Réunion publique du GRI (TCI) du 7 mars 2026 à Paris = la dynamique vers la guerre et le défaitisme
Par le GIGC/IGCL Sur http://www.igcl.org/Reunion-publique-du-GRI-TCI-du-7
La revue Révolution ou Guerre No. 33 (mai 2026) est accessible ici: fr_rg33_260424 
Réunion publique du GRI (TCI) du 7 mars 2026 à Paris
Le Groupe révolutionnaire internationaliste, groupe de la TCI en France, organisait une réunion publique sur divers thèmes. L’attitude et l’ambiance furent respectueuses et fraternelles – y compris de la part du CCI. La majorité des interventions furent le fait des groupes présents. Néanmoins, plusieurs autres camarades intervinrent soit par des prises de position argumentées, soit par des questionnements. La présentation commença par un point d’actualité sur l’Iran qui, de fait, s’intégrait complètement au thème qui s’imposait à la réunion : la dynamique vers la guerre et le rapport du prolétariat à celle-ci. L’ensemble des groupes – nous compris – se prononça en accord général avec l’analyse présentée à partir de la guerre en Iran : « Tous les États se préparent à la guerre ». Les principaux thèmes abordés, débattus et confrontés : marche vers la guerre impérialiste généralisée ou vers le chaos dans la première partie ? Dépasser les luttes économiques ou les affirmer ? les comités NWBCW ? et le défaitisme révolutionnaire que le CCI rejette.
Vers une 3e Guerre mondiale ou vers le chaos ?
La question de la dynamique vers la guerre impérialiste généralisée opposa le CCI à tous les groupes et participants. Bien qu’il ait affirmé son accord général avec la présentation, il évita soigneusement d’évoquer sa position qui nie toute dynamique vers la guerre impérialiste mondiale en lien avec sa théorie de la décomposition. Il a donc fallu lui rappeler et l’interpeller. Il fut alors contraint de se prononcer plus clairement : « Le mode de vie du capitalisme, c’est la guerre. Mais nous faisons une différence entre guerre généralisée et guerre mondiale. Depuis 1989, la tendance à la constitution de blocs impérialiste n’est plus dominante. Il n’y a pas de blocs impérialistes constitués aujourd’hui. Ce qui domine la société d’aujourd’hui est la fragmentation et le chaos. Le processus de fragmentation est extrêmement dangereux pour le prolétariat. »
Tous les autres intervenants, groupes et individus, rappelèrent au CCI que les blocs impérialistes ne furent finalement constitués qu’à la veille, voire au déclenchement, de la 1er et de la 2e Guerre mondiale. Tous soulignèrent la dynamique de polarisation impérialiste en cours autour de l’antagonisme USA-Chine. Tous aussi relevèrent les contorsions que le CCI est obligé de faire pour ne pas remettre en cause son dogme de la décomposition. Or, selon un camarade participant, « les attaques sur le prolétariat répondaient jusqu’alors à des impératifs économiques, pour la défense de la ‘compétitivité’ du capital national. Aujourd’hui, elles sont déterminées par les nécessités de la marche à la guerre. » Pour un autre, « j’ai un désaccord fondamental avec le CCI. Il nous réaffirme qu’il n’y a pas de blocs impérialistes. Tout le monde le voit. Mais il se refuse à reconnaître qu’il y a une dynamique de polarisation impérialiste en cours pour fonder son refus de toute dynamique et danger de marche à la guerre généralisée, alors même qu’il est contraint, devant l’évidence, de mentionner les faits qui expriment précisément cette tendance. »
Sur le rapport lutte économique et lutte politique
La deuxième partie sur le « que faire » fut introduite par le camarade du GRI, qui se centra, pour l’essentiel, sur l’appel de la TCI aux comités NWBCW. Pour notre part, nous avons essayé de centrer, et d’élargir, la discussion sur la grève de masse prolétarienne comme seule réponse et alternative à la marche à la guerre généralisée. Ce faisant, nous voulions insister sur le rapport parti-classe et le rôle de direction politique du parti et des groupes communistes dans la lutte prolétarienne. Les groupes présents ne sont pas vraiment prononcés sur la question. Il y a une difficulté, voire une réticence, à aborder la question de la grève de masse. Même le CCI qui pourtant se revendique officiellement de la Grève de masse de Rosa Luxemburg n’intervint pas sur cette question.
Nous avons aussi relevé la formule pour le moins confuse utilisée par la déclaration de la TCI du 17 janvier affirmant que « la lutte contre le capital doit aller au-delà de la lutte pour les conditions quotidiennes. » Il s’en est suivi des interrogations d’ordre « radical » de « jeunes » participants pour qui la tâche des révolutionnaires est de faire comprendre aux prolétaires que la lutte pour les salaires ne peut qu’être « réformiste » et qu’il faut au contraire insister sur l’« exigence d’abolir le système salarial. » D’autres camarades rejetèrent cette vision d’ordre « moderniste » en rappelant les conditions et les terrains de mobilisation de la classe ouvrière. Un des deux camarades « syndicalistes révolutionnaires », ouvrier chez Renault, relata comment les questions matérielles immédiates étaient le terrain sur lequel les prolétaires pouvaient se mobiliser, contrairement à ceux qui pensent que le prolétariat se mobilise sur l’idée de l’abolition du salariat ou encore contre la guerre en soi.
En effet, rejeter les revendications immédiates, telles celles sur les salaires ou autres, et exiger l’abolition du salariat, ne peut être aujourd’hui, et demain, que de la phrase révolutionnaire, du radicalisme infantile, de la posture propre à la petite-bourgeoisie révoltée, mais impuissante, sauf à croire que le prolétariat est sur le point d’avoir définitivement détruit le capitalisme à l’échelle mondiale, qu’il est sur le point d’être la seule classe existante restante, qu’il va disparaître et que le semi-État de la dictature du prolétariat est sur le point, lui-aussi, de s’éteindre [1]. Or ce n’est pas en se niant comme classe, mais en s’affirmant comme classe exploitée et révolutionnaire à la fois, que le prolétariat imposera sa dictature de classe sur l’ensemble de la société et pourra œuvrer à la disparition et l’extinction des autres classes et ainsi à la sienne propre – et donc au communisme et, entre autres, aussi à l’abolition du travail salarié [2].
Comités NWBCW : bluff ? Regroupement internationaliste ? Ou comités de lutte ?
Dans la mesure où le GRI avait mis en avant comme orientation unique concrète la constitution des comités NWBCW, Le prolétaire, Cahiers internationalistes et le CCI critiquèrent leur constitution comme d’une part un bluff et des coquilles vides ; et d’autre part, comme du frontisme puisque la TCI les décrit comme une tentative de regrouper les internationalistes. Pour notre part, nous avons réaffirmé qu’il s’agissait pour nous de comités de lutte et avons tiré un bilan positif de leur action, certes limitée, au Canada, à Toronto et Montréal. Ce faisant, notre divergence avec la TCI fut clairement exposée aux yeux de tous les participants – un moment de clarification donc. Les délégués des deux PCI défendirent que « s’il y avait une situation favorable, un développement des luttes ouvrières, et que les comités de lutte étaient quelque chose de solide, alors le PCI n’excluait pas d’y participer. (…) La position du GIGC est plus cohérente, même si la période ne correspond pas. Les comités NWBCW ne sont pas l’émanation de la classe. » Au vu de cet échange, le point de désaccord entre nous et certains de nos camarades bordiguistes semble porter sur la question de savoir si les révolutionnaires peuvent eux-mêmes prendre l’initiative de créer des comités de lutte, ou si ceux-ci ne peuvent être mis en place que par des travailleurs combatifs sur leurs propres lieux de travail et dans leurs quartiers. Pour notre part, nous affirmons que les révolutionnaires, qui constituent la fraction la plus combative de la classe, peuvent bel et bien prendre une telle initiative. Ce qui définit les comités de lutte, ce n’est pas qui les a créés, mais bien leur rôle. Seul le CCI réaffirma la nécessité pour la Gauche communiste de parler d’une seule voix et de reprendre la voie de Zimmerwarld. Tous les autres la rejetèrent de nouveau. Un des deux camarades syndicalistes révolutionnaires souligna le danger du pacifisme qui n’avait pas encore été explicitement mentionné.
Le défaitisme révolutionnaire
À l’initiative du PCI Le prolétaire, la confrontation politique se déplaça sur le terrain du défaitisme révolutionnaire que le CCI rejette : « le défaitisme révolutionnaire ne s’applique et ne se dirige que contre sa propre bourgeoisie. Il peut donc entraver l’unité internationale du prolétariat. Prolétaires de tous pays, unissez-vous est plus juste. » Une jeune participante intervint : « je ne suis pas OK. Ce n’est pas ce que dit le Manifeste communiste : le prolétariat doit d’abord s’attaquer à sa propre bourgeoisie nationale. C’est donc la même chose que ‘de tous pays, unissez-vous’. » Un autre participant releva que le mot d’ordre de défaitisme contre sa propre bourgeoisie fermait la porte à toute concession au défensisme, dans le cas où « le pays est envahi et subi une agression. » C’est pourtant cette vision, celle de Kautsky et autres, celle qui ouvre la porte à « la défense du pays envahi », qu’un deuxième membre du CCI finit par introduire lamentablement : « que se passe-t-il si un prolétariat réussit à imposer le défaitisme révolutionnaire dans son pays et si celui de l’autre pays ne réussit pas ? »…
La conclusion du GRI reprit, à raison, l’observation de plusieurs camarades selon laquelle la discussion avait peu abordé la question des différents thèmes idéologiques et formes d’embrigadement du prolétariat que la bourgeoisie mettait en place pour défaire le prolétariat et l’entraîner dans la guerre : le nationalisme, la démocratie, l’anti-fascisme ou anti-théocrates, etc. Elle a souligné que la discussion avait permis d’exposer les points d’accord et de désaccord au sein du camp prolétarien et des questions à confronter. Tout le monde semblait partager son sentiment. Puis, après la conclusion du GRI, le CCI tint à ressortir sa ritournelle à laquelle tout le monde est habitué : il débat avec tout le monde sauf avec les flics du GIGC… [3]
(Quelques articles sur « Le défaitisme révolutionnaire » :
https://les7duquebec.net/?s=d%C3%A9faitisme NDÉ)
Notes:
[1] . Nous renvoyons nos commentaires critiques en conclusion de la réponse que nous apportons à la contribution Les conseils ouvriers et le parti de classe dans ce numéro.
[2] . Quelles orientations et quels mots d’ordre avancer dans une assemblée ou lutte ouvrière pour convaincre de la nécessité du combat et entraîner dans celui- ci ? L’abolition du salariat ? Ou la défense des conditions matérielles immédiates face au capital et à son État ?
[3] . La délégation pourra ainsi faire valoir en interne, en particulier à la Commission de contrôle et des conflits, qu’elle a bien respecté son mandat contre le parasitisme en général et le GIGC en particulier.


Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/05/reuniao-publica-do-gri-tci-em-7-de.html