Asie/Afrique

La situation difficile des travailleurs en Afghanistan. Et la clé pour s’en sortir

Par  Association sociale des travailleurs afghans (AWSA). afghanworkers@yahoo.com

Dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, le travail n’est pas perçu comme un droit humain, mais plutôt, pour beaucoup, comme un destin imposé rempli de souffrances et d’injustices. Des millions de travailleurs — qu’ils soient dans de petites et grandes usines en ville, dans des mines dangereuses, sur des chantiers de construction ou dans l’agriculture — font face chaque jour à des insultes et des menaces constantes de licenciement, en plus de la douleur et de la mort causées par les mauvaises conditions de travail. Cette situation déplorable a transformé la vie des travailleurs au-delà de la simple pauvreté en une lutte constante pour la survie.

L’un des facteurs les plus importants qui place les travailleurs afghans dans une position faible est le vaste vivier de main-d’œuvre de réserve ou semi-chômeur. Lorsque des millions de personnes sont prêtes à travailler à n’importe quel prix, même pour les salaires les plus bas, les employeurs peuvent facilement exploiter cette opportunité. Dans un tel marché, un travailleur n’a aucune chance de négocier. Si un employé se plaint de mauvaises conditions de travail, l’employeur le licencie immédiatement, sachant que des centaines d’autres personnes attendent devant la porte de l’usine. Cette peur du chômage est la plus grande arme des employeurs pour exercer davantage de pression sur les travailleurs. Le résultat est qu’un travailleur doit travailler de longues heures sans heures supplémentaires, dans des conditions oppressives, sans protestation.

Les conditions de travail dans de nombreuses usines et lieux de travail en Afghanistan ne sont pas seulement injustes, mais souvent inhumaines. Les travailleurs sont contraints de travailler dans des espaces exigus et sales avec des outils usés, dans des conditions où le moindre accident peut leur coûter la vie. Dans les mines de charbon et autres minéraux, les travailleurs pénètrent profondément sous terre ou dans de longs tunnels sans casque, vêtements de sécurité, respirateurs ni équipement de protection de base. Le travail forcé dans les fours à briques ou les ateliers de matériaux de construction, utilisant des machines tranchantes et lourdes sans respecter les principes de sécurité, est courant. Les gaz mortels, la poussière épaisse, les débris qui s’effondrent et le risque d’électrocution font partie du quotidien des travailleurs.

Si un accident survient sur le lieu de travail — par exemple, un effondrement de mine, l’effondrement du toit d’un bâtiment à moitié terminé, le renversement d’un véhicule non standard, une électrocution ou une chute de hauteur — que se passe-t-il ? Dans la plupart des cas, l’employeur se contente de s’écarter et de dire : « Le travailleur était responsable » ou « C’était un accident imprévu. » Il n’y a ni assurance travail, ni fonds de soutien aux travailleurs, ni entité responsable, ni procédure légale obligeant l’employeur à verser des soins, une indemnisation ou une pension à la famille d’un travailleur blessé, handicapé ou décédé.

Par conséquent, la question fondamentale est : qui défend les droits de ces travailleurs pauvres ? Divers gouvernements, au cours des deux dernières décennies, ont adopté des lois pour protéger les travailleurs, mais ces lois ont été rarement appliquées. Après les récents développements, les organismes de surveillance et de défense des travailleurs ont pratiquement disparu. Les syndicats ont soit été affaibli, soit incapables de fonctionner efficacement. Les organisations de défense des droits humains font également face à de sévères restrictions. En conséquence, le travailleur se retrouve complètement seul face à l’employeur. Ni la loi ni la justice ne le soutiennent, il n’y a pas de conseil de surveillance, ni de média indépendant pour amplifier sa voix.

La sensibilisation et l’unité des travailleurs sont la clé pour s’en sortir

Dans ces conditions difficiles et vulnérables pour les travailleurs, seules l’illumination, la conscience de soi et l’unité entre eux peuvent changer cette situation. Tant que les travailleurs affrontent les employeurs individuellement et de manière dispersée, leur défaite est certaine.

Connaître le nombre d’heures de travail quotidiennes, le salaire minimum, divers droits d’assurance, le droit de se plaindre, de protester, de faire grève, le droit de former des syndicats, etc., est absolument essentiel. Même si des lois équitables n’existent pas ou ne sont pas appliquées aujourd’hui, connaître ses droits est la première étape pour les réclamer.

L’unité et la solidarité ne signifient pas seulement l’appartenance à un syndicat formel — ce qui est difficile dans les circonstances actuelles — mais aussi la formation de conseils d’atelier sur les lieux de travail, des fonds coopératifs pour aider les familles des victimes, et des réseaux de solidarité entre les travailleurs des mines, de la construction, des municipalités et d’autres secteurs. Partout où quelques travailleurs se rassemblent et décident de ne pas rester silencieux face à une injustice, le noyau de l’unité s’est formé.

L’unité et l’organisation donnent aux travailleurs le pouvoir de ne plus être des mendiants devant l’employeur. Les travailleurs conscients et unis peuvent agir avec sagesse et défendre leurs droits légaux. Par exemple, ils peuvent présenter collectivement leurs exigences minimales, utiliser l’arrêt de travail en dernier recours, déposer des plaintes collectives auprès des collectivités locales et isoler un employeur contrevenant en attirant l’opinion publique. L’expérience de nombreux pays a montré que les employeurs apprécient l’exploitation tant qu’ils font face à des travailleurs dispersés, mais lorsqu’ils constatent que les travailleurs se sont unis, ils sont contraints de reculer.

Tout comme nous mettons l’accent sur la conscience de classe et l’unité des travailleurs au niveau national, au niveau international, la solidarité de classe de tous les travailleurs contre la guerre, la tyrannie et le capitalisme est vitale. Les travailleurs afghans, dans leur lutte pour les droits syndicaux et la dignité humaine, ont besoin de la solidarité active et du soutien tangible des travailleurs et des syndicats d’autres pays. Ce soutien n’est pas seulement un devoir moral, mais aussi une nécessité stratégique pour la victoire de la classe ouvrière dans le monde entier.

  • Vive la solidarité entre les travailleurs d’Afghanistan et du monde entier !
  • Vive le Premier Mai — l’unité des travailleurs pour un monde libre d’oppression et d’exploitation !

Association sociale des travailleurs afghans (AWSA)

1er mai 2026

Kaboul, Afghanistan

afghanworkers@yahoo.com

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 réflexions sur “La situation difficile des travailleurs en Afghanistan. Et la clé pour s’en sortir

  • Robert, de mon point de vue, le travail n’est en aucune manière un « droit », c’est le contraire, un « devoir » auquel se soustraient les bourgeois rentiers et exploiteurs qui ne voient que leurs « droits » et dénoncent leurs devoirs, car ils n’en reconnaissent aucun.

    Mais qui dit devoir, ne dit pas esclavage, qui ne repose pas sur le devoir, mais la contrainte physique par la violence réduisant (quand ce n’est pas nier) les droits à un espoir et non la réalité.

    Comprendre que dans une société équitable et juste, il y a recherche d’équilibre entre droits et devoirs (définition de la responsabilité, tout déséquilibre entraînant l’irresponsabilité) or, s’il y a la contrainte sans contrepartie de droits en équilibre, alors, la société est dominée par une élite capitaliste bourgeois et prédatrice. Sachant qu’avant elle, c’était l’élite capitaliste nobiliaire prédatrice, qui fondait sa légitimité sur la primauté du « devoir ».

    Bref, arrête donc de penser comme un capitaliste si tu affirme vouloir le communisme et penser comme un travailleur. Ce dernier se fondant sur l’équilibre entre devoir et droit, en aucune manière sur la primauté du droit ou du devoir.

    Le communiste est un être qui peut exister et dominer socialement que sur la base, primauté de la responsabilité individuelle et collective, sur la capacité de répondre de ses droits et devoirs envers autrui. Jamais envers soi même, car c’est à que réside la souveraineté de l’être et la propriété de son temps de vie. Mais vis à vis d’autrui, en communauté donc, la liberté est relative, jamais absolue car cela veut dire la domination de celui qui a la liberté absolue sur tous les autres.

    En communauté (qui commence avec 2 individus) le respect de la liberté d’autrui repose sur le compromis et l’équité, c’est à dire, selon son mérite et apport au collectif dont chacun tire son propre intérêt personnel.

    Etc…

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    • J’oubliai, en communauté, la liberté s’arrête là où se pose la question de celle d »autrui. Si la réponse est négative, elle ne porte pas atteinte à la liberté d’autrui, alors, rien ne peut lui être opposé par la force ,seulement par la parole. Par contre, si la réponse est positive, alors, il faut trouver le compromis.

      Répondre

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