Asie/Afrique

👁‍🗹 La renarde pĂ©kinoise, les requins de DC et les rongeurs bruxellois (Pepe Escobar)

Par Pepe Escobar, le 31 juillet 2025

Le “laboratoire des BRICS” fait preuve d’un esprit crĂ©atif inĂ©puisable et en constante adaptation. Il l’emporte Ă  chaque fois sur la dĂ©mence tarifaire.


La quatriĂšme session plĂ©niĂšre du Parti communiste chinois, qui se tiendra en octobre (aucune date prĂ©cise n’a encore Ă©tĂ© annoncĂ©e, mais elle devrait se dĂ©rouler sur quatre jours durant la deuxiĂšme quinzaine du mois), a Ă©tĂ© programmĂ©e par le Politburo. C’est lĂ  que PĂ©kin dĂ©libĂ©rera sur les grandes lignes de son prochain plan quinquennal. Plus de 370 membres du ComitĂ© central, l’Ă©lite du parti, devraient y participer.

Pourquoi est-ce si crucial ? Parce que la Chine est, avec les principaux pays des BRICS, la cible incontestĂ©e de la nouvelle “loi” universelle conçue par l’Empire du Chaos : “Je tarife, donc je suis”. Le prochain plan quinquennal devra donc prendre en compte tous les aspects de cette rĂ©cente “loi”.

La rĂ©union plĂ©niĂšre aura lieu quelques semaines aprĂšs la grande parade organisĂ©e par PĂ©kin pour cĂ©lĂ©brer la fin de la Seconde Guerre mondiale. Vladimir Poutine est l’un des invitĂ©s d’honneur de Xi Jinping.

De plus, le plĂ©num aura lieu juste avant le sommet annuel de l’APEC (CoopĂ©ration Ă©conomique pour l’Asie-Pacifique), qui dĂ©butera le 31 octobre Ă  SĂ©oul. Ce sommet offre l’occasion unique d’une rencontre en face Ă  face entre Trump et Xi, que le patron du cirque, malgrĂ© toutes ses acrobaties et tergiversations, cherche activement Ă  obtenir.

Le plĂ©num devra examiner attentivement l’intensification prĂ©visible de la guerre commerciale, technologique et gĂ©opolitique entre les États-Unis et la Chine. MĂȘme si le plan “Made in China 2025” a Ă©tĂ© un succĂšs retentissant, malgrĂ© la pression maximale exercĂ©e par l’administration Trump, les nouvelles orientations technologiques de la Chine pour 2025 dĂ©finiront la feuille de route pour tous les domaines, de l’intelligence artificielle Ă  l’informatique quantique, en passant par la biotechnologie et la fusion nuclĂ©aire contrĂŽlĂ©e.

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Tout ce qui compte en matiĂšre de commerce et de technologie sera dĂ©cidĂ© entre ces deux superpuissances Ă©conomiques. Un troisiĂšme acteur potentiel, l’UE, s’est quant Ă  lui engagĂ© dans toute une sĂ©rie de suicides.

Pour commencer, le sommet Chine-UE du 24 juillet a Ă©tĂ© marquĂ©, entre autres, par le protocole de PĂ©kin qui a envoyĂ© un modeste bus touristique pour accueillir la dĂ©lĂ©gation europĂ©enne, et par la dĂ©cision de Xi Jinping de mettre fin au sommet avant l’heure, un geste largement interprĂ©tĂ© dans les pays du Sud comme signifiant : “Nous n’avons pas de temps Ă  perdre avec vous, bande de clowns”.

Exactement ce que voulait le patron du cirque.

Puis vint la rencontre entre l’UE et les États-Unis, qui a scellĂ© de maniĂšre spectaculaire la phase dĂ©jĂ  accĂ©lĂ©rĂ©e du siĂšcle d’humiliation de l’Europe.

Pour commencer, Trump a de facto rayĂ© la Russie de l’avenir Ă©nergĂ©tique de l’UE. Bruxelles a Ă©tĂ© contrainte, avec “une offre que vous ne pouvez pas refuser” — façon mafieuse — d’acheter pour 250 milliards de dollars d’Ă©nergie amĂ©ricaine surĂ©valuĂ©e par an, et ce pour les trois prochaines annĂ©es.

Et pour couronner le tout, elle se voit infliger des droits de douane de 15 % — et doit s’en accommoder.

VoilĂ  qui explique pourquoi le sabotage du Nord Stream 2, une opĂ©ration menĂ©e par l’administration prĂ©cĂ©dente Ă  Washington, poursuivait dĂšs le dĂ©part un objectif impĂ©rial clair.

De plus, l’UE doit payer pour sa guerre — dĂ©jĂ  perdue — en Ukraine en achetant des quantitĂ©s illimitĂ©es d’armes amĂ©ricaines hors de prix, reprĂ©sentant 5 % de son PIB. C’est ce que Trump a imposĂ© Ă  l’OTAN d’imposer Ă  l’UE. Suivez l’argent.

Pourtant, quel que soit “l’accord” annoncĂ© avec une profusion de superlatifs par le patron du cirque, les chiffres ne concordent pas.

En 2024, l’UE a dĂ©pensĂ© la coquette somme de 375 milliards d’euros en Ă©nergie, dont seulement 76 milliards ont Ă©tĂ© versĂ©s aux États-Unis.

Ce qui signifie que l’UE devra importer trois fois plus d’Ă©nergie amĂ©ricaine au cours des trois prochaines annĂ©es. Et uniquement du GNL amĂ©ricain : pas de gaz norvĂ©gien, moins cher et acheminĂ© par gazoduc.

Sans se soucier des réalités, la méduse toxique de Bruxelles a affirmé haut et fort que le GNL américain est moins cher que le gaz russe acheminé par gazoduc.

Moscou s’en moque, car ses principaux clients se trouvent partout en Eurasie. Quant aux AmĂ©ricains, ils ne pourront pas exporter toute leur Ă©nergie vers l’UE, car les raffineries europĂ©ennes ne peuvent traiter qu’un volume limitĂ© de gaz de schiste amĂ©ricain. De plus, les eurocrates ne peuvent en aucun cas contraindre les entreprises Ă©nergĂ©tiques europĂ©ennes Ă  acheter du gaz amĂ©ricain.

Et pour arrondir leurs chiffres, ils seront obligĂ©s de s’approvisionner ailleurs. Peut-ĂȘtre la NorvĂšge, voire la Russie, Ă  supposer que les Russes soient intĂ©ressĂ©s.

Trump 2.0 a Ă©tĂ© assez malin pour “exempter” certains secteurs de la dĂ©mence tarifaire, comme les avions, les piĂšces dĂ©tachĂ©es d’avions, les semi-conducteurs, les produits chimiques essentiels et certaines ressources agricoles. Tous ces produits font bien sĂ»r partie des chaĂźnes d’approvisionnement stratĂ©giques.

Pour Trump, l’essentiel Ă©tait de faire de l’Europe un gros acheteur d’Ă©nergie amĂ©ricaine et de la contraindre Ă  investir dans les infrastructures et le complexe militaro-industriel amĂ©ricains.

La seule façon d’â€œĂ©chapper” au “chantage” des droits de douane consiste Ă  accepter l’offre, Ă  s’en rĂ©jouir et Ă  proposer toutes sortes d’investissements aux États-Unis. Les anciens empires imposaient Ă  leurs “alliĂ©s” de leur verser un tribut. Bienvenue dans la version XXIĂš siĂšcle.

AprĂšs tout, que peut bien offrir l’Europe comme moyen de pression ? Absolument rien. Aucune entreprise europĂ©enne ne figure dans le top 10 mondial des technologies. Elle ne dispose mĂȘme pas de moteur de recherche, de smartphone, de systĂšme d’exploitation, de plateforme de streaming ou d’infrastructure cloud europĂ©ens Ă  succĂšs mondial. Sans oublier qu’elle ne compte aucun grand fabricant de semi-conducteurs. Il ne lui reste d’ailleurs qu’un seul constructeur automobile parmi les dix plus vendus au monde.

Tous dans le bateau de l’“improvisation dirigĂ©e”

Si les requins amĂ©ricains n’ont littĂ©ralement rien laissĂ© aux rongeurs de l’UE, la Chine, plus renarde, leur a concĂ©dĂ© un petit quelque chose : des discours sur le changement climatique.

Le constat est sans appel : l’UE est perçue comme un protagoniste pitoyable, dĂ©pourvu de toute autonomie stratĂ©gique sur l’Ă©chiquier mondial. Elle est royalement ignorĂ©e dans les guerres Ă©ternelles de l’Empire, de l’Ukraine Ă  l’Asie occidentale.

Elle ose mĂȘme donner des leçons Ă  PĂ©kin alors qu’elle dĂ©pend totalement des matiĂšres premiĂšres, des Ă©quipements industriels et des chaĂźnes d’approvisionnement complexes de la Chine pour les technologies vertes et numĂ©riques.

Yuen Yuen Ang, originaire de Singapour, est professeure d’Ă©conomie politique Ă  l’universitĂ© Johns Hopkins de Baltimore. Elle peut ĂȘtre contrainte de suivre la trajectoire – stricte – de l’universitĂ© amĂ©ricaine, par dĂ©finition exceptionnaliste. Mais au moins, elle est capable de formuler des idĂ©es intĂ©ressantes.

Elle affirme notamment : “Nous souffrons tous d’un dĂ©ficit d’attention. Avant, nous lisions des livres, puis des articles, puis des essais, puis des blogs, et maintenant, tout se rĂ©sume Ă  des tweets de 280 caractĂšres. On peut imaginer le type de messages pouvant tenir dans cet espace minuscule. Ils doivent ĂȘtre simplistes”.

C’est au cƓur mĂȘme de l’approche du leader du cirque en matiĂšre de politique Ă©trangĂšre : rĂ©gner dans un dĂ©luge de messages absurdes.

Yuen Yuen aborde ensuite un sujet plus sérieux en commentant les intentions de la Chine

d’“abandonner l’ancien modĂšle Ă©conomique fortement dĂ©pendant des exportations Ă  bas prix, de la construction et de l’immobilier, privilĂ©giant dĂ©sormais un dĂ©veloppement axĂ© sur la haute technologie et l’innovation”.

C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui sera dĂ©battu lors du plĂ©num Ă  PĂ©kin en octobre.

Elle note Ă©galement que, dans les annĂ©es 1980 et 1990, la Chine s’est

“inspirĂ©e du modĂšle d’industrialisation tardive de l’Asie de l’Est. Les exemples Ă  suivre se font aujourd’hui plus rares. La Chine elle-mĂȘme est devenue pionniĂšre et de nombreux pays la prennent pour rĂ©fĂ©rence”.

D’oĂč le concept d’“improvisation dirigĂ©e” menĂ©e par les dirigeants de PĂ©kin.

S’ils identifient la destination finale souhaitĂ©e, ils examinent toutefois tous les chemins possibles. Il en va d’ailleurs de mĂȘme pour les BRICS, via mon concept de “laboratoire des BRICS” oĂč sont testĂ©s toutes sortes de scĂ©narios. Ce qui importe avant tout, c’est un esprit crĂ©atif insatiable et en constante adaptation.

C’est toujours prĂ©fĂ©rable Ă  la dĂ©mence tarifaire.


Traduit par Spirit of Free Speech

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Robert Bibeau

Auteur et éditeur

2 rĂ©flexions sur “👁‍🗹 La renarde pĂ©kinoise, les requins de DC et les rongeurs bruxellois (Pepe Escobar)

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