LA RÉSILIENCE FACE AUX CATASTROPHES : L’IDÉOLOGIE DE L’ABANDON DE LA PRÉVENTION
Par Khider Mesloub.
Avec la flambée des catastrophes, en particulier des inondations et des feux de forêts, le discours officiel ne parle presque plus de prévention, mais de résilience. Ce glissement sémantique n’a rien d’anodin. Il traduit une profonde mutation idéologique.
De la prévention à la résilience : un changement de paradigme
Ce changement de vocabulaire ne traduit pas seulement une évolution des politiques publiques ; il révèle également une transformation de la conception même de l’action gouvernementale. La prévention reposait sur l’idée que la société pouvait agir collectivement sur les causes des catastrophes. La résilience inverse cette logique : elle suppose que le monde ne peut plus être véritablement transformé, seulement subi. L’objectif n’est plus d’empêcher le danger, mais d’adapter les individus à son caractère permanent.
Prévenir consiste à agir sur les causes d’un danger afin d’en empêcher la survenue ; être résilient consiste à apprendre à vivre avec lui. La prévention vise à supprimer le risque, la résilience à en organiser la gestion. Autrement dit, la catastrophe n’est plus considérée comme un échec des politiques publiques, mais comme un horizon permanent auquel chacun devrait désormais s’adapter.
Cette rhétorique de la résilience repose sur un présupposé implicite : les catastrophes seraient inévitables. Les incendies, les inondations ou les catastrophes industrielles ne relèveraient plus de choix politiques, d’investissements insuffisants ou de logiques économiques inhérentes au capitalisme contemporain décadent, mais d’une fatalité avec laquelle il faudrait composer. (1) Dès lors, il ne s’agit plus de transformer les conditions qui produisent les catastrophes, mais de préparer les populations à les endurer dans un esprit de résignation.
Le transfert de la responsabilité de l’État vers les individus
En naturalisant ce qui est socialement produit, la résilience déresponsabilise l’État tout en responsabilisant les individus. Ce renversement opère un transfert de responsabilité. L’État n’a plus pour mission première de protéger les habitants en réduisant les risques ; il leur demande de développer leur capacité d’adaptation. Préparer son kit d’urgence, sécuriser son habitation, souscrire de nouvelles assurances, accepter les évacuations répétées ou reconstruire après chaque désastre deviennent les nouvelles vertus civiques du capitalisme décadent. La charge de la survie est déplacée des institutions vers les individus.
La gestion des risques tend ainsi à être privatisée. L’assurance privée, les équipements individuels, les dispositifs de surveillance domestique et les services marchands de sécurité prennent une place croissante dans ce qui relevait autrefois de la protection collective. Sous couvert d’autonomie, la sécurité devient une responsabilité individuelle de plus en plus coûteuse.
La résilience ne remet jamais en cause les rapports de production qui fabriquent la vulnérabilité. Elle aménage les conséquences sans s’attaquer aux causes. Elle préserve les infrastructures du profit tout en demandant aux populations de supporter les coûts humains, matériels et psychologiques des catastrophes. Le système de production capitaliste demeure intact ; seuls les prolétaires sont sommés de s’adapter à ses effets destructeurs : inondations, incendies, crise sanitaire, etc.
C’est là toute la fonction idéologique de la résilience. Elle naturalise des catastrophes largement produites par des choix urbanistiques et politiques. Elle transforme l’abandon de la prévention en vertu d’adaptation. Elle érige le fatalisme technocratique en doctrine gouvernementale : « Nous ne pouvons pas empêcher les crises ; apprenons simplement à y survivre. » La résilience est devenue un outil idéologique de renoncement politique et de gestion managériale du capitalisme.
La catastrophe comme nouveau champ d’accumulation du capital
Dans ces conditions, la catastrophe cesse d’être un scandale politique pour devenir un mode normal de gouvernement. Mieux encore, elle ouvre un nouveau cycle d’accumulation du capital : reconstruction des infrastructures, multiplication des contrats d’assurance, des marchés de la sécurité et de la prise en charge psychologique post-traumatique, ainsi que des nouvelles technologies de surveillance et de gestion des risques. La destruction nourrit ainsi de nouveaux profits.
Cette hiérarchie des priorités budgétaires révèle une contradiction plus profonde. Les États sont capables de mobiliser en quelques jours des dizaines de milliards pour l’industrie d’armement ou les dépenses militaires, tandis que les investissements consacrés à la prévention des catastrophes, à la protection des forêts, à la modernisation des moyens de lutte contre les incendies ou à l’entretien des infrastructures publiques demeurent insuffisants. Ce déséquilibre traduit moins une contrainte financière qu’un choix politique quant aux secteurs considérés comme stratégiques. La faiblesse des politiques de prévention n’apparaît plus comme une insuffisance qu’il conviendrait de corriger, mais comme une situation que le discours sur la résilience invite à accepter.
La résilience devient ainsi le complément idéologique de cette hiérarchie budgétaire. Puisque les moyens ne sont pas prioritairement consacrés à prévenir les catastrophes, les populations sont invitées à apprendre à en supporter les conséquences.
Cette logique relève de ce que plusieurs auteurs ont qualifié de « capitalisme de catastrophe » : un système économique qui ne cherche plus prioritairement à empêcher les crises, mais à organiser durablement leur gestion lucrative afin d’en faire un nouveau champ d’accumulation capitalistique. Les catastrophes cessent d’être des anomalies ; elles deviennent des opportunités économiques.
La résilience : une technologie gouvernementale de l’acceptation des catastrophes
Cette doctrine de la résilience constitue désormais le mot d’ordre d’un capitalisme décadent qui préfère administrer les catastrophes plutôt que supprimer les conditions urbanistiques et politiques qui les produisent. Elle ne constitue pas une politique de protection, mais une technologie gouvernementale cynique et sadique destinée à faire accepter aux populations un monde toujours plus dangereux, plus inégalitaire et plus meurtrier. Dans le capitalisme sénile contemporain, il ne s’agit plus d’empêcher les catastrophes ; il s’agit d’apprendre à gouverner par elles.
En conclusion, la résilience n’est pas un simple dispositif de gestion des risques. Elle constitue un mode de gouvernement sadique destiné à faire accepter aux prolétaires la dégradation continue de leurs conditions d’existence ainsi que la récurrence des catastrophes, en administrant leurs conséquences plutôt qu’en supprimant les causes qui les produisent.
Le véritable choix politique n’oppose pas la résilience à la prévention ; il oppose deux conceptions antagonistes de la société : l’une accepte l’adaptation permanente à des catastrophes présentées comme inévitables ; l’autre entend supprimer les conditions urbanistiques et politiques qui les produisent. Autrement dit, le choix est celui de la résignation ou de l’émancipation.
En dernière analyse, la résilience, cette technologie gouvernementale de l’acceptation des catastrophes, s’inscrit dans le cadre plus général des politiques de préparation à la guerre. En habituant les populations aux déstabilisations, aux privations, aux souffrances, aux traumatismes et à l’acceptation durable de situations d’exception, elle favorise l’intériorisation d’un état de crise permanent compatible avec les exigences d’une société capitaliste toujours davantage orientée vers le réarmement, l’économie de guerre et les conflits de haute intensité.
Cette logique ne constitue pas un phénomène inédit. La gestion de la pandémie de Covid-19 avait déjà érigé la résilience en véritable mode de gouvernement coercitif. Les populations furent appelées à supporter confinements, restrictions, privations, campagnes de vaccination controversées et bouleversements durables de leur vie au nom de l’adaptation permanente à la crise. Cette pédagogie de l’endurance annonçait déjà la généralisation d’une politique de la résilience appelée à dépasser le seul cadre sanitaire. Dans cette perspective, ces différentes situations de crise, systématiquement instrumentalisées au service d’un mode de gouvernement coercitif, apparaissent comme autant de répétitions générales de la guerre, accoutumant progressivement les populations aux privations, aux contraintes collectives et à l’intériorisation d’un état de crise permanent.
Khider MESLOUB
(1) Lire notre article Incendies en France : le capital préfère la reconstruction à la prévention,
publié dans Les 7 du Québec le 25 juillet 2026.
Résultats de recherche pour « incendie en france » – les 7 du quebec

Par Khider Mesloub.
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https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/08/a-resiliencia-perante-desastres.html
Gofundme : remember Ian Lemaiyan by training concervationists ( Fondation par la femme aussi biologiste, du biologiste Massaï de 21 ans , protecteur dans une reserve du kenya , jeune papa mort a Nanyuki au decollage de son avion avec un collegue) . En hommage , Aidez a preserver la faune Africaine . ..au moins là, l argent ne sera pas détourné.
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