Invités

Les États-Unis sont-ils nés d’une guerre d’indépendance ou d’une rébellion de sujets britanniques ?

Par Khider Mesloub.

 

En 2026, les États-Unis célèbrent le 250e anniversaire de leur indépendance. Comme à chaque commémoration nationale, le récit officiel exaltera la naissance héroïque d’un peuple libre, la grandeur des Pères fondateurs, la victoire de la liberté contre la tyrannie britannique. Pourtant, cette célébration repose sur une reconstruction rétrospective. Car, en 1776, les États-Unis n’existent pas encore. Il n’existe que treize colonies britanniques, peuplées de sujets britanniques, qui prennent les armes contre leur souverain. Ce que l’histoire américaine appelle « guerre d’indépendance » fut donc, du point de vue du droit britannique de l’époque, une rébellion, une insurrection, une entreprise de haute trahison contre la Couronne. Les hommes que la postérité transformera en Pères fondateurs auraient pu, en cas de défaite, finir devant les tribunaux de Sa Majesté. George Washington ne serait pas devenu le nom d’une capitale fédérale ; il aurait pu devenir celui d’un rebelle pendu pour trahison. Tel est le paradoxe fondateur des États-Unis : leur naissance nationale procède d’un renversement du langage par la victoire. La sédition devient révolution, la rébellion devient indépendance, la trahison devient acte fondateur. Cet article propose donc de relire 1776 non depuis Philadelphie, mais depuis Londres, afin de rappeler que les mots de l’histoire ne sont jamais innocents : ils consacrent les vainqueurs, effacent les vaincus et transforment la violence insurrectionnelle en légende nationale.

1776 : une naissance nationale écrite par les vainqueurs séditieux

Historiquement, on appelle ordinairement « guerre d’indépendance américaine » le conflit qui opposa, entre 1775 et 1783, les treize colonies d’Amérique du Nord à la Grande-Bretagne. L’expression paraît aujourd’hui naturelle, presque évidente. Elle semble désigner objectivement la naissance des États-Unis, l’émergence d’un peuple nouveau, l’affirmation d’une nation contre une puissance impériale étrangère. Pourtant, cette manière de nommer les événements est déjà une interprétation. Elle adopte le point de vue des vainqueurs. Elle projette sur les années 1775-1776 le résultat final du conflit : la reconnaissance, en 1783, d’un nouvel État souverain.

Or, si l’on se place non pas du côté de Philadelphie, mais du côté de Londres, le tableau change entièrement. En 1776, il n’existe pas encore d’État américain. Il n’existe pas encore de peuple américain constitué en nation souveraine. Il existe treize colonies britanniques, peuplées de sujets britanniques, placées sous l’autorité de la Couronne et intégrées depuis plus d’un siècle dans l’espace politique, commercial et impérial de la Grande-Bretagne. Dès lors, ce que l’historiographie victorieuse appellera plus tard « guerre d’indépendance » apparaît, dans le cadre légal britannique de l’époque, comme une rébellion, une insurrection armée, une sédition contre l’autorité légitime du roi.

Cette distinction n’est pas un simple jeu de vocabulaire. Elle touche au cœur même de l’écriture de l’histoire. Les mots ne viennent jamais après les faits comme de simples étiquettes neutres. Ils organisent la perception des événements. Dire « guerre d’indépendance », c’est reconnaître d’emblée aux insurgés la dignité d’un peuple opprimé luttant pour sa liberté. Dire « rébellion coloniale », c’est les replacer dans leur statut juridique initial : celui de sujets britanniques ayant pris les armes contre leur souverain. Les mêmes hommes deviennent, selon le point de vue adopté, des pères fondateurs ou des traîtres, des libérateurs ou des rebelles, des combattants de la liberté ou des insurgés séditieux.

Quand l’indépendance masque la sédition

C’est pourquoi l’année 1776 doit être arrachée à sa légende rétrospective. La Déclaration d’indépendance n’est pas, au moment où elle est proclamée, l’acte reconnu d’un État souverain. Elle est une proclamation unilatérale émise par des représentants coloniaux séditieux qui, aux yeux de Londres, n’ont aucune autorité légale pour rompre le lien d’allégeance envers la Couronne. Le roi George III n’y voit pas la naissance légitime d’une nation nouvelle, mais l’aggravation d’une révolte commencée par des refus d’obéissance, des boycotts, des violences populaires, des destructions de biens, puis des affrontements armés.

Ce rappel est d’autant plus nécessaire que les colonies américaines ne naissent nullement dans une tradition révolutionnaire consciente. Pendant longtemps, les colons ne se pensent pas comme Américains opposés aux Britanniques. Ils se pensent comme Britanniques d’Amérique. Ils revendiquent les libertés anglaises, les droits des sujets britanniques, la protection de la monarchie et les bénéfices du commerce impérial. Leur monde mental n’est pas celui d’une nation séparée, mais celui d’une appartenance à l’Empire britannique. Benjamin Franklin lui-même, figure majeure de la future rupture, pouvait encore écrire dans les années 1760 que les colonies vivaient heureuses sous « le meilleur des rois ». Thomas Jefferson, qui rédigera pourtant la Déclaration d’indépendance, affirmait encore au début de l’année 1776 que les Américains n’avaient ni aspiration ni intérêt à se séparer de la monarchie. Ce rappel est essentiel : l’indépendance n’est pas le point de départ du mouvement. Elle en est le résultat tardif, radicalisé par la crise, la répression, la mobilisation populaire et la logique même de l’affrontement.

Les colonies britanniques d’Amérique du Nord s’étaient développées depuis le XVIIe siècle dans l’orbite de la Couronne. Elles avaient été fondées avec son soutien, protégées par sa puissance navale, insérées dans ses circuits commerciaux, intégrées à l’économie atlantique britannique. Dans chaque colonie, un gouverneur représentait l’autorité royale. Certes, le pouvoir réel variait selon les territoires : fermiers indépendants de Nouvelle-Angleterre, marchands des villes portuaires, propriétaires fonciers, familles quakers de Pennsylvanie, planteurs esclavagistes de Virginie et des Carolines. Mais cette diversité sociale et régionale ne signifiait nullement rupture avec Londres. Elle coexistait avec une loyauté générale envers la monarchie.

La société coloniale était même profondément traversée par des intérêts contradictoires. Les conflits opposaient les élites urbaines aux pionniers de l’Ouest, les petits fermiers aux grands propriétaires, les artisans aux négociants enrichis par le commerce atlantique, les Blancs pauvres aux planteurs esclavagistes. Dans le Sud, la crainte des révoltes d’esclaves hantait constamment les possédants. Dans certaines régions, les masses populaires se méfiaient davantage de leurs propres élites locales que du pouvoir lointain de Londres. Tout cela montre qu’il n’existait pas, avant la crise insurrectionnelle, une nation américaine unifiée attendant simplement l’occasion de se libérer.

Le lien impérial n’était donc pas seulement politique. Il était économique, social, mental. Les colonies avaient prospéré dans le cadre britannique. Leur population avait fortement augmenté. Leurs marchands s’étaient enrichis. Leurs propriétaires terriens avaient profité de l’expansion vers l’Ouest. Leurs artisans et fermiers jouissaient souvent d’une condition matérielle supérieure à celle de leurs ancêtres européens. Pour beaucoup, rompre avec l’Empire revenait à cracher dans la soupe. Il n’y avait donc rien d’inévitable, à court terme, dans la séparation.

Des sujets britanniques insurgés contre leur souverain

La rupture vient d’une fêlure progressive entre deux bourgeoisies atlantiques, deux groupes d’intérêts, deux centres de calcul économique et politique. D’un côté, Londres entend maintenir l’Empire comme espace ordonné au profit de la métropole. De l’autre, les élites coloniales, enrichies par le commerce, l’agriculture, la spéculation foncière et l’expansion territoriale, supportent de moins en moins les contraintes imposées par un Parlement situé de l’autre côté de l’océan. Tant que ces contradictions demeurent latentes, elles peuvent être contenues. Mais la guerre de Sept Ans va les faire éclater.

La guerre de Sept Ans, de 1756 à 1763, constitue le grand tournant. Elle oppose la Grande-Bretagne et la France dans une lutte mondiale pour la domination coloniale. En Amérique du Nord, l’enjeu est décisif : contrôle du Canada, de la vallée de l’Ohio, du Mississippi, des routes commerciales et des territoires d’expansion. La victoire britannique est immense. La France perd le Canada. L’Empire britannique sort considérablement renforcé. Les colonies américaines, débarrassées de la menace française au nord et à l’ouest, bénéficient directement de cette victoire. Mais cette victoire a un coût. La Grande-Bretagne sort de la guerre chargée d’une dette gigantesque. Du point de vue des ministres britanniques, il est donc parfaitement logique de demander aux colons de participer au financement de leur propre défense. Londres raisonne en puissance impériale : les colonies ont été protégées par l’armée britannique ; elles ont profité de l’élimination de la menace française ; elles doivent désormais contribuer aux charges communes de l’Empire.

Des taxes impériales à l’insurrection armée

C’est dans ce contexte qu’interviennent les mesures fiscales des années 1760 : taxe sur la mélasse, Stamp Act de 1765, Quartering Act imposant aux colonies de participer à l’entretien des troupes britanniques, taxes sur les importations en 1767. Dans le récit américain, ces mesures apparaissent comme les premières manifestations de la tyrannie anglaise. Dans le récit britannique, elles relèvent au contraire de l’exercice normal de la souveraineté impériale. Un Parlement souverain lève l’impôt pour financer la défense de l’Empire. Rien, du point de vue de Londres, ne saurait autoriser des assemblées coloniales à refuser cette autorité. La formule « No taxation without representation » exprime précisément le basculement. Les colons ne contestent pas encore la monarchie. Ils ne réclament pas encore l’indépendance. Ils affirment qu’ils ne peuvent être taxés sans représentation directe au Parlement. Mais Londres répond par une autre doctrine : le Parlement représente virtuellement l’ensemble des sujets de l’Empire. Il n’est pas nécessaire que chaque colonie dispose de députés particuliers pour être soumise aux lois britanniques. Le conflit commence donc comme un conflit constitutionnel interne à l’Empire, non comme une guerre nationale. C’est seulement avec la mobilisation populaire, les boycotts, les comités, les violences urbaines et la répression que la crise fiscale devient crise politique, puis insurrection ouverte. Les Fils de la liberté, les artisans, les petits commerçants, les imprimeurs, les pamphlétaires, les foules de Boston, New York et Philadelphie déplacent progressivement le centre de gravité du mouvement. Ce qui commence comme une protestation de sujets britanniques contre certaines taxes se transforme en contestation de l’autorité britannique elle-même.

L’Empire britannique face à la désobéissance coloniale

 Le pouvoir anglais voit alors se produire ce que tout État redoute : la contestation sort du cadre légal et se dote de ses propres institutions. Les comités de boycott deviennent des organes concurrents du pouvoir officiel. Les foules imposent leurs décisions aux marchands hésitants. Les militants détruisent des biens, intimident les loyalistes, attaquent les symboles de l’autorité royale. Des mâts de la liberté sont dressés à New York; lorsque les soldats les détruisent, d’autres sont aussitôt reconstruits. La rue commence à dicter sa loi contre celle du roi.

Le massacre de Boston, en 1770, radicalise encore la situation. Des soldats britanniques tirent sur une foule hostile, tuant cinq personnes. Dans le récit patriotique américain, l’événement devient immédiatement le symbole du despotisme militaire. Du point de vue britannique, il manifeste au contraire l’extrême difficulté de maintenir l’ordre dans des colonies où l’agitation populaire, les provocations et la défiance envers les troupes royales rendent l’autorité impériale de plus en plus fragile.

La crise semble pourtant s’apaiser lorsque Londres retire plusieurs taxes, ne conservant que celle sur le thé. Mais l’accalmie est trompeuse. Le principe même de la souveraineté parlementaire demeure en jeu. Pour les colons radicaux, accepter une seule taxe revient à reconnaître le droit de Londres à les taxer toutes. Pour le gouvernement britannique, céder entièrement reviendrait à avouer que l’Empire ne peut plus gouverner ses colonies. Derrière quelques cargaisons de thé se joue donc une question beaucoup plus vaste : qui commande ?

Le Boston Tea Party de 1773 marque alors le passage symbolique de la protestation à la défiance ouverte. Des militants déguisés en Amérindiens montent à bord de navires de la Compagnie des Indes orientales et jettent le thé à la mer. Pour la postérité américaine, l’épisode deviendra un acte héroïque de résistance. Pour Londres, il s’agit d’une destruction de propriété, d’un acte de désordre organisé, d’un défi intolérable lancé à l’autorité impériale. Même Franklin, pourtant futur partisan de l’indépendance, juge d’abord l’action violente et injuste. La réponse britannique est sévère : fermeture du port de Boston, renforcement du pouvoir du gouverneur, envoi de troupes, adoption des lois coercitives que les colons appelleront « Intolerable Acts ». À ce moment, les deux récits deviennent irréconciliables. Les colons dénoncent une oppression. Londres affirme restaurer l’ordre. Les patriotes parlent de libertés bafouées. La Couronne parle d’obéissance due. Les uns se voient comme défenseurs de droits fondamentaux ; les autres les voient comme des rebelles qui testent la capacité de l’Empire à se faire respecter.

Ainsi, avant même 1776, la logique de la rébellion est déjà en marche. Non parce que les colons auraient formé dès l’origine une nation américaine aspirant naturellement à l’indépendance, mais parce que la confrontation entre souveraineté impériale et autonomie coloniale ne trouve plus de compromis. Les institutions officielles sont débordées. Les loyalistes sont intimidés. Les assemblées hésitantes sont contournées. Les comités insurrectionnels imposent leur autorité. L’Empire britannique se trouve confronté non à une simple contestation fiscale, mais à une désobéissance politique organisée. C’est ce point que le récit traditionnel de l’indépendance tend souvent à effacer. Il présente la rupture comme l’avènement presque naturel d’une liberté nationale. Mais, vue depuis Londres, elle apparaît d’abord comme l’effondrement de l’ordre impérial sous la pression d’une minorité subversive active, radicalisée, capable d’entraîner derrière elle une partie croissante de la population coloniale. Ce qui se prépare n’est pas encore la naissance paisible d’un peuple souverain. C’est une insurrection contre le pouvoir légal existant.

De la contestation à la Grande Rébellion : les sujets du roi usurpent l’autorité de la Couronne

Toute rébellion commence rarement par les armes. Elle débute presque toujours par une remise en cause progressive de l’autorité légitime. Les troubles qui agitent les colonies d’Amérique du Nord au milieu des années 1770 ne font pas exception. Ce qui n’était encore, quelques années auparavant, qu’une contestation de certaines mesures fiscales adoptées par le Parlement britannique se transforme peu à peu en une entreprise de subversion dirigée contre les fondements mêmes de la souveraineté royale.

Le danger ne réside pas d’abord dans les manifestations ou les pétitions adressées à Londres. Il apparaît lorsque les meneurs de l’agitation entreprennent de créer des institutions concurrentes de celles de la Couronne. Dans les différentes colonies, des comités insurrectionnels surgissent sans aucun fondement juridique. Ils ne tiennent leur autorité ni du roi, ni du Parlement, ni des chartes coloniales. Ils procèdent uniquement de leur propre volonté et de la pression qu’ils exercent sur la population. Du point de vue de la Couronne britannique, ces comités apparaissaient comme des organisations insurrectionnelles recourant à des méthodes que l’on qualifierait aujourd’hui de terroristes. Il ne s’agit évidemment pas d’une catégorie juridique du XVIIIᵉ siècle, mais d’une transposition lexicale destinée à restituer la manière dont le pouvoir impérial percevait des groupes contestant son autorité par l’intimidation, la coercition et la violence politique. Ces organismes s’arrogent pourtant des prérogatives qui appartiennent exclusivement à l’État. Ils organisent les boycotts, surveillent les habitants, dressent des listes de suspects, imposent des serments de fidélité à leur cause, sanctionnent les sujets demeurés loyaux envers Sa Majesté et réglementent jusqu’aux échanges commerciaux. En quelques mois, une partie des colonies voit ainsi apparaître un véritable pouvoir parallèle, qui prétend gouverner sans aucun titre légal.

Une telle évolution ne peut être interprétée autrement que comme une entreprise séditieuse. Une monarchie ne peut tolérer que des associations privées remplacent les magistrats, les gouverneurs et les tribunaux établis par la loi. Lorsqu’un groupe d’hommes décide de faire exécuter ses propres décisions en lieu et place des autorités reconnues, il ne revendique plus une réforme : il prétend exercer la souveraineté.

Les rapports adressés à Londres confirment rapidement la gravité de la situation. Dans plusieurs colonies, les juges ne peuvent plus siéger sans risquer des violences. Des fonctionnaires royaux sont insultés, molestés ou contraints d’abandonner leurs fonctions. Les collecteurs d’impôts deviennent des cibles permanentes. Les gouverneurs voient leurs ordres ignorés. L’administration royale continue d’exister en droit, mais perd sa capacité à gouverner en fait. Le Massachusetts devient bientôt le principal foyer de cette agitation. Les milices locales échappent au contrôle du gouverneur. Des dépôts d’armes sont constitués clandestinement. Les chefs de la rébellion recrutent, entraînent et organisent des hommes qui ne reconnaissent plus l’autorité du roi. Aux yeux de la Couronne, il ne s’agit plus d’une contestation politique mais de la préparation méthodique d’une insurrection armée. L’intervention des troupes royales à Lexington et Concord, en avril 1775, répond précisément à cette situation. Leur mission consiste à saisir des armes accumulées illégalement par les rebelles afin d’empêcher qu’une révolte ouverte n’éclate. Les soldats de Sa Majesté n’envahissent pas un territoire étranger ; ils agissent sur le sol britannique pour faire respecter les lois du royaume. Ce sont les milices insurgées qui choisissent de leur opposer la force.

À partir de cet instant, les colonies cessent d’être le théâtre de simples désordres civils. Une partie des sujets du roi prend ouvertement les armes contre la Couronne. Les autorités insurrectionnelles recrutent des combattants, organisent des états-majors, établissent leurs propres administrations et lèvent des contributions. La rébellion franchit ainsi le seuil qui sépare la désobéissance de la guerre ouverte. Le souverain ne peut naturellement reconnaître une telle situation. Dans ses messages au Parlement, George III ne traite jamais les chefs de l’insurrection comme les représentants d’une nation étrangère. Ils demeurent des sujets britanniques ayant violé leur serment d’allégeance. Leurs actes relèvent de la rébellion et de la haute trahison. Accepter leurs prétentions reviendrait à reconnaître qu’une partie de l’Empire peut se soustraire unilatéralement aux lois communes dès lors qu’elles ne servent plus ses intérêts.

La proclamation adoptée à Philadelphie le 4 juillet 1776 ne modifie en rien cette réalité juridique. Ce document ne possède aucune valeur légale. Il n’émane d’aucune autorité souveraine reconnue. Les hommes qui y apposent leur signature n’agissent pas comme les représentants d’un État, mais comme les chefs d’une rébellion qui prétend transformer une sécession illégale en fait accompli. Si cette entreprise avait été vaincue, ses principaux dirigeants auraient comparu devant les tribunaux de Sa Majesté pour répondre du crime de haute trahison. L’histoire en décidera autrement. Mais au moment où ces événements se produisent, rien ne permet encore d’affirmer que cette rébellion connaîtra le succès. Pour Londres, elle demeure ce qu’elle est juridiquement : une insurrection menée par des sujets britanniques contre leur souverain légitime.

Loyalistes contre rebelles : la guerre civile oubliée

L’erreur la plus fréquente consiste à imaginer que cette rébellion entraîne immédiatement derrière elle l’ensemble des colonies. Il n’en est rien. Une fraction considérable de la population demeure fidèle à la Couronne. Administrateurs, magistrats, commerçants, planteurs, artisans, fermiers et simples habitants refusent de suivre les insurgés. Les rebelles les désignent avec mépris sous le nom de « tories ». Eux-mêmes se considèrent simplement comme des sujets restés fidèles à leurs obligations envers le roi. La rébellion prend ainsi les traits d’une véritable guerre civile. Les familles se divisent. Les communautés s’affrontent. Les comités insurgés confisquent les biens des loyalistes, censurent leurs journaux, les contraignent à prêter serment ou les poussent à l’exil. Dans les territoires repris par les armées royales, ces mêmes loyalistes contribuent au rétablissement de l’autorité légitime. Loin d’opposer un peuple uni à une puissance étrangère, la Grande Rébellion américaine fracture profondément la société coloniale et transforme des sujets d’un même souverain en ennemis irréconciliables.

La Grande Rébellion américaine ne fut donc jamais l’expression unanime d’un peuple soudainement dressé contre une domination étrangère. Elle fut d’abord une fracture interne à l’Empire britannique. D’un côté, des sujets insurgés prétendaient se libérer d’une autorité qu’ils déclaraient oppressive ; de l’autre, des sujets loyalistes continuaient de reconnaître la souveraineté du roi, la légitimité du Parlement et la continuité des institutions impériales. Ces loyalistes ne constituaient pas une poignée marginale d’intérêts compromis. Ils représentaient une part considérable de la société coloniale : magistrats, négociants, propriétaires fonciers, pasteurs anglicans, fonctionnaires, artisans, fermiers, habitants ordinaires attachés à l’ordre ancien. Leur fidélité à la Couronne ne relevait pas nécessairement du calcul ou de la peur. Elle procédait souvent d’une conviction profonde : un sujet britannique ne pouvait rompre unilatéralement son serment d’allégeance sans précipiter la société dans l’anarchie. Pour eux, les comités insurgés n’étaient pas des organes de liberté, mais des instruments de contrainte, des « groupes terroristes » : ils surveillaient les opinions, imposaient des serments, confisquaient les biens, fermaient les journaux royalistes, intimidaient les hésitants et punissaient ceux qui refusaient de se soumettre au nouvel ordre insurrectionnel. La liberté proclamée par les insurgés commençait ainsi par la réduction au silence de ceux qui demeuraient fidèles à la légalité britannique. Cette violence révèle la nature réelle du conflit. Une guerre d’indépendance suppose généralement l’opposition d’un peuple à une puissance extérieure. Or, dans les colonies américaines, la ligne de fracture traverse la société elle-même. Les villes se divisent, les campagnes se déchirent, les familles s’opposent, les voisins se dénoncent. La rébellion contre Londres devient aussi une guerre entre Américains britanniques : ceux qui s’insurgent contre la Couronne et ceux qui continuent de lui obéir. L’exode massif des loyalistes, notamment lors de l’évacuation de New York en 1783, donne la mesure de cette fracture. Des milliers de sujets fidèles préfèrent quitter les colonies plutôt que de vivre sous l’autorité du nouveau régime issu de l’insurrection. Leur départ rappelle que la victoire des rebelles ne fut pas celle d’une unanimité nationale, mais celle d’un camp insurgé minoritaire ayant imposé sa légitimité à l’autre.

La situation des esclaves noirs accentue encore cette contradiction. Les insurgés proclament l’égalité naturelle des hommes, mais nombre de leurs chefs demeurent propriétaires d’esclaves, notamment Thomas Jefferson. À l’inverse, lorsque les autorités royales promettent la liberté aux esclaves appartenant aux maîtres rebelles qui rejoindraient les forces britanniques, plusieurs milliers d’entre eux répondent à cet appel. Pour ces hommes, le drapeau du roi pouvait représenter une perspective d’émancipation plus concrète que les déclarations abstraites des planteurs indépendantistes. Il en va de même pour plusieurs nations amérindiennes. Loin de voir dans la rébellion coloniale une cause libératrice, elles y perçoivent souvent une menace directe. Depuis des décennies, l’expansion des colons vers l’ouest grignote leurs territoires. Le maintien de l’autorité britannique peut alors apparaître comme un frein relatif à l’appétit foncier des colons. Beaucoup d’insurgés rêvent déjà d’une conquête continentale. Pour les peuples autochtones, la victoire de ces hommes signifie moins la liberté que l’accélération de la dépossession.

Ainsi, la prétendue lutte universelle pour la liberté se présente, vue depuis les marges de la société coloniale, sous un jour beaucoup moins lumineux. Les loyalistes y voient une sédition, un « mouvement terroriste ». Les esclaves y découvrent l’hypocrisie de maîtres parlant d’égalité tout en conservant leurs plantations. Les nations amérindiennes y discernent le prélude à une expansion plus brutale encore. La Grande Rébellion américaine ne libère donc pas indistinctement tous les opprimés ; elle ouvre surtout la voie à la souveraineté politique d’une nouvelle élite coloniale terroriste.

Tant que le conflit demeure limité aux colonies, la Couronne peut encore espérer rétablir l’ordre. L’armée britannique conserve une supériorité militaire évidente. Les insurgés manquent de discipline, de ressources, d’armes et d’unité politique. Leur cause dépend largement de la mobilisation locale, des comités, des milices et du soutien populaire arraché par la propagande, la contrainte ou l’enthousiasme insurrectionnel.

La France monarchique au secours d’une rébellion républicaine

Sans l’intervention décisive de la France, bientôt suivie par l’Espagne puis par les Provinces-Unies, la rébellion des colonies aurait probablement été écrasée par la supériorité navale, financière et militaire de l’Empire britannique. Ce qui n’était, aux yeux de Londres, qu’une opération de rétablissement de l’ordre dans des provinces insurgées se transforma alors en une guerre mondiale opposant les principales puissances européennes. L’ironie de l’histoire est saisissante. La monarchie absolue de droit divin de Louis XVI devint le principal soutien d’une insurrection qui prétendait combattre le despotisme et proclamer les droits naturels de l’homme. La Couronne française ne finança pourtant pas cette rébellion par adhésion à ses principes politiques, mais par pur calcul géostratégique : affaiblir son grand rival britannique, prendre sa revanche sur la défaite de la guerre de Sept Ans et remettre en cause l’équilibre de la puissance impériale. Ainsi, le succès de l’insurrection « américaine » fut rendu possible, pour une large part, par l’intervention d’une monarchie absolue, qui sera emportée par une authentique révolution en 1789.

Yorktown, en 1781, symbolise cette transformation. La capitulation britannique n’est pas simplement la victoire d’une armée coloniale sur les troupes royales. Elle est le résultat d’un rapport de forces international où l’appui français joue un rôle déterminant. La défaite de la Couronne ne prouve donc pas rétrospectivement la légitimité initiale de la rébellion ; elle prouve seulement qu’une insurrection peut devenir victorieuse lorsqu’elle rencontre les intérêts stratégiques d’une puissance rivale.

Le traité de Paris : quand la trahison devient fondation nationale

Le traité de Paris de 1783 opère une véritable transmutation juridique et politique. Ce qui relevait, du point de vue du droit britannique, de la rébellion et de la haute trahison devient, par l’effet de la victoire militaire et de la reconnaissance internationale, une « révolution » légitime fondatrice d’un nouvel État. L’ordre juridique se trouve ainsi renversé par le succès des armes : les insurgés cessent d’être des rebelles pour devenir les pères fondateurs d’une nation. C’est seulement après la victoire militaire et la reconnaissance diplomatique que les mots changent. Les rebelles terroristes deviennent des fondateurs, des libérateurs. La sédition devient révolution. L’insurrection devient indépendance. La haute trahison devient acte de naissance national. Le traité de Paris de 1783 ne se contente pas de reconnaître ce nouvel État, né dans l’illégalité britannique et porté par des méthodes que Londres assimilait à la terreur insurrectionnelle ; il transforme le sens même des événements passés. L’histoire retiendra donc la « guerre d’indépendance américaine ». Mais cette appellation est le produit d’une victoire, non la désignation juridique initiale des faits. Avant Yorktown, avant le traité de Paris, avant la reconnaissance internationale, l’événement portait un autre nom dans le langage de la légalité britannique : une rébellion de sujets contre leur souverain.

Si George Washington avait perdu la guerre, il n’aurait certainement pas donné son nom à la capitale fédérale des États-Unis. Il aurait, selon toute vraisemblance, comparu devant les tribunaux britanniques pour haute trahison et risqué la potence, voire l’échafaud selon la formule consacrée. La frontière qui sépare le rebelle du héros ne réside pas dans la nature de ses actes, mais dans l’issue du conflit. Ce sont les armes qui décident si l’histoire retiendra un traître ou un père fondateur.

C’est cette vérité historiographique qu’il faut rétablir, pour rappeler que les mots de l’histoire sont rarement innocents. Ils ne décrivent pas seulement les faits ; ils consacrent les vainqueurs, effacent les vaincus et transforment, par la seule puissance du succès, des insurgés qui, en cas de défaite, auraient été passibles de haute trahison, en pères fondateurs d’une nation.

Du point de vue du droit britannique de l’époque, les États-Unis ont été fondés par des traîtres à la Couronne. Depuis deux siècles et demi, ils continuent d’agir en traîtres, non plus seulement à l’égard de leur pays d’origine, mais à l’égard de l’humanité tout entière, qu’ils défient en permanence.

Des États-Unis à Israël : deux colonisations devenues légendes nationales

Une comparaison s’impose alors avec un autre processus colonial : celui du mouvement sioniste en Palestine sous administration britannique. Là encore, des populations juives venues s’installer sous protection impériale finirent par se retourner contre la puissance qui avait favorisé leur implantation, tout en contestant les droits du peuple autochtone présent depuis des siècles sur cette terre. La lutte contre l’autorité britannique se combina ainsi à une entreprise de conquête territoriale destinée à imposer, par la force des armes, la création d’un nouvel État. Comme les insurgés américains avaient transformé leur rébellion contre la Couronne en acte fondateur national, les organisations juives sionistes terroristes transformèrent leur entreprise de colonisation en récit de libération nationale. Dans les deux cas, la victoire militaire et la reconnaissance internationale eurent pour effet de réécrire l’histoire : elles blanchirent l’origine coloniale et terroriste du processus, conférèrent une légitimité rétrospective aux vainqueurs et présentèrent une dépossession comme une naissance politique.

Les États-Unis et Israël présentent une parenté historique troublante. Tous deux sont nés d’un processus de colonisation de peuplement qui s’est accompagné de violences massives contre les populations autochtones. Tous deux ont émergé à la faveur d’une rupture avec l’autorité politique alors légalement reconnue : la Couronne britannique dans le premier cas, l’administration du Mandat britannique dans le second. Dans les deux situations, la victoire militaire terroriste et la reconnaissance internationale ont transformé des entreprises initialement perçues par le pouvoir en place comme des rébellions en récits fondateurs de libération nationale. La mémoire des vainqueurs a ainsi largement éclipsé celle des vaincus, tandis que les massacres, les expulsions et les dépossessions ayant accompagné la naissance de ces deux États ont été relégués au second plan de l’histoire officielle.

Khider MESLOUB

Robert Bibeau

Auteur et éditeur

7 réflexions sur “Les États-Unis sont-ils nés d’une guerre d’indépendance ou d’une rébellion de sujets britanniques ?

  • Ouardia DERRICHE

    Décidément, les États-Unis et Israël ont plus d’un point commun: cela va de leur nature coloniale partagée jusqu’au soutien par des puissances européennes, dont la France et les Provinces unies, en passant par la perversion du langage et la construction d’une mythologie libératoire en lieu et place d’une sordide opération de dépossession violente d’une population autochtone. Seule la dimension des territoires concernés diffère: un demi-continent pour les États-Unis contre un mouchoir de poché pour Israël, mais situé en un point stratégique du Moyen-Orient.

    Répondre
  • Eh bien oui….c’est toujours la C- Ty qui colonise .Vous avez un sacré besoin de réviser le globalisme qui commence en fait en 1492 de la façon moderne que nous connaissons avec « la doctrine de la Découverte  » ….& qui comprend les Bolchos ,plus tard !

    Répondre
  • Ping : Les États-Unis sont-ils nés d’une guerre d’indépendance ou d’une rébellion de sujets britanniques ? — Der Friedensstifter

  • A toutes les époques, il y a eu des partis qui, voulant s’emparer d’un pouvoir auquel ils n’avaient pas droit, ont appuyé leurs prétentions sur une idée, un système, une théorie religieuse ou sociale, qu’ils ont propagée par violence, par fraude ou par ruse.
    Puis, lorsque ces partis triomphaient, ils avaient soin d’abord d’écrire l’histoire passée, la montrant comme une longue préparation de leur triomphe qu’ils justifiaient par une aspiration des foules existant depuis longtemps. Pour répandre l’histoire ainsi écrite, ils créaient un enseignement obligatoire dans lequel ils ne manquaient pas d’avilir leurs ennemis, ceux qu’ils avaient vaincus et qu’ils représentaient toujours comme des barbares ou des gens de mauvaises mœurs. Eux-mêmes se représentaient comme des sauveurs apportant tous les progrès. Or, tout cela était mensonge et il importe aujourd’hui de rechercher la vérité cachée, c’est-à-dire le plaidoyer des vaincus, leur véritable état social et moral.
    Aussi, nous aurions tort de réduire la guerre de Sécession, ce conflit Nord-Sud, à une lutte simpliste, c’est-à-dire entre adversaires et partisans de l’esclavage, ainsi que les « vainqueurs » tentent, par tous les moyens de nous le faire croire depuis des années. Rappelons simplement que l’étendard de la Confédération, le « Stars and Bars », comportait treize étoiles représentant chacun des douze états du Sud, la treizième correspondait à la Nation Indienne constituée par la totalité des tribus qui, en quelque sorte, étaient venues chercher refuge auprès des « affreux esclavagistes » du Sud, afin d’échapper au génocide des « généreux libérateurs » Nordistes.
    « L’Amérique allait naître de ce conflit dans lequel sombrerait une civilisation. Mais le Nord vainqueur demeure l’ennemi haï et défié, dans la mesure où il représente une civilisation mercantile, basée sur le profit, par opposition à la civilisation aristocratique du Sud, basée sur l’honneur. » (James Mc Pherson)
    C’est en août 1859 qu’un aventurier de Pennsylvanie, Edwin L. Drake, allait découvrir le premier puits de pétrole du monde. Depuis, le monde a été secoué par deux guerres mondiales dont la seconde a élargi ses fronts à la terre tout entière. Durant ces deux guerres mondiales, des conflits larvés, des guerres civiles, des coups d’État, aux conclusions curieuses, ont régulièrement déchiré les pays riches en ressources énergétiques. Tout cela ne signifie pas que la course à ces ressources est seule à l’origine de tant de malheur dans le monde depuis près de deux siècles. Néanmoins, sous couvert d’idéologies diverses, elle est l’une des raisons réelles de nombreux conflits et coups d’États.
    « En 1930, s’installer en Orient était, pour lui (René Guénon), revenir à une civilisation « normale », c’est-à-dire traditionnelle.
    « Il y a quelques dizaines d’années, toute personne un tant soit peu « ouverte de cœur » qui posait le pied dans un pays oriental ressentait comme une dilatation de son être, une libération. Elle prenait conscience du poids, de l’emprisonnement dans lequel elle avait vécu. Car tout est affaire de contraste : quelqu’un qui aurait toujours vécu dans une prison ne saurait pas que sa situation est contraignante. Seule la fréquentation d’un univers différent permet de ressentir l’emprise des liens créés par les différents aspects de la société dans laquelle nous vivons.
    « Lorsqu’en 1899 les Américains se trouvèrent pour la première fois en relation avec les Indiens Tinglits de l’Alaska, qui avaient été protégés de l’influence de la société occidentale par leur région difficile d’accès, ils se convertirent en masse à la vie indienne, si bien que le gouvernement des Etats-Unis fut obligé de créer une loi interdisant de « se faire Indien » ! Mais dès 1782 un fermier Américain d’origine française, Michel Guillaume Jean de Crévecœur, notait malicieusement : « Des milliers d’Européens sont devenus Indiens et on n’a pas d’exemple d’un seul de ces aborigène qui ait choisi délibérément de devenir américain. ». »(Erik Sablé)
    « La fondation de la Pennsylvanie comme colonie de la couronne britannique remonte à 1682, année où William Penn a débarqué pour la première fois sur cette Terre nouvelle qui lui avait été octroyée par Charles II. Or 1682 est également l’année où la Louisiane française fut fondée par Robert Cavelier de la Salle (né en 1643 alors que William Penn est né en 1644).
    On peut établir un parallélisme intéressant entre la Louisiane française et la « Sainte Expérience » de Pennsylvanie. Dans l’un et l’autre territoire, les relations entre colons et Indiens furent exemplaires, si on les compare à ce qui se passait dans les autres colonies britanniques. Il s’agissait, dans l’un et l’autre cas, d’une colonisation pacifique. William Penn et Robert Cavelier de la Salle avaient tous les deux pris la peine d’apprendre la langue des Indiens avec lesquels ils étaient en relation, et ils avaient gagné leur confiance. Mais ce qui est tout aussi intéressant, et bien mal connu, c’est la nature exceptionnelle des relations entre la Pennsylvanie et l’Amérique française tout au long des guerres franco-britanniques…
    Les Français ignorent à quel point leur propre histoire a été mêlée à celle des Quakers, la « Société des Amis », en Amérique du Nord. Ils ont adopté les mêmes « grands hommes » que les Anglo Américains : Georges Washington et Benjamin Franklin, tous deux francophobes actifs pendant la guerre de sept ans, et ils ont oublié William Penn, partisan d’une co-existence pacifique entre Indiens, Anglais et Français en Amérique du Nord. » (Jean Tourniac)
    « Les Quakers qui émigrèrent en Amérique du Nord au XVIIème siècle voulaient créer un Nouveau Monde Spirituel dans le Nouveau Monde géographique. Ils furent combattus, voire persécutés par les autres colons britanniques. Ils sont restés minoritaires. Leur histoire aurait pu constituer une épopée. Elle a été en partie gommée. C’est bien parce que cette histoire « a été en partie gommée » que des erreurs d’appréciation ont été commises dont la plus flagrante fut bien d’avaliser l’imposture de B. Franklin pris pour un Quaker par les Français : Au XVIIIe siècle les Français commirent la double erreur d’idéaliser les Quakers en imaginant qu’ils étaient parfaits et de les « banaliser » en croyant confusément que tous les colons britanniques d’Amérique du Nord étaient Quakers »
    « C’est en partant de cette confusion qu’on a vu en Benjamin Franklin un Quaker ami de la France, alors que le véritable ami de la monarchie française là-bas était bien un authentique et prestigieux Quaker : William Penn, fondateur de la Pennsylvanie, mais éclipsé justement par B. Franklin. » (Pierre Bredin)
    Jean et Jacques sont appelés « Boanerges » par le Christ (Marc 3:17), ce qui signifie « Fils du Tonnerre » et se traduit aussi par « Fils de l’Energie » ; il semble donc bien que les deux « Boanerges » aient disposé d’une sorte de « Maîtrise de la Foudre », qui est énergie électrique, c’est-à-dire énergie spirituelle et Véhicule d’information divine : « Les disciples Jacques et Jean voyant cela dirent : Seigneur, veux-tu que nous commandions que le feu descende du ciel et les consume ? » (Luc 9:54).
    On dit aussi que Gengis-Khan voulut attaquer le « Royaume du prêtre Jean », mais que celui-ci le repoussa en déchaînant la Foudre contre ses armées.
    La Tradition met en relation le « pouvoir de la Foudre » avec l’Initiation.
    Or, n’est-il pas étrange, rappelle René Guénon, que Benjamin Franklin ait dû, précisément, sa réputation au « détournement de la foudre » ? Il va de soi, ajoute Guénon, que c’est là quelque chose qui dépasse de beaucoup le point de vue de « politique extérieure ». Du reste, si nous ajoutons que Cromwell nous paraît bien aussi avoir joué antérieurement un rôle tout à fait du même genre que celui de Franklin, on comprendra qu’il ne s’agit pas là simplement de politique « anglaise » ou « anti-anglaise », mais de quelque chose où, en réalité, l’Angleterre, l’Amérique ou d’autres nations peuvent être « utilisées » tour à tour, suivant les circonstances, pour des fins qui n’ont sans doute pas grand-chose à voir avec leurs intérêts particuliers.
    « L’action antitraditionnelle devait nécessairement viser à la fois à changer la mentalité générale et à détruire toutes les institutions traditionnelles en occident, puisque c’est là qu’elle s’est exercée tout d’abord et directement, en attendant de pouvoir chercher à s’étendre ensuite au monde entier par le moyen des Occidentaux ainsi préparés à devenir ses instruments. Ce travail, évidemment, ne pouvait être opéré d’un seul coup, quoique ce qu’il y a peut-être de plus étonnant soit la rapidité avec laquelle les Occidentaux ont pu être amenés à oublier tout ce qui, chez eux, avait été lié à l’existence d’une civilisation traditionnelle. » (R. Guénon)
    Un peu d’histoire divise les hommes, mais beaucoup d’Histoire les uni.
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/introduction-livres-de-femmes.html

    Répondre
  • Michel Bergès

    Bref ajout à votre excellent article, Khider Mesloub.
    En sachant que l’État pays génocidaire dont vous décrivez certains débuts, a commencé par « éliminer » les Amérindiens et à profiter de la « Traite des Noirs ». Cela, au nom de son CODE fondamental, le CALVINISME INTÉGRISTE, qui avait déjà sévi en Europe de l’Ouest à Genève et en Angleterre, notamment).
    De nos jours, le Dénommé Donald T…, se situe dans cette « lignée » criminelle d’État, sans que l’on puisse considérer que tous les Américains la partagent, évidemment.

    Déclaration unanime d’indépendance
    des treize États unis d’Amérique
    réunis en Congrès le 4 juillet 1776 à Philadelphie
    (Traduction du texte rédigé par Thomas Jefferson, représentant de la Virginie – sis en son domaine esclavagiste de Montichello, sur les hauteurs de Charlottesville).

    « Lorsque dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation.
    Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu’une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l’abolir et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l’expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu’à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit et de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. Telle a été la patience de ces Colonies, et telle est aujourd’hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement. L’histoire du roi actuel de Grande-Bretagne est l’histoire d’une série d’injustices et d’usurpations répétées, qui toutes avaient pour but direct l’établissement d’une tyrannie absolue sur ces États. Pour le prouver, soumettons les faits au monde impartial.
    Il a refusé sa sanction aux lois les plus salutaires et les plus nécessaires au bien public. Il a défendu à ses gouverneurs de consentir à des lois d’une importance immédiate et urgente, à moins que leur mise en vigueur ne fût suspendue jusqu’à l’obtention de sa sanction, et des lois ainsi suspendues, il a absolument négligé d’y donner attention.
    Il a refusé de sanctionner d’autres lois pour l’organisation de grands districts, à moins que le peuple de ces districts n’abandonnât le droit d’être représenté dans la législature, droit inestimable pour un peuple, qui n’est redoutable qu’aux tyrans.
    Il a convoqué des Assemblées législatives dans des lieux inusités, incommodes et éloignés des dépôts de leurs registres publics, dans la seule vue d’obtenir d’elles, par la fatigue, leur adhésion à ses mesures. À diverses reprises, il a dissous des Chambres de représentants parce qu’elles s’opposaient avec une mâle fermeté à ses empiètements sur les droits du peuple. Après ces dissolutions, il a refusé pendant longtemps de faire élire d’autres Chambres de représentants, et le pouvoir législatif, qui n’est pas susceptible d’anéantissement, est ainsi retourné au peuple tout entier pour être exercé par lui, l’État restant, dans l’intervalle, exposé à tous les dangers d’invasions du dehors et de convulsions au-dedans.
    Il a cherché à mettre obstacle à l’accroissement de la population de ces États. Dans ce but, il a mis empêchement à l’exécution des lois pour la naturalisation des étrangers ; il a refusé d’en rendre d’autres pour encourager leur émigration dans ces contrées, et il a élevé les conditions pour les nouvelles acquisitions de terres. Il a entravé l’administration de la justice en refusant sa sanction à des lois pour l’établissement de pouvoirs judiciaires. Il a rendu les juges dépendants de sa seule volonté, pour la durée de leurs offices et pour le taux et le paiement de leurs appointements.
    Il a créé une multitude d’emplois et envoyé dans ce pays des essaims de nouveaux employés pour vexer notre peuple et dévorer sa substance. Il a entretenu parmi nous, en temps de paix, des armées permanentes sans le consentement de nos législatures. Il a affecté de rendre le pouvoir militaire indépendant de l’autorité civile et même supérieur à elle. Il s’est coalisé avec d’autres pour nous soumettre à une juridiction étrangère à nos Constitutions et non reconnue par nos lois, en donnant sa sanction à des actes de prétendue législation ayant pour objet : de mettre en quartier parmi nous de gros corps de troupes armées ; de les protéger par une procédure illusoire contre le châtiment des meurtres qu’ils auraient commis sur la personne des habitants de ces provinces ; de détruire notre commerce avec toutes les parties du monde ; de nous imposer des taxes sans notre consentement ; de nous priver dans plusieurs cas du bénéfice de la procédure par jurés ; de nous transporter au-delà des mers pour être jugés à raison de prétendus délits ; d’abolir dans une province voisine le système libéral des lois anglaises, d’y établir un gouvernement arbitraire et de reculer ses limites, afin de faire à la fois de cette province un exemple et un instrument propre à introduire le même gouvernement absolu dans ces Colonies ; de retirer nos chartes, d’abolir nos lois les plus précieuses et d’altérer dans leur essence les formes de nos gouvernements ; de suspendre nos propres législatures et de se déclarer lui-même investi du pouvoir de faire des lois obligatoires pour nous dans tous les cas quelconques.
    Il a abdiqué le gouvernement de notre pays, en nous déclarant hors de sa protection et en nous faisant la guerre. Il a pillé nos mers, ravagé nos côtes, brûlé nos villes et massacré nos concitoyens. En ce moment même, il transporte de grandes armées de mercenaires étrangers pour accomplir l’œuvre de mort, de désolation et de tyrannie qui a été commencée avec des circonstances de cruauté et de perfidie dont on aurait peine à trouver des exemples dans les siècles les plus barbares, et qui sont tout à fait indignes du chef d’une nation civilisée. Il a excité parmi nous l’insurrection domestique, et il a cherché à attirer sur les habitants de nos frontières les Indiens, ces sauvages sans pitié, dont la manière bien connue de faire la guerre est de tout massacrer, sans distinction d’âge, de sexe ni de condition. Dans tout le cours de ces oppressions, nous avons demandé justice dans les termes les plus humbles ; nos pétitions répétées n’ont reçu pour réponse que des injustices répétées. Un prince dont le caractère est ainsi marqué par les actions qui peuvent signaler un tyran est impropre à gouverner un peuple libre.
    Nous n’avons pas non plus manqué d’égards envers nos frères de la Grande-Bretagne. Nous les avons de temps en temps avertis des tentatives faites par leur législature pour étendre sur nous une injuste juridiction. Nous leur avons rappelé les circonstances de notre émigration et de notre établissement dans ces contrées. Nous avons fait appel à leur justice et à leur magnanimité naturelle, et nous les avons conjurés, au nom des liens d’une commune origine, de désavouer ces usurpations qui devaient inévitablement interrompre notre liaison et nos bons rapports. Eux aussi ont été sourds à la voix de la raison et de la consanguinité. Nous devons donc nous rendre à la nécessité qui commande notre séparation et les regarder, de même que le reste de l’humanité, comme des ennemis dans la guerre et des amis dans la paix.
    En conséquence, nous, les représentants des États-Unis d’Amérique, assemblés en Congrès général, prenant à témoin le Juge suprême de l’Univers de la droiture de nos intentions, publions et déclarons solennellement au nom et par l’autorité du bon peuple de ces Colonies, que ces Colonies unies sont et ont le droit d’être des États libres et indépendants ; qu’elles sont dégagées de toute obéissance envers la Couronne de la Grande-Bretagne ; que tout lien politique entre elles et l’État de la Grande-Bretagne est et doit être entièrement dissous ; que, comme les États libres et indépendants, elles ont pleine autorité de faire la guerre, de conclure la paix, de contracter des alliances, de réglementer le commerce et de faire tous autres actes ou choses que les États indépendants ont droit de faire ; et pleins d’une ferme confiance dans la protection de la divine Providence, nous engageons mutuellement au soutien de cette Déclaration, nos vies, nos fortunes et notre bien le plus sacré, l’honneur. »

    Répondre
  • ROYER CHRISTIAN

    Tous mes remerciements et félicitations à l’auteur, pour cette brillante page d’histoire qui éclaire sur les différents points de vue, de chaque coté des antagonistes!

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

En savoir plus sur les 7 du quebec

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture