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« Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes

« Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes

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Le régime totalitaire pourrait se définir comme un brusque accomplissement des virtualités sociales de la technique. Bernard Charbonneau, L’État, 1949.

Les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse […] on peut garder le nom quand la chose a été secrètement changée […].Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, 1992

Alerte sur les réseaux sociaux. « L’extrême-droite, c’est l’autoroute vers le techno-fascisme1 ».

Alerte à gauche et à l’extrême-gauche. « Technofascisme : le rêve libertarien ultime de la

Silicon Valley2. » « Le mouvement Make America Great Again (MAGA) et ses liens avec la

Silicon Valley ont fait naître le « technofascisme »3. » Vigilance face au « technofascisme qui

vient4 ». Combattons « les barons de la Silicon Valley à l’assaut de la démocratie5 », Elon

Musk, Peter Thiel ou « Larry Ellison, pionnier du techno-fascisme et nouvel homme le plus

riche du monde6 ». Réveillons-nous ! « Les techno-fascistes ont pris le pouvoir7 » ! Résistons

contre ce « fascisme inédit […], ce nouveau rêve de la suprématie blanche8 » !

Apparemment, il y a urgence. Depuis quelques mois, l’avant-garde politico-médiatique se

mobilise contre la Bête Immonde. Ses vigies l’ont vu surgir outre-Atlantique après la seconde

élection de Trump, sous la forme « d’une intégration structurelle des technologies

algorithmiques dans un projet autoritaire9 ». Une telle « intégration » suppose donc, pour nos

techno-antifascistes, que ces technologies soient au départ étrangères au projet qui les

instrumentalise. D’après ces aigles de l’analyse, en effet,

« Quelque chose a basculé. Donald Trump a repris la Maison Blanche, mais dans

son sillage, d’autres figures ont pris place. Et si la Silicon Valley, longtemps perçue


1 Asma Mhalla, entretien avec La Tribune, https://www.latribune.fr/economie/france/legislatives-2024/asmamhalla- l-extreme-droite-c-est-l-autoroute-vers-le-techno-fascisme-1000179.html 2 Politis, 19/06/25   3 Jonathan Durand Folco, « Bienvenue à l’ère du techno-fascisme », Le Devoir, 27/01/25   4 Hubert Guillaud, « Y aura-t-il une alternative au technofascisme ? », 8/11/24,   https://danslesalgorithmes.net/2024/11/08/y-aura-t-il-une-alternative-au-technofascisme/   5 « Technofascisme ? Les barons de la Silicon Valley à l’assaut de la démocratie », France Info, 6/06/25  6 L’Humanité, 11/09/25   7 Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds. Comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir,    Divergences, 2025   8 Norman Ajari, Technofascisme, le nouveau rêve de la suprématie blanche, éditions Météores, 2026    9 Jonathan Durand Folco Grok, « L’IA de Musk, est-elle au service du techno-fascisme ? », 17/07/25,

https://theconversation.com/grok-lia-de-musk-est-elle-au-service-du-techno-fascisme-261215


comme un bastion progressiste, était devenue le laboratoire d’une révolution

autoritaire à l’échelle planétaire10 ? »

Et de diffuser un narratif destiné à alerter les militants du Progrès : jusqu’aux années 2015-

2020, la technologie nous a apporté prospérité, confort, intelligence et bonheur, au bénéfice de

l’émancipation, de la démocratie et de l’inclusion pour toussétoutes. Mais ces bienfaisants

ingénieurs ont muté en malfaisants milliardaires, décidés à pervertir leurs entreprises pour servir

l’extrême-droite, la privatisation de l’État et leurs phantasmes personnels. Le numérique, c’était

mieux avant. Contre la marche au technofascisme, il faut donc réguler la Tech, investir dans

l’open source, se réapproprier les algorithmes au service du Bien – comme le gouvernement

social-technocrate d’Allende avait tenté de le faire avec l’informatique pour gouverner le Chili

en 1972 (projet Cybersyn). #Nopasaran.

S’il est un progrès que les technologies numériques accélèrent, c’est bien celui de la

falsification. Si « la première intention de la domination spectaculaire était de faire disparaître

la connaissance historique en général ; et d’abord presque toutes les informations et tous les

commentaires raisonnables sur le récent passé11 », voici une preuve supplémentaire de sa

victoire.

Parmi les Smartiens auxquels Google sert de mémoire et ChatGPT de subconscient, qui pour

savoir que le mot « technofascisme » désigne depuis un demi-siècle le mouvement profond des

choses ? Et non pas la dernière lutte en cours entre social-technocratie, national-technocratie et

technocratie libérale, les partis qui se disputent la représentation et la direction de la

technocratie ?

Le « technofascisme » des années 70

C’est André Gorz, théoricien de l’écologie politique – anticapitaliste tendance « écosocialiste »

mais un temps proche d’Ivan Illich – qui pointe le « technofascisme » dès 1977, dans son livre

Écologie et Liberté. À l’époque, les intellectuels médiatiques se chicanent pour savoir si la

Nouvelle Droite et le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation

européenne, créé en 1969), incarnent un néonazisme. Taguieff et Milza pensent que oui, Aron

hésite12. Le Canard Enchaîné alerte :

« Ils méritent qu’on s’intéresse à leurs travaux. Il y a plus de quarante ans se créaient

en Allemagne des instituts se donnant pour but d’établir les fondements

scientifiques de la supériorité de la race aryenne, le Herrenvolk, le peuple des

Seigneurs. Le surhomme existe, Nietzsche l’avait affirmé et Hitler l’avait rencontré.

Une autre histoire ? Que non, c’est très exactement la même13. »

Que ces lignes fussent signées par Jean Clémentin, alors agent des services secrets

tchécoslovaques14, n’autorise pas à dresser des parallèles. Qui irait penser que les actuelles

alertes au « technofascisme » puissent servir d’autres intérêts que la défense sincère de notre

liberté ? Ne voyez pas le mal partout.


10 Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet, Apocalypse Nerds, op. cit.    11 Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle, Gallimard, 1992    12 Stéphane François, « La Nouvelle Droite et le nazisme. Retour sur un débat historiographique », Revue  Française d’Histoire des Idées Politiques, vol. 46, n°2, 2017    13 Jean Clémentin, Le Canard enchaîné, 11 juillet 1979   14 « L’espion qui venait du Canard enchaîné », L’Obs, 17 février 2022


Bref, Gorz ignore ces chamailleries. Pour lui, le « fascisme » s’actualise moins dans la nostalgie

du IIIe Reich que dans le mouvement réel de forces réellement agissantes. Comme

Charbonneau, Illich et les naturiens d’alors, il pense la situation et le front principal : ayant

saccagé le biotope terrestre, l’industrialisme et ses pilotes technocrates de tous bords nous

imposeront un régime autoritaire pour une gestion rationnelle/rationnée des ressources. Il décrit

la menace technofasciste suite au rapport du Club de Rome sur la croissance (1972), qui

promeut un pilotage technocratique (cybernétique) de la question écologique, traitée comme un

sujet « purement technique ».

« Les limites nécessaires à la préservation de la vie seront calculées et planifiées

centralement par des ingénieurs écologistes, et la production programmée d’un

milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques

lourdes. C’est l’option technofasciste sur la voie de laquelle nous sommes déjà plus

qu’à moitié engagés. « Convivialité ou technofascisme ». […]

Le socialisme n’est pas immunisé contre le technofascisme. Il risque, au contraire,

d’y basculer d’autant plus facilement qu’il perfectionnera et multipliera les

pouvoirs d’État sans développer simultanément l’autonomie de la société civile.

[…] La domination totale de l’homme sur la nature entraîne inévitablement une

domination de l’homme par les techniques de domination. En l’absence de tout

autre choix, mieux vaudrait un capitalisme non nucléaire qu’un socialisme

nucléaire ; car le premier hypothèquerait moins lourdement l’avenir15. »

Certes Le Canard Enchaîné de Jean Clémentin n’allait pas défendre de pareilles hérésies.

L’alternative au technofascisme, nous dit Gorz, ne réside pas dans un usage « progressiste », ni

socialiste, des technologies, mais dans la convivialité. C’est facile à comprendre :

« l’autogestion suppose des outils susceptibles d’être autogérés16 ». L’inverse d’une centrale

nucléaire ou d’un datacenter. Il cite bien sûr Illich, qui nomme « conviviale » une organisation

sociale préservée de la domination technologique, permettant l’autonomie personnelle.

« L’homme a besoin d’un outil avec lequel travailler, non d’un outillage qui

travaille à sa place. […] J’appelle conviviale une société où l’outil moderne est au

service de la personne intégrée à la collectivité, et non au service d’un corps de

spécialistes. […] Le pouvoir de décider du destin de tous se concentre entre les

mains de quelques-uns. Et, dans cette frénésie de croissance, les innovations qui

améliorent le sort de la minorité privilégiée croissent encore plus rapidement que le

produit global17. »

Ce corps de spécialistes, minorité d’experts privilégiés, c’est la technocratie, la classe puissante

à l’ère technologique18. De l’extrême-gauche à l’extrême-droite, celle-ci arbore toutes les

nuances idéologiques, qui toutes s’accordent sur l’essentiel, la défense de ses intérêts et de sa

rationalité technicienne. Si nécessaire, les techno-progressistes de la Silicon Valley nouent de

pragmatiques alliances avec le pouvoir techno-réactionnaire. Le technofascisme ne désigne en

rien ce ralliement de façade, mais leur projet commun de toute-puissance technologique, par

nature totalitaire.


15 André Gorz, Écologie et liberté, 1977.  16 Idem.  17 Ivan Illich, La convivialité, 1973.  18 Cf. Marius Blouin, De la technocratie. La classe puissante à l’ère technologique, Service compris, 2023.


La technologie est la véritable politique par d’autres moyens ; et plus elle est « haute » (pointue,

complexe, dangereuse), plus elle impose son autoritarisme intrinsèque. Engels lui-même avait

dû le rappeler aux anti-autoritaires de son temps : la Machine commande.

« Partout l’action combinée, la complication des processus dépendant les uns des

autres se substituent à l’action indépendante des individus. Mais qui dit action

combinée, dit organisation ; or, l’organisation est-elle possible sans autorité ?

Supposons qu’une révolution sociale ait détrôné les capitalistes qui président

maintenant à la production et à la circulation des richesses. Supposons, pour nous

placer entièrement au point de vue des antiautoritaires, que la terre et les instruments

de travail soient devenus la propriété collective des travailleurs qui les emploient.

L’autorité aura-t-elle disparu ou bien n’aura-t-elle fait que changer de forme ? […]

Le mécanisme automatique d’une grande fabrique est bien plus tyrannique que ne

l’ont jamais été les petits capitalistes qui emploient des ouvriers. Pour les heures de

travail, tout au moins, on peut inscrire sur la porte de la fabrique : Lasciate ogni

autonomia voi che entrate ! [NdA : « Vous qui entrez, laissez toute autonomie ! » ].

Si, par la science et son génie inventif, l’homme s’est soumis les forces de la nature,

celles-ci se vengent de lui en le soumettant, puisqu’il en use, à un véritable

despotisme indépendant de toute organisation sociale. Vouloir abolir l’autorité dans

la grande industrie, c’est vouloir abolir l’industrie elle-même, c’est détruire la

filature à vapeur pour retourner à la quenouille19. »

Faire mine de découvrir que les ingénieurs dirigeants de Google, Meta, Amazon, porteurs de

longue date des projets cybernétiques et transhumanistes20, ont soudain muté en promoteurs

d’un monde autoritaire, c’est avouer publiquement qu’on n’a rien compris au mouvement réel

des choses depuis cinquante ans, et qu’on a même refusé de l’examiner pour des motifs

bassement idéologiques.

Un autre technofascisme est possible

En 1977 toujours, Bernard Charbonneau, naturien complice d’Ellul dès les années 30, et auteur

d’une vingtaine d’ouvrages où il défend ensemble nature et liberté21, publie un article sur le

même sujet. Mais il choisit un autre mot pour désigner la menace fascisante – en fait, totalitaire –

liée à l’effondrement écologique :

« L’écofascisme est une possibilité moins lointaine qu’on pourrait le croire : sauver

le bien commun, la terre et l’homme, vaut bien qu’on lui sacrifie la liberté comme

en temps de guerre22. »

Par « écofascisme », Charbonneau entend le pilotage technocratique des sociétés et des

ressources au prétexte de préservation d’un « écosystème » en ruine. Pilotage par les moyens

du progrès technologique, au mépris de la vie libre et humaine ; bref, le technofascisme.


19 F. Engels, « De l’autorité », 1872, cité in M. Blouin, De la technocratie, op. cit.   20 Cf. Pièces et main d’oeuvre, Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Service compris,   20   17, nouvelle édition, 2023.  21 Voir le site consacré à sa pensée : https://lagrandemue.wordpress.com/.   22 B. Charbonneau, « Problèmes théoriques et pratiques du mouvement écologique en Europe », Foi et Vie, avril   1977.


« L’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime

totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. […]

Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage

du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie. Car

ceux-là n’ont aucun préjugé, ils ne croient pas plus au développement qu’à

l’écologie : ils ne croient qu’au pouvoir qui est celui de faire ce qui ne peut être fait

autrement. […]

Pour contrôler les dangers de moyens de plus en plus puissants et fragiles parce que

complexes, gérer un espace et des ressources qui s’épuisent, prévoir et maîtriser les

réactions humaines qui empêcheraient de la faire, on est obligé de renforcer

l’organisation. On est contraint de tout connaître, tout calculer, tout prévoir pour ce

qui est de la nature et de l’homme. […] Dans le meilleur des cas, l’homme ne se

serait dégagé d’une nature totale que pour se livrer à une autre, totalitaire23. »

Depuis ces lignes de 1980, l’organisation cybernétique de l’ordre public, la technopolice, se

déploie à la vitesse de l’innovation technologique et des « green plans » – des puces RFID à la

reconnaissance faciale, des QR codes à l’identité numérique, des drones à l’« intelligence »

artificielle24. Quelle que soit la couleur du gouvernement.

Mais nul n’a entendu nos prétendus « antifascistes » critiquer le déploiement des « technologies

convergentes », des « autoroutes de l’information » et de la smart city sous les présidences des

Clinton et d’Obama. Nous étions bien seuls à dénoncer les nanotechnologies comme « projet

de société totalitaire25 ». À l’époque, la Silicon Valley de Google, Facebook, Amazon, était

cool aux yeux des « antifascistes » connectés à leur tout nouvel iPhone, et dédaigneux de nos

enquêtes sur l’incarcération de l’homme-machine dans le monde-machine.

Le technofascisme, en somme, tout dépend ce qu’on en fait, nous dit cette « politologue », vigie

diplômée du technofascisme-qui-vient.

« Les technologies, réseaux sociaux et IA en tête, ne sont jamais qu’un outil, que la

main de l’Homme fait le choix de déployer en faveur de tel ou tel dessein.26 »

L’antifascisme 2.0 comme diversion

La technocratie a pour elle les moyens de ses ambitions. Ceux de la Science qui lui ouvre de

nouvelles applications ; ceux du Capital qui finance ses Recherches & Développements ; ceux

de l’État qui impose ses innovations aux sans-pouvoir. Elle dispose ainsi des trois sources de la

puissance déjà existante, afin de poursuivre l’accroissement perpétuel de cette puissance et

d’agir à sa guise sur le monde, tel un deus ex machina. C’est ce qu’elle nomme « le progrès »,

et souvent, même, « le Progrès », qui est l’enseigne vertueuse et publicitaire de cette puissance

machinale.


23 Bernard Charbonneau, Le Feu vert, 1980, éd. Parangon pour l’édition 2009..   24 Cf. Pièces et main d’oeuvre, Terreur et Possession. Enquête sur la polices populations à l’ère technologique Aujourd’hui le nanomonde. Nanotechnologies : un projet de société totalitaire ; RFID : la police totale. Puces   intelligentes et mouchardage électronique, L’Échappée, 2008.   25 Pièces et main d’oeuvre, Aujourd’hui le nanomonde. Nanotechnologies : un projet de société totalitaire, op. cit.    26 Asma Mhalla, politologue https://www.latribune.fr/economie/france/legislatives-2024/asma-mhalla-l-extremedroite- c-est-l-autoroute-vers-le-techno-fascisme-1000179.html


Aussi chaque nouvelle génération d’antifascistes prétendus recycle les vieux mensonges du

« progrès social », tout en espérant jouir des miettes du « progrès technologique ».

Cet « antifascisme » technologique est l’un des pires sous-produits du « technofascisme », en

substituant à l’alternative révolutionnaire entre société industrielle et société conviviale, la

fausse alternative entre sociétés « fasciste » ou « antifasciste », mais toujours technoindustrielles.

Le seul vrai reproche que socio-technocrates et techno-gauchistes aient à faire à la

cybermachine, c’est d’avoir au gouvernail d’autres mains que les leurs.

Leur seule véritable aspiration, c’est de s’emparer de ce gouvernail au nom de toussétoutes, et

de la piloter au mieux des intérêts de la technocratie dirigeante dont ils s’estiment l’avant-garde

prométhéenne. Tacitement transhumaniste.

Les pseudo antifascistes d’aujourd’hui tâchent une fois de plus de détourner l’attention des

progrès du techno-totalitarisme en criant pour la énième fois depuis Thorez ou Mitterrand –

depuis Reagan ou Staline – au loup fasciste. Et pour la énième fois, ils tâchent de faire diversion

en accusant de « fascisme » les seuls et vrais révolutionnaires de notre temps ; les écologistes

radicaux, anti-industriels et naturiens, luddites, primitivistes, décroissants ; tous opposants au

techno-totalitarisme.

C’est d’autant plus facile que les zéros sociaux sont pris dans les réseaux sociaux, à la merci de

nos « antifascistes 2.0 ». La résistance, oui, mais sur Touitteur. Ah zut, Touitteur est devenu

« fasciste ». Résistons, quittons Touitteur pour un alter-réseau social « progressiste ». La

dialectique, c’est fantastique.

Voilà pourquoi en 2013, à la suite des naturiens et anti-industriels des années 70 et 80, nous

avons publié plusieurs textes – nous, Pièces et main d’oeuvre – sur « le vrai « fascisme » de notre

temps27 », contre le confusionnisme entretenu par la dernière vague de techno-progressistes.

« Il est vain de s’horrifier de tout ce que le Front National pourrait faire des

technologies de contrôle, de surveillance et de contrainte développées depuis la

Deuxième guerre mondiale par la rationalité technocratique et le progressisme

scientifique et politique. L’effet de ces technologies est précisément de périmer le

Front National (ou tout parti « fasciste »), en tant qu’instrument de maintien ou de

retour à l’ordre28. »

Ces alertes se vérifient une décennie plus tard, cependant que les « résistants » de festivals

présentent leur QR code à l’entrée après s’être inscrits sur Internet. Un exemple parmi tant

d’autres.

Depuis les années 70, la technologie n’a cessé sa perpétuelle accélération – du nucléaire à la

biologie de synthèse et à l’« intelligence » artificielle – cependant que la critique antiindustrielle

de Gorz, de Charbonneau et de leurs successeurs, s’avérait toujours plus juste. De

Reagan à Trump, de Mitterrand à Macron, de Brejnev à Poutine, de Deng Xiaoping à Xi Jinping,

la trajectoire d’accroissement de la puissance technologique n’a jamais dévié ni ralenti.

Si l’on veut vraiment parler de « fascisme » contemporain – mais le mot-valise de

« technocrature » nous paraît plus exact – c’est en Chine et dans les laboratoires qu’il faut

enquêter. Là où, par le fait accompli du Scientifique, s’élaborent les innovations qui changent

27 « Bas les pattes devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au techno-totalitarisme », « Postures et

impostures : au Grand Guignol de la Gauche (leur antifascisme et le nôtre) », « Le IVe Reich sera cybernétique »

(2013) ; « Le Corbusier et les architectes urbanistes » (2015)


28 Lucien, « Postures et impostures : au Grand Guignol de la Gauche (leur antifascisme et le nôtre) » (2013)


le monde et la vie, au mépris de toute nature et liberté. D’où notre Appel des Chimpanzés du

futur, en 2014 :

« Hélas, le danger est véritable, et l’Humanité affronte une tentative d’extinction,

fomentée par et pour une faction égoïste, implacable et toute-puissante, lasse de

partager ce monde résiduel avec des masses de bouches inutiles et toujours plus

nombreuses. […] Ces progressistes au plan technologique sont des régressistes au

plan social et humain, des partisans de la pire régression sociale et humaine ; ce

qu’en langage commun on nomme des réactionnaires. Le nazisme, le fascisme et le

communisme n’ont succombé que face au surcroît de puissance technoscientifique

des Etats-Unis. Mais l’essence du mouvement, la volonté de puissance

technoscientifique, s’est réincarnée et amplifiée à travers de nouvelles enveloppes

politiques. Le laboratoire est florissant d’où̀ s’est enfuie la créature immonde. […]

C’est ce techno-totalitarisme, ce « fascisme » de notre temps que nous combattons,

nous, animaux politiques29. »

Et vous, « antifascistes », combattez-vous la machine ? Ou souhaitez-vous en prendre les

commandes sous prétexte de la retourner contre les « fascistes », et de la mettre « au service de

tous et toutes » ?

Pièces et main d’oeuvre


Grenopolis, 18 septembre 2025

Lire aussi, sur www.piecesetmaindoeuvre.com :

Postures et impostures : au Grand Guignol de la Gauche (Leur « antifascisme » et le

nôtre) – 2013

Le vrai « fascisme » de notre temps

Bas les pattes devant Snowden, Manning, Assange et les résistants au technototalitarisme

– 2013

Intelligence artificielle & technofascisme – Les accointances du « camp progressiste »

avec l’extrême-droite – 2023

Rejoignez-nous sur BAO ! – 2025


29 Pièces et main d’oeuvre, Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, op. cit.

Une réflexion sur “« Techno-fascisme », un mot hacké par les techno-gauchistes

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