7 au Front

Ce n’est pas la guerre contre l’Iran qui provoque la crise économique: c’est la crise structurelle qui produit les guerres

Par Khider Mesloub.

 

Contrairement à ce qu’avance le magazine américain Foreign Policy dans une récente édition, la guerre contre l’Iran n’est pas la cause profonde de la fragilisation économique mondiale actuelle ; elle en apparaît bien davantage comme une conséquence de la crise économique mondiale. Ce n’est pas le conflit qui a engendré la crise inflationniste, les déséquilibres énergétiques ou les tensions financières internationales ; c’est au contraire l’aggravation préalable de la crise économique mondiale – marquée par le ralentissement structurel de la croissance, l’endettement massif, les désordres monétaires, la désorganisation des circuits de production et l’essoufflement historique du capitalisme américain – qui a contribué à pousser les États-Unis vers une nouvelle fuite en avant militariste.

Dans cette perspective, la guerre contre l’Iran ne constitue nullement une anomalie extérieure venant perturber un ordre économique supposément stable et sain. Elle représente au contraire l’un des modes historiques de gestion des contradictions internes de la première puissance capitaliste en déclin, les États-Unis. Lorsque les déséquilibres économiques et géopolitiques deviennent trop profonds, la guerre tend à redevenir un instrument de domination stratégique, de contrôle des ressources énergétiques, de réaffirmation hégémonique et de soutien au complexe militaro-industriel américain, autrement dit à la dynamique d’accumulation du capital étasunien.

La crise du capitalisme comme matrice de la guerre

Des guerres provoquées ou menées par les États-Unis, il y en a eu des dizaines depuis le début du XXIᵉ siècle : Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, interventions indirectes au Yémen ou ailleurs. Or aucune de ces guerres n’avait provoqué, à elle seule, une crise économique mondiale durable ni les poussées inflationnistes massives observées aujourd’hui. Certes, des tensions existaient déjà, mais le système capitaliste mondial disposait encore de marges d’absorption suffisantes pour contenir les effets économiques de ces conflits armés. La situation actuelle est différente. La guerre contre l’Iran intervient dans un contexte historique marqué par une crise beaucoup plus profonde du capitalisme mondial : ralentissement structurel de la croissance, endettement colossal, désorganisation des chaînes d’approvisionnement, fragilité monétaire, tensions énergétiques chroniques et érosion de l’hégémonie américaine. La multiplication des guerres commerciales, le retour des politiques protectionnistes et la concurrence exacerbée entre grandes puissances témoignent d’un système de plus en plus incapable de stabiliser durablement ses propres contradictions économiques.

Dans ce contexte de fragilisation structurelle, la guerre contre l’Iran agit moins comme la cause originelle de la crise que comme un puissant accélérateur de déséquilibres déjà présents. De fait, la guerre actuelle n’apparaît plus comme un simple facteur extérieur de perturbation économique, mais comme un accélérateur de contradictions déjà présentes. Autrement dit, ce n’est pas la guerre qui produit la crise ; c’est la crise historique du capitalisme qui rend désormais chaque confrontation militaire plus explosive pour l’économie mondiale.

L’affrontement avec l’Iran doit ainsi être replacé dans le contexte plus large du déclin de la puissance américaine, confrontée simultanément à la montée de puissances concurrentes, en particulier la Chine, à la fragilisation du dollar, à l’instabilité énergétique mondiale et à l’érosion croissante de sa domination économique et géopolitique. La concurrence exacerbée entre puissances capitalistes tend désormais à accentuer le chaos économique, le militarisme et la fragmentation géopolitique. La militarisation croissante des rapports internationaux apparaît alors comme l’une des manifestations du durcissement de la crise du capitalisme contemporain. Face au ralentissement économique, à la montée des rivalités géopolitiques et à l’érosion progressive de leur hégémonie, les grandes puissances recourent de plus en plus ouvertement à la pression militaire, aux sanctions économiques, aux guerres commerciales et aux conflits régionaux pour défendre leurs positions stratégiques. Dans ce cadre, la guerre contre l’Iran s’inscrit moins dans une logique exceptionnelle que dans une dynamique historique plus générale de durcissement impérialiste et de militarisation du capitalisme mondial.

Le magazine américain Foreign Policy s’interroge sur les véritables objectifs militaires poursuivis par l’administration Trump dans cette guerre menée contre l’Iran. «À quelle finalité  répond ce conflit », questionne-t-il. De même, plusieurs observateurs américains s’inquiètent d’un enlisement du conflit.

L’économie de guerre du capitalisme américain

On accuse Trump de s’être enlisé dans une guerre qu’il ne maîtriserait plus. En réalité, cet « enlisement » correspond largement aux intérêts stratégiques du capitalisme américain militarisé contemporain. Car, dans une économie de guerre dominée par le complexe militaro-industriel américain, la prolongation des conflits n’apparaît pas comme un échec : elle constitue un puissant mécanisme de reproduction économique, budgétaire et géopolitique. Or, la longévité de cette guerre contre l’Iran, caractérisée naïvement par certains observateurs comme un « enlisement», n’a rien d’accidentel. Elle s’inscrit dans une logique structurelle propre au capitalisme militarisé américain. Depuis plusieurs décennies, les interventions militaires américaines présentent un paradoxe récurrent : malgré une supériorité technologique écrasante, les États-Unis peinent à transformer leurs engagements militaires en victoires décisives, leurs interventions en stabilisation politique durable. Loin de remettre en cause l’économie de guerre américaine, ces conflits répétitifs et prolongés alimentent au contraire l’expansion continue des dépenses militaires et des profits du complexe militaro-industriel.

Le complexe militaro-industriel et la permanence des conflits

De l’Afghanistan à l’Irak, de la Libye à la Syrie, les guerres américaines tendent à se prolonger dans le temps, générant une demande permanente en armements, en logistique militaire, en technologies sécuritaires et en financements publics massifs. Dans ce système militaro-économique étatsunien, la guerre n’apparaît plus seulement comme un instrument géopolitique classique : elle devient également un puissant mécanisme de valorisation du capital américain. Le complexe militaro-industriel américain – associant industrie d’armement, Pentagone, institutions politiques et réseaux financiers – trouve dans la permanence des conflits un intérêt économique structurel. Les tensions internationales justifient l’augmentation des budgets militaires ; ces budgets alimentent l’industrie de défense ; l’expansion de cette industrie renforce à son tour son influence politique et stratégique. Se met ainsi en place une dynamique circulaire où la guerre tend à devenir permanente. Dans ces conditions, l’objectif réel n’est pas la victoire rapide ni même la stabilisation durable des régions détruites, mais le maintien d’un état chronique de confrontation permettant de soutenir l’économie militarisée américaine. Loin d’être un accident de l’histoire, la guerre « prolongée » tend ainsi à devenir l’un des rouages centraux du capitalisme militarisé étatsunien.

La guerre prolongée comme mécanisme de valorisation du capital

Pour preuve de cette logique structurelle, Donald Trump a immédiatement saisi l’opportunité de l’enlisement  stratégique   de la guerre contre l’Iran pour réclamer une augmentation historique du budget militaire américain. L’administration Trump a ainsi proposé de porter les dépenses militaires des États-Unis à près de 1 500 milliards de dollars en 2027, contre environ 1 000 milliards actuellement, soit l’une des plus fortes hausses militaires de l’histoire contemporaine américaine. Au début des années 2000, le budget militaire américain avoisinait encore les 280 milliards de dollars. Vingt-cinq ans plus tard, il approche désormais les 1 000 milliards et pourrait atteindre 1 500 milliards sous l’administration Trump. Cette progression spectaculaire ne relève pas d’une simple adaptation conjoncturelle aux crises internationales : elle traduit la transformation progressive du capitalisme américain en économie de guerre structurelle, alimentée par la permanence des conflits et la militarisation croissante des rapports internationaux. Cette explosion budgétaire ne saurait être interprétée comme une simple réponse conjoncturelle aux tensions géopolitiques. Elle illustre au contraire le rôle central désormais occupé par le complexe militaro-industriel dans l’économie américaine. Aussi, la prolongation des conflits, loin d’apparaître comme un échec stratégique absolu, devient, au contraire, un puissant mécanisme de justification politique de l’expansion continue des dépenses militaires, de la production d’armements et de la militarisation croissante de l’économie américaine.

La guerre contre l’Iran doit donc être comprise non comme un simple épisode militaire, mais comme un révélateur du fonctionnement profond du capitalisme militarisé américain. Dans l’économie de guerre américaine, le conflit n’est plus seulement la continuation de la politique par d’autres moyens ; il devient l’une des conditions de reproduction du système lui-même. Il irrigue les budgets publics, soutient l’industrie de l’armement, justifie la militarisation de la diplomatie, entretient la pression sur les alliés et permet de réaffirmer l’autorité stratégique de Washington dans un monde où son hégémonie se fragilise.

Ainsi, aux États-Unis, la guerre tend à devenir un système de gouvernement impérial. Elle permet de transformer la crise économique en mobilisation stratégique, de convertir les tensions sociales en menace extérieure, et de présenter l’expansion du budget militaire comme une nécessité nationale vitale. Dans cette logique, la paix cesse d’être l’horizon naturel de la politique étrangère américaine : elle devient, au contraire, une anomalie, car elle menacerait les circuits d’accumulation, les profits du complexe militaro-industriel et l’ensemble des intérêts économiques organisés autour de la confrontation militaire permanente.

Hydrocarbures, géopolitique et militarisation du capitalisme

La guerre contre l’Iran possède également une dimension énergétique centrale. Les États-Unis ne sont plus seulement une puissance militaire ; ils sont aussi devenus une puissance majeure dans les hydrocarbures, notamment grâce au pétrole et au gaz de schiste. Dans ce contexte, les tensions au Moyen-Orient ne produisent pas les mêmes effets pour toutes les économies. Pour les pays fortement dépendants des importations énergétiques du Golfe, elles constituent un facteur de vulnérabilité. Pour les groupes pétroliers et gaziers américains, elles ouvrent au contraire des perspectives de profits considérables, en favorisant la hausse des prix, la réorientation des approvisionnements et l’augmentation des exportations d’énergie américaine.

Ainsi, derrière le discours officiel sur la sécurité régionale ou la lutte contre la menace iranienne, se profile aussi une logique de contrôle énergétique. La guerre ne vise pas seulement à affaiblir un adversaire géopolitique ; elle permet également de peser sur les flux pétroliers, de discipliner les économies dépendantes des approvisionnements du  Golfe et de renforcer la position des États-Unis sur les marchés mondiaux de l’énergie. À ce titre, le conflit contre l’Iran s’inscrit pleinement dans la stratégie d’un capitalisme américain militarisé, où l’industrie de guerre, le capital énergétique et la finance internationale tendent à s’intégrer dans une même dynamique d’accumulation.

Depuis l’essor du pétrole et du gaz de schiste au début des années 2010, les États-Unis sont progressivement devenus une grande puissance exportatrice d’hydrocarbures. Cette transformation structurelle de l’économie américaine modifie profondément le rapport coûts/bénéfices des conflits énergétiques. Lorsque les tensions au Moyen-Orient provoquent des perturbations dans le détroit d’Ormuz et entraînent une hausse des prix du pétrole et du gaz, les exportations américaines d’hydrocarbures vers l’Europe et l’Asie tendent à augmenter fortement. Dans ce contexte, les perturbations du détroit d’Ormuz tendent à favoriser les exportateurs américains d’hydrocarbures.

Dans le même temps, l’intensification des opérations militaires stimule la production d’armements, de technologies sécuritaires et de matériels de guerre. Ainsi, dans cette économie de guerre militarisée, les dépenses militaires et les tensions énergétiques internationales deviennent aussi des sources de valorisation et d’accumulation du capital américain.

Dans ces conditions, ce que certains observateurs qualifient naïvement « d’enlisement » correspond, au vrai, du point de vue du capitalisme militarisé américain, à une dynamique économiquement fonctionnelle : la guerre prolongée entretient la demande militaire, stimule l’industrie de défense et alimente la reproduction élargie du complexe militaro-industriel. Et du secteur des hydrocarbures.

En effet, la prolongation de la guerre contre l’Iran ne profite d’ailleurs pas uniquement au complexe militaro-industriel américain. Elle bénéficie également aux grands groupes énergétiques et aux capitalistes du secteur des hydrocarbures. La montée des tensions au Moyen-Orient entraîne des perturbations sur les marchés pétroliers, alimente les craintes sur l’approvisionnement mondial et favorise mécaniquement le renchérissement des prix du pétrole et du gaz. Dans ce contexte, le conflit américano-iranien prolongé devient aussi une source considérable de profits pour les multinationales énergétiques et les secteurs spéculatifs liés aux matières premières. De fait, autour des guerres américaines contemporaines gravitent non seulement les intérêts du complexe militaro-industriel, mais aussi ceux du capital énergétique et financier international.

Pour preuve, malgré les tensions géopolitiques et la volatilité des marchés, la guerre contre l’Iran n’a provoqué aucun effondrement durable des grandes places financières mondiales. Cette relative résilience traduit aussi le fait qu’une partie importante du capital international – industries de défense, groupes énergétiques, secteurs spéculatifs – trouve précisément dans les conflits contemporains de nouvelles opportunités de profits.

En définitive, loin d’être de simples accidents géopolitiques, les guerres contemporaines menées par les États-Unis tendent à s’inscrire dans une logique structurelle propre au capitalisme militarisé américain, où la permanence des conflits devient à la fois un instrument de domination stratégique et un mécanisme central d’accumulation du capital militaro-industriel.

 

Khider MESLOUB

 

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

3 réflexions sur “Ce n’est pas la guerre contre l’Iran qui provoque la crise économique: c’est la crise structurelle qui produit les guerres

  • « Ce n’est pas la guerre contre l’Iran qui provoque la crise économique : c’est la crise structurelle qui produit les guerres »
    Ce n’est pas la crise structurelle qui produit les guerres, du moins pas directement.
    Ce culte féroce et antique qu’on fini par appeler la « guerre », est la conséquence de la loi fatale du sexe mâle qui trouble l’esprit en même temps qu’il augmente la force musculaire.
    C’est dans l’histoire de l’évolution physiologique de l’homme que nous trouvons l’origine et la cause de la guerre.
    La lutte est d’instinct masculin.
    Si l’homme aime les combats c’est parce qu’il possède des facultés motrices qui ont besoin d’emploi. C’est pour avoir le plaisir de batailler, bien plus que pour défendre telle ou telle cause, pour venger tel ou tel affront. Le motif de la bataille lui importe peu. C’est la bataille elle-même qu’il aime et qu’il cherche. Et ce qui le prouve c’est que le pugilat (de rue ou de ring) est, pour lui, un jeu amusant.
    Et ne voyons-nous pas, à chaque instant, les jeunes garçons se livrer sous nos yeux à des combats qui ont les motifs les plus futiles ou qui n’ont même pas de motif du tout ? L’instinct qui les pousse est le même que celui qui pousse les animaux à se poursuivre et à se battre, sans que leurs combats, qui sont leurs jeux, aient aucun motif. Du reste, les jeux du cirque, les combats de taureaux, les anciens tournois, simulacres de guerre, et tous les jeux qui simulent une bataille (les jeux vidéo aujourd’hui), prouvent bien que, pour l’homme, la lutte est un plaisir, presqu’un besoin.
    Donc la guerre a eu, pour principe, la satisfaction de l’instinct masculin.
    « Les guerres extérieures ne sont que des projections et des extensions de ces guerres intérieures » dit Vimala Thakar (L’énergie du silence).
    C’est lorsque les hommes vieillissent et perdent leurs facultés motrices, si exubérantes dans la jeunesse, qu’ils changent de manière de voir. Ils reviennent alors à des idées plus pacifiques, l’expérience leur a montré les conséquences désastreuses de la guerre à l’âge où la lutte n’est plus, pour eux, un besoin physiologique. Alors, seulement, ils s’aperçoivent que les batailles n’ont jamais conclu aucun différend mais en ont, au contraire, créé de nouveaux, qui restent à l’état de menace dans les nations, attendant l’occasion qui doit faire naître de nouvelles guerres.
    Supposons deux nations, ou deux hommes, se battant pour prouver, chacun, qu’ils ont raison. Après la bataille si c’est le vaincu qui avait raison ce n’est pas parce qu’il aura été terrassé qu’il aura moins raison. La victoire ne fait qu’affirmer la Force et lui donner le pouvoir en condamnant la raison même, le droit même.
    Donc l’instinct de l’homme est de condamner la raison et d’affirmer la raison.
    Chaque fois que l’homme a eu le pouvoir il s’est servi de sa puissance pour lutter contre quelque chose ; généralement contre ce qu’il venait renverser. Il aime à manifester sa force pour la faire connaitre et pour se faire craindre. Dans les petites choses comme dans les grandes, dans le petit royaume de la famille comme dans les grands Etats, l’homme fait abus du pouvoir, il blesse la raison en soumettant ceux ou celles qui la représentent à des capitulations humiliantes, à des condescendances avilissantes. C’est la force morale humiliée par la force brutale.
    Donc, la puissance qui se base sur la Force est toujours une autorité illégitime.
    Nous ne voulons pas dire, cependant, que l’homme n’est jamais raisonnable, mais il y a des moments dans la vie de tout homme où la raison est obscurcie. C’est la conséquence de ses conditions sexuelles, la passion le domine, l’instinct triomphe de la raison.
    NB : VIème siècle avant notre ère
    « La force déchaînée écrasa partout l’esprit et institua le règne des tyrans… une démocratie brutale monte et force toutes les intellectualités à se démettre. Ce sont les masses incultes qui veulent dominer. Toutes les lignes de démarcation disparaissent. On ne distingue plus, parmi les peuples, que des hommes libres et des esclaves selon qu’ils sont vainqueurs ou vaincus. Il semble que l’espèce humaine, emportée par un mouvement général de folie orgueilleuse, venait de perdre tout ce qui avait existé en elle de raison. Tous voulaient commander, aucun ne voulait obéir ; chaque fraction voulait le pouvoir, l’anarchie était partout. » (A. Fabre d’Olivet).
    Le siècle VIème siècle avant notre ère renferme d’importants événements.
    Dans tous les pays à la fois, un ferment de révolte s’était produit et avait amené un changement profond dans le régime social et dans la Religion.
    C’est que, le joug de la Femme brisé, il n’en restait pas d’autre. L’homme avait bien pu se soumettre à celle qu’il aimait, ou à celle qui avait été sa Mère, mais pourquoi se serait-il soumis à un autre homme ?
    La première autorité qu’il voulut prendre est celle que représente l’Etat. La Religion appartenait encore à la Femme. Par sa révolte, il créa la séparation des pouvoirs, il inaugura la séparation du Trône et de l’Autel. La révolution masculine amena une corruption générale qui, bientôt, fit des progrès effrayants dans toutes les classes de la Société. Du haut des trônes de l’Asie qu’elle avait d’abord envahis, elle se glissait dans les sanctuaires. La réaction des Femmes ne pouvait plus contenir le mouvement désorganisateur ; elles cherchaient néanmoins à en ralentir le progrès.
    Partout la caste sacerdotale s’emparait du pouvoir, le Prêtre se dressait en face de la Prêtresse et prétendait diriger le culte à sa place, il érigeait des temples à des dieux nouveaux et, dans ces temples, enseignait un dogme sacrilège, ou bouffon, qui n’était souvent qu’une altération grossière de la science primitive, qu’il ne comprenait plus ; il y mêlait toutes les fantaisies de son imagination, créant ainsi le surnaturel par un besoin d’exagération qui nait dans les cerveaux mal équilibrés.
    L’histoire va nous montrer les phases diverses que traversa « l’erreur » à travers les cultes nouveaux. Nous allons pouvoir les suivre de siècle en siècle, car, à partir de cette époque, l’histoire est ouverte et un grand nombre d’auteurs sont venus y insérer les fastes du régime androcratique sous ses deux formes : religieuse et sociale.
    Le VIème siècle est une date fatale dans l’humanité. C’est le point de départ de la plus grande révolution qui se soit produite dans le monde, le premier pas vers l’abîme et, surtout, le commencement de l’erreur avec son triste cortège de conséquences désastreuses : le mal, la misère, la guerre.
    Cette date inaugure l’ère de mensonge et de crimes, qui durera longtemps et qui laissera dans les cerveaux humains une tare ineffaçable. Le sombre esprit du mal va régner sur la Terre.
    L’homme qui supprima la direction morale de la Femme, se vit libre de suivre toutes les impulsions de son instinct, que la raison féminine avait jusque-là entravées.
    Désormais il donna libre cours à ses passions brutales, despotiques, sanguinaires ; ce fut le règne de la Force.
    On vit partout se produire des actes de cruauté, de bestialité, justifiés par les cultes nouveaux, des tueries de tous genres, soit qu’on les appelle des « sacrifices », soit qu’on les appelle des « guerres ».
    En même temps commençait la terreur des faibles. Ce fut le début de l’âge de fer.
    Il y eut un déchaînement général des passions dans le monde entier.
    L’esprit de l’homme errait dans les ténèbres qu’il s’était créées lui-même ; il cherchait à étouffer ses doutes, ses terreurs ou ses remords dans la jouissance à outrance et, au lieu d’un remède, il y trouvait une cause d’aggravation de son mal.
    Enfin l’instinct triompha… et l’homme alors se servit de sa puissance pour s’affranchir de tous devoirs et pour affermir sa volonté, à laquelle il prétendit soumettre les autres.
    Les mœurs qui résultèrent de cet état de choses furent caractérisées par une débauche à outrance et une guerre désordonnée, dans laquelle on cherchait, autant que des victoires, des satisfactions de l’instinct batailleur de l’homme. C’est que, lorsque sa force musculaire augmente, il a besoin de l’exercer, et c’est ce besoin qui le pousse au pugilat, à la lutte, à tous les exercices violents. C’est alors qu’il fit de la force une supériorité ; singulière logique, car avoir une chose en plus que les autres n’est pas un avantage si cette chose n’est pas une qualité qui élève. Si la force se développe aux dépens de l’intelligence, c’est une qualité négative, c’est-à-dire menant à un mal, non à un bien.
    Se glorifier d’avoir plus de force qu’un autre est aussi logique que si l’on se glorifiait d’avoir plus de laideur que les autres. Il y a des superlatifs qui infériorisent.
    Néanmoins la Force fut glorifiée ; les plus forts furent les plus honorés et les plus faibles furent méprisés. Chez les Grecs, l’homme bon, « Agathos », c’est l’homme fort à la guerre ; « Arïstoï », les meilleurs, ce sont les plus forts, les plus aptes à combattre. Chez les Romains, le mot « Virtus » signifie la force par excellence.
    Les hommes s’étaient libérés du lien qui les attachait à la Femme, mais ce ne fut que pour tomber sous un autre joug : celui de la domination des hommes sur les hommes, c’est-à-dire l’exercice de la tyrannie de quelques-uns au préjudice de tous les autres.
    Ceux qui avaient le plus d’audace, le plus de résolution, le plus de cynisme, instituèrent la puissance du Mal, en prenant la direction des nations. Et les foules s’inclinèrent devant « la Force », et la « Force » se fit « autorité », et cette autorité devint la main de fer qui étrangla l’humanité.
    Cet état de choses amena chez les vaincus un profond découragement qui succéda à la période des reproches violents, des cris de douleur et des lamentations qui s’étaient produits dans le siècle antérieur.
    Cependant, un immense désir de voir cesser l’horrible désordre allait désormais régner sur la Terre !
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/psychologieetloidessexes.html

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