La grève générale comme tactique de lutte insurrectionnelle (Italie)
Par Ennio Gori
GRÈVES GÉNÉRALES, FAISONS LE POINT
Cet enseignement peut s’appliquer à la situation que nous vivons actuellement, en ce qui concerne les mouvements de lutte qui ont traversé notre pays (l’Italie) : de grands mouvements de solidarité avec le peuple palestinien, au cours desquels, pour soutenir la mobilisation, on a utilisé entre autres — avec des résultats assez significatifs — l’arme de la grève générale.
Dès lors, nous nous trouvons aujourd’hui face, à deux autres grèves générales :les 28 novembre et 12 décembre: la première convoquée par certaines organisations du syndicalisme de base, la seconde seulement par la CGIL (Italie).
La première question que nous devons nous poser est la suivante : dans quel contexte, et avec quels objectifs, ces grèves ont-elles été proclamées? Nous savons que le sujet central est celui de la loi des finances, son orientation de classe et sa soumission au concept d’austérité imposé par Bruxelles.
Évidemment, parmi ceux qui ont proclamé les grèves, il existe des divergences concernant la plateforme revendicative, et il semblerait aller de soi que l’on se dirige vers des échéances distinctes. Cependant, de nombreux appels sont lancés en faveur d’un effort unitaire pour descendre ensemble dans la rue et donner ainsi davantage de force à la mobilisation. Alors ? La réponse dépend de l’objectif que l’on souhaite atteindre, et c’est en fonction de cela qu’on peut — ou plutôt qu’on doit — porter un jugement quant à la conduite à tenir.
Si l’objectif est de construire une grande mobilisation contre la politique économique du gouvernement Meloni, il est clair qu’il faut saisir l’occasion de descendre ensemble dans la rue ; et ceux qui avancent des arguments liés aux différences entre plateformes politiques commettent une grave erreur d’évaluation. Il ne s’agit pas ici de savoir qui arrive le premier ou qui possède la plateforme la plus avancée, mais d’évaluer quelle force nous mettons en œuvre contre l’ennemi commun : le gouvernement Meloni et la logique sur laquelle est fondée sa loi des finances.
Il nous semble que c’est à partir de cela qu’il faudrait réfléchir concernant les grèves programmées. Mais nous connaissons aussi la manière de raisonner de certains groupes qui agitent les manifestations, et hélas nous ne pouvons pas faire abstraction de leur myopie politique et de leur volonté effrénée de se mettre en avant, sans parler du fait que certains de leurs choix sont faits en pensant à tout autre chose ! (aux élections, par exemple). C’est pourquoi, en tant que communistes, nous devons combattre ces positions et réaffirmer un rapport correct entre les objectifs et les caractéristiques des mobilisations.
En ce qui concerne le fond — c’est-à-dire les plateformes revendicatives — les différences existent, mais il s’agit d’évaluer non pas leur épaisseur sur le papier, mais leur faisabilité. Si nous ne voulons pas imiter la démagogie maximaliste d’autres époques, contre laquelle les communistes se sont toujours battus, nous devons aller au concret, en distinguant aussi les différents domaines dans lesquels les questions peuvent être traitées.
S’il s’agit, en premier lieu, de la question salariale, il est clair qu’elle ne concerne pas le gouvernement, mais les employeurs, y compris les employeurs publics. Nous devons rappeler à celles et ceux qui nous suivent que sur ce point, la négociation sectorielle, c’est-à-dire celles des conventions collectives, est essentielle. Quelle est la situation ? Dans les administrations publiques, dans presque tous les secteurs, des renouvellements ont eu lieu, mais ils n’ont pas été signés par la CGIL et l’UIL, et le dernier, celui des collectivités locales, n’a été signé que par la CISL. Le point de discorde, c’était justement celui des salaires. La CGIL a demandé la récupération intégrale de l’inflation, tandis que le gouvernement a offert un maigre 6 %. De plus, la CGIL a demandé la même chose pour les travailleurs de la métallurgie.
Comment les syndicats de base ont-ils affronté cette situation ? Comment les travailleurs concernés ont-ils réagi ? Quel poids ont eu les choix des syndicats proches du gouvernement en commençant par la CISL ? Ce sont là des questions importantes, et il serait utile d’en discuter pour mieux comprendre.
En ce qui concerne l’affrontement avec le gouvernement Meloni, qui est au cœur des grèves des 28 novembre et 12 décembre, il existe, comme on l’a dit, une dimension générale et une dimension spécifique. La dimension générale concerne l’orientation globale des choix du gouvernement Meloni, qui sont en phase avec les intérêts du patronat et n’accordent que des miettes aux travailleurs. Sur ce point, une bataille de principe est nécessaire, et elle peut constituer un terrain d’unité entre le syndicalisme de base et la CGIL. D’autre part, il existe aussi la nécessité de disposer d’une plateforme revendicative crédible, autour de laquelle s’organiser et lutter.
Cette plateforme concerne la loi sur le salaire minimum — qui, du reste, ne peut pas se limiter à 9 euros brut, mais doit aller bien au-delà — la fiscalité, qui doit être réellement progressive et allégée pour les catégories les plus faibles, l’assistance sociale — de la santé au chômage —, la réglementation des relations de travail (précarité), le logement. Sur ces points essentiels, il faut tenir bon et ne faire de concessions à personne, en expliquant clairement que ces revendications doivent permettre de créer de nouvelles conditions pour les travailleurs, sans lesquelles on ne pourrait pas affirmer que les choses ont changé.
Mais pour y parvenir, il faut créer une force matérielle, en impliquant réellement les travailleurs (!!?…), une force qui soit capable de vaincre l’adversaire et d’obtenir un résultat. La démagogie des nouveaux « ballons gonflés » ne suffit pas : il faut une capacité concrète à lutter contre l’adversaire. Et c’est aux communistes qu’il revient de gérer correctement cette phase, du point de vue tactique comme du point de vue stratégique.
Pour le Bureau de Correspondance du Forum Italien des Communistes
Ennio Gori

Versão em Língua Portuguesa:
https://queonossosilencionaomateinocentes.blogspot.com/2025/11/a-greve-geral-como-tactica-de-luta.html
Le camarade Gori du «Bureau de correspondance du Forum italien des communistes», je le crains, confond la proie pour son ombre en pesant et sous-pesant, les avantages et les désavantages des «grèves générales» et de leurs objectifs «salariaux», à travers les programmes «réformistes» des uns et des autres: CGIL, UIL, CISL et autres officines «syndicales ouvrières» légalisées à la «tête» du mouvement prolétarien.
Lénine dans «Les grèves de 1895», puis dans «Sur les grèves ouvrières» (1896-1899) et «La grève politique de masse» (1905) écrivait: que les «grèves» sont: «l’école de la guerre» de la classe ouvrière qui révèlent les antagonismes fondamentaux entre ouvriers et capitalistes, la solidarité ouvrière et la nature répressive intrinsèque du capitalisme comme le prouve leur répression policière et judiciaire, l’adoption de lois de retour forcé aux travail et les peines d’amendes et de prisons exorbitantes qui les assortissent.
Ainsi, «La grève est l’école de la guerre, et non la guerre elle-même; elle prépare les ouvriers à la lutte qui décidera de leur émancipation» («Les grèves russes»,1899).
Dans «Que faire?», il ajoutait que les grèves développent la solidarité, apprennent l’organisation et lorsqu’elles sont «générales et politiques», elles sont un moyen de passer de l’agitation économique à l’insurrection populaire et, que «la grève politique de masse est une forme supérieure de la lutte» (1902).
Lénine y ajoutait: «La conscience politique ne peut être apportée à l’ouvrier que de l’extérieur de la lutte économique.Sans cela, le mouvement ouvrier ne sera jamais que trade-unioniste. (…) Le spontané n’est que la forme embryonnaire du conscient.Le rôle du parti est de transformer la spontanéité en conscience.»
Dans «Deux tactiques de la social-démocratie» (1905), il insistait sur la possibilité de combiner: «la grève aux Soviets pour déclencher des insurrections populaires pouvant même mener jusqu’à la révolution dans certaines conditions».
Il y ajoutait: «La grève politique de masse est l’un des moyens les plus puissants d’ébranler l’autocratie, mais elle ne saurait remplacer l’insurrection armée.»
Il a écrit que la «manifestation du «Dimanche Sanglant/ Dimanche Rouge» de 1905, menée par un pope et l’Assemblée des ouvriers de St-Petersbourg, derrière des îcones et des photos du tsar, en révélant la vraie nature du tsarisme féodal par son massacre des manifestants pacifiques (entre 200 et 1000 morts) a contribué de manière significative à la révolution de 1905, «répétition générale de celle de 1917.»
Dans «L’État et la révolution» (1917), il poursuivit que la résistance à la guerre impérialiste devait être menée par des grèves générales politiques enrayant la production de guerre et favorisant le renversement du système capitaliste.
Dès lors, il est sans importance d’évaluer l’intérêt «salarial» des grèves en elle-même pour en apprécier le caractère éminemment insurrectionnel, peut importe leurs programmes réformistes et leurs objectifs salariaux galvaudés par les bureaucrates réformistes syndicaux.
Lénine écrivit dans «La maladie infantile du communisme (le gauchisme)» (1920) que les communistes doivent travailler dans les syndicats réformistes :«parce que les syndicats regroupent les couches les plus larges des travailleurs et ne peuvent être remplacés».
Il y ajoutait: «Les syndicats sont l’organisation de masse indispensable du prolétariat.Renoncer à y travailler, sous prétexte qu’ils sont dominés par les opportunistes, serait un non-sens.»
Au sein de ces syndicats, les communistes ne doivent pas en prendre la direction réformiste et se concentrer sur l’organisation physique des grèves, la résistance à la répression inévitable, le travail de mobilisation et expliquer inlassablement aux ouvriers que ces luttes salariales incessantes sont la conséquence du capitalisme et que sous le socialisme ces guerres seraient inutiles mais qu’en attendant, ils les organisent loyalement, concrètement, professionnellement et consciencieusement pour en faire les meilleures écoles de la solidarité ouvrière possible.
Les militants communistes refusent de négocier avec leurs ennemis de classe, les employeurs.Ils refusent tous les postes de collaboration avec l’employeur et n’occupent que des postes d’organisation des grèves et de mobilisation afin de s’éduquer et d’éduquer les ouvriers dans la lutte grèviste, préambule à la révolution prolétarienne.
Marx dans les années 1860, a combattu les anarchistes (Bakounine) qui proclamaient que «la grève générale était l’outil révolutionnaire ultime» qui conduirait à la révolution.Pour Marx, les grèves pouvaient accompagner le mouvement révolutionnaire mais ne pouvait le remplacer car la lutte économique (syndicats) ne pourra jamais suppléer à la lutte politique (parti communiste) et à la remplacer pour le renversement du capitalisme et la conquête du pouvoir politique.
Il écrivait dans une Adresse inaugurale de l’Association Internationale des Travailleurs (1864):
«Les grèves ne sont pas seulement les conséquences inévitables du système capitaliste; elles sont à leurs tour, des écoles de guerre où les ouvriers se forment, s’organisent et se préparent à la grande lutte qui décidera de leur sort.»
«Les syndicats agissent utilement comme centres de résistance aux empiètements du capital.Ils ne doivent pas se limiter à une simple guérilla contre les effets du système existant, mais s’efforcer de changer le lui-même.» ( Salaire, prix et profit, 1865).
«La lutte des classes est d’abord une lutte économique, mais elle doit nécessairement devenir une lutte politique.» (Lettre à Bolte,1871).
Rosa Luxembourg dans son ouvrage: «La grève de masse, le parti et les syndicats» (1906) écrivait:
«La grève générale naît des contradictions économiques, des luttes locales, puis généralisée» et elle «crée la conscience révolutionnaire qui naît dans l’action, pas en dehors de l’action».
Comme la révolution est un «processus vivant», organique et non mécanique, les «masses» sont capables de créativité révolutionnaire dont émergent les soviets et la direction révolutionnaire spontanément à partir de la grève générale, d’où que Rosa Luxembourg accusait Lénine d’«étouffer l’initiative populaire révolutionnaire» par la direction autoritaire du parti.
Elle y ajoutait:
«La grève générale de masse n’est pas inventée par les théoriciens du socialisme.Elle est un phénomène historique résultant du cours naturel des choses (…) La révolution ne se laisse pas enseigner.Elle naît d’elle-même, avec une logique qui lui est propre (…) L’erreur fondamentale de la théorie de Lénine est qu’elle s’oppose à l’initiative spontanée des masses (…) La multiplicité des formes de grève de masse ne peut être dissociée a priori; elle jaillit du mouvement lui-même et de la créativité historique du prolétariat. (…) Le parti ne peut ni ordonner ni empêcher la grève de masse ; il doit seulement éclairer, expliquer, guider.»
Malheureusement pour le mouvement communiste, Rosa Luxembourg fut assassinée par les nazis et la révolution spartakiste qu’elle avait initiée fut noyée dans le sang par les hordes nazies qui prirent le pouvoir et mobilisèrent les masses «populaires» jusqu’à la 2ième Guerre mondiale.
Lénine, pour sa part, conduisit le prolétariat russe puis soviétique, à la révolution d’octobre 1917 et à la victoire sur les 14 puissances impérialistes, les menchéviques et les tsaristes en 1923.S’il suffisait de juger en fonction des résultats, la supériorité de la théorie léniniste serait totalement avéré.
Tous les révolutionnaires communistes doivent soutenir toutes les grèves: partielles, locales, régionales et générales que les ouvriers organisent contre les capitalistes et les pertes de salaires que leurs infligent les capitalistes sont un mince tribut pour l’opportunité d’apprentissage de la révolution que cela leurs procurent.
Que les réformistes syndicaux renégats projettent de trahir les ouvriers ne doit jamais empêcher les révolutionnaires communistes prolétariens de servir les ouvriers en toutes circonstances et ils ne doivent jamais se comporter comme ces «pseudos-révotutionnaires» qui du «bas» de la montagne observent à l’aide d’un télescope, les authentiques révolutionnaires qui la gravissent au péril de leur vie, en critiquant qu’eux «étaient contre cette ascension dès le début: nous avions proposé un plan plus sûr, plus lent…» ( Lénine, Notes of a publicist, 1922).
S’il est vrai que le prolétariat a une capacité créatrice inouie, la science de la révolution, le matérialisme dialectique et historique, le marxisme, ne naissent pas de la réflexion spontanéité des masses; ce ne sont pas des «idées allégoriques innées qui flottent à l’envers dans une caverne en attendant d’en sortir pour pénétrer l’esprit humain comme des langues de feu pentecôtistes»; ils sont l’aboutissement de la science, de l’étude et de la réflexion de milliers d’années d’histoire; la quintessence de l’histoire de l’humanité et sont apportés au prolétariat par son parti révolutionnaire communiste qu’il reconnaît et auquel il adhère, voilà en quoi consiste le rôle du parti: amener la théorie révolutionnaire au prolétariat pour qu’il fasse la révolution prolétarienne communiste et se libère de ses chaînes et y gagne un monde.
Le camarade Gori devrait se souvenir des précieux enseignements fournis par Marx, Lénine et Rosa Luxembourg et appeler tous les prolétaires à aller à l’école de la guerre de classe qui se tiendront les 28 novembre et 12 décembre 2025 dans les rues d’Italie.