveau : organisation et situation politique (rapports de Fritz Rasch
et Emil Sach; rapport d’Alexander Schwab)
Tous ces points étaient suivis de l’adoption de résolutions, dont les plus attendues
étaient l’expulsion de la tendance national-bolchevik et l’adhésion à la Troisième
Internationale.
L’élimination du national-bolchevisme
La tendance « national-bolchevik » de Hambourg, autour de L. et W., était devenue
une véritable épine dans le pied du KAPD. Déjà en gestation au printemps 1919, le
national-bolchevisme était apparu au grand jour après l’entrée en vigueur du Traité
de Versailles en janvier 1920, dont l’extrême sévérité à l’égard de l’Allemagne
donnait du grain à moudre à ses thèses « national-révolutionnaires ». Même si
Radek avait aussi agi dans ce sens pendant son emprisonnement à Berlin, il ne se
passait pas de jour que le KPD ne dénonçât le « national-bolchevisme » de W. et L.
en affirmant qu’il avait noué à Hambourg des contacts réguliers avec les cercles
nationalistes et un général de la Reichswehr (von Lettow-Vorbeck), portant le
sobriquet de « mollah fou ». Bien plus, le « national-bolchevisme » aurait été
l’essence même du KAPD, d’autant plus qu’un des fondateurs du KAPD, Friedrich
Wendel de Berlin, s’en était récemment déclaré partisan. De l’autre côté, les militants
des sections locales les plus importantes du KAPD – Berlin, Rhénanie-Westphalie,
Allemagne centrale, Saxe, Prusse orientale – qui avaient combattu les armes à la
main les corps francs, les milices d’extrême droite (Einwohnerwehren), et
Reichswehr voulaient en finir au plus vite avec cette tendance. La proclamation le
premier mai 1920 par W. et L. d’une « guerre sainte » révolutionnaire contre l’Entente
et la Pologne, en s’alliant à l’Armée rouge, et en suggérant une « levée en masse »
d’ouvriers armés sous la conduite des officiers de la Reichswehr, fut un choc pour la
majorité du parti, convaincue qu’elle devait écraser le serpent qu’elle avait nourri en
son sein.
La Centrale du KAPD à Berlin ne voulait pas d’une répétition de la « farce » du
congrès de Heidelberg, où la direction du KPD – sous la houlette de Paul Levi – avait
présenté ses thèses de participation obligatoire aux élections et aux syndicats, en en
demandant l’acceptation préalable sous peine d’exclusion immédiate (thèse 8).
L’opposition qui était celle de Hambourg (W. et L., mais aussi Jan Appel), Dresde
(Otto Rühle), Francfort, et surtout Berlin (Schröder, Schwab, Rasch, etc.) avait été
exclue au début ou à la fin du congrès. Pour la Centrale de Berlin, il fallait faire
distinguer deux catégories de soutien à W. et L. : ceux qui le faisaient en vrais
partisans de la « guerre national-révolutionnaire » et ceux, beaucoup plus nombreux,
de tendance anticentraliste et antiparti, qui voyaient dans la tendance
hambourgeoise une expression prolétarienne de l’autonomie des Unions face au
diktat des chefs de parti. La tendance de Hambourg, surtout organisée dans les
Unions, était très forte dans tous les chantiers navals.
C’est pourquoi tous les textes et thèses de la majorité du parti et de la minorité de
Hambourg – elle-même contestée par une forte minorité à Hambourg et une majorité
à Altona – furent publiés bien avant le congrès. Deux co-rapporteurs furent désignés :
Arthur Goldstein pour la majorité et Laufenberg pour Hambourg.
L’ordre du jour dut d’abord être modifié. La question principale « nation et lutte de
classe » était placée en troisième position après celles de l’état de l’organisation et
du programme. Un bref tour de table permit de traiter prioritairement la question du
national-bolchevisme.
Dans son rapport, Goldstein rappela que pendant longtemps – face aux calomnies
dont abusaient la direction du KPD et son mentor Radek – l’attitude de Berlin avait
été la solidarité. (9) Certes W. et L. avaient mis le doigt sur l’impact du Traité de
Versailles en tant que rempart de la « contre-révolution internationale » contre le
prolétariat international. Mais ils se plaçaient de l’autre côté de la barricade (10), en
préconisant un « front uni » avec la bourgeoisie allemande contre ce traité.
9 Jan Appel rappellera dans une intervention au congrès qu’il avait été aux côtés de L. et W. jusqu’au premier mai
1920, date de la publication de l’Adresse.
10 Une résolution du groupe d’Altona dénonce les « positions contre-révolutionnaires » de Hambourg.
L’argumentaire des nationaux-bolcheviks était complètement absurde. Il laissait
entendre que la bourgeoisie allemande se placerait sous la houlette de son
prolétariat, lui donnerait même des armes (délivrées par les commissions
d’armement des usines) pour mener la guerre contre l’impérialisme de l’Entente et
cela jusqu’au triomphe du communisme; et qu’ainsi la classe dominante allemande,
militaires inclus!, livrerait ses armes à son pire ennemi pour mieux se suicider comme
classe!
D’autres arguments donnés par Laufenberg pour justifier l’utilisation de la
Reichswehr dans la guerre populaire révolutionnaire contre l’Entente étaient
proprement sidérants. Laufenberg, notait Goldstein, faisait comme si le prolétariat
avait déjà en mains le pouvoir d’État. Selon lui, le fait que le prolétariat allemande
dispose d’armes fournies par la Reichswehr, armée devenue « populaire et
révolutionnaire » signifiait était en soi une prise de pouvoir. Bref le prolétariat
allemand se trouverait alors dans la situation russe, où les bolcheviks utilisaient les
compétences des anciens généraux tsaristes (tel Brousilov) afin d’écraser la contre-
révolution, l’Entente étant mise sur le même plan que les Blancs. Ainsi, au prix de
sophismes stupéfiants, Laufenberg traçait ses propres équations politiques : l’armée
« nationale-révolutionnaire » serait identique à une armée rouge communiste; elle
utiliserait les « services » de spécialistes militaires de la Reichswehr qui seraient
obligés de se rallier au « communisme ».
Le plus dur à « avaler » pour Goldstein – et avec lui tous les militants qui avaient lutté
contre la guerre – était la thèse du « coup de poignard dans le dos », que W. et L.
semblaient directement recopier de la presse nationaliste et antisémite du groupe
Hugenberg. Paul Levi était accusé d’avoir déserté le front et contribué à la débâche
militaire en novembre 1918. C’était la tombe de Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, et
Leo Jogiches qui était profanée, lorsque leur combat pour « la nécessaire destruction
de l’armée impérialiste » était flétri comme une « trahison ».
Pour clore son intervention, Goldstein soumit au Congrès des thèses sur la question
« Nation et lutte de classe » dont la plus remarquable était la dernière :
« L’organisation de l’Internationale ne consiste pas en une Fédération de nations,
mais en un regroupement des organisations de classe du prolétariat dans le seul but
d’édifier un monde communiste. »
La très longue intervention de Laufenberg pour exposer les thèses contraires n’était
qu’une répétition de ses précédents écrits. Elle eut le mérite de révéler – ce qui
semblait être une désagréable découverte pour des militants du KAPD, sauf Jan
Appel qui en critiqua le contenu dans le débat – que même les textes anciens de W.
et L., du début de la guerre, avaient déjà une tonalité « völkisch » : « C’est à la
politique prolétarienne qu’il incombe de réaliser l’unité de la nation… (Le prolétariat)
doit empêcher que le droit à l’indépendance nationale, qu’il reconnaît à tous, soit lésé
dans le cas de sa propre nation. D’où résulte, en cas de guerres menaçant les
fonctions vitales de l’économie, une subordination militaire du prolétariat à l’état-
major du moment.» (11)
11 Heinrich Laufenberg & Fritz Wolffheim, Demokratie und Organisation. – Grundlinien proletarischer Politik,
Hamburg, 1915.
12 Les intervenants de Hambourg pour montrer le caractère national du prolétariat citent tout au long des
débats le Manifeste communiste, en particulier ce passage : « Comme le prolétariat de chaque pays doit
en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-même
la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du mot. » Mais d’autres
passages, très antinationaux, ne sont pas cités : « …on a accusé les communistes de vouloir abolir la patrie,
la nationalité. Les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. »
Enfin ce passage sur la progressive disparition des caractères nationaux : « Déjà les démarcations nationales
et les antagonismes entre les peuples disparaissent de plus en plus avec le développement de la bourgeoisie,
la liberté du commerce, le marché mondial, l’uniformité de la production industrielle et les conditions
d’existence qu’ils entraînent. Le prolétariat au pouvoir les fera disparaître plus encore. »
13 Karl Radek, „Zur Charakteristik des Krieges mit Polen“, Russische Korrespondenz, n° 10, juillet 1920, p. 48-53.
14 Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852) : « tous les grands événements et personnages
historiques se répètent pour ainsi dire deux fois […] la première fois comme tragédie, la seconde fois comme
farce ».
Cette soumission déjà ancienne aux impératifs de l’Union sacrée (Burgfrieden)
s’accompagnait maintenant d’un appel à la guerre révolutionnaire du prolétariat
contre l’Entente et la Pologne et à un soutien à l’Armée rouge. Il y avait en fait une
certaine logique dans l’argumentaire de Laufenberg qui s’appuyait aussi bien sur le
Manifeste communiste de Marx12 que sur les textes les plus patriotiques des
bolcheviks russes. Il s’appuyait par exemple sur Radek – qu’il accusait de lui avoir
volé ses idées « originales »! – dont le « lyrisme » patriotique brillait de mille feux au
moment de la guerre russo-polonaise : « La guerre sociale du prolétariat… est aussi
une guerre nationale, tout comme la lutte de la bourgeoisie contre le joug étranger
est une guerre nationale… » En conséquence, il s’agissait d’être de « vrais
patriotes » : « Tous les travailleurs du monde entier doivent être à présent des
patriotes russes, car la Russie est le seul pays dans lequel la classe ouvrière détient
le pouvoir». (13)
Il est remarquable qu’à la veille du congrès, le 31 juillet, Laufenberg avait appelé à
bloquer tous les trains de transport vers la Pologne, pour déclencher une « révolution
nationale et sociale » contre l’Entente, dont l’Allemagne était la « colonie ». Cette
posture qui semblait une « répétition historique » (14) de la « patrie en danger » et de la
« levée en masses » des Conventionnels français de 1792 avait valu à Laufenberg le
sobriquet flatteur de « Danton de la Révolution allemande ».
Sans doute par conviction, mais aussi pour s’attirer la bienveillance des éléments les
plus syndicalistes et les plus antiparti du congrès, Laufenberg fit un vibrant discours
d’enterrement de la forme parti, qui, correspondant à une « époque bourgeoise »,
cessait d’être « un instrument utile dans la lutte de classe prolétarienne ». Dès que la
révolution surgit, « le parti disparaît ».
Dans le débat la question la plus soulevée fut celle de la « guerre civile » que
rejetaient W. et L. au profit de la « paix des chaumières » (Burgfriede). Les
intervenants de Rhénanie, Allemagne centrale, Zone occupée (‘Thyssen’), et même
de Hambourg (Jahnke), dénoncèrent unanimement l’inactivité de la tendance de
Hambourg pendant le putsch de Kapp et lors de l’insurrection dans la Ruhr, en
Allemagne centrale et dans le Mecklenburg (Schwerin), qui est restée « l’arme au
pied » en spectatrice.
Les interventions les plus impitoyables vinrent de Franz Pfemfert (section de Gotha),
fondateur de la revue Die Aktion et du Parti socialiste antinational en 1915 – tout un
programme… – et d’Adolf Dethmann (Kiel) qui soulignèrent que « la lutte du
prolétariat n’était pas seulement internationale mais antinationale ». Tous deux
manifestèrent leur mépris et leur écoeurement vis-à-vis de W. et L. pour leur
dangereuse « propagande communiste » alliée à une propagande impérialiste
« grande-allemande » et antisémite. Pour Dethmann, la tendance national-bolchevik
était bien « völkisch » mais certainement pas communiste : « Laufenberg a prétendu
que l’intérêt du prolétariat allemand même dans une société sans classe est de
maintenir le rang de l’Allemagne comme coeur industriel de l’Europe. Il affirme plus
loin que nous représentons les intérêts du prolétariat allemand face aux
représentants du prolétariat juif».
Le débat fut donc très houleux, et la tension n’avait fait que croître lors de la
présentation du rapport fleuve de Laufenberg. Une résolution d’exclusion venant du
district d’Allemagne centrale avait été explicitement rédigée par le métallurgiste
Ludwig Meyer de Leipzig (il sera délégué au 3e congrès du Komintern, sous le
pseudonyme de Bergmann). Celle de Berlin, plus « diplomatique », mais très claire
affirmait que : « Les prolétaires organisés dans le KAPD se déclarent
catégoriquement socialistes internationalistes et rejettent toute propagande visant à
faire renaître l’idée nationale dans les rangs de la classe ouvrière. Si les camarades
W. et L. continuent à propager leur tendance nationaliste, ils se placeront hors des
rangs des socialistes internationalistes. »
Pour des raisons statutaires, cette exclusion n’était pas immédiate ; elle devait être
validée par les sections après le congrès. Validée par une majorité de membres du
parti le 14 août, la presse quotidienne en donna l’information le 17 août.
• Le programme communiste : parti, conseils et « nations »
Si le programme du KAPD affirmait que les partis, surgis avec le « triomphe de l’ère
bourgeoise », devaient « disparaître avec le capitalisme lui-même », la question du
rôle du parti prolétarien restait la question la plus épineuse au sein du KAPD.
Aussi l’organisation de Berlin proposa pour la discussion une résolution soulignant –
que le parti n’était pas un rassemblement pacifiste de propagande, ouvert à tout un
chacun : « le Parti se situe sur le terrain de la conquête du pouvoir politique et
rassemble les meilleures forces ».
Si les districts de Rhénanie, d’Allemagne centrale – qui avaient été en état
d’insurrection contre l’État – étaient d’accord, les ‘nationaux-bolcheviks’ de
Hambourg et les districts les plus syndicalistes – comme ceux de Thuringe et Saxe –
marquèrent leur désaccord : « La révolution n’est pas une question de parti »
répétèrent constamment les partisans de W. et L., reprenant le titre d’une brochure
de Rühle, qui était tout sauf un pacifiste.
Karl Schröder, le principal dirigeant et théoricien du KAPD, fut donc obligé de faire un
très long rapport pour recadrer la question. Il souligna que le parti était bien « une
avant-garde compacte du prolétariat » dont la nécessité s’imposait pendant et même
après la révolution, dans le respect du principe des conseils (Rätegedanke), moteur
de la Révolution. Schröder insistait dans son rapport sur les buts immédiats du parti :
non « la lutte contre l’Entente » – thèse favorite des nationaux-bolcheviks – mais « la
lutte pour la dictature du prolétariat ». Les principaux obstacles dans cette lutte
étaient le KPD – « qui ne croit plus en la Révolution » – et surtout l’USPD, tenu
comme principal responsable du désarmement du prolétariat. Affirmant que le
« prolétariat n’est pas pacifiste », le point du programme touchant à l’armement du
prolétariat devait être précisé ainsi : « L’armement par entreprise doit se poursuivre
de lui-même, mais des assurances devront être prises contre des éléments qui
constitueraient un danger pour la révolution ».
Cette affirmation sibylline pouvait aussi bien viser les nationaux-bolcheviks qui
préconisaient l’armement par entreprise, mais dans le but de mener la « guerre
national-révolutionnaire » contre l’Entente que des éléments incontrôlables, tels Hölz
et Plättner qui agissaient sans contrôle aucun du parti.
Le point le plus important traité par Schröder était finalement celui du rôle des chefs,
et la structure du parti. En premier lieu il s’en prenait à ceux qui « croyaient que le
rejet absolu des chefs serait prolétarien ». « C’est profondément faux », ajoutait-il,
car il y a un rapport dialectique entre masse et chefs, ceux-ci étant « les plus doués
en capacité d’exprimer la pensée et la vie » du prolétariat. Pour Schröder, la question
majeure était celle de la structure de l’organisation, et en particulier celle de la
centralisation. Condamnant l’idée anarchiste d’autonomie ou de fédéralisme comme
un « non-sens » – où chaque district se proclame « indépendant » et établit « ses
propres lois » – il ne condamnait point le « centralisme » dont seul le vieux contenu,
despotique, devait être rejeté. Sous peine de « faire voler en éclats » l’organisation
des conseils et donc mettre en péril le « processus révolutionnaire en Allemagne
ainsi que celui de la « Révolution mondiale », l’action du prolétariat devait être
centralisée.
Reprenant le contenu de sa brochure sur Le devenir de la nouvelle société, Schröder
affirmait enfin que celle-ci ne serait pas une « fédération de républiques nationales
des soviets » – telle que proclamée dans la Constitution de l’URSS de juillet 1918 –
mais une Commune mondiale, associant les conseils ouvriers fondés sur une base
territoriale et non nationale.
Certains points « délicats » ne pouvaient être traités dans le cadre du congrès : lutte
armée, formation et rôle d’une armée rouge, mesures de défense face à la contre-
révolution (résolution de Bremerhaven); mesures économiques immédiates de la
révolution (résolutions de Berlin et Wilhelmshaven). La centrale de Berlin réussit,
malgré l’opposition de Hambourg, à renvoyer en commission la rédaction de
résolutions ad hoc.
• L’adhésion à la Troisième Internationale
Peu avant le congrès avaient été publiés le rapport de la délégation à Moscou, et
sous forme de brochure Le Voyage en Russie de Jung, qui était tout personnel. Celui
de Rühle et Merges, connu, ne fut pas publié par le parti. (15)
C’est à Jung donc
qu’avait été confié un rapport oral qui fut fortement critiqué aussi bien par Jan Appel,
qui exigea vivement de faire un rectificatif, que par Schröder et Pfemfert – éditeur de
l’écrivain Jung! – qui ironisèrent l’un sur sa palette expressionniste l’autre sur son
hermétisme poétique.
15 Le Rapport sur Moscou d’Otto Rühle ne fut publié qu’en septembre 1920, par l’organe de la section locale du
KAPD, alors en état de dissidence. [Der Kommunist, nos 37 et 38, « Bericht über Moskau »]
Le rapport de Jung – confus dans la forme et le contenu – présentait pourtant un
certain intérêt. Il soulignait que le Komintern était surtout né de la décomposition de
la IIe Internationale et du désir désespéré des Russes de sortir à tout prix de leur
isolement. Rappelant que le KPD (S) s’était opposé en 1919 à la fondation
prématurée du Komintern, il constatait qu’à Moscou étaient représentés des partis
« à peine plus nombreux que notre réunion d’aujourd’hui »; que deux courants
émergeaient : l’un, peu soucieux de questions de statut d’organisation, voit dans le
Komintern l’« état major du prolétariat » en vue de la prise de pouvoir; l’autre, pour
autant que la Russie demeure un « facteur de puissance », veut réduire
l’Internationale à des « tâches diplomatiques ». Ce second courant est celui de
Radek au sein de l’Exécutif, qui fait du Komintern une « remorque de la République
des Soviets » et métamorphose les « partis frères » en des bureaux d’information et
de correspondance sur la Russie nouvelle.
Jung affirmait que la délégation était venue à Moscou avec l’idée de créer une
« ligue compacte des organisations situées en dehors de l’Internationale ». Le
contact avec les syndicalistes et les Wobblies de l’IWW les en avait dissuadés. De
son point de vue – et là Jung fut fortement approuvé par de nombreux délégués au
cri de « très juste » – il était faux de demander une adhésion au Komintern, alors que
le KAPD « se situait sur le terrain de la IIIe Internationale ».
A cette incohérence dans le discours s’en ajoutait une autre : affirmant que le
prolétariat n’était pas vraiment « présent » dans la révolution russe, et que celle-ci
avait été faite sous forme de « putsch », Jung demandait in fine à l’Union soviétique
son plein soutien à la Révolution allemande.
Ces affirmations de Jung furent aigrement combattues par Jan Appel qui rappela
qu’Octobre 17 avait été préparé par 1905, que les bolcheviks ne faisaient que suivre
la volonté du prolétariat russe de s’emparer du pouvoir, et qu’en définitive la véritable
question était celle du développement de l’« auto-conscience du prolétariat » dans
une Internationale de combat construite non par en haut par des chefs (du type
Wolffheim et Laufenberg) mais par la base ouvrière elle-même.
Mais derrière cette idée de « putsch » se cachaient toutes sortes de non-dits, voire
de tractations secrètes avec l’Exécutif. Jung fut le seul (voir infra) à présenter une
résolution sur l’adhésion au Komintern qui affirmait que celui-ci était « l’état major du
prolétariat international ». Ce que Jung ne pouvait proclamer ex abrupto c’est qu’il
était l’un des responsables de l’organisation de combat du KAPD, qui en symbiose
avec celle du KPD, devait préparer la prise du pouvoir par les armes, et qu’il avait
pris contact dans ce sens avec le Bureau ouest-européen. En fait pour Jung, le
Komintern, en réduisant son rôle à des tâches militaires, était bien dans une
perspective blanquiste, certes dénoncée par Pannekoek, mais ô combien fascinante
pour le poète Jung.
Deux interventions vinrent préciser les rapports envisageables entre États des
conseils et Troisième Internationale. Le jeune Dethmann (âgé alors de 23 ans),
regrettait que la délégation se soit rendue « en pèlerinage » à Moscou, en restant
« sur la défensive », et n’ait même pas porté une résolution visant à exclure le
Spartakusbund du Komintern pour son attitude d’« opposition loyale » à l’État
allemand. Pour Dethmann, l’Internationale était une anti-Société des nations. Elle
devait se concevoir comme une « Confédération d’États prolétariens », non comme
une juxtaposition fédérative de « républiques des soviets ». Sa croissance serait
organique de par la volonté des ouvriers révolutionnaires, « bataillons de la IIIe
Internationale ». S’il devait y avoir « un état-major » de la révolution, il devrait surgir
« par en bas », son sommet – localement russe et non international – étant encore
dans les limbes.
Schröder, au cours de la discussion, confirma que la centrale du KAPD avait bien
donné des instructions à la délégation de demander l’expulsion du KPD du
Komintern pour trahison. S’appuyant sur la brochure qu’il avait rédigée peu avant le
Congrès (Le devenir de la nouvelle société), Schröder souligna que le but ultime de
l’Internationale n’était pas de « fédérer » des nations prolétariennes mais de donner
naissance à une humanité nouvelle unifiée dans une société « sans nations et sans
classes ». Pour parvenir à ce but, il devait être clair que l’Internationale du futur serait
celle des conseils ouvriers et non des partis.
Le débat se conclut par une véritable bataille de résolutions. Celle de Berlin
soulignant la nécessité d’adhérer au Komintern pour accomplir hic et nunc les tâches
du parti passa aux oubliettes. Celle de Francfort en substance exigeait que l’Exécutif
juge le KAPD sur ses actes, tout comme le KAPD le jugerait non sur des thèses et
résolutions de congrès internationaux mais sur son action. Celle de Hambourg n’était
qu’une répétition de ses thèses « national-révolutionnaires » et prenait même une
tonalité « völkisch ». La mise en place d’un centre international d’information et de
gestion des tâches devrait être la seule finalité d’une « Internationale » : une
« fédération de libres nations » et de « peuples sans classes ». Il s’agissait d’éviter
« la soumission de la nation allemande » au « diktat de Moscou ». Quant à la
résolution de Jung sur l’Internationale comme « état major du prolétariat
international » elle apparut hors de propos et ne fut même pas mise au vote.
Une résolution rédigée au cours des débats par Meyer, Thyssen (John Graudenz) et
Schröder fut nécessaire pour au moins recadrer la question de l’Internationale. Cette
résolution – adoptée par 37 voix contre 4 (et une abstention de Francfort) – tout en
réaffirmant que le Comité exécutif ne saurait s’immiscer « dans les affaires
intérieures du parti », reconnaissait surtout l’absolue nécessité d’un cadre
communiste international : « L’internationale communiste est l’union des ouvriers
révolutionnaires de tous les pays, qui luttent pour la dictature du prolétariat ». En
conséquence le KAPD devait agir « d’après les principes du Komintern, pour autant
qu’ils se basent sur la reconnaissance de la lutte de classe, de la dictature du
prolétariat et de la pensée des conseils ».
Le congrès s’accorda sur le fait que les exigences du Comité exécutif d’exclure le
national-bolchevisme ne concernaient pas Rühle, adversaire irréductible de tout
nationalisme. La résolution de Pfemfert rédigée dans ce sens fut donc adoptée, sauf
par W. et L. et leurs partisans.
• Les rapports entre KAPD, AAUD et FAUD
Le mouvement des Unions, c’est-à-dire des organisations révolutionnaires
d’entreprise, rattachées aux anciens conseils ouvriers, était particulièrement puissant.
L’AAU comptait en 1920 plus de 200.000 adhérents. Mais à côté d’elle, depuis
décembre 1919, s’était constituée la FAUD qui comptait 150 000 militants répartis
dans 450 groupes à travers toute l’Allemagne. Officiellement, la FAUD se définissait
comme « anarcho-syndicaliste », mais dans la réalité une grande partie des militants
était loin d’être anarchiste. C’est ainsi qu’il y avait souvent des doubles
appartenances, en particulier dans la Ruhr, en Silésie et à Braunschweig. Certaines
sections de la FAUD étaient proches du KPD ou de l’USPD. Une tendance comme
celle des mineurs de Gelsenkirchen coopérait avec l’AAU et le KAPD, avant de
choisir le KPD.
Il en résultait que les frontières entre l’AAUD et la FAUD étaient peu claires, et que
même dans certaines sections de la FAUD, censée être purement « syndicaliste »,
l’arc-en-ciel des opinions politiques s’étirait de l’USPD au KAPD, via le KPD.
Meyer (Leipzig), le spécialiste de la question, avait proposé qu’il y eut deux co-
rapporteurs AAU et FAU, ce qui fut rejeté. Lewinsohn de Dresde allait même plus
loin : des « non-communistes » ne sauraient être rapporteurs dans un congrès de
communistes. Le rapporteur sur les Unions fut donc le seul Kuschewski qui défendit
la vision d’une centralisation de leur action par le parti, et incitait tous les membres
de la FAUD a rejoindre l’AAU. Dans la discussion, le délégué de la Rhénanie, Peter
Spinnraths, souligna la nécessité d’établir une claire délimitation entre organisation
politique et syndicalisme; pour ‘Thyssen’ (John Graudenz), il s’agissait d’opérer une
claire ligne de démarcation entre pacifisme anarchiste et action révolutionnaire. Mais
pour une forte minorité de délégués (en particulier Hambourg, Saxe-Thuringe et
Pfemfert), l’idée des conseils n’était pas une « affaire de parti », et les Unions
devaient suivre leur propre chemin.
La décision la plus importante prise par le Congrès fut de valider la résolution
proposée par Alfred Ihlau, l’un des dirigeants de l’AAU de Berlin :
« Le congrès attend des membres du parti qu’ils quittent les syndicats. Le congrès
se place lui-même sans réserve sur le terrain de l’organisation d’entreprise, unie
dans l’union ouvrière générale »
Mais cette résolution fut rejetée par certains districts (Spandau-Havelland et
Poméranie), où la présence de la FAUD, syndicaliste, était réelle. La question
restait délicate : devait-on considérer la FAUD comme un petit syndicat de tendance
anarchiste ou une organisation semi-politique, en constante évolution, amenée à
poser la question de la prise du pouvoir? Certains des membres du KAPD, comme à
Braunschweig, travaillaient étroitement avec la FAUD ou les IWW allemands.
Une autre proposition faite par Pfemfert, dans l’une de ses interventions, n’eut pas
de suite immédiate : considérant que les membres des unions n’étaient pas
obligatoirement membres du KAPD, il suggérait que tous les militants du KAPD
adhèrent en priorité à l’AAU.
Le point non résolu restait la fonction de l’Union : était-t-elle une simple « courroie »
du parti (position du rapporteur Kurt Kuschewski), dont elle reprenait le programme,
toute son action étant centralisée par le parti; ou au contraire le parti devait-il se
dissoudre dans l’Union ? C’était la position d’Otto Rühle et de ses partisans en Saxe
et Thuringe, mais aussi des unionistes de Hamburg, Bremerhaven et Wilhelmshaven,
et dans une moindre mesure celle de Franz Pfemfert et Alfred Ihlau.
Ce problème fut « résolu » par le départ des éléments les plus anticentralistes aussi
bien dans le KAPD que dans l’AAU, pour former en octobre 1921 l’AAUE.
• L’organisation dans un cours nouveau
Les rapports présentés par Fritz Rasch et Emil Sach (Erdmann) donnent une idée
assez exacte de l’état matériel du parti en août 1920.
La situation restait pleine d’espoir : dans certains endroits (Berlin, Dresden, Frankfurt,
Magdeburg, Hamburg, Eisenach, Zwickau) le KAPD a attiré quasiment la totalité des
militants du KPD (S), sauf à Stuttgart (fief de Thalheimer) et Chemnitz (fief de Brandler
et Heckert). Il est intéressant de noter que la politique d’opposition loyale du KPD et
sa signature des accords de Bielefeld (23 mars) avait amené une masse de militants
nouveaux, directement trempés par l’insurrection, en Rhénanie Westphalie (5.500
militants). Dans le district du Nord-Est, Brême était aux mains du KPD, seuls les ports
de Wilhelmshaven, Cuxhaven constituant des points d’attache, sans doute grâce à l’Union
des marins très radicale. En Prusse orientale, le KAPD disposait de militants prêts à l’action
mais menacés par l’Orgesch et les corps francs mis en place par le social-démocrate August Winnig.
Le point noir était évidemment Hambourg, apparemment une forteresse du KAPD,
mais que la politique de L. et W. plaçait au bord du gouffre. Sur environ 4.000
militants (dont 953 à Altona, aux mains de l’opposition à W. et L.), on comptait sur le
papier 2.000 militants, dont 500 étaient actifs. Le national-bolchevisme était devenu
un repoussoir pour les éléments jeunes du parti attirés par l’action révolutionnaire,
comme Jahnke de Hamburg.
Sur le plan financier, le « grand argentier » du Parti Emil Sach soulignait les dettes
du parti qui devrait vite augmenter ses réserves. Une décision s’imposa : tous ceux
qui ne paieraient pas leur timbre de cotisation seront exclus. Il semble que cette
menace ait eu de l’effet : Franz Jung note dans ses Mémoires (Le chemin vers le bas)
que l’argent rentra de nouveau à flot dans les caisses. Mais il ne précise pas si
l’action de « récupération » opérés par des éléments isolés comme Max Hölz et Karl
Plättner n’y a pas un peu contribué ! Un autre point qui n’apparaissait pas dans le
bilan financier était bien sûr l’aide du Komintern, qui par le truchement de Franz Jung,
semble avoir été réelle, au moins pour l’achat d’armes, dissimulées dans des caches en
Silésie, pour aider l’Armée rouge lorsqu’elle aurait traversé de part en part la Pologne,
et décupler son action de « boute-feu » révolutionnaire en Allemagne…
Concluant son rapport politique, à la fin du congrès d’août 1920, Alexander Schwab
était beaucoup plus prudent. Il soulignait non seulement l’importance de la loi sur le
« désarmement » de la Reichswehr – après le désarmement de force du prolétariat
dans la Ruhr en avril 1920 – qui s’accompagnait d’un renforcement des
organisations paramilitaires d’extrême droite, et renforçait le danger de l’intoxication
nationaliste, renforcée par le Traité de Versailles. L’idée ‘national-bolchevik’ d’une
alliance nationaliste entre l’Allemagne et la Russie contre l’Entente était un piège
mortel.
L’autre danger était la stratégie de l’État républicain de défaire paquets par paquets
les unités d’avant-garde du prolétariat : « Les actions isolées constituent l’un des
plus grands dangers pour le prolétariat. C’est un principe de base des militaires
d’écraser toute unité adverse qui marche isolément, avant que ne se forme une
armée. Les mots d’ordre actuels doivent revêtir leur pleine clarté de manière à ce
que l’ennemi se heurte à un front compact et unifié et ne puisse jamais trouver une
quelconque occasion de détruire les unités l’une après l’autre… ». D’où la nécessité
d’une stricte centralisation découlant « d’un point de vue purement pratique ».
Ainsi le KAPD travaillerait de plus en plus de façon centralisée tant dans son activité
en Allemagne que dans le Komintern, où il annonçait qu’il agirait comme une fraction,
s’il était admis.
La décision prise majoritairement par le congrès d’exclure le national-bolchevisme
eut des effets positifs quasi immédiats. Il y eut bien scission à Hambourg, mais la
plupart des exclus revinrent très vite, en catimini, au KAPD (16), et pour les plus
«syndicalistes» d’entre eux s’investirent dans la seule AAUD, qui avait une très forte
influence dans les chantiers navals du Wasserkante. Leur retour s’était accompli
sans état d’âme particulier, dès qu’il devint clair que Laufenberg et Wolffheim
frayaient avec des cercles nationalistes, se considérant désormais comme des
« nationaux-révolutionnaires». (17)
16 Le 29 août 1920, s’était déroulée la conférence du district Nord du KAPD.
Celui-ci en octobre 1920 comprenait 1.500 militants, ce qui laisse supposer que
les effectifs de Hambourg avaient fondu de moitié. Des militants majeurs qui
soutenaient W. et L. – comme Carl Happ (H.) ou Kohn (K.) – semblent avoir rapidement
réintégré les « rangs ».
17 Dès le printemps 1920, W. et L. avaient fondé, avec le publiciste nationaliste A. E. Günther (1893-1942) – un
proche d’Ernst Jünger – une « Association libre pour l’étude du communisme allemand », en fait une passerelle
en direction du nationalisme « völkisch ». De son côté, Fritz Wendel à Berlin avait pris langue avec les jeunes
étudiants nationalistes de la « Ligue national-allemande de la jeunesse », mais s’en était éloigné rapidement. A la
mi-août, après leur exclusion définitive, W. et L. fondèrent à Hambourg une Ligue des communistes (Bund der
Kommunisten). Dans leur brochure « Moscou et la Révolution allemande », ils utilisaient pour la première fois en
Allemagne le terme de « national-révolutionnaire » et proclamaient « la nécessité d’une union avec les
nationalistes de droite honnêtes [sic], pour autant qu’ils soient d’orientation anticapitaliste et se rallient aux
positions du communisme ». Après avoir rencontré quelque succès dans l’Union des officiers de la marine
marchande, en 1922 le « Bund der Kommunisten » avait quasiment disparu. Laufenberg semble s’être éloigné de
ses positions « national-révolutionnaires », co-éditant à partir de 1927 la revue Die Harpune, revue culturelle
anarchiste. A sa mort survenue en 1932, le Kampfruf, organe de l’AAU, salua en lui une opposition totale au
national-socialisme. Quant à Wolffheim, il se rallia, au début des années 30, au cercle « nationaliste social-
révolutionnaire » [„Gruppe Sozialrevolutionärer Nationalisten“,] de Karl-Otto Paetel qui propageait l’idée d’un
« État populaire des conseils ». Comme Wollfheim était juif, il fut arrêté en 1939, interné à Sachsenhausen et
finalement exécuté le 17 mars 1942 dans le camp de Ravensbrück.
18 Le long discours-programme de Gorter (23 novembre) ne fut jamais publié par l’Exécutif du Komintern.
On en a une idée (totalement déformée par la polémique) dans le discours prononcé le lendemain par
Trotsky lors d’une séance de l’Exécutif : « Réponse à Gorter », Bulletin communiste, n° 34, 18 août 1921.
Trotsky y affirmait que « les chefs du KAPD jouent encore un trop grand rôle dans leur propre parti et
communiquent aux ouvriers qu’ils dirigent cette défiance envers les masses prolétariennes dont le discours
du camarade Gorter était pénétré ».
19 Der Kommunist, l’organe de la tendance saxonne du KAPD – nos 44 à 48, nov. 1920 – donne des chiffres
éclairants : sur les 240 membres du parti à Gotha n’en restent que 90 ; Eisenach est en débandade : sur les 350
membres de la section 35 sont présents; la section de Frankfurt se disloque : restent 600 membres sur les 1.500
comptabilisés au Congrès. Dans le n° 48, Der Kommunist affirme que le nombre réel de militants est de 20.000
« au plus ». La tendance de Rühle, qui venait d’être exclue, en conclut méchamment que le destin du KAPD est
scellé : « Même le rouble russe ne peut plus le sauver ».
L’étiquette qui restait encore collée au KAPD était celle de l’anticentralisme et de
l’antibolchevisme de Rühle, une étiquette qui disparut dès l’automne de 1920. Le 30
octobre Rühle était exclu du parti. Le 28 novembre 1920, malgré des discussions
peu fructueuses de sa délégation (Fritz Rasch, Karl Schröder et Herman Gorter)18,
avec l’Exécutif du Komintern (Boukharine, Zinoviev, Trotsky, Marchlevsky et
Lozovsky), le KAPD était admis comme parti sympathisant. Il devait accepter les
conditions d’adhésion, donc reconnaître la justesse des « tactiques parlementaire et
syndicale ». Il était mis en demeure d’adhérer au VKPD, qui venait de fusionner avec
l’aile gauche de l’USPD. Autant dire qu’il était demandé au KAPD de se saborder,
d’abandonner l’organisation des Unions et son programme. Il lui était promis dans
l’immédiat de faire partie sur un plan strictement militaire de l’« état major du
prolétariat mondial ».
La marge de manoeuvre du KAPD était très limitée. La Révolution prolétarienne en
Allemagne semblait déjà à bout de souffle. Les militants du parti se décourageaient
et partaient de plus en plus.19 A l’orée de l’année 1921, l’adhésion à l’Internationale
s’imposait comme une nécessité, mais sans enthousiasme, vu le prix qu’il faudrait
certainement payer pour l’obtenir.
4 juin 2012,
Philippe BOURRINET.
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Karl SCHRÖDER vers 1914 (pseudonymes : Karl Wolf, Zech, Ernst Lichtenberg)
Alexander SCHWAB (vers 1918?) (pseudonymes : Franz Sachs; Sigrist)
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Authentiques faux papiers de Franz JUNG en 1920 (pseudonymes : Franz Larsz, Frank Ryberg)
Peter Drömmer, The Revolutionary, 1919
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Conrad Felixmüller: Der Agitator Otto Rühle spricht [L’agitateur Otto Rühle prononçant un discours], 1920
Peter Drömmer: portrait d‘Adolf Dethmann (1896-1979),
l’enfant génial du KAPD“, théoricien de l’Internationale communiste ouvrière,1921
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Minna Faßauer (1875-1949) : elle fut dans la République socialiste de Braunschweig (10/11/18 – 22/02/19) Commissaire
du peuple à l’éducation [Volkskommissarin für Volksbildung], et donc la première femme ministre en Allemagne. De
1920 à 1933 Minna Faßhauer fut active dans le KAPD et la FAUD. Après 1933 elle agit activement dans le groupe
clandestin Union communiste-ouvrière. August Merges en fit partie. Il le paya, malgré son âge, d’un très lourd
emprisonnement.
August Merges (1870-1945), au milieu du groupe, troisième à partir de la gauche, président de la République socialiste
de Brunswick (10/11/1918 – 9/04/1919). En 1920 il quitta le KPD compta parmi les fondateurs de l‘AAUD et du KAPD. En
1935 il fut condamné à trois ans de forteresse. Il mourut le 6 mars 1945 des suites des mauvais traitements subis par la
Gestapo durant ses « interrogatoires ».
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Franz Pfemfert l’éditeur de la revue Die Aktion (1911-1932), critique littéraire, photographe,
a été une figure majeure du KAPD en 1920/21,
ensuite du mouvement des Unions (AAU et AAUE). Il mourut, comme Trotski,
Otto Rühle et Victor Serge en exil à Mexico (Portrait, par Ludwig Meidner, 1915).
Franz Peter Utzelmann (alias Kempin),
KAPD, puis „Rote Kämpfer“ 1932-36. En mars 1921, il fut à
24 ans l’un des chefs militaires des ouvriers des usines Leuna
(Photo : vers 1947).
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Max Hölz – portant chapeau et revolver à la ceinture –
Pendant l’insurrection ouvrière d’Allemagne centrale, mars 1921.
Karl Plättner (1896-1945), KPD (Hamburg, Dresden, Magdeburg), puis KAPD, „chef de bande d’Allemagne centrale“
(Photo : septembre 1919)
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Une caricature du troisième congrès du Komintern (Folkets Dagblad Politiken, Stockholm), reproduite dans Workers’
Dreadnought, le 6 août 1921. Bernard Reichenbach, qui porte des bésicles, est le troisième à partir de la gauche –
rangée du bas. (Le premier à gauche et en bas, „cigarette au bec“, n’est autre qu‘Alfred Rosmer).
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Johannes (John) Graudenz (1884-1942), alias Thyssen ou Thiessen. En 1920/21 il fut l’un des responsables du KAPD. Il
participa en tant qu’hôte au troisième congrès du Komintern. Il fut successivement journaliste à Moskau pour le
compte de l’UPI et un photographe renommé à Berlin. Impliqué dans les activités de l’Orchestre rouge, il fut pendu le
22 décembre 1942, sur ordre express de Hitler, à la prison de Plötzensee à Berlin.
Rudolf Ziegenhagen (1895-1949), libraire,
membre de la double organisation AAU/KAPD, puis de la KAU, 1920-1933, condamné le 30 janvier 1934
à 2 ans et neuf mois de forteresse.
Alfred Weiland (1906-1978), vers 1943. A partir de 1926, membre du KAPD et de l‘AAU, puis de la KAU. En 1933 et 1934,
il fut enfermé dans le camp de Hohnstein. A partir de 1934 et jusqu’à son incorporation dans la Wehrmacht en 1944 il
fut l’un des reconstructeurs des groupes communistes de conseils. Enlevé à Berlin-Ouest par les services secrets
soviétiques, il fut jugé et condamné à la prison par les autorités est-allemandes de 1950 à 1958.
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Jan Appel (1890-1985) Paul Mattick (1904-1981)
Rudolf Helmut Wagner (1904–1989)
Paul Kirchhoff (1900-1972), ethnologue, membre dès 1920
de l’AAU (Freiburg) et du KAPD
Paul Einzelmann (1888-1961), écrivain, Dr. Ludwig Barbasch (1892-1962), avocat,
imprimeur et éditeur du KAPD à Berlin. USPD 1918/19, KAPD 1921-1933.
Le libraire d’art et de livres anciens, Dr. Adolf Dethmann, Hamburg, 1954 : combattre „Mein Kampf“!
[Der Spiegel, no. 42, 10 Nov. 1954]
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Otto Rühle et Trotsky en exil, Mexico, vers juillet 1938, lors du verdict de la Commission Dewey condamnant les procès
de Moscou de 1936 et 1937 comme « falsifications judiciaires ».
Adam Scharrer (1889-1948), militant et dirigeant du KAPD, 1920-1933.
« Écrivain prolétarien » à la fin des années 20, « exilé littéraire », il cacha son passé et se mit – sans véritable conviction – au service de l’Allemagne de l’Est
en 1946-48. L’un des derniers timbres de la RDA, l’année de la chute du mur, lui fut dédié pour son roman Compagnons apatrides.
Une plaque commémorative en l’honneur de Franz Pfemfert, éditeur de Die Aktion, érigée à Berlin-Wilhelmsdorf en 2004. Elle rappelle que Pfemfert fut le
porte-parole de la lutte contre le nationalisme et le militarisme et mourut en exil dans la pauvreté.

Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/05/um-congresso-decisivo-nacional.html