7 au Front

LA DÉCOMPOSITION DE L’UTOPIQUE «NOUVEL ORDRE MONDIAL» MENACE L’HUMANITÉ

Par Khider Mesloub.

Au lendemain de l’effondrement du bloc soviétique

Les classes dirigeantes occidentales proclamèrent l’avènement d’un monde définitivement pacifié sous domination du capitalisme triomphant. Les frontières économiques devaient s’effacer sous l’effet de la libre circulation des capitaux, des marchandises et des investissements. Les rivalités géopolitiques étaient censées céder devant les impératifs du commerce mondial unifié. Les guerres, les révolutions, les affrontements idéologiques et les conflits entre grandes puissances étaient présentés comme des survivances d’un autre âge. Ce projet historique portait un nom : le « nouvel ordre mondial ». Pendant plus de deux décennies, cette expression fut érigée en vérité historique irréversible. Elle devait désigner l’entrée de l’humanité dans une ère nouvelle : celle de l’unification économique de la planète sous tutelle américaine, du triomphe supposément définitif du capitalisme et de l’effacement progressif des souverainetés au profit d’une gouvernance mondiale articulée autour du commerce, de la finance internationale et des grandes institutions transnationales, élevées au rang de totems du capital mondialisé. La mondialisation économique ne se présentait pas seulement comme une évolution technique du capitalisme, mais comme l’horizon indépassable de l’histoire humaine elle-même. Autrement dit, le capitalisme mondialisé prétendait incarner la «fin de l’histoire», selon la formule popularisée par Francis Fukuyama.

Le « nouvel ordre mondial » devait durer une éternité. Les proclamations d’éternité ne sont pas nouvelles. Le « Reich de mille ans » promis par Adolf Hitler et son régime nazi devait traverser les siècles; il n’aura duré que douze ans. Douze années auront suffi pour précipiter l’Europe dans la guerre totale, la ravager et l’engloutir dans la barbarie. Le « nouvel ordre mondial » emprunte la même trajectoire : celle d’un ordre qui, en prétendant pacifier le monde, généralise les guerres, banalise les destructions et étend les violences de masse à l’échelle planétaire.

L’euphorie mondialiste des années 1990

Aujourd’hui, ce monde capitaliste se désagrège sous nos yeux. Et c’est précisément ce que révèle la période actuelle, dont Trump n’est que l’expression la plus brutale. Car Trump n’apparaît pas comme une anomalie extérieure à l’ordre mondial unipolaire imposé par les États-Unis après la disparition de l’URSS en 1991. Il en constitue au contraire le produit tardif, brutal et contradictoire. Il est moins le fossoyeur accidentel de la mondialisation que l’expression politique de son épuisement historique. Ses droits de douane, ses guerres commerciales, ses ruptures d’alliances, son protectionnisme agressif et ses interventions militaires intempestives ne révèlent pas seulement le tempérament erratique d’un président américain ; ils exposent surtout la crise historique du modèle qui prétendait organiser durablement l’unification capitaliste du monde.

C’est Trump qui divague et le reste du monde qui déraille, plus exactement, la locomotive capitaliste qui tangue sous la tempête systémique.

Il faut se souvenir de l’euphorie triomphante qui s’empara des classes dirigeantes occidentales dans les années 1990, lorsqu’elles se persuadèrent que le capitalisme occidental était devenu le maître définitif du monde. En effet, la chute du bloc soviétique fut immédiatement interprétée comme la victoire finale du capitalisme. L’effondrement de l’URSS, la destruction du mur de Berlin, l’ouverture économique de la Chine, les privatisations massives dans l’ancien bloc de l’Est, l’expansion fulgurante de la finance mondialisée : tout semblait annoncer l’avènement d’un marché mondial unifié où les conflits historiques seraient dissous dans l’interdépendance économique généralisée, où la « démocratie » devait s’étendre aux quatre coins du monde et où la prospérité serait définitivement assurée à l’ensemble de l’humanité.

Le capitalisme occidental ne se contentait plus de dominer économiquement la planète ; il prétendait désormais incarner l’aboutissement naturel de l’histoire humaine. La démocratie parlementaire, le libre-échange, la dérégulation financière et l’ouverture des marchés étaient présentés comme des lois quasi naturelles de l’évolution des sociétés modernes. Toute résistance à cette dynamique était assimilée à un archaïsme condamné à disparaître.

La formule même de « nouvel ordre mondial », popularisée par le président américain George H. W. Bush lors de son discours du 11 septembre 1990 devant le Congrès, condensait cette ambition historique. Washington affirmait vouloir inaugurer une ère fondée sur le droit international, la coopération globale, l’intégration économique et la stabilité géopolitique sous supervision américaine. La première guerre du Golfe fut présentée comme l’acte fondateur de cette nouvelle architecture mondiale : une guerre menée au nom de la « communauté internationale », censée démontrer que les grandes puissances agiraient désormais collectivement pour garantir l’ordre planétaire.

La mondialisation capitaliste comme restructuration impérialiste

Mais derrière le discours universaliste apparaissait déjà la réalité beaucoup plus brutale d’une mondialisation organisée au profit du capital financier occidental. Loin d’abolir les rapports de domination, le « nouvel ordre mondial » les reconfigurait à l’échelle planétaire. La mondialisation ne supprimait pas les hiérarchies ; elle les internationalisait. Les anciennes puissances industrielles transféraient massivement leurs capacités de production vers des zones de main-d’œuvre à bas coût, pendant que la finance dérégulée imposait partout la même logique : compression salariale, destruction des protections sociales, privatisations, flexibilisation du travail et mise en concurrence généralisée des populations.

Le discours sur « l’unification du monde » dissimulait en réalité une gigantesque restructuration du capitalisme mondial. La création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995 symbolisa cette nouvelle phase historique. Le commerce international devait devenir le principe régulateur d’un monde prétendument pacifié. Les États furent progressivement sommés d’abaisser leurs barrières douanières, d’ouvrir leurs économies, de déréguler leurs marchés et d’intégrer les chaînes mondiales de production dominées par les grandes multinationales.

L’intégration de la Chine à l’OMC en 2001 marqua une accélération décisive du processus. Les grandes entreprises occidentales y voyaient une source inépuisable de main-d’œuvre bon marché et un gigantesque marché en expansion. Les délocalisations industrielles explosèrent. Des pans entiers de l’appareil productif américain et européen furent transférés vers l’Asie. Le capital occidental croyait alors avoir trouvé la formule idéale: produire à faible coût dans les pays émergents tout en maintenant la domination financière, technologique et monétaire des puissances occidentales.

La Chine ne s’est pas contentée d’intégrer le système mondial dominé par l’Occident ; elle a progressivement utilisé les mécanismes mêmes de la mondialisation pour renforcer sa propre puissance économique, technologique et géopolitique. Des nouvelles routes de la soie au contrôle croissant des chaînes d’approvisionnement stratégiques, en passant par les technologies de pointe comme la 5G, Pékin a transformé l’ouverture mondiale voulue par les puissances occidentales en instrument de montée en puissance nationale. La guerre commerciale lancée par Trump apparaît alors comme une tentative tardive et fébrile de ralentir, voire de déconstruire partiellement, une mondialisation que les États-Unis avaient eux-mêmes activement organisée pendant plusieurs décennies.

Mais cette dynamique portait déjà en elle une contradiction majeure. Car en transférant massivement les capacités industrielles vers la Chine, le capitalisme occidental contribuait simultanément à renforcer un futur rival stratégique capable, à terme, de contester sa suprématie économique et technologique. La mondialisation capitaliste produisait ainsi elle-même les conditions de la fragmentation future du monde.

L’interdépendance économique croissante n’abolissait pas les rivalités impérialistes ; elle les reconfigurait sur un terrain plus instable et plus conflictuel encore.

Pendant ce temps, les idéologues du système proclamaient la « fin de l’histoire ». Le capitalisme prétendait avoir définitivement vaincu non seulement le communisme soviétique, mais l’idée même d’alternative historique. Le prolétariat industriel des vieux pays capitalistes était présenté comme condamné au déclin irréversible. Les nouvelles technologies, la robotisation, la financiarisation et l’économie numérique étaient censées réduire progressivement la dépendance du capital à l’égard du travail humain.

Le sommet organisé à l’hôtel Fairmont de San Francisco en 1995 résume parfaitement cet état d’esprit. D’anciens dirigeants politiques comme Margaret Thatcher ou George H. W. Bush y côtoyaient les nouveaux maîtres de la finance mondialisée et des technologies émergentes. Certains y théorisaient déjà un capitalisme capable de fonctionner avec une fraction seulement de la population active mondiale, reléguant des masses humaines entières dans la précarité permanente. L’arrogance historique du capital semblait totale.

2008 : le début de la désagrégation mondialiste

Pourtant, derrière l’euphorie de la mondialisation triomphante, les contradictions fondamentales du système continuaient de s’accumuler. Car la mondialisation ne supprimait pas les crises du capitalisme ; elle leur donnait une dimension planétaire. La crise financière de 2007-2008 marque à cet égard une rupture historique majeure. Elle révèle brutalement que l’économie mondialisée repose sur une hypertrophie financière gigantesque, largement déconnectée de la production réelle de richesses. Pendant des décennies, l’expansion du crédit, la spéculation financière et l’endettement massif avaient permis de soutenir artificiellement la croissance mondiale malgré l’affaiblissement structurel de la rentabilité productive. Lorsque le système bancaire mondial a menacé de s’effondrer en 2008, les États et les banques centrales sont intervenus dans l’urgence en injectant des milliers de milliards de dollars afin d’empêcher l’écroulement des banques, des fonds d’investissement et des marchés financiers.

Mais cette intervention n’a résolu aucune contradiction fondamentale ; elle a au contraire prolongé et aggravé les déséquilibres du système en déplaçant une partie de la crise vers les dettes publiques et les politiques monétaires non conventionnelles des banques centrales. Les masses de capitaux spéculatifs ont continué de croître tandis que l’économie productive réelle demeurait incapable d’absorber cette accumulation financière. Autrement dit, la crise de 2007-2008 n’a pas constitué un accident extérieur à la mondialisation ; elle a brutalement mis au jour les contradictions internes du capitalisme mondialisé.

Et c’est à partir de la crise de 2007-2008, moment où la mondialisation a révélé ses propres contradictions, que le discours mondialiste commence à se désagréger. Les États réapparaissent brutalement comme instruments de protection des intérêts nationaux du capital. Les tensions commerciales se multiplient. Les rivalités technologiques s’intensifient. Les dépenses militaires repartent à la hausse. Les blocs géopolitiques se reforment progressivement. La mondialisation cesse d’apparaître comme une dynamique harmonieuse pour révéler sa véritable nature : celle d’une compétition mondiale exacerbée entre puissances capitalistes rivales.

Trump : le retour de la fragmentation impérialiste

Trump surgit dans ce contexte. Sa politique protectionniste ne constitue pas une négation du capitalisme mondial ; elle représente une tentative désespérée de préserver la puissance américaine dans un système mondialisé devenu défavorable aux intérêts industriels des États-Unis eux-mêmes. Car la mondialisation capitaliste, initialement conçue comme instrument de domination américaine, a progressivement contribué à affaiblir certains fondements matériels de cette domination. Désindustrialisation, dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères, montée en puissance de la Chine, fragilisation sociale interne : une partie des classes dirigeantes américaines considère désormais que l’ancien modèle mondialiste menace directement la suprématie des États-Unis.

La mondialisation a dévasté les classes populaires occidentales (désindustrialisation, précarisation, délocalisations). Le « nouvel ordre mondial » supposait que les gagnants compenseraient les perdants. Cela n’a pas eu lieu. La montée des nationalismes, du protectionnisme et des droites identitaires n’est pas un accident idéologique, mais le reflet de cette casse sociale produite par le capitalisme financiarisé. Trump n’est pas l’antithèse du mondialisme ; il est son enfant monstrueux, né de ses ruines sociales.

Trump représente précisément la fraction des classes dirigeantes américaines qui a pris conscience que la mondialisation dite « heureuse » détruisait progressivement les fondements mêmes de la puissance américaine : désindustrialisation massive, dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères, fragilisation sociale interne et affaiblissement de l’appareil productif national. Son protectionnisme n’apparaît donc pas comme une simple singularité idéologique, mais comme un mouvement défensif d’une puissance hégémonique confrontée à l’érosion progressive de sa domination économique, industrielle et géopolitique.

Trump ne rompt donc pas avec le capitalisme mondialisé par idéologie anti-libérale ; il s’acharne frénétiquement, dans un mouvement défensif proche du désespoir, à réorganiser la mondialisation au profit exclusif de la puissance américaine agonisante. D’où cette logique de guerre commerciale permanente, y compris contre les alliés historiques de Washington. Les droits de douane massifs, les sanctions économiques, les restrictions technologiques, les pressions exercées sur les partenaires commerciaux ou les attaques contre certaines institutions internationales révèlent l’affolement croissant d’une puissance américaine confrontée à l’érosion de sa suprématie économique, industrielle et géopolitique.

Ainsi, le discours universaliste des années 1990 laisse place à une logique de fragmentation impérialiste. L’ancien « village global » se transforme progressivement en champ de confrontation entre blocs rivaux. La guerre en Ukraine, les tensions autour de Taïwan, l’embrasement du Moyen-Orient, les affrontements commerciaux sino-américains, la militarisation croissante des relations internationales, le retour du protectionnisme industriel ou les politiques massives de relocalisation montrent que le capitalisme mondial n’entre pas dans une phase de stabilisation pacifique, mais de guerre systémique accrue, dont les tensions au Moyen-Orient et les confrontations directes entre l’Iran et les États-Unis constituent l’une des expressions les plus explosives.

La fin de l’illusion pacificatrice du commerce mondial

Le dogme selon lequel l’interdépendance économique devait rendre les guerres impossibles s’est désormais effondré. Non seulement parce que les guerres commerciales sont devenues permanentes, mais surtout parce que les rivalités pour le contrôle des ressources stratégiques – énergies, minerais critiques, terres rares, routes maritimes et corridors commerciaux – redeviennent ouvertement militaires. Du détroit de Taïwan à la mer de Chine, de l’Arctique au Moyen-Orient, la compétition économique se transforme progressivement en confrontation géopolitique directe. On ne pacifie pas le monde en soumettant l’ensemble des sociétés humaines à la logique du profit ; on prépare au contraire les conditions d’une lutte généralisée pour le partage de ce profit, de ses ressources et de ses zones d’influence.

Le « nouvel ordre mondial » n’a donc pas échoué parce que certains dirigeants auraient trahi ses principes. Il échoue parce que les contradictions internes du capitalisme rendent impossible l’unification pacifique durable du monde sous la loi du profit.

La mondialisation n’a pas aboli les antagonismes impérialistes ; elle les a mondialisés. Elle n’a pas supprimé les crises ; elle les a étendues à l’échelle planétaire. Elle n’a pas mis fin aux guerres ; elle prépare de nouveaux affrontements pour le contrôle des ressources, des technologies, des marchés et des zones d’influence.

L’idée selon laquelle le commerce mondial devait pacifier naturellement les relations internationales apparaît aujourd’hui comme l’une des grandes illusions de la mondialisation capitaliste. Le marché n’a pas aboli les rivalités de puissance ; il leur a simplement fourni un terrain d’affrontement étendu à l’échelle planétaire. Car le capitalisme ne peut unifier durablement le monde : il repose précisément sur la concurrence pour l’accumulation, le contrôle des marchés, des ressources stratégiques et des technologies. L’unification mondialiste des années 1990 n’aura été qu’une éphémère parenthèse historique dans le développement des rivalités impérialistes. La fragmentation actuelle du monde – de l’Ukraine à Taïwan, du Moyen-Orient aux affrontements commerciaux sino-américains – ne marque pas une anomalie passagère, mais le retour à la logique normale d’un système impérialiste en crise.

Trump n’apparaît donc pas comme la cause de cette désintégration mondiale, mais comme le symptôme spectaculaire d’une mutation beaucoup plus profonde : l’entrée du capitalisme mondialisé dans une phase de fragmentation, de protectionnisme agressif et de rivalité militaire généralisée.

Ce qui se désagrège aujourd’hui, ce n’est pas seulement un cycle géopolitique ou une forme particulière de mondialisation ; c’est l’illusion même d’un capitalisme capable d’organiser durablement un ordre mondial stable et pacifié. Car le capitalisme repose structurellement sur la concurrence, l’inégalité et la lutte pour l’accumulation. La mondialisation n’a donc pas supprimé ses contradictions ; elle les a étendues à l’échelle de la planète entière. Nous n’entrons pas dans une ère de paix perpétuelle, mais dans celle de la fragmentation impérialiste généralisée : multiplication des blocs commerciaux rivaux, guerres monétaires, remilitarisation des frontières, sécurisation stratégique des ressources essentielles et désagrégation progressive des institutions multilatérales héritées de l’après-guerre froide.

Autrement dit, Trump n’enterre pas le « nouvel ordre mondial » ; il révèle que celui-ci portait dès l’origine les germes de sa propre désintégration. Ce qui s’effondre sous les droits de douane, les ruptures d’alliances et le retour généralisé du chacun-pour-soi, ce n’est pas seulement une politique américaine ; c’est toute l’illusion d’un capitalisme capable d’unifier pacifiquement le monde qu’il exploite.

Le capitalisme mondialisé a atteint ses propres limites historiques. Après avoir progressivement soumis la quasi-totalité de la planète à la logique marchande, il ne dispose plus de grands espaces extérieurs à conquérir. Dès lors, la concurrence entre puissances ne porte désormais plus sur l’expansion du système, mais sur le repartage conflictuel d’un monde déjà entièrement absorbé par le capital. La fragmentation impérialiste actuelle apparaît ainsi comme l’aboutissement logique d’un capitalisme confronté désormais aux limites historiques de sa propre expansion.

La mondialisation avait promis la paix, la prospérité et la fin des blocs ; elle accouche du protectionnisme, des guerres commerciales, des blocs impérialistes et de la marche forcée à la guerre généralisée. Le capitalisme ne sort pas de la mondialisation : il révèle, dans sa crise, que celle-ci portait dès l’origine les germes de sa propre dislocation.

La mission historique du prolétariat mondial face à la barbarie impérialiste

« Le capitalisme n’est pas une loi de la nature, mais une parenthèse historique« 

La fragmentation impérialiste que nous vivons aujourd’hui n’est pas seulement une crise de gestion du profit ; elle révèle un système devenu obstacle au développement même des sociétés humaines, incapable désormais d’unifier le monde autrement que par la guerre, la concurrence généralisée et la destruction sociale.

L’histoire n’est pas seulement celle des stratégies des classes dirigeantes ; elle est aussi celle des irruptions collectives capables de bouleverser l’ordre établi. Elle bascule lorsque les masses entrent elles-mêmes en mouvement.

En mondialisant la production, le capital a créé un prolétariat mondial interconnecté, de Shanghai à Detroit, de Berlin à Delhi. Malgré les divisions nationalistes et identitaires qui fragmentent encore sa conscience collective, il demeure la seule force capable de paralyser le système, parce qu’il est lui-même la puissance de travail sur laquelle repose l’ensemble de l’économie mondiale.

La guerre n’est pas une fatalité diplomatique, mais la conséquence logique d’un système qui ne survit désormais qu’à travers la concurrence généralisée, la militarisation et le repartage violent du monde. Dès lors, le dépassement du capitalisme ne relève plus d’un horizon abstrait ou d’une utopie doctrinale ; il devient une nécessité vitale. Car si la décomposition du « nouvel ordre mondial » devait se poursuivre sous la seule direction des puissances rivales, elle ne pourrait conduire qu’à une barbarie généralisée : celle d’un monde livré à la guerre permanente, à l’effondrement social et à la destruction méthodique des conditions mêmes de la vie humaine.

Le silence actuel de la scène historique ne signifie pas l’absence d’acteur. Les crises sociales, la précarité généralisée et l’absurdité d’un système capable d’investir davantage dans les missiles que dans la survie alimentaire et sanitaire constituent déjà les conditions objectives de futurs bouleversements sociaux. La «fin de l’histoire» proclamée par Fukuyama n’aura finalement été qu’une tentative provisoire d’anesthésier la conscience de classe des prolétaires à l’échelle mondiale.


Comment transformer une insurrection populaire en révolution prolétarienne :  https://www.editions-harmattan.fr/catalogue/livre/de-l-insurrection-populaire-a-la-revolution-proletarienne/77706


En détruisant l’illusion d’un capitalisme pacificateur, la période actuelle remet brutalement au centre la question fondamentale que le mondialisme croyait avoir enterrée : qui doit diriger la production mondiale, dans l’intérêt de qui – des capitalistes ou des travailleurs – et pour quel avenir humain ?

 

Khider MESLOUB

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 réflexions sur “LA DÉCOMPOSITION DE L’UTOPIQUE «NOUVEL ORDRE MONDIAL» MENACE L’HUMANITÉ

  • Hervé FOISSAC

    Blablabla d’un idiot utile des capitalistes, car il soutient le monde de ceux qu’il prétend combattre.

    Pourquoi ? Parce que son article stupide renvoie au nationalisme, exactement ce que veulent les pseudos mondialistes. Pseudos, car un capitaliste qui se respecte est fondamentalement anti mondialiste, mais le laisser faire croire aux imbéciles sert ses propres intérêts, et l’auteur de l’article de jouer les idiots utiles de service

    Répondre
  • Normand Bibeau

    LÉNINE écrivait depuis son exil forcé en Suisse, dans les «Lettres de loin» de mars 1917:

    «La première révolution engendrée par la guerre impérialiste mondiale a éclaté.Cette première révolution ne sera certainement pas la dernière.

    La première étape de cette première révolution, plus précisément de la révolution russe du 1er mars 1917 (…) cette première étape (révolution bourgeoise, ndla) ne sera certainement pas la dernière de notre révolution

    (commentaire de LÉNINE annonçant la Révolution bolchévique d’Octobre 1917 et de la Révolution spartakiste, preuves irréfutables du génie du MARXISME de LÉNINE, ndla)

    (…)

    Comment à pu se produire ce ‘miracle’ qu’en 8 jours seulement -(…)- ce soit effondrée une monarchie qui durait depuis des siècles et s’était maintenue contre vents et marées pendant les 3 années de grandes batailles de classes livrées par l’ensemble du peuple entre 1905 et 1907 ?

    Ni la nature ni l’histoire ne connaissent de miracles ; mais chaque tournant brusque de l’histoire, et notamment chaque révolution, offre une telle richesse de contenu, met en jeu des combinaisons si inattendues et si originales de formes de lutte et de rapports entre les forces en présence que, pour un esprit vulgaire, bien des choses doivent paraître miraculeuses.

    (…)

    Tous les politiciens bourgeois (et tous les idéologues bourgeois,ndla), dans toutes les révolutions bourgeoises, ont ‘nourri’ le peuple et dupé les ouvriers à coups de promesses (…) TOUT le reste n’est que phrase et mensonges, aveuglement volontaire des politiciens du camp libéral ou radical, manoeuvre frauduleuse.» (marxism.org, oeuvres,tome 23, pp. 325-336, Paris-Moscou).

    Ainsi, comme l’explique scientifiquement LÉNINE, les politiciens et les idéologues bourgeois, de droite comme de «gauche», libéraux et radicaux, sont maîtres dans l’art de mentir et de tromper le peuple et la classe prolétarienne sur la nature véritable des phénomènes historiques et tout particulièrement, des révolutions.

    LÉNINE ajoutait dans «QUE FAIRE ? » : «Il faut juger des gens non d’après les étiquettes qu’ils se collent eux-mêmes, mais d’après leurs actes réels et la manière dont ils résolvent effectivement les problèmes politiques (…) il faut regarder quelle classe sociale ils servent en réalité».

    Ces enseignements MARXISTES de LÉNINE doivent être appliqués judicieusement à l’interprétation prolétarienne des événements historiques conformément au MATÉRIALISME DIALECTIQUE et HISTORIQUE afin de transformer le monde et non de spéculer sur son avenir, pour perpétuer la dictature de la bourgeoisie mortifère, en passe de devenir génocidaire comme l’a illustré l’Holocauste nazi et l’illustre aujourd’hui l’Holocauste des palestiniens et des libanais martyrs car «LES MÊMES CAUSES ENGENDRENT TOUJOURS LES MÊMES EFFETS SAUF POUR LES FOUS».

    Ce que l’idéologue bourgeois Francis Fukuyama (1952- …), diplômé des universités bourgeoises de Cornell et d’Havard, chercheur de la Rand Corporation, professeur à Stanford et «chercheur» principal de la «Freeman Spogli Institute for International Studies» de la firme d’investissements capitalistes «Freeman Spogli & Co.», a «théorisé» dans son brûlot: «The End of History and the Last Man» (1992) à propos de ce qu’il décrit comme «la chute du bloc soviétique» et résumé en ces termes apocalyptiques:

    «Ce à quoi nous assistons pourrait être non seulement la fin de la guerre froide […] mais la fin de l’histoire en tant que telle.»

    à savoir que la société humaine aurait atteint l’étape «ultime» de son évolution avec:

    «la démocratie parlementaire;
    l’économie de marché;
    les droits individuels;
    le capitalisme mondialisé»,

    des chimères bourgeoises qui toutes se sont révélées supercheries et fumisteries outrecuidantes du délire d’un «capitalisme «pacifique» hégémonique» de mille ans que la réalité de la «lutte des classes» à tôt fait de ridiculiser avec les 120 à 150 «conflits armées» sans fin, survenus depuis 1991.

    Ainsi, depuis la guerre d’agression des U$A/OTAN contre la Yougoslavie (1991-2001) et ses milliers de morts, les guerres «post-soviétiques» de Tchétchénie, de Géorgie, d’Ossétie du Sud, du Haut-Karabakh, du Donbass, d’Ukraine, d’Irak, d’Afghanistan, de Syrie, de Palestine, du Liban, du Yémen, du Rwanda, du Soudan, d’Ouganda, de Somalie, de Libye, d’Éthiopie, du Mali, du Nigéria, du Mozambique, de République centrafricaine, du Sri Lanka, d’Inde, du Pakistan, etc,etc,etc, la liste des guerres dans ce «jardin/jungle» capitaliste de «fin de l’histoire» n’en finit plus, preuve s’il en fut que jamais le capitalisme fut-il «démocratique-libéral» ou «totalitaire-illibéral» n’apportera la paix à l’humanité quoi qu’en disent les politiciens et les idéologues stipendiés de la bourgeoisie mondiale.

    Ce que LÉNINE a pronostiqué de la 1ière Guerre mondiale (1914 -1918) et des Révolutions qui l’ont accompagnée (1917 – 1923) comme «la nuée précède l’orage», se produira inéluctablement avec la 3ième Guerre mondiale qu’ourdie la bourgeoisie mondiale pour surmonter la crise de surproduction systémique du capitalisme auquel est confronté l’impérialiste mondial, stade suprême du capitalisme pour «le vol, le pillage et le brigandage» de la sueur et du sang des prolétaires du monde fait de «chair à patrons» , «chair à canons» afin d’ACCUMULER LE CAPITAL en enrichissant les 3000 milliardaires maîtres du monde capitaliste.

    MARX et ENGELS ont écrit dans le MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE que «le prolétariat n’a pas de patrie» tout comme la bourgeoisie et l’oeuvre historique du capitalisme aura été d’organiser la production de la vie matérielle et spirituelle de l’humanité au-delà des frontières sclérosantes des États nationaux, berceau original du capital, pour créer une humanité sans frontières, sans races, sans langues, sans cultures, sans religions, sans toutes ces divisions qui nient le caractère universel de l’humain et ultimement, après la RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE UNIVERSELLE, sans classes sociales, sans exploitation de l’homme par l’homme dans une société INTERNATIONAL DU GENRE HUMAIN.

    Déjà les prémisses de cette société UNIVERSELLE apparaissent sous leurs formes «négatives» à travers le marché mondial de l’exploitation capitaliste, des alliances capitalistes, des entreprises monopolistiques capitalistes mondiales comme AMAZON, ALIBABA, GOOGLE, etc.,etc.,etc., des guerres capitalistes mondiales, il suffira au prolétariat d’abord de s’emparer du contrôle de ces entités mondiales en expropriant les milliardaires capitalistes qui les possèdent au nom de l’État prolétarien (re: «Critique du programme de Gotha», MARX et ENGELS) avant que de les transformer en entités communistes aux mains de l’humanité lorsque les classes sociales auront disparues aux termes de la dictature du prolétariat.

    «L’AVENIR EST RADIEUX MAIS LES CHEMINS QUI NOUS Y CONDUISENT SONT SINUEUX».
    (Mao Tsé Toung).

    PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur les 7 du quebec

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture