La chute du gouvernement Maduro dévoile le naufrage du tiers-mondisme et des alternatives gauchiste et droitiste
Par Khider Mesloub.
Il faut se déprendre des réflexes pavloviens. Se défaire du réflexe anti-Trump comme du réflexe anti-américain automatique. Car l’histoire ne progresse ni par indignation morale ni par slogans humanitaires, mais par rapports de force, contradictions et effondrements.
L’opération américaine contre l’appareil d’État vénézuélien n’est ni une croisade démocratique ni une simple razzia pétrolière. Elle est d’abord un acte de guerre inter-impérialiste, un avertissement brutal adressé à l’ensemble des puissances concurrentes dans un monde entré en crise d’hégémonie. Elle est révélatrice d’un capitalisme mondial entré dans sa phase de décomposition violente. Quand l’hégémonie vacille, le droit se tait et les armes parlent. Le capitalisme sénile ne négocie plus : il frappe. Quand son économie patine, il piétine les droits…sociaux, le droit de procédure pénal, le droit international.
Les pleureuses de la gauche bourgeoise occidentale et les tiers-mondistes du «Sud global» dénoncent une «violation du droit international». Elles oublient – ou feignent d’oublier – que le droit international n’est jamais qu’un langage juridique codifiant a posteriori la loi du plus fort. Le droit n’est pas violé : il est redéfini par la force, comme toujours dans les phases de recomposition impérialiste et de décomposition capitaliste.
Depuis la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis, les tiers-mondistes du «Sud global» et les gauchistes de l’Occident se précipitent, qui dans la rue, qui sur les réseaux sociaux, pour défendre la «souveraineté» vénézuélienne. Mais ils ne défendent jamais les ouvriers vénézuéliens. Ils pleurent l’État, jamais la classe. Ils confondent l’anti-américanisme réflexe avec l’internationalisme, et transforment chaque dictature tiers-mondiste ou stalinienne en bastion imaginaire contre l’Empire.
Le régime chaviste vient de s’effondrer. Le prolétariat mondial doit-il déplorer l’effondrement de ce capitalisme d’État parasitaire, maquillé en révolution sociale ? Regretter la chute d’un pouvoir fondé sur la rente pétrolière, la corruption, la militarisation et la répression du prolétariat vénézuélien ? S’offusquer face au renversement du régime chaviste qui n’a survécu qu’à coups de mythologie tiers-mondiste et de clientélisme, pendant que le peuple vénézuélien sombrait dans la misère et l’exil de masse ?
Gauchistes et tiers-mondistes de salon pleurent un État, jamais une classe. Tous défendent une souveraineté abstraite, jamais l’autonomie du prolétariat. Tous parlent du «peuple vénézuélien», mais se taisent sur les ouvriers écrasés par l’inflation, les salaires de famine, la répression syndicale, l’émigration forcée.
Ils n’ont qu’un internationalisme de façade : en réalité, ils restent nationalistes, campistes, étatisés jusqu’à la moelle.
Selon plusieurs sources, des dizaines de membres de la garde rapprochée du dirigeant vénézuélien, Nicolás Maduro, auraient été tués lors du raid américain. Or, il s’agirait principalement de gardes cubains. Par mépris ou indifférence de ces victimes étrangères, les autorités du Venezuela se refusent à fournir un décompte officiel. En effet, le gouvernement vénézuélien désormais dirigé par Washington n’a diffusé aucun chiffrage officiel des morts et blessés. Le seul bilan humain reste celui fourni au New York Times par «un haut responsable vénézuélien» qui, s’exprimant anonymement, aurait admis qu’au moins 80 personnes avaient été tuées, en majorité des étrangers.
Que Maduro ait été protégé, durant son règne, par des gardes étrangers, en particulier cubains, n’est pas un détail folklorique : c’est le symptôme d’un pouvoir qui ne se reconnaît plus dans son propre peuple. Tout État qui doit importer sa propre garde prétorienne est déjà historiquement condamné. Que la «garde prétorienne gouvernementale» vénézuélienne félonne, dirigée par Delcy Rodriguez, passée du charisme ou trumpisme, ait décidé de sacrifier ces dizaines de cubains pour faciliter la capture de Maduro par les militaires américains en dit long sur son machiavélisme.
En tout cas, l’opération militaire américaine menée à Caracas n’est pas une victoire progressiste. Elle n’est pas non plus une anomalie monstrueuse. Elle est un symptôme : celui d’un capitalisme mondial entré dans une phase de brutalisation ouverte, où les coups d’éclat remplacent les compromis, et où les puissances testent leur capacité à frapper sans médiation.
Trump n’est ni fou ni un génial stratège. Il est l’expression politique grossière d’un impérialisme en perte de vitesse, obligé de surjouer la force pour masquer son déclin face à la Chine. Ce n’est pas un signe de puissance sereine, mais de crise structurelle.
Une chose est sûre, ce coup d’éclat yankee n’annonce pas une stabilité nouvelle, mais l’entrée dans une ère de chocs, de provocations et de guerres ouvertes entre puissances capitalistes.
Face à cela, la seule position prolétarienne cohérente n’est ni la défense du régime chaviste (converti au trumpisme, passé avec armes et bagages dans le camp yankee), ni l’alignement sur l’impérialisme américain, ni l’illusion démocratique, ni la mythologie tiers-mondiste ou sa version moderniste : le BRICSime. Elle est le défaitisme révolutionnaire : refus de choisir entre bourreaux, refus de mourir pour des États capitalistes, refus de se mobiliser derrière des drapeaux. Les gauchistes d’occident et les tiers-mondistes du Sud global défendent toujours des États au nom des peuples, jamais les peuples contre les États capitalistes.
La seule ligne de fracture pertinente reste celle de la lutte de classe. Au Venezuela comme ailleurs contre la bourgeoisie, quel que soit son vernis idéologique ; contre l’impérialisme, quel que soit son drapeau. Enfin, pour l’auto-organisation du prolétariat, hors partis, hors syndicats d’État, hors fronts patriotiques.
À l’ère du capitalisme sénile militariste, Il n’y a pas de «camp progressiste». Il n’y a que des États capitalistes en concurrence, et une classe ouvrière sommée de payer l’addition par l’impôt de la consommation ( l’hyperinflation) et l’impôt du sang (la mort sur les champs de guerre).
Le Venezuela n’est pas une victime : c’est un État capitaliste périphérique, pris dans l’étau des rapports impérialistes mondiaux. Les États-Unis ne sont pas des libérateurs : ils sont un impérialisme dominant en phase de contestation et de réorganisation brutale. Entre les deux, il n’existe aucun «moindre mal», aucun camp progressiste, aucune cause à défendre.
La guerre impérialiste ne peut être combattue ni par le pacifisme, ni par le droit, mais uniquement par la transformation de la guerre entre États en guerre de classe.
La tragédie global n’est pas la chute d’un dictateur bolivarien et chrétien (Maduro) ou le triomphe d’un «démocrate-fasciste» donquichottesque et clownesque (Trump). La tragédie, c’est que le prolétariat international soit encore sommé par les fascistes, par les gauchistes et par les tiers-mondistes de choisir ses geôliers, de se livrer pieds et poings liés à ses bourreaux autochtones/nationaux vassaux de l’Empire.
Khider MESLOUB

Par Khider Mesloub.
Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/01/a-queda-do-governo-maduro-revela-o.html
Vous parlez de la chute du gouvernement Maduro
Justement ce gouvernement est toujours en place
et exige le retour de son président
Les pétroliers américains ne veulent pas participer à cette opération illégale et foireuse
Eux ils travaillent pour leurs actionnaires
alors que Trump ne dit pas pour qui il travaille