7-de-lhexagone

Mélenchon troque «aux armes, prolétaires!» contre «aux urnes, citoyens!»

Par Khider Mesloub.

L’annonce d’une nouvelle candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 2027 ne constitue pas une surprise ; elle représente l’aboutissement logique d’une trajectoire politique construite autour d’un principe simple : la captation permanente des colères sociales au profit de sa propre personne. Derrière le discours de rupture sociale et de révolution citoyenne se déploie en réalité une mécanique beaucoup plus classique : celle de l’homme providentiel transformant une organisation politique en instrument de sa candidature présidentielle permanente.

Le gourou de l’isoloir

Car le paradoxe mélenchonien tient précisément là. Celui qui prétend parler au nom du peuple contre les oligarchies politiques a progressivement bâti autour de lui une  structure fondée sur le culte du chef, centrée sur sa propre personne, où aucune relève autonome ne peut émerger. Chaque figure susceptible d’incarner une relève autonome finit marginalisée, neutralisée ou poussée vers la sortie. L’organisation s’apparente à une secte ; elle fonctionne comme une confrérie gravitant autour d’un centre unique : le gourou lui-même. Cette logique électoraliste éclaire d’ailleurs le slogan de la « révolution par les urnes » porté par La France insoumise, scandé par le Duce Mélenchon. « Révolution par les urnes » : sous cette formule rassurante se déploie la ligne politique défendue par Jean-Luc Mélenchon et érigée en profession de foi par La France insoumise. Cette formule promet la rupture sans le tumulte, le changement sans le danger, la transformation sans le conflit. Mais derrière cette promesse se cache une contradiction fondamentale : un oxymore politique qui dit moins la révolution qu’il ne révèle sa domestication électorale.

La révolution électoralisée

Car la révolution n’est pas une alternance. Elle n’est pas le remplacement d’une élite par une autre, fût-elle d’extrême gauche, dans le confort institutionnel d’un scrutin encadré par l’État existant. Une révolution bouleverse les fondements mêmes d’un ordre : propriété, pouvoir économique, organisation du travail, monopole de la force. Elle surgit lorsque les dominés cessent de déléguer leur destin et reprennent directement la main sur l’histoire.

Les urnes, elles, ont une autre fonction. Elles garantissent la pérennité du système d’exploitation et de domination. Elles organisent la compétition entre les gestionnaires du capital, canalisent la colère sociale dans des cycles électoraux prévisibles, transforment le combat ouvrier en débat télévisé. Le bulletin remplace l’action ; la résignation électorale remplace la lutte.

Avec Jean-Luc Mélenchon, la lutte de classe ne se crie plus dans la rue : elle se murmure dans l’isoloir. Le mot d’ordre n’est plus « aux armes, prolétaires », mais « aux urnes, citoyens ».

Le slogan de la « révolution par les urnes » scandé par Mélenchon révèle ainsi une mutation profonde du discours politique contemporain : l’abandon de l’idée même de rupture au profit d’une radicalité rhétorique confinée dans les limites de la légalité institutionnelle. Cette ligne trouve aujourd’hui son incarnation la plus visible dans la stratégie portée par La France insoumise et par son leader central, Jean-Luc Mélenchon, autour duquel s’est construite une organisation entièrement orientée vers la conquête du pouvoir par la voie des voix électorales.

Sous les accents de la rupture sociale, le projet porté par La France insoumise substitue concrètement à la lutte des classes une dramaturgie électorale où tout espoir de transformation sociale dépend du verdict des urnes. Chez Jean-Luc Mélenchon, la révolution n’est plus un processus social autonome : elle devient une échéance électorale, qui rime avec déchéance politique ; un rituel programmé, encadré, prévisible, autrement dit, l’exact contraire de ce que fut historiquement toute révolution.

Le prolétariat convoqué aux urnes

La logique n’est pas seulement théorique, elle est stratégique. À chaque séquence de mobilisation sociale, le dispositif mélenchonien consiste à réorienter le mouvement ouvrier vers la représentation électorale plutôt que vers l’auto-organisation politique. La colère sociale est traduite en capital électoral, la contestation reformulée en programme gouvernemental, et les luttes concrètes subordonnées à la perspective présidentielle. Le militant devient relais de campagne électorale. L’action collective s’efface devant la communication sensationnelle. La lutte se réduit à l’attente du prochain scrutin.

Il existe là une méthode éprouvée : celle par laquelle Jean-Luc Mélenchon capte la colère sans jamais la laisser se constituer en force autonome subversive. À chaque crise, la même opération se répète : reconnaître l’indignation, l’amplifier dans le discours, la dramatiser dans l’arène médiatique, puis la canaliser vers l’isoloir. Ce qui pourrait devenir puissance sociale retourne dans les circuits balisés de la représentation électorale banalisée. La radicalité se maintient dans les mots ; la pratique demeure strictement électoraliste.

La révolte est ainsi absorbée par le calendrier électoral de La France insoumise. Le mécontentement devient l’opportunité de briguer des sièges, les conflits sociaux, un matériau de campagne électorale. L’énergie subversive collective, au lieu de s’organiser contre les structures de domination, est convertie en espoir périodique placé dans la prochaine candidature de Jean-Luc Mélenchon, érigé en sauveur suprême.

Ce glissement n’est pas accidentel : il correspond à une adaptation profonde à l’ordre bourgeois. Car en postulant que l’État peut être conquis pour être transformé de l’intérieur, la stratégie mélenchonienne suppose implicitement la neutralité d’un appareil dont la fonction est précisément d’assurer la reproduction des rapports sociaux et de domination. Promettre la rupture sans sortir de ce cadre revient à entretenir l’illusion qu’un système peut s’abolir lui-même par les institutions qui le protègent.

La colère recyclée en bulletin de vote

La personnalisation extrême du mouvement autour de Jean-Luc Mélenchon accentue encore cette contradiction. Là où la révolution historique repose sur l’organisation autonome des masses, la stratégie de la France Soumise au Capital concentre l’espoir dans la figure de son indéboulonnable candidat providentiel : le Duce Mélenchon. Le prolétariat n’agit plus : il délègue à celui qui parle en son nom, ce « Père des prolétaires » rappelant l’aïeul politique de Mélenchon, Staline, autrefois célébré comme le « Père des peuples ». On ne l’incite plus à transformer le monde : on le somme d’attendre l’échéance électorale où il pourra voter, après avoir été invité à se vautrer, autrement dit à vivre comme des veaux. Avec Jean-Luc Mélenchon, le prolétariat a désormais le choix entre se vautrer et « veauter ».

Et c’est là le cœur du problème. Une colère intégrée dans la stratégie électorale de La France Soumise au Capital cesse d’être une menace pour l’ordre existant. Elle devient un flux politique administrable, convertible en sièges, en discours, en trajectoires personnelles. La radicalité devient rhétorique. La rupture, décor de campagne.

Pourtant, l’histoire du mouvement ouvrier rappelle une évidence que la stratégie mélenchonienne tend à occulter : les conquêtes sociales n’ont jamais été le produit d’une victoire électorale isolée. Elles furent arrachées par la grève, par l’occupation, par la désobéissance collective, souvent en dehors, voire contre, les calendriers électoraux. Ce n’est jamais l’institution qui produit la lutte ; c’est toujours la lutte qui force l’institution à céder.

La révolution ne suit pas un calendrier électoral. Elle ne s’écrit ni dans les urnes ni dans les programmes. Elle commence lorsque les dominés cessent d’attendre qu’on parle pour eux, et décident enfin de parler par leurs propres actes. Et ce jour-là, ce ne sont plus les bulletins qui tranchent l’histoire, mais les prolétaires qui cessent d’obéir.

 

Khider MESLOUB

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 réflexions sur “Mélenchon troque «aux armes, prolétaires!» contre «aux urnes, citoyens!»

  • Hervé Foissac

    BLABLABLA !!!!

    L’auteur tombent sous le coup de sa propre critique, car la lutte des classes à l’intérieur d’un même système ne produit pas de révolution, seulement des concessions dont l’ampleur dépend de la conjecture et non de la structure, puisque celle-ci reste fondamentalement inchangée.

    L’auteur est donc un idiot qui nous vend du vent.

    La révolution peut très bien se faire par le bulletin de vote, car elle ne dépend pas d’une action militante pris dans un même système, mais d’une idéologie suffisamment mûre pour remplacer celle qu’on veut mettre à bas.

    Autrement dit, sans idéologie, pas de révolution possible, avec ou sans urne, on obtient seulement une révolte plus ou moins violente et qui finit toujours par un renforcement de l’idéologie dominante.

    La révolution ne peut pas précéder l’idéologie, elle ne peut que la porter. On ne met pas la charrue avant les boeufs.

    Répondre
  • Richard Pujo

    Il est dommage, qu’en ces temps de fortes disettes pour les peuples, que le seul représentant ayant une chance de nous mettre sur la route d’une orientation quelque peu opposée au capital libéral, soit à ce point brocardé. Et le pire étant d’utiliser les ficelles maintes fois pratiquées par ceux là mêmes que vous combattez avec ardeur (photos et mots caricaturaux choisis). La porte est déjà tellement difficile à entrebâiller et vous vous évertuez à démontrer qu’aucune solution n’existe en dehors d’une pensée idéologique dogmatique dont vous savez pertinemment que les peuples en sont de plus en plus éloignés par les pouvoirs qui les écrasent. Même entre nous, plus ou moins « avertis » par le piège des élections, ne pourriez-vous pas, sur ce sujet, vous abstenir de matérialiser à ce point votre rejet des institutions qui sont ce qu’elles sont à l’heure actuelles mais qui sont incontournables mais réformables si la porte pouvait s’ouvrir …
    PS : j’ai un ami anarchiste qui va voter Insoumis (oui, je sais, il se trouve que c’est Mélenchon …)

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur les 7 du quebec

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture