«Les conseils ouvriers et le parti de classe»: ou comment le conseillisme, chassé par la porte, revient par la fenêtre
Par GIGC/IGCL Sur https://igcl.org/Les-conseils-ouvriers-et-le-parti
« Les conseils ouvriers et le parti de classe » : ou comment le conseillisme, chassé par la porte, revient par la fenêtre
Le texte Les conseils ouvriers et le parti de classe s’inscrit dans le cadre de la Gauche communiste et plus particulièrement des « frontières de classe » que la TCI, le CCI, le GIGC, voire d’autres groupes ou cercles encore, partagent. C’est donc dans ce cadre qu’il convient de se prononcer sur cette contribution individuelle. Au delà du simple fait qu’elle apporte des points de clarification et de réappropriation historique, elle cherche à rejeter « toute forme de substitutionnisme ou de fétichisme organisationnel. » Grossièrement et si nous avons bien compris le texte : le substitutionnisme consisterait essentiellement à substituer l’action des masses prolétariennes par l’action du parti. Il concernerait principalement les groupes du courant dit bordiguiste. Le fétichisme organisationnel concernerait « le fétichisme des conseils, caractéristique du conseillisme [qui] idéalise la forme conseil comme une solution universelle », comme une garantie pour la lutte prolétarienne.
Précisons d’entrée que, selon nous, les dangers opportunistes du substitutionnisme et du conseillisme n’affectent pas les seuls courants politiques précités. Leurs effets ou influences s’exercent sur l’ensemble du camp prolétarien – y compris nous-mêmes. Rajoutons aussi qu’il nous semble que le danger du conseillisme est toujours actuel, au point même qu’il touche et affecte régulièrement des groupes « pro-parti » et même dits bordiguistes. De plus, substitutionnisme et conseillisme ne se réduisent pas à la simple question proparti-antiparti, mais aussi à la compréhension de la dynamique de la lutte des classes. Nous étendons donc la catégorie « conseillisme » à toutes les formes d’« économisme » qui rejettent plus ou moins ouvertement le caractère et la dimension politique des luttes ouvrières propres au « phénomène universel de la grève de masse », pour paraphraser Rosa Luxemburg [1]. C’est donc aussi à l’aune de cette lutte permanente au sein du camp prolétarien comme un tout que nous devons évaluer si cette contribution remplit son objet.
Le texte s’articule d’abord autour de principes généraux sur « les conseils ouvriers, expression de l’auto-organisation prolétarienne (…) et le parti révolutionnaire, outil important au service du prolétariat. » Ensuite, sa partie centrale, contre le substitutionnisme et le fétichisme, argumente à partir de l’expérience de la Révolution russe pour établir le combat contre le substitutionnisme et le fétichisme d’organisation. Enfin, les dernières parties traitent du « rôle du parti, vigilance et clarification programmatique » et des « enseignements historiques et perspectives actuelles. »
Nous voulons attirer l’attention du lecteur sur deux passages en particulier : « les conseils ouvriers, ou soviets, incarnent l’auto-organisation de la classe ouvrière » et « le parti (…) doit émerger des luttes prolétariennes. » À première vue, les deux formules semblent tout à fait cohérentes avec les deux principes communistes selon lesquels « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » et l’« organisation du prolétariat en classe, et donc en parti politique. » Pourtant, nous allons voir que l’argumentaire qui les sous-tend laisse la porte ouverte à des concessions au conseillisme, parfois même des concessions d’ordre anarchisante et démocratique, alors même que la contribution réaffirme la « nécessité du parti ».
Auto-organisation de la classe ou organisation des luttes prolétariennes ?
Le texte se réfère donc aux conseils ouvriers comme étant « les organes unitaires d’auto-organisation du prolétariat. » Le terme « auto-organisation » est utilisé par neuf fois dans le texte. Celui d’« auto-émancipation » quatre fois. Il est juste de considérer les soviets ou conseils ouvriers comme des « organes unitaires » de la classe, c’est-à-dire regroupant l’ensemble des prolétaires en lutte et pour leur lutte. Par contre, le terme d’« auto-organisation » est toujours au moins ambiguë, quand il n’est pas directement retourné et utilisé contre le développement des combats prolétariens.
Pour notre part, nous préférons parler de « l’organisation de la lutte prolétarienne selon et pour des tâches précises » plutôt que l’abstraite et dangereuse « auto-organisation ». Les prolétaires en lutte s’organisent pour mener telle ou telle action, surtout lorsqu’ils prennent conscience que les syndicats s’y opposent directement ou indirectement ; ils se réunissent en assemblée générale pour décider d’une grève ou non ; pour nommer un comité de grève ; ou pour décider d’envoyer une délégation massive à tel ou tel lieu de travail, à telle ou telle manifestation de rue. Ils se dotent de comités de grève pour organiser et centraliser la lutte et de tout autre « comité » regroupant les comités de grève pour les centraliser à un échelon supérieur. Mais il peut aussi arriver que l’assemblée comme un tout ne soit pas disposée à envoyer telle ou telle délégation massive pour étendre la grève, en général parce que les syndicats réussissent à s’y opposer. Alors, une partie des travailleurs, « formellement minoritaires » au sein de l’assemblée générale, peut très bien aussi s’organiser, sous une autre forme, pour chercher à étendre la lutte ou à la développer par tel ou tel moyen de type organisationnel. Ou pour aller participer à telle ou telle manifestation de rue, etc. Au contraire du fétichisme d’organisation, cette position politique sur l’organisation des prolétaires en lutte pour répondre aux besoins de celle-ci signifie que les formes d’organisation changent selon les moments et les lieux, selon les besoins immédiats de toute lutte, qu’elle soit locale et limitée, ou bien étendue, voire généralisée.
L’expérience de la révolution allemande de novembre-décembre 1918 à laquelle le texte se réfère, nous montre comment l’« auto-organisation », érigée en principe abstrait, voire pire en fétiche, peut très bien se retourner contre le prolétariat en lutte et être sciemment utilisée par la bourgeoisie, en particulier ses forces de gauche et gauchistes. C’est au prétexte qu’ils n’étaient pas délégués d’entreprise que la sociale-démocratie réussit à interdire Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht de participer au congrès des conseils d’ouvriers et de soldats du 16 décembre 1918. Au final, comme le souligne Trotsky dans Leçons d’octobre, les conseils surgis en novembre 1918 furent très vite vidés de leur fonction d’organe de l’insurrection et, encore plus, du pouvoir prolétarien par l’action même des forces contre-révolutionnaires, en tout premier lieu du parti social-démocrate. Dans ce cas, l’« auto-organisation » de la classe s’est retournée contre la classe en Allemagne.
« Ces conseils ne sont pas de simples organes de gestion temporaire, mais des embryons du pouvoir prolétarien », dit le texte. C’est juste mais pas suffisamment précis. Nous préférons la formule de Trotski : les conseils ou soviets en tant « qu’organes de l’insurrection et organes du pouvoir prolétarien ». Elle est plus claire car elle fournit et précise la ligne d’orientation qui doit présider aux choix des tactiques et mots d’ordre successifs du parti, en tant que « direction politique du prolétariat », dans les conseils et, surtout, dans la classe comme un tout – autrement dit l’ « articulation dialectique » concrète entre le parti et la classe. En effet, la finalité du « phénomène universel de la grève de masse », telle que l’expérience russe de février à octobre 1917 nous l’enseigne et que Lénine souligne, est précisément l’insurrection prolétarienne et l’instauration de la dictature du prolétariat. C’est donc toujours à l’aune de l’évolution du « véritable rapport de forces entre les classes en présence déterminant nos tâches [2] » pour paraphraser ce dernier, c’est-à-dire entre le prolétariat et l’État bourgeois, que doivent être définis et adoptés les orientations et les mots d’ordre du parti dans les luttes ouvrières en général et dans les périodes de mobilisation de masse. Notre position et nos interventions se fondent sur la bataille entamée par Lénine, à partir des thèses d’avril 1917, dès son retour en Russie. Elle visait précisément à faire des conseils des organes de l’insurrection et de pouvoir prolétariens. C’est alors la perspective de l’insurrection et du pouvoir de classe qui détermine la succession – et les changements – des orientations et des mots d’ordre tactiques avancés par les bolcheviques de février à octobre : grossièrement, « tout le pouvoir aux conseils » d’avril à juillet, abandon du mot d’ordre jusqu’à l’échec de Kornilov, et reprise du mot d’ordre « tout le pouvoir… » en septembre. Mais alors il acquiert un autre contenu puisque les masses, dans les usines et les rues, mais aussi en nommant des délégués bolcheviques aux soviets, se retrouvent sur la même ligne que les bolcheviques en adhérant, reprenant et mettant en pratique leurs orientations.
Ce qui est vrai pour une période révolutionnaire l’est aussi pour les luttes immédiates d’aujourd’hui. Le fétichisme de l’auto-organisation, a fortiori assembléiste, réduit d’autant, sinon complètement, la reconnaissance et la compréhension de chaque lutte ou mobilisation prolétarienne, de ses batailles gagnées et perdues, de son essor et de son déclin, de ses flux et reflux à une question de forme d’organisation. Mesurer la dynamique de chaque lutte ou mobilisation au seul niveau d’« auto-organisation » plus ou moins abouti tourne le dos à la compréhension de l’évolution réelle du rapport de force entre prolétariat et bourgeoisie tant de manière locale et immédiate qu’international et historique. Ce faisant, la voie s’ouvre aux forces bourgeoises en milieu ouvrier, syndicats et gauchistes, pour au nom de « l’auto-organisation à sauvegarder » [3] vider assemblées générales, comités de grève, coordinations ou encore conseils ouvriers de leur fonction vitale d’extension, de généralisation et d’unification de la lutte prolétarienne ; puis d’insurrection et d’exercice de la dictature de classe pour les conseils ouvriers.
La question n’est donc pas l’« auto-organisation » de la classe en soi et par principe, mais quels sont les différents types d’organisations unitaires, visant à rassembler l’ensemble des prolétaires en lutte, dont se dotent le prolétariat en fonction des besoins et des moments de son affrontement à l’appareil d’État [4].
Le parti au service de l’auto-organisation ou dirigeant de la lutte prolétarienne ?
Cette formule d’« auto-organisation », du moins la tendance à sa fétichisation, induit donc une intervention de parti principalement basée sur celle-ci. Malgré l’affirmation de la nécessité du parti et le rejet formel du conseillisme, la contribution nous montre ô combien nettement comment cette focalisation sur l’« auto-organisation » reste fondamentalement sur le terrain du conseillisme.
« Le Parti ayant vocation à devenir international/mondial doit émerger des luttes prolétariennes comme la cristallisation de la fraction la plus consciente du prolétariat, portant un programme communiste clair permettant ainsi une praxis révolutionnaire conséquente. Il doit rester ancré dans l’auto-organisation prolétarienne, tout en luttant contre les dérives opportunistes néfastes qui, historiquement, ont souvent menacé les intérêts du prolétariat, même en période révolutionnaire. » (nous soulignons)
Le parti est une fraction de la classe ouvrière. Il en est une partie et non un élément extérieur. Le conseillisme le plus grossier est donc rejeté. Cependant, la formule « le parti doit émerger des luttes prolétariennes » est pour le moins ambiguë, car elle laisse la fenêtre suffisamment ouverte pour qu’il revienne aussitôt. On peut en déduire que le parti est le produit des luttes immédiates de la classe, ce que Lénine combat à raison dans Que faire ? contre le conseillisme d’alors, à savoir l’économisme. Le parti, tout comme la conscience de classe ou « conscience communiste », ne peut pas être le produit des luttes immédiates du prolétariat [5]. Les deux sont les produits de la lutte historique du prolétariat dont le parti est la fraction la plus consciente et la plus déterminée. Considérer le parti comme le produit des luttes immédiates laisse entendre que la conscience de classe – contrairement à son extension dans les rangs ouvriers – est elle-aussi déterminée par les luttes ouvrières immédiates. Il en résulte que le rôle de l’organisme spécifiquement chargé de matérialiser, défendre et « renvoyer » au prolétariat comme un tout cette conscience communiste est donc pour le moins sous-estimé, réduit, quand il n’est pas ouvertement nié pour les conseillistes les plus fervents.
Le parti doit rester « ancré dans l’auto-organisation du prolétariat » – dans le cas où on accepte l’usage du terme « auto-organisation » – ne veut pas dire grand-chose du point de vue de l’intervention de parti, de son rôle et de la bataille qu’il doit mener pour diriger les luttes ouvrières. Nous y opposons que le parti doit lutter et chercher à assumer la « direction politique » de la classe comme un tout, et bien sûr dans et de ses organisations unitaires de lutte, assemblées, comités de grève, conseils, etc. dont elle se dote pour les besoins successifs de ses luttes.
La phrase, « le parti n’a pas vocation à se substituer aux conseils ou à les diriger de manière bureaucratique », vise certainement à répondre aux anarchistes et conseillistes qui rejettent la fonction centrale et indispensable du parti. Malheureusement, le texte ne réussit pas à se dégager de leur terrain. Il n’arrive pas à présenter clairement et « positivement » le rôle du parti, ici dans les conseils : « Les membres du parti doivent chercher à être élus par la base, de manière démocratique… le parti doit continuer de jouer un rôle de clarification idéologique et d’orientation stratégique. (…) La direction du mouvement ouvrier [devrait] être effectuée par son avant-garde organisée (…) et cela grâce à la lutte menée par en bas et via la propagande. »
« La base », « de manière démocratique » ? Si l’on introduit qu’il existe une « base » dans les conseils ouvriers, on suppose qu’il y un « sommet », une hiérarchie en leur sein, auquel la base doit s’opposer – c’est la thèse dès les années 1920 de ceux qui allaient devenir conseillistes dans les années 1930 – Gorter en particulier. Pourquoi cette référence à « manière démocratique » ? Y a-t-il une « manière démocratique » en soi ? Valable en toutes circonstances et pour… toutes les classes ? En voulant leur répondre, le texte reste sur le terrain des conseillisto-économistes, si proches de l’anarchisme et du démocratisme petit-bourgeois. Pour notre part, nous préférons la formule qui voit les assemblées ouvrières « nommer » leurs délégués, les mandater et, éventuellement les révoquer.
Il est vrai que le texte rappelle que Marx et Engels estimaient « que la direction du mouvement ouvrier devait être effectuée par son avant-garde organisée. » Très bien. La position conseilliste est une nouvelle fois formellement rejetée. Malheureusement elle est réintroduite dès la phrase qui suit : « grâce à la lutte menée par en bas et via la propagande (il n’est pas question de s’imposer d’office par en haut, mais que la fraction la plus conscientisée du prolétariat cherche pleinement et légitimement à assurer un rôle de boussole) » La lutte menée par « en bas » ? Et non en « s’imposant par en haut » ? Nous renvoyons aux commentaires précédents sur cette « opposition bas-haut ».
« Le parti doit être un outil au service de la classe, actif au sein des conseils, sans chercher à les transformer en coquilles vides, ni en simples chambres d’enregistrement. » Que les forces bourgeoises en milieu ouvrier, syndicats et gauchistes, cherchent à vider les conseils de leur fonction est logique et attendu. Mais pourquoi le parti du prolétariat chercherait à transformer les conseils en coquilles vides ? Pourquoi une telle crainte et méfiance en soi, a priori, quasi par principe, à l’égard du rôle dirigeant du parti [6] ? Si tel est le cas, le parti n’est plus le parti, ou du moins il est gagné par l’opportunisme et le rapport des forces entre les classes est en train de s’inverser. « Le parti dégénère quand il n’est plus l’expression fidèle de l’évolution du prolétariat et ce phénomène de décalage n’est pas déterminé par le parti mais par la modification des rapports entre les classes. Plus tôt l’on se rend compte de ces modifications et plus vite l’on peut nettoyer le parti de classe et permettre au prolétariat de poursuivre sa marche en avant [7]. »
Dans le moins mauvais des cas, ces formules gortériennes, osons-nous dire, ne présentent aucune valeur du point de vue concret de la lutte ouvrière et du rapport parti-classe, du point de vue de « l’articulation dialectique entre le parti communiste et les conseils prolétariens » pour reprendre le titre donné au texte. Dans le pire, nous ne doutons pas qu’elles puissent être reprises par tel ou tel groupe révolutionnaire, voire des individus sous influence conseilliste pour sous-estimer, voire nier, le combat politique central que doivent mener les avant-gardes révolutionnaires dans les luttes elles-mêmes pour imposer leur extension et généralisation ; et par des groupes ouvertement gauchistes pour établir et justifier la constitution artificielle et prématurée d’assemblée générale inter-pro ou autres et interdire les interventions de groupes politiques au nom de la « base » et de « l’auto-organisation démocratique » – le groupe trotskiste Révolution permanente en France s’en est fait la spécialité.
Loin de devoir « s’ancrer » dans une quelconque forme d’« auto-organisation », loin de s’enfermer dans un quelconque fétichisme d’organisation, le parti intervient dans la classe, non pas en défendant l’organisation en soi, mais pour y présenter et avancer orientations et mots d’ordre correspondant aux besoins et moments des luttes, y compris d’ordre organisationnel si nécessaire ; pour en gagner et en assurer la direction politique autant que possible ; et en appelant aussi les ouvriers à assumer le confrontation contre les forces bourgeoises en milieu ouvrier qui cherchent à saboter et s’opposer à leur combat, tout en faisant mine de le soutenir. Dans toute période de luttes ouvrières, dans toute mobilisation, limitée ou se généralisant, locale ou étendue, massive ou non, dans des périodes non-révolutionnaires ou prérévolutionnaires et révolutionnaires, le parti intervient – évidemment en fonction de ses forces réelles et de ses priorités – dans la classe comme un tout.
Une des mesures, parmi d’autres, du développement effectif de toute lutte prolétarienne face à la bourgeoisie et à son État, et pour évaluer l’évolution du rapport de force entre prolétariat et bourgeoisie tant au plan local et immédiat qu’international et historique, est l’influence et le degré de « direction politique » que les minorités révolutionnaires réussissent à gagner dans les mobilisations prolétariennes et, le cas échéant, dans les organisations unitaires et les conseils ouvriers. Elle se juge à l’aune de la présence politique plus ou moins affirmée et étendue, à l’influence plus ou moins large parmi les masses en lutte, et surtout à la reprise plus ou moins accomplie par les masses des mots d’ordre du parti et leur réalisation effective. Lorsque c’est nécessaire pour les besoins de la lutte, les assemblées prolétariennes nomment comme délégués les prolétaires et militants les plus combatifs et déterminés [8]. Parmi ceux-ci on trouve ceux qui sont aussi les plus clairs politiquement, les plus capables de porter orientations et mots d’ordre correspondant à l’efficacité immédiate du combat ; ceux-là même qui sont les plus en capacité de permettre aux prolétaires en lutte, et plus largement au « tout », la classe « comme un tout », de les mettre en œuvre. Or précisément, le parti et ses membres sont – par définition si l’on peut dire tout en sachant que cela doit être vérifié dans les affrontements de classe – les plus disposés à avancer les orientations et les mots d’ordre correspondant aux besoins successifs des luttes que la classe « comme un tout » – aucun critère de majorité ou minorité « démocratique » ici – doit reprendre et réaliser dans la pratique. Il en résulte que les révolutionnaires et tout particulièrement les membres du parti sont ou finissent par être nommés comme délégués dans les comités de grève, dans les conseils ; bref dans tous les organes de centralisation et d’unification de la lutte prolétarienne. Et il est difficile d’envisager qu’il en sera différemment lors de la dictature prolétarienne elle-même.
Il y aurait encore d’autres passages d’ordre « conseilliste » à relever dans cette contribution. Nous voulons en souligner un autre en particulier, car il renvoie aussi à la nature de classe du gauchisme et à l’indispensable rupture politique avec celui-ci. En critiquant le substitutionnisme, le texte affirme que « les maoïstes et autres staliniens/bonapartistes contre-révolutionnaires vont en réalité au-delà du paroxysme de cette caricature bureaucratique blanquiste. » La formulation est dangereuse. Bien que les dénonçant comme contre-révolutionnaires, émettre que des forces bourgeoises tels les staliniens « iraient au-delà du substitutionnisme » revient à les réintroduire au sein du camp prolétarien. L’opportunisme ne frappe pas les forces bourgeoises, mais les forces prolétariennes. Outre l’expression d’une incomplète rupture politique avec la nature de classe du gauchisme, la confusion introduite ici laisse la voie ouverte, de nouveau, à des concessions d’ordre démocratique et conseilliste, en particulier dans les luttes ouvrières et dans les conseils. Quel doit être le principal terrain de l’affrontement dans les luttes ouvrières avec les forces bourgeoises gauchistes : le respect de la démocratie, de la volonté de la « base », contre les volontés soi-disant substitutionnistes des gauchistes [9] ? Ou bien les intérêts immédiats de la lutte, son orientation, que l’on peut résumer – même au risque de la réduire – comme définie et déterminée par la nécessité d’élargir le combat autant que possible, de l’étendre et de l’unifier ?
D’autres questions à préciser…
Il est d’autres points qui mériteraient d’être soulevés. Relevons-en quelques uns en particulier. « Il faut chercher à dépasser la dichotomie centralisme contre fédéralisme », à propos de la période de transition du capitalisme ou communisme. Le communisme et la dictature du prolétariat qui le précède ne dépassent pas la dichotomie centralisme-fédéralisme, mais requiert et oppose le centralisme à toute forme de fédéralisme… qui ne peut qu’être d’ordre anarchisant.
Nous sommes évidemment d’accord sur le fait qu’il ne faut pas considérer les conseils ouvriers comme un parlement prolétarien. Sur cette question, nous nous retrouvons du même côté de la barricade, de classe, qui nous oppose à tous ceux, ils sont relativement plus nombreux qu’on peut le penser à première vue dans le camp prolétarien, à considérer que la dictature de classe devrait distinguer entre pouvoir exécutif et législatif comme le fait la démocratie bourgeoise. Cette vision est contraire à l’expérience historique du prolétariat et aux enseignements tirés par les révolutionnaires : « La Commune devait être non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, exécutif et législatif à la fois. » (K. Marx, La guerre civile en France, 1871) Nous soulignons : la forme organisationnelle, ici la Commune, comme « corps agissant. »
Pointons aussi que nous ne sommes pas d’accord avec la position qui voit un caractère double de la Révolution russe, tel que mentionné dans la partie Enseignements historiques et perspectives… C’est la thèse bordiguiste, mais aussi conseilliste, qui voit un caractère à la fois bourgeois et prolétarien dans la révolution. Le caractère bourgeois serait dû à l’arriération économique de la Russie d’alors et aux tâches bourgeoises ou capitalistes qui en auraient découlé comme le développement du capitalisme d’État en Russie. Son caractère prolétarien serait – et est – dû à Octobre 17 et à l’instauration de la dictature du prolétariat
Parti politique d’avant-garde ou d’arrière-garde ?
Le lecteur l’aura compris : pour nous, malgré son intention de départ, la contribution ne réussit pas à se dégager des visions d’ordre conseilliste et démocratique sur le processus même de la lutte de classe prolétarienne. En fait, ces faiblesses ne sont pas le propre de son auteur. Elles touchent et affectent l’ensemble du camp prolétarien, y compris ses forces « pro-parti » se revendiquant de la Gauche communiste d’Italie. Il est une vision partagée que nous pouvons grossièrement résumer par l’attente d’un saut qualitatif entre les luttes économiques et les luttes politiques ou révolutionnaires. Pour beaucoup, seul le parti peut permettre ce qui est souvent appelé « la politisation des luttes ». Une des conséquences de cette vision est qu’elle tend à sous-estimer, voire à nier, la dimension dite « économique » des luttes ouvrières, y compris de la lutte révolutionnaire du prolétariat elle-même. Nous laissons ici de côté les positions conseillistes en général, et celle du CCI en particulier, tout comme les positions bordiguistes à la fois sur la question du parti et, surtout, sur le processus de la lutte prolétarienne.
L’essentiel du débat sur ces questions se concentre autour des positions que la Tendance communiste internationaliste défend et dont semble s’inspirer le texte [10]. Parmi les différentes prises de position de la TCI dernièrement, nous avons relevé une Déclaration – initialement publiée en anglais le 17 janvier, Au-delà du Venezuela : la route vers la guerre généralisée : « Notre guerre [Guerrilla war en anglais, guerriglia dans la version italienne] contre le capital doit aller au-delà de la lutte pour les conditions quotidiennes. Nous devons aller au-delà de la revendication d’un ‘capitalisme plus juste’ [11] pour exiger l’abolition du système salarial lui-même. Cela exige un bond en avant dans la conscience de classe [12]. » Ce débat traverse, de fait, la TCI elle-même. En effet, ce passage est en contradiction avec d’autres prises de position et surtout avec sa plateforme : « La tendance inéluctable du capitalisme à se diriger vers la guerre se matérialise aujourd’hui par l’attaque généralisée contre les conditions de vie et de travail du prolétariat. Les conditions matérielles de la lutte internationale du prolétariat contre ses exploiteurs sont donc réunies [13]. »
Pour notre part, nous insistons au contraire sur l’affirmation toujours plus résolue de la « lutte pour les conditions quotidiennes » – autrement dit les conditions de vie et de travail des prolétaires, dont les salaires bien sûr – comme moment à part entière et indispensable au développement de la lutte révolutionnaire du prolétariat. Loin d’opposer de manière métaphysique l’une à l’autre, nous considérons que la lutte pour les salaires est un moment de la lutte pour l’abolition du salariat. Jusqu’à l’avènement du communisme et la disparition des classes, le prolétariat restera classe exploitée et la lutte pour « les conditions quotidiennes » restera une dimension centrale du combat historique du prolétariat et un moment du combat pour le… communisme et l’abolition du salariat.
Il existe une unité entre le but révolutionnaire et la lutte constante pour les besoins immédiats du prolétariat, y compris dans les luttes quotidiennes de portée limitée. Cette unité s’incarne et se matérialise dans la dynamique de la grève de masse, les vagues de luttes qui s’étendent et unifient les combats prolétariens jusqu’à l’insurrection prolétarienne. En mobilisant le prolétariat en masse pour ses intérêts matériels collectifs, une telle dynamique crée à la fois la possibilité matérielle pour imposer des revendications économiques prolétariennes à la bourgeoisie, car elle influe sur le rapport des forces en faveur des prolétaires ; et elle établit une condition essentielle à l’insurrection prolétarienne en remettant en cause l’autorité de l’État. Il ne s’agit donc pas d’accomplir un saut qualitatif dans la conscience entre dimensions économique et politique, mais de mener le processus de la lutte de classe, plus concrètement de la grève de masse, à son terme. Loin d’appeler les travailleurs à « exiger l’abolition du travail salarié » ou à faire un saut qualitatif de l’économique au politique, les révolutionnaires ont pour tâche de fournir des orientations concrètes et réalisables aux prolétaires dans le cours même de cette dynamique. Cette tâche « d’avant-garde » politique leur est spécifique précisément parce qu’ils sont armés du programme communiste, celui-là même qui définit le prolétariat comme classe exploitée et révolutionnaire à la fois, qui leur permet d’élaborer au mieux les orientations générales et d’avancer les mots d’ordre immédiats en rapport avec l’évolution permanente du rapport de forces entre classes à partir et dans l’affirmation du combat pour « les conditions quotidiennes ».
« Il est hors du pouvoir de la social-démocratie de déterminer à l’avance l’occasion et le moment où se déclencheront les grèves de masse en Allemagne, parce qu’il est hors de son pouvoir de faire naître des situations historiques au moyen de simples résolutions de congrès. Mais ce qui est en son pouvoir et ce qui est de son devoir, c’est de préciser l’orientation politique de ces luttes lorsqu’elles se produisent et de la traduire par une tactique résolue et conséquente. On ne dirige pas à son gré les événements historiques en leur imposant des règles, mais on peut calculer à l’avance leurs suites probables et régler sa propre conduite en conséquence [14]. »
Clarifier au mieux ces questions est un moment essentiel du combat pour le parti pour qu’il puisse intervenir à l’avant-garde, et non à la queue, des confrontations de classe qui ne manqueront pas du fait des conséquences de l’accélération de la marche à la guerre généralisée sur les conditions matérielles de vie du prolétariat. C’est donc dès aujourd’hui que se joue la capacité du futur parti à adopter le programme le plus clair possible et à garantir son unité politique maximale tout comme la conviction militante de ses parties et de ses membres à partir de son programme, ou plateforme, et autour des tactiques qui en découlent et en découleront.
K. Marx, extrait de « Salaire, prix et profit », 1865
« La tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le niveau moyen des salaires, mais de l’abaisser, c’est-à-dire de ramener, plus ou moins, la valeur du travail à sa limite la plus basse. Mais, telle étant la tendance des choses dans ce régime, est-ce à dire que la classe ouvrière doive renoncer à sa résistance contre les atteintes du capital et abandonner ses efforts pour arracher dans les occasions qui se présentent tout ce qui peut apporter une amélioration temporaire à sa situation ? Si elle le faisait, elle se ravalerait à n’être plus qu’une masse informe, écrasée, d’êtres faméliques pour lesquels il n’y aurait plus de salut. Je pense avoir montré que ses luttes pour des salaires normaux sont des incidents inséparables du système du salariat dans son ensemble, que, dans 99 cas sur 100, ses efforts pour relever les salaires ne sont que des tentatives pour maintenir la valeur donnée au travail, et que la nécessité d’en disputer le prix avec le capitaliste est en connexion avec la condition qui l’oblige à se vendre elle-même comme une marchandise. Si la classe ouvrière lâchait pied dans son conflit quotidien avec le capital, elle se priverait certainement elle-même de la possibilité d’entreprendre tel ou tel mouvement de plus grande envergure.
En même temps, et tout à fait en dehors de l’asservissement général qu’implique le régime du salariat, les ouvriers ne doivent pas s’exagérer le résultat final de cette lutte quotidienne. Ils ne doivent pas oublier qu’ils luttent contre les effets et non contre les causes de ces effets, qu’ils ne peuvent que retenir le mouvement descendant, mais non en changer la direction, qu’ils n’appliquent que des palliatifs, mais sans guérir le mal. Ils ne doivent donc pas se laisser absorber exclusivement par les escarmouches inévitables que font naître sans cesse les empiétements ininterrompus du capital ou les variations du marché. Il faut qu’ils comprennent que le régime actuel, avec toutes les misères dont il les accable, engendre en même temps les conditions matérielles et les formes sociales nécessaires pour la transformation économique de la société. Au lieu du mot d’ordre conservateur : ‘Un salaire équitable pour une journée de travail équitable’, ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : ‘Abolition du salariat’. »
Notes:
[1] . Nous renvoyons les lecteurs à la contribution sur Lutte en masse et marche à la guerre parue dans le numéro précédent (https://igcl.org/Contribution-Lutte-en-masse-et.)
[2] . Lénine, Le double pouvoir, avril 1917.
[3] . En particulier par l’interdiction faite aux révolutionnaires et à leurs organisations politiques d’y intervenir. Ce fut le cas en décembre 1918 pour Rosa Luxemburg et Karl Liebnechkt. C’est souvent le cas aussi dans les luttes ouvrières contemporaines lorsqu’elles se dotent d’assemblées ou de « coordinations » comme dans les années 1970 et 1980.
[4] . Comme nous l’avons dit plus haut, des forces « pro-parti » peuvent être tout autant affectées par l’idéologie conseilliste et le fétichisme organisationnel : « le remède aux orientations défaitistes de ces organisations [les syndicats] ne réside pas dans l’élaboration d’un quelconque plan de bataille, mais dans l’organisation indépendante de classe. » (Le Prolétaire 558, Crise politique et lutte de classe) « Organisation indépendante de classe » ? Pour Le prolétaire 558 toujours, il s’agit de « la reconstitution des organisations syndicales » (Riposte de classe aux attaques capitalistes… https://www.pcint.org/)
[5] . Ce qui ne veut pas dire que les luttes immédiates, plus ou moins développées, ne puissent pas être un moment – un plus ou moins « petit » moment – du développement de la « conscience communiste » et de l’expérience et influence du parti ou des groupes communistes.
[6] . Parce qu’on cède du terrain aux critiques d’ordre conseilliste et anarchiste sur les méchants bolcheviques et l’aspirant dictateur Lénine qui, dès l’instauration de la dictature du prolétariat en Russie, s’empressèrent de vider les soviets de leur pouvoir et de toute vie prolétarienne ? Nous ne pouvons pas revenir ici sur la réalité et les difficultés innombrables auxquelles le prolétariat se trouva confronté de 1918 à 1921 du fait de l’isolement de la Révolution russe et de l’échec de la vague révolutionnaire internationale de 1918 à 1921, à commencer par les défaites successives et toujours plus profondes du prolétariat en Allemagne.
[7] . Bilan 39, Lénine, Luxemburg, Liebknecht, 1937.
[8] . Évidemment de nos jours, lorsque la classe ouvrière se dote de ses organes de lutte propres, elle tend à le faire en dehors des appareils syndicaux. Pour autant, ceux-ci, particulièrement les délégués syndicaux radicaux, gauchistes et parfois dits « de base », apparaissent aussi comme parmi les plus déterminés et actifs. Il en résulte qu’ils sont aussi bien souvent nommés par les assemblées. Pour les communistes, il y a donc aussi un combat, souvent tactique, à mener au sein des organisations unitaires de la classe contre toutes les formes de syndicalisme. Nous renvoyons de nouveau à l’expérience des bolcheviques et aux thèses d’avril 1917 en tant qu’elles affirment les principes et les modalités « tactiques » pour ce combat particulier.
[9] . L’expérience historique et notre propre expérience militante dans des mobilisations ouvrières nous enseignent que les révolutionnaires perdent toujours la bataille sur ce terrain-là, entraînant ainsi les prolétaires en lutte dans la défaite.
[10] . Pour nous, la TCI reste pour l’heure la principale organisation du camp prolétarien autour de laquelle doivent se développer et s’organiser les débats et la clarification politiques en vue de dégager les voies programmatiques et politiques pour le parti de demain, autrement dit autour de laquelle le processus de « regroupement » doit s’organiser et s’articuler. Sur notre orientation vis-à-vis de la TCI, le lecteur peut se référer à Révolution ou guerre #26 : Notre politique vis-à-vis du camp prolétarien et de la Tendance communiste internationaliste : https://igcl.org/Notre-politique-a-l-egard-du-camp.
[11] . Nous laissons de côté ici ce qui, nous l’espérons, n’est qu’une formule maladroite car semblant associer « lutte pour les conditions quotidiennes », autrement dit les conditions matérielles économiques des prolétaires, tels les salaires par exemple, à « réformisme ». Si tel est le cas, cette position ou vision mène à la négation des luttes économiques… à la mode moderniste.
[12] . https://www.leftcom.org/fr/articles/2026-02-08/au-del%C3%A0-du-venezuela-la-route-vers-la-guerre-g%C3%A9n%C3%A9ralis%C3%A9e.
[13] . Nous soulignons. Ou encore : « Notre rôle en tant que communistes, est de tout faire pour y participer, encourager la classe à répondre aux attaques du système, relier les attaques contre notre niveau de vie à l’économie de guerre dans tous les pays, et apporter une perspective internationaliste à la classe ouvrière au sens large. » (Pourquoi les annexions en Ukraine signent une nouvelle aggravation vers la guerre impérialiste mondiale ?, Octobre 2022)
[14] . Rosa Luxemburg, La grève de masse, parti et syndicats.

Par GIGC/IGCL Sur
Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2026/05/os-conselhos-operarios-e-o-partido-de.html
La formule historique:
«[L]´émancipation des travailleurs sera l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes»
citée avec approbation par les camarades de l’GIGC/IGCL se lit ainsi dans les Statuts de l’Association Internationale des travailleurs rédigés par Karl Marx en 1864 :
«[Q]ue l’émancipation de la classe ouvrière doit être CONQUISE par les travailleurs eux-mêmes;
que la lutte pour l’émancipation de la classe ouvrière n’est pas une lutte pour des privilèges et des monopoles de classe, mais pour l’égalité des droits et des devoirs et pour l’abolition de toute domination de classe…».
Ce principe cardinal du MARXISME fut repris dans le «MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE» par Marx et Engels, en ces termes:
«[L]’émancipation des travailleurs sera l’oeuvre de la classe ouvrière elle-même»,
c’est-à-dire que c’est «la classe ouvrière» qui seule possède la capacité historique, tant «en soi» que «pour soi», d’abolir «toute domination de classe», non pour acquérir «des privilèges et des monopoles de classe» comme le firent toutes les classes dominantes précédentes depuis les «esclavagistes» à la «bourgeoisie», en passant par l’«aristocratie», mais pour l’abolition de toute exploitation fondée sur «l’exploitation de l’homme par l’homme», par conséquent, des classes sociales elles-mêmes pour l’avènement d’une société sans classe sociale: le communisme.
En adoptant ce principe fondamental, l’Association Internationale des travailleurs, affirmait 2 conclusions historiques révolutionnaires:
1- Elle répudiait «démocratiquement» TOUTE la philosophie idéaliste des classes dominantes précédentes à l’effet que «l’émancipation» de l’humanité serait l’oeuvre d’un quelconque «dieu» venu du ciel par «ses» prophètes autoproclamés: Boudha, Mahomet, Jésus-Christ, etc. ou par de quelconques «héros» des classes dominantes, tout aussi autoproclamés: Péricles, Alexandre le Grand, César, etc.;
2- Elle affirmait que l’émancipation de «la classe ouvrière» ne leur serait pas «offerte» ou «ne se produirait pas comme l’aboutissement naturelle du capitalisme à bout de souffle» mais serait «CONQUISE» par «la LUTTE» de la classe ouvrière elle-même non pour «des privilèges et des monopoles de classe» comme le firent TOUTES les classes dominantes avant elle, mais pour «l’égalité des droits et des obligations et pour l’abolition de toute domination de classe».
Dans «MISÈRE DE LA PHILOSOPHIE ET PHILOSOPHIE DE LA MISÈRE», MARX démontre que de «classe en soi» qui se livre naturellement à des luttes économiques («trade-unioniste» écrit LÉNINE) pour assurer sa subsistance et sa reproduction, la classe ouvrière devient une «classe pour soi» c’est-à-dire qui lutte pour son émancipation définitive par l’instauration de sa propre dictature de classe, la dictature du prolétariat en raison de:
1- la déliquescence du capitalisme à son stade suprême de l’impérialisme qui va de crises en crises et de guerres en guerres conformément à sa nature intrinsèque de système fondée sur la valorisation sans fin du capital au dépens du salariat;
2- l’action dialectique de ses luttes «syndicales» et de,
3- sa prise de conscience de sa mission historique grâce à son idéologie: le MARXISME et son parti prolétarien, le Parti communiste.
Pour MARX,ENGELS, LÉNINE et L’ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS,
«l’émancipation de la classe ouvrière sera CONQUISE par les travailleurs eux-mêmes» signifie donc:
1- l’abolition du salariat (esclavage salarié) comme rapport de production;
2- l’abolition de la propriété privée des moyens de production, de commercialisation et de communication donc du capitalisme comme mode de production;
3- l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme et de la société divisée en classes sociales antagonistes;
4- l’avènement du socialisme et.
5- du communisme.
ENGELS a expliqué que l’histoire qui n’a été que «l’histoire de la lutte des classes», est l’oeuvre des masses réelles et non celles de «héros isolés» comme le prétend faussement l’idéologie idéaliste de tout temps.Ainsi, il répudie les conceptions à l’effet que:
1- un individu accomplit seul la révolution;
2- des «intellectuels» imposent la révolution;
3- un groupe «conspiratif» fabrique la révolution.
L’organisation révolutionnaire est indispensable mais elle ne peut remplacer l’action consciente de la classe ouvrière elle-même mobilisée par son idéologie révolutionnaire: le MARXISME.
Mao Tsé Toung traduisait ce principe par la phrase suivante:
«Les idées justes (le MARXISME) lorsqu’elle pénètre les masses deviennent une force matérielle capable de transformer la société et le monde» («Des idées justes»).
LÉNINE dans «QUE FAIRE?» écrivait pour sa part:
1- naturellement, la classe ouvrière développe à-travers ses «luttes économiques» nécessaires, une conscience «trade-unioniste» c’est-à-dire syndicale;
2- une organisation révolutionnaire prolétarienne est nécessaire pour apporter au mouvement ouvrier de «masse» insurrectionnel, l’idéologie MARXISTE qui seule transforme «la classe en soi» en «classe pour soi» et conduit la classe ouvrière à son émancipation par l’instauration de sa propre dictature comme «le levain transforme la pâte en pain».
Lorsque LÉNINE déclenchait la Révolution d’Octobre en 1917 par les slogans:
«La fin de la guerre;
la terre aux paysans et tout le pouvoir aux Soviets des ouvriers, paysans et soldats»,
ce qu’il proclamait c’est:
«La fin de la guerre, la terre aux paysans et tout le pouvoir aux Soviets des ouvriers, des paysans et des soldats»
SOUS LA DIRECTION DES COMMUNISTES BOLCHEVIQUES et aucune autre direction, là est le sens véritable de ces slogans révolutionnaires et en dissociant ces slogans de la direction des communistes bolcheviques, on les vide de leur contenu prolétarien pour y substituer un contenu opportuniste et «angélique ouvriériste» fatale à la révolution.
Ce principe n’est pas le fruit d’une spéculation philosophique ou un «voeu pieux»; l’expression d’un quelconque «souhait» métaphysique facultatif genre: «idéalement l’émancipation devrait être l’oeuvre de la classe ouvrière ou à défaut celle de dieu ou d’un héros , rien de tel n’existe dans le monde réel où: «l’émancipation de la classe ouvrière sera CONQUISE » par elle ou ne sera pas, point à la ligne.
Ce principe cardinal du MARXISME est le résultat de l’étude matérialiste dialectique et historique de l’histoire de l’humanité depuis l’avènement même de la civilisation:
1- avec le passage de la société communiste primitive des ceuilleurs-chasseurs, sans famille, ni propriété privée, ni État;
2- au mode de production esclavagiste avec la domestication des plantes et des animaux, l’avènement de la famille, la propriété privée et de l’État avec ses guerres de «masses» d’empires anatolien, babylonien, assyrien, égyptien, chinois, indien, grecque, carthaginois, romain, méso-américain;
3- la révolution des «masses d’esclaves et d’étrangers» qui ont détruit l’empire romain pour instaurer le féodalisme en occident;
4- la révolution des «masses de serfs» en Angleterre, en France et ailleurs dans le monde;
5- la révolution des «masses de salariés» commencée mais encore à venir,
en somme, le pouvoir des «masses» est une constante dans «l’histoire de l’humanité» qu’ont toujours occulté les classes dominantes pour imposer leur domination en substituant «leurs héros» aux «masses» et ainsi justifier leur dictature.
Osons l’ultime question: qu’aurait été César franchissement le Rubicond sans son armée impériale face à l’armée républicaine? Qu’aurait été Louis Bonaparte, devenu «Napoléon», sans «La Grande Armée» face aux armées européennes coalisées? Staline sans l’Armée rouge?Tous ces «héros» autoproclamés par les classes dominantes pour nier le rôle décisif des «masses»?
«Une chiquenaude aux doigts de la durée» a écrit Mao Tsé Toung et il avait raison.
En reconnaissant aux «masses» révolutionnaires le rôle déterminant qui leur appartient, les camarades du GIGC/IGCL ne font que rendre à l’histoire ce qui appartient à l’histoire, la vraie question consiste à savoir : COMMENT METTRE EN ACTION LES MASSES RÉVOLUTIONNAIRES AFIN QUELLES ACCOMPLISSENT LEUR MISSION HISTORIQUE ?
A SUIVRE : DE L’INSURRECTION POPULAIRE À LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE.
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