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Skirda ou la mémoire des vaincus

Si Michel Ragon a romancé la poignante épopée des anarchistes dans La Mémoire des vaincus, Alexandre Skirda (1942-2020), historien russophone a documenté l’effroyable extermination de toute dissidence – libertaire, populaire – par la dictature bolchevique, toutes tendances confondues (léniniste, trotskyste, stalinienne), dès le coup d’Etat d’octobre 1917.

Il revient à cet enragé fouilleur d’archives d’avoir exhumé, avec Jacques Baynac et Charles Urjewicz, La terreur sous Lénine – 1917-1924. Cette terreur sanguinaire qui massacra l’insurrection anarchiste et paysanne d’Ukraine (la Makhnovchtchina), et l’insurrection populaire et révolutionnaire de Kronstadt. Comme le dit Jan Valtin dans Sans patrie ni frontières, ce sont en effet la Tchéka (1917) et le Guépéou (1922) qui ont servi de modèles à la Gestapo (1933), et non l’inverse. Aussi convient-il de soigneusement distinguer entre

« antifascistes » et « (néo)-bolcheviques ».

Mais nous – naturiens, anti-industriels et anti-autoritaires – sommes particulièrement redevables à Skirda d’avoir recueilli les textes de Jan Waclav Makhaïski (1866-1926) dans Le Socialisme des intellectuels. Critique des capitalistes du Savoir, où le révolutionnaire polonais, jadis déporté en Sibérie, dénonce l’avènement d’une nouvelle classe exploiteuse ; l’intelligentsia des spécialistes et des diplômés (l’intellocratie), politiquement représentée par le parti marxiste.

Juste avant sa propre mort, Skirda enfonce un dernier clou dans le cercueil du « socialisme scientifique », avec la publication d’Un plagiat scientifique où reprenant deux siècles de textes occultés par l’hégémonie stalino-trotskyste, il montre et rappelle les multiples copiés-collés de Marx, pillant les socialistes français et bien d’autres, non seulement dans Le Manifeste du parti communiste, mais dans ses « maîtres-concepts » (la « plus-value », le « matérialisme historique », etc.).

Et Renaud Garcia rappelle ici qui fut Alexandre Skirda, et ce qu’il nous a laissé d’éléments de compréhension historique.

Pièces et main d’œuvre

21 février 2026

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Il y a un peu plus de cinq ans, le 31 décembre 2020, au funerarium du cimetière du Père- Lachaise, des compagnons entonnaient la Makhnovtchina, chanson écrite en 1974 par Étienne Roda-Gil, pour saluer une dernière fois l’historien Alexandre Skirda :

« Tes drapeaux sont noirs dans le vent. Ils sont noirs de notre peine.

Ils sont rouges de notre sang. »

Avec Skirda, s’en allait en effet un peu de l’esprit de liberté des cosaques ukrainiens, dont l’ouvrier agricole Nestor Ivanovitch Makhno (1888-1934), meneur anarchiste de l’insurrection

paysanne en Ukraine entre 1917 et 1921, avait été la splendide incarnation face à la dictature marxiste-léniniste.

Né en 1942 à Paris, d’un père ukrainien exilé et d’une mère russe, réfugiés de la guerre civile en Russie durant les années 1918-1920, Dominique Brevan (Alexandre Skirda de son nom de plume) est élevé dans la mémoire des combattants zaporogues, les cosaques installés dans la région centrale de l’Ukraine nommée Zaporoguie, où se trouvent des îles et des rapides. Il se rapproche du communisme libertaire et participe en mai-juin 1968 à l’occupation de la faculté de Censier. Membre du Mouvement communiste libertaire (MLC) puis de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA), il passe par l’université mais renonce à une carrière académique pour se consacrer, dès le début des années 1970, grâce à sa maîtrise de la langue russe, à l’étude et à la traduction de textes et de documents autour de Nestor Makhno ou de l’insurrection de Kronstadt en 1921. En 1979, il dévoile au public francophone les écrits du révolutionnaire polonais Jan Waclav Makhaïski (1866-1926) avec son ouvrage Le Socialisme des intellectuels, critique des capitalistes du savoir. C’est en raison de ces travaux que j’ai connu Skirda, admirant en lui le passeur de mémoire. C’était encore trop peu.

Dès le début des années 1960 en effet, l’historien prend connaissance d’un numéro de juillet 1957 de la revue Le Contrat social, éditée par Boris Souvarine, ancien membre fondateur du Parti Communiste français. Devenu « hérétique », Souvarine est désormais spécialisé en

« soviétologie », soit l’étude critique du monde communiste. Il traite dans ce numéro, non sans embarras à l’égard de la statue du Commandeur Karl Marx, une affaire de plagiat mettant en cause l’auteur du Capital et son acolyte Friedrich Engels. Un auteur anarchiste a en effet soutenu que le Manifeste du parti communiste de 1848 n’aurait été qu’un calque de textes socialistes antérieurs. Le plus pillé de tous dans cette affaire étant le Manifeste de la démocratie au XIXe siècle, publié en 1843 par un disciple de Fourier nommé Victor Considerant. Dès lors, Skirda accumule de la documentation et se constitue une bibliothèque des socialistes avant Marx, qu’il va éplucher jusqu’à la dernière année de sa vie.

Entre temps, il démissionne de l’ORA. Sa notice dans le dictionnaire Maitron des anarchistes signale « qu’il lui fut reproché de ne pas avoir assez de pratique et de privilégier le domaine théorique 1». L’intellectuel approfondit sa recherche en toute indépendance, tenant en parallèle une boîte à livres sur les quais de Paris, en face de l’Institut. Il ne cesse de revenir aux sources des mouvements insurrectionnels en Russie et en Ukraine, en recueillant des témoignages directs ou en exhumant des textes délaissés par les historiens officiels. Ceux-là ne le reconnaissent guère, bien qu’il soit traduit à l’étranger, notamment en Russie, où des dissidents tiennent son travail en haute estime. À la fin de sa vie, il se lance dans une fresque de longue portée sur l’esclavage en Russie et l’histoire de ce pays, avec deux ouvrages, La traite des Slaves, du VIIIe au XVIIIe siècle et Les Russies inconnues, qui lui valent quelques passages sur la radio d’État.

Son ultime travail de recherche, fruit de sa constance et de son dévouement bibliophile s’intitule donc Un plagiat « scientifique » : le copié-collé de Marx, qui achève de faire de Skirda la bête noire des trotskystes et autres marxistes en chaire occupés, aujourd’hui comme hier, à entretenir leurs prébendes sur le dos du peuple, au nom de l’ « émancipation ».

Hélas, le nom de Skirda n’évoquant rien, ou sinon de très loin, à quelques-uns de mes amis les plus instruits politiquement, il m’est apparu d’autant plus nécessaire de réparer cette injustice

1 https://maitron.fr/skirda-alexandre-brevan-dominique-dit-nom-de-plume/, notice SKIRDA Alexandre (Brevan, Dominique, dit), nom de plume par Rolf Dupuy, Marianne Enckell, version mise en ligne le 8 janvier 2021, dernière modification le 7 octobre 2024.

en rendant hommage au travail de cet enquêteur acharné. Afin que sa réputation dépasse les frontières de la rue Amelot, dans le 11e arrondissement de Paris, entre la librairie Publico, qui distribue tous ses livres, et les locaux de Radio Libertaire, la plus rebelle de toutes les radios. Afin, surtout, que ceux qui viendront après nous sachent ce que fut l’anarchisme, avant qu’il ne soit gauchi, de nos jours, en socialisme pour intellectuels déconstruits. Car telle est notre basse époque qu’on ne sait pas, on ne sait plus, y compris le b.a-ba de l’histoire sociale ou, pour les plus initiés, les classiques de la pensée critique « hétérodoxe ». Les Bolchéviks contre Kronstadt, l’insurrection makhnoviste, Victor Considerant, Makhaïski, etc. Il faut tout recommencer, ne jamais rien tenir pour connu d’avance. Quel meilleur guide, en ces matières, qu’Alexandre Skirda ?

Par où débuter, sinon par la fin de son parcours ? C’est-à-dire par sa redécouverte du plagiat de Marx, qui nous replace en réalité au début de la trajectoire mortifère qui aboutira, en octobre 1917, à la prise de pouvoir d’une clique de théoriciens opportunistes écrasant le peuple et la liberté au nom des lois de l’histoire. On l’a dit, c’est Boris Souvarine qui, très tôt, a mis la puce à l’oreille de Skirda, bien que le soviétologue fût encore fort clément avec Marx. Toujours est- il qu’il faisait référence dans son article à un anarchiste nommé Varlaam Tcherkessoff, qui fut le premier à dévoiler la supercherie. C’est dans le sillage de ce dernier, de surprise en surprise, que nous emmène Skirda. Qui était Varlaam Tcherkessoff ?

Né Varlam Tcherkezichvili en Géorgie en 1846, de lignée princière, il entre à l’école des cadets de Moscou, comme tous les enfants brillants de son rang, mais refuse la carrière militaire pour étudier à l’Académie agraire, où il se familiarise avec les idées révolutionnaires. Ami du révolutionnaire Dimitri Karakozov qui attente à la vie du tsar Alexandre II en 1866, il est placé une première fois en détention à la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Il en sort puis, après un bref emploi en tant qu’ingénieur dans la région du Caucase, il revient à Pétersbourg pour aider le sinistre conspirateur Netchaïev à quitter la Russie. Arrêté pour ses activités de soutien à des amis traqués par la police tsariste, il est envoyé en déportation en Sibérie, puis dans une prison de la ville de Tomsk – comme jadis Bakounine, dont il s’évade en 1876 pour s’exiler à Genève puis à Londres.

En Suisse, il fonde un journal nommé l’Obshchina (la communauté) en 1878, puis, l’année suivante, il prête main forte à un autre prince évadé de prison, Pierre Kropotkine, pour fonder le journal Le Révolté (qui deviendra La Révolte puis Les Temps nouveaux, dirigés par Jean Grave). Ami et collaborateur de l’auteur de La conquête du pain, il ne ménage pas ses efforts auprès des anarchistes entre 1877 et 1882. Lorsque les persécutions contre les anarchistes sévissent à Lyon et en Suisse (elles aboutiront à l’arrestation puis à l’emprisonnement de Kropotkine dans la prison de Clairvaux), Tcherkessoff prend le large pour l’Orient, arpentant les Balkans et le Caucase. On le retrouve en 1892 à Londres. Le prince géorgien renoue avec le prince russe, lequel a co-fondé un nouveau journal intitulé Freedom.

C’est dans ce journal que Tcherkessoff va publier à partir de 1894 la première série de textes que Skirda met à l’honneur, ses Pages d’histoire socialiste, qui constituent une critique de la social-démocratie allemande (le parti marxiste le plus puissant à l’époque en Europe, incarné par Karl Kautsky) et des manœuvres de Engels pour minorer l’apport des socialistes avant Marx. Suite à la première révolution russe de 1905, il retournera en Géorgie, à Tbilissi, pour y créer une université populaire. Il fonde en 1907, avec des théoriciens aussi importants pour le mouvement anarchiste que Kropotkine ou Rudolf Rocker l’Anarchist Red Cross, organe de soutien pour les prisonniers. C’est encore avec Kropotkine et Jean Grave, notamment, qu’il signe en 1916 le Manifeste des seize, qui appelle à soutenir l’Entente face aux Allemands, texte décrié par une large frange du mouvement anarchiste. La Géorgie étant indépendante en 1918,

il y obtient un poste à l’assemblée constituante. Suite à la guerre soviéto-géorgienne qui voit l’annexion de son pays par l’Union soviétique, Tcherkessoff s’exile en 1921 et ne cessera de dénoncer le régime bolchévik jusqu’à sa mort en 1925.

Dans son livre, Skirda présente les deux séries de textes de Tcherkessoff, dont la lecture ressemble à ces trésors si injustement enfouis depuis des lustres. D’abord la série pour Freedom, réunie en volume sous le titre Pages d’histoire socialiste ; ensuite des articles pour Les Temps nouveaux , n°5, 26 mai-1er juin 1900, rassemblés sous le titre : « Un plagiat très scientifique : à propos de deux manifestes ».

Que montre cet autre prince de l’anarchie ? En premier lieu les menées de Engels (1820-1895). Mécène de Marx, ce fils d’un grand industriel allemand très tôt versé dans le commerce est également l’atout maître du théoricien lorsqu’il s’agit d’évincer des rivaux intellectuels ou de prendre les commandes du mouvement communiste international. En 1893, lors d’un congrès de l’Internationale tenu à Zurich, Engels a ainsi le front de déclarer que vingt ans auparavant, soit en 1873, sa tendance majoritaire avait arrêté un plan de campagne si convaincant pour le socialisme qu’il serait désormais en voie de triompher. Mieux, il regarde cinquante ans en arrière et se voit faire ses premières armes en France avec Marx, au temps de la revue des Annales franco-allemandes. En 1843, avance-t-il, le socialisme n’était représenté que « par de petites sectes2 ». Comprenez : il n’était pas encore élevé à sa hauteur scientifique. Pas un mot sur le congrès de La Haye en 1872, date autrement plus importante pour les mémoires sociales, puisqu’elle marque l’exclusion par Marx de la frange anarchiste de l’Internationale, incarnée par Bakounine (1814-1876).

Pour le reste, une répudiation habile des socialistes avant Marx, français et allemands. De

« petites sectes », à quoi cela vous fait-il penser ? À des groupes dispersés aux idées encore peu abouties ; au mieux, à d’aimables précurseurs dépourvus de la rigueur et de l’organisation qui seules pourraient garantir le succès.

En 1880, Engels parachève son œuvre de révision de l’histoire en publiant, à partir d’extraits de son livre l’Anti-Dühring, un texte intitulé Socialisme utopique et socialisme scientifique. Le socialisme « utopique », auquel Engels concède des percées brillantes, se voit résumé à trois noms : Saint-Simon (1760-1825), Charles Fourier (1772-1837), Robert Owen (1771-1858).

Le lecteur d’aujourd’hui, versé dans l’histoire des idées socialistes et la critique du monde industriel au XIXe siècle, a entendu parler de ces auteurs. Les a-t-il lus ? Soupçonne-t-il que nombre de leurs contemporains attendent eux aussi d’être redécouverts ? À suivre Engels, les vainqueurs de cette histoire sont les socialistes « scientifiques ». Ils ânonnent les deux

« découvertes » majeures attribuées à Marx : d’abord la conception matérialiste de l’histoire, selon laquelle c’est la manière dont les hommes vivent et produisent qui explique leur manière de penser ; ensuite la plus-value, tenue pour le secret de l’accumulation capitaliste : en payant la force de travail de l’ouvrier à son prix réel sur le marché, le capitaliste en extrait néanmoins plus de valeur qu’il n’en a donné pour l’acquérir. Cette valeur supplémentaire est ensuite réinjectée dans une masse de capital sans cesse croissante. Ici, parade Engels, le socialisme atteint son stade « scientifique » et se prévaut de maîtriser les lois de l’évolution du monde social.

Devant tant de prétention scientifique, Tcherkessoff ne peut réprimer un sursaut. N’y a-t-il vraiment personne, parmi les philosophes et historiens du XIXe siècle (les Mill, Spencer, Augustin Thierry), versés dans l’évolutionnisme et les sciences de la nature, qui n’ait eu

2Varlaam Tcherkessoff, Pages d’histoire socialiste I. Doctrines et actes de la social-démocratie, Paris, « Aux Temps Nouveaux », 1896, p. 3.

l’intuition que la pensée humaine ne trônait pas dans l’éther, coupée de ses conditions matérielles de production ?

Quant à la notion de plus-value, on la retrouve dès 1819 (soit un an avant la naissance d’Engels!) chez un singulier économiste genevois, Simonde de Sismondi (1773-1842), à la fois libéral et interventionniste, critique du machinisme et de la division du travail. L’excédent du travail approprié par le capitaliste est nommé « surplus-value » par Sismondi. Traduit en allemand, ce sera la mehrwert de Marx, autrement dit la plus-value du texte français du Capital.

Plus-value d’un côté, moins-value de l’autre, énonce Sismondi, qui réintroduit le terme prolétaire dans le vocabulaire économique afin de désigner le travailleur spolié du bénéfice de son travail par le capitaliste. Tcherkessoff ne s’en tient pas là. L’économiste britannique William Thompson (1775-1833) expose lui-même en 1824 (Marx a six ans) le mécanisme du surplus dans une perspective « scientifique ». Quant à Robert Owen, fondateur des usines coopératives de New-Lanarck, dans le Lanarkshire en Écosse, il fonde en 1836 la « Société de toutes les classes et de toutes les nations », ancêtre de l’Internationale, dans les séances de laquelle le mot

« socialisme » est employé pour la première fois. Ces seuls éléments (Tcherkessoff en égrène bien d’autres) suffiraient à ébranler l’édifice du « socialisme scientifique » érigé par Engels.

L’anarchiste géorgien, bien qu’il ménage encore Marx en 1894, louant son abnégation au service du prolétariat et son engagement au service de la révolution sociale, ne va pas s’en tenir là. Son jugement va changer quelques années plus tard, suite à une rencontre avec l’anarchiste hollandais Ferdinand Domela Nieuwenhuis (1846-1919), une figure antimilitariste qui fut des plus constantes dans la lutte contre l’autoritarisme des marxistes.

C’est en effet chez Nieuwenhuis que Tcherkessoff consulte une brochure de Victor Considerant datant de 1843, intitulée le Manifeste de la démocratie au XIXe siècle. Considerant (1808-1893), né dans le Jura comme Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), est le disciple principal de Charles Fourier, lui aussi jurassien. Polytechnicien, nommé au grade de capitaine du Génie, il cherche dans les années 1830 à faire l’apostolat du fouriérisme, cette arithmétique des passions humaines censée déterminer les conditions de la société la plus harmonieuse pour ses membres. Semblable en cela à son mentor Fourier, il n’est pas révolutionnaire mais pense plutôt l’ordre sous l’aspect de l’Harmonie entre les classes. Élu au conseil général de la Seine en 1843, il est député à la Constituante en 1848 puis à la Législative où il se prononce en faveur du droit de vote des femmes. Il s’oppose en 1849 au président Louis-Napoléon Bonaparte en prenant la tête d’un mouvement insurrectionnel. Inquiété, il émigre au Texas où il tente de fonder un phalanstère, cette communauté socialiste imaginée par Fourier. Amnistié, il regagne la France en 1869. S’il se retire de l’activité politique jusqu’à sa mort en 1893, il adhère néanmoins à la Commune de Paris en 1871 ainsi qu’à l’Internationale, dont il a finalement adopté les conceptions politiques fédéralistes et l’égalitarisme prolétarien. Dans les années 1830-1840, outre des articles dans des revues qu’il a créées, il réalise des tirés à part sous forme de brochures ainsi que des textes-programmes fouriéristes et donc, en 1843, la brochure Principes du socialisme. Manifeste de la démocratie au XIXe siècle.

Ce texte rappelle si fortement à Tcherkessoff le Manifeste du parti communiste de 1848, qu’il va lire les deux textes en parallèle et extraire 36 passages du manifeste de Marx pour les comparer avec celui de Considerant. Ces passages, qui concernent les dogmes centraux de la

« Bible » du socialisme scientifique, traitent des classes sociales (bourgeoisie vs prolétariat), de la concentration du capital et du travail, du pouvoir politique et social de la bourgeoisie, de la conquête du marché et de la lutte des classes.

Le procédé comparatif est éloquent. Skirda le reproduit à la fin de son ouvrage et il se passe de commentaires : les expressions de Considerant en langage commun sont systématiquement enrobées par Marx dans une pâte conceptuelle teutonne (« moyens de production » ; « force productive » ; « intelligence théorique du mouvement historique dans son ensemble », etc.). Mais pour le reste, à savoir les idées et leur enchaînement, la différence est minime. Tcherkessoff est alors en mesure d’affirmer, dans sa série « Un plagiat très scientifique » :

« toute la gloire que Marx et Engels peuvent réclamer serait celle de fidèles élèves qui ont répété dans leur langue maternelle ce qu’ils ont appris chez le maître français ». Et d’ailleurs, de manière générale, chez les socialistes français des années 1830-1840, tel cet Eugène Buret, auteur en 1840 d’un traité intitulé De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France. Il ne faut pas chercher plus loin où l’opportuniste Engels a trouvé la matière de son De la situation de la classe laborieuse en Angleterre en 1844.

Tcherkessoff, un oublié parlant au nom des oubliés. Retenez sa leçon, apprentis « libertaires » :

« il est obligatoire pour nous, les anarchistes, de se rendre compte de la prétendue science de ceux qui aspirent à la dictature universelle3 ».

Skirda, quant à lui, avait retenu ce principe et son livre présente toutes les pièces du dossier. C’est pourquoi il mentionne un article concomitant de ceux de Tcherkessoff, de la plume du germaniste et traducteur Charles Andler (1866-1933), qui publie en 1901 une nouvelle traduction du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels, assortie d’une substantielle introduction et d’un commentaire.

Andler est militant socialiste mais il ne figure pas dans une formation marxiste. Il a adhéré au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane (1843-1935), typographe et communard condamné au bagne, socialiste défendant les travailleurs manuels. Les recompositions de ce parti constitueront les branches de la future SFIO. Son intérêt pour le Manifeste du parti communiste est politique, certes, mais surtout intellectuel. Il en retrace la généalogie en détaillant les multiples recompositions des sociétés communistes en Allemagne. On redécouvre avec Andler ce que l’on savait d’une connaissance archivée, comme morte, pour avoir lu les premiers textes de Marx, notamment sa Sainte Famille : l’idée du communisme existe en Allemagne depuis les années 1830 ; une société nommée la Ligue des Justes, qui relie les communistes allemands en exil (victimes de la répression dans leur pays), existe à Paris depuis 1836 et diffuse le mot kommunismus en Allemagne en 18404.

Autrement dit, Marx, qui est un lecteur vorace, ne part pas de nulle part. Il n’est pas un démiurge qui créerait ex nihilo une doctrine et un parti. Autour de lui gravitent des ouvriers artisans révolutionnaires ou de jeunes intellectuels du groupe des Jeunes Hégéliens : tous ceux-là, que le récit officiel du socialisme « scientifique » a rejetés dans les oubliettes de l’histoire, précèdent Marx. Mieux, ce dernier les fréquentant et apprenant d’eux, ils nourrissent sa pensée comme ses mots. Citons les principaux :

Wilhelm Weitling (1808-1871), compagnon tailleur, membre de la ligue des Bannis (compagnons allemands en exil, persécutés en raison de leurs idées socialistes inspirées de Gracchus Babeuf), qui contribue à la fondation de la Ligue des Justes ;

Karl Schapper (1812-1870), proche de Weitling, figure de la Ligue des Justes en exil à Londres. Il est le responsable du Comité communiste de correspondance. On lui doit l’expression

« prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » ;

Arnold Ruge (1802-1880), penseur issu de la gauche hégélienne (courant des Jeunes hégéliens), qui coédite à Paris les Annales franco-allemandes, dans lesquelles Marx fait paraître ses

3Tcherkessoff, Pages d’histoire socialiste, ouvrage cité, p. 21.

4Cf. Grandjonc Jacques. Quelques dates à propos des termes communiste et communisme. In: Mots, n°7, octobre 1983. Cadragedes sujets et dérive des mots dans l’enchaînement de l’énoncé. pp. 143-148;

premiers textes sur la « critique de la philosophie du droit de Hegel », qui comprennent certaines de ses formules phares, sur l’ « opium du peuple » ou « l’arme de la critique » se tournant en « critique des armes » (des expressions pillées chez Ruge, qui rompra vite avec Marx, jugé impérieux et avide de pouvoir) ;

Karl Grün (1817-1887), journaliste, théoricien du « socialisme vrai ». Inspiré des socialistes français (Etienne Cabet, Victor Considerant, Fourier et Proudhon), il développe un socialisme éthique et humaniste. Il se rapproche un temps de Marx avant que la rupture ne soit prononcée en 1846 car son socialisme est davantage réformiste et qu’il ne défend pas la lutte des classes. Il gagne la Belgique en 1847 mais ne rejoint pas les socialistes allemands en exil.

Citons enfin Moses Hess (1812-1875), philosophe allemand surnommé le « rabbin communiste ». Proche des artisans révolutionnaires allemands et de Grün, il donne à la religiosité juive une tournure socialiste, transférant le thème du peuple élu sur le prolétariat. C’est Hess qui introduit Marx au Doktorclub de Berlin, en 1841, auprès des trois frères Bauer et de Max Stirner (qui seront connus, dans l’histoire de la philosophie moderne, comme les

« Jeunes hégéliens »). Leurs chemins se séparent en 1843/1844, mais Hess demeure un communiste ardent, futur membre de l’Internationale.

Bientôt, Marx le savant veut toute la place. Il crée un comité à Bruxelles, où il procède en 1846 à l’épuration du parti communiste, visant à mettre à l’écart, entre autres, Weitling le tailleur. Andler le signale sans ambages :

« L’ »épuration du parti », la « critique acérée des théoriciens dénués d’aptitude », l’ »écrasement du communisme artisan et du communisme philosophique« , l’ »élimination de toute sentimentalité », furent les nécessités principales où insista Marx dans cette orageuse discussion où Heilberg se sépara de lui froidement, Seiler avec une amertume grave, Weitling avec véhémence. »

Alexandre Skirda connaît trop bien l’histoire de la Russie – qui est d’une certaine façon l’histoire des intellectuels au pouvoir – pour ne pas insister sur ces épisodes-là.

Par-delà le plagiat, c’est la question du pouvoir des lettrés qui est essentielle pour lui. C’est pourquoi son livre demeure impitoyable. Il suit le commentaire qu’Andler a joint à son édition du Manifeste du parti communiste. Le lecteur constate à nouveau ce que Marx et Engels doivent aux socialistes français, depuis Babeuf (1760-1797) et Saint-Simon jusqu’à Proudhon. Constantin Pecqueur (1801-1887), par exemple, a pensé le matérialisme historique dans son traité Des améliorations matérielles dans leurs rapports avec la liberté, en 1840.

Quant à la centralité de la lutte des classes, Andler replace cette prétendue trouvaille marxienne à sa juste place : il s’agit d’une des plus vieilles idées de la tradition socialiste, présente dans le Manifeste des égaux des babouvistes, encore chez l’insurrectionnel Auguste Blanqui (1805- 1881), ou chez Saint-Amand Bazard (1791-1832), représentant de l’aile « socialiste » du saint- simonisme. Engels, pour sa part, est une nouvelle fois étrillé pour sa copie un peu trop scrupuleuse de la méthode et du thème du livre de Buret.

Charles Andler ne criait pourtant pas au plagiat. Il ne connaissait pas la dernière série d’articles de Tcherkessoff parue dans Les Temps nouveaux. Mais son texte, pourtant impeccable, devait être disqualifié par deux gardiens du temple marxiste, Franz Mehring (1846-1919) et Karl Kautsky (1854-1938).

La lecture du Copié-collé de Marx réserve de longs passages emberlificotés de ces deux messieurs, cadres marxistes de la social-démocratie allemande (SPD). Par exemple, dans un article de Die Neue Zeit paru en 1906, Kautsky admet que les idées du Manifeste communiste

sont tirées du socialisme français et anglais. Mais il balaie la possibilité d’un plagiat. Le Manifeste reste la bible d’une conception inédite du socialisme car « scientifique », rédigée grâce au savoir encyclopédique de Marx ayant réalisé une synthèse magistrale, saluée par Kautsky dans son livre Les trois sources du marxisme (1908).

Les circonstances de la rédaction du Manifeste communiste relativisent cette appréciation, selon Skirda. Que se passe-t-il donc entre 1847 et 1848, au moment où la nouvelle Ligue des communistes chercher à se doter d’une profession de foi ?

L’organe central de la Ligue se trouve à Londres. Engels est à Paris, Marx à Bruxelles. À ce moment-là, il n’est même pas adhérent officiel de la Ligue. La dissémination des forces rend la situation opaque. On décide alors de la tenue d’une congrès communiste à Londres, en juin 1847. Or, pour constituer le mouvement il est nécessaire d’arborer son propre pavillon, qui prendra la forme d’une profession de foi éditée en plusieurs langues et diffusée dans tous les pays de l’Europe. Entre Londres, Bruxelles et Paris, le comité central s’engage pour diffuser un catéchisme communiste, proposé pour adoption lors d’un second congrès de novembre 1847. Dans cette optique, Moses Hess reprend un de ses textes de 1844 exposant les bases du socialisme « vrai », sorte d’alliance entre la gauche hégélienne et le socialisme français. En apprenant cela, Engels va manœuvrer pour éliminer la proposition de Hess et imposer son propre programme, rédigé à la hâte, qui deviendra la brochure Les principes du communisme. Mais ce texte est inabouti et lors du congrès de fin d’année, alors que l’organisation s’entend sur les buts (l’avènement d’une société sans classes et sans propriété privée) et les moyens (la domination du prolétariat renversant la bourgeoisie), une ultime mouture du texte est confiée à Marx, assisté par Engels.

Skirda livre son hypothèse : Marx est chargé en décembre 1847 de rédiger un texte programmatique à diffuser dans toutes les communes de la Ligue, au nom de l’union de tous les prolétaires. Or, entre janvier et février 1848, il s’est également engagé à préparer deux causeries pour l’Association ouvrière allemande, il visite la ville de Gand pour y établir une section locale de son association, il doit prononcer un discours en hommage au printemps des peuples en Pologne. Bref, il est accaparé. Mais on sait qu’il a reçu de Londres, le 26 janvier 1848, une lettre du Comité central de la Ligue communiste lui intimant de rendre sa copie pour le 1er février.

En un temps si court, pour ne pas perdre la face, il pare au plus pressé. En fouillant dans sa bibliothèque et ses fiches de lecture, qu’il collecte laborieusement depuis des années, il trouve le Manifeste de la démocratie au XIXe siècle, par Victor Considerant. Un texte qui circule beaucoup à l’époque, qu’il ne saurait méconnaître puisqu’il avait comme projet, dès 1845, à l’instigation Engels, de traduire Fourier et les fouriéristes, en créant une bibliothèque des meilleurs textes des socialistes étrangers.

« La solution lui saute aux yeux : il suffit de l’accommoder de quelques citations extraites de ses notes et de ses textes récents, d’y adjoindre des phrases tirées des textes de Schapper et Engels, et puis le tour est joué : le délai est tenu, la face n’est pas perdue et, étant anonyme, le Manifeste se fond sans peine durant cette période troublée, noyé parmi tous les nombreux textes programmatiques des uns et des autres5. »

En 1872, lors du congrès de La Haye, de triste mémoire pour les anarchistes (c’est le moment où la frange bakouninienne est exclue de l’Internationale), Marx et Engels (lequel n’est en

5A. Skirda, Un plagiat « scientifique » : le copié-collé de Marx, Paris, Vetché, 2019, p. 204.

réalité pour rien dans la rédaction du Manifeste) s’attribueront la paternité du texte, établissant ainsi leur socialisme « scientifique ». Le temps effacera les sources et intronisera Marx en figure prométhéenne, celle de l’intellectuel d’avant-garde, capable d’embrasser par sa science le mouvement de l’histoire. L’excentrique Tcherkessoff et le rigoureux Charles Andler, chacun dans leur registre, sauront, quant à eux, démasquer la supercherie. Sans l’enquête de Skirda, ils continueraient néanmoins de peupler les limbes de l’histoire.

Le travail d’Alexandre Skirda, écrit du point de vue des vaincus, rend justice. Non point en dénonçant ou en récriminant (bien que l’on sente parfois l’ire de l’historien pointer sous l’exposé implacable des faits) mais en revenant aux textes de ceux qui furent défaits ou calomniés par les marxistes, et Marx lui-même. Il faut citer ici la lettre prémonitoire de Proudhon à Marx, en date du 17 mai 1846, après que ce dernier a tenté d’enrôler le philosophe bisontin comme correspondant français de sa ligue internationale, tout en débinant Karl Grün, rival allemand et influence de Proudhon :

« Cherchons ensemble, si vous voulez, les lois de la société, le mode dont ces lois se réalisent, le progrès suivant lequel nous parvenons à les découvrir : mais, pour Dieu ! Après avoir démoli tous les dogmatismes a priori, ne songeons point à notre tour à endoctriner le peuple (…)

J’applaudis de tout mon cœur à votre pensée de produire un jour toutes les opinions ; faisons-nous une bonne et loyale polémique ; donnons au monde l’exemple d’une tolérance savante et prévoyante, mais, parce que nous sommes à la tête du mouvement, ne nous faisons pas les chefs d’une nouvelle intolérance, ne nous posons pas en apôtres d’une nouvelle religion, cette religion fût-elle la religion de la logique, la religion de la raison. (…)

Nos prolétaires ont si grande soif de science qu’on serait fort mal accueilli d’eux si on n’avait à leur présenter à boire que du sang. Bref, il serait à mon avis, d’une mauvaise politique pour nous de parler en exterminateurs : les moyens de rigueur viendront assez, le peuple n’a besoin pour cela d’aucune exhortation6. »

Proudhon était trop peuple pour ne pas s’attirer les foudres de la science marxienne, décochées contre lui dans Misère de la philosophie (1847). Les ronds de jambes initiaux n’étant que le prélude, en cas de refus du flatté de dépendre de son flagorneur, d’une exécution sommaire, au moins en mots. Cette lettre de Proudhon reste une des plus puissantes mises en garde contre l’avènement d’un socialisme des intellectuels.

***

Ainsi se déroule le travail d’Alexandre Skirda, dont il faut suivre le fil avec son second grand moment : la présentation de l’œuvre du révolutionnaire polonais Jan Waclav Makhaïski, parue en 1979 au Seuil, avant d’être rééditée chez Spartacus, en 2014, dans un volume enrichi de textes inédits.

Le titre de la version augmentée est Le socialisme des intellectuels. Critique des capitalistes du savoir. Qu’est-ce à dire ? Au tournant du XXe siècle, devant le spectacle de la social-démocratie allemande (Kautsky et Cie), Makhaïski décrit l’émergence d’une classe d’intellectuels, les

« capitalistes du savoir », qui se servent de la cause ouvrière afin de promouvoir leurs intérêts. Ses analyses inspirent entre 1905 et 1912, en Russie, le « makhaïévisme », activité

6Réponse de Proudhon à Marx, Lyon, le 17 mai 1846, in Karl Marx, Œuvres III. Philosophie, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1982, pp. 1483-1484.

révolutionnaire prolétarienne dirigée contre les mystifications du socialisme de la IIe Internationale.

Makhaïski naît en 1866 en Pologne russe. Tôt orphelin de père, il aide sa mère qui tient une pension de famille pour les jeunes élèves du lycée de Kielce, dans la province de Sainte-Croix. En dépit de son extraction populaire, il poursuit des études secondaires, entre à l’université pour y travailler les sciences naturelles et la médecine. Il défend dans un premier temps un socialisme nationaliste, ce qui lui vaut une première arrestation en 1891 pour introduction de littérature révolutionnaire. Il fuit ensuite à Zurich où il perd ses illusions sur les socialistes polonais et se rapproche du marxisme. Agitateur anti-tsariste et anti-capitaliste entre la Pologne et la Russie, il est emprisonné trois ans puis condamné à cinq ans d’exil en Sibérie.

Mais à cette époque le bagne en Sibérie est une sorte d’université des idées subversives. Makhaïski discute beaucoup, affine ses vues et lit énormément, au contact de sociaux- démocrates et de populistes russes (les partisans de l’aller au peuple, défenseurs de la commune paysanne avec ses traditions d’entraide et d’autogouvernement). Très vite, son jugement est fait sur la social-démocratie allemande, celle des Mehring et des Kautsky, dont il critique la voie réformiste. Autrement dit, attendre le moment où le capital se trouvera concentré entre le moins de mains possible, et, jusque-là confier le soin de la révolution aux représentants du parti qui sauront mettre fin à l’exploitation bourgeoise en prenant le pouvoir par les urnes. Tout ceci n’est que mystification fondée sur de prétendues lois du progrès historique.

Makhaïski ne s’en tient pas là. Depuis ce marxisme fossilisé, il remonte vers l’œuvre de Marx lui-même, dont il dégage les erreurs fondamentales.

Il extrait notamment de sa lecture du Capital des passages dans lesquels Marx établit la différence entre travail complexe et travail simple, la valeur du premier – travail qualifié et intellectuel, qui culmine dans celui des « cols blancs » – étant établie, selon son coût d’entretien, comme un multiple du second.

En somme, il est juste de rémunérer à proportion de son niveau d’études le travail de l’ingénieur, censé valoir x fois le travail du manœuvre. S’il existe déjà chez Marx une prime aux intellectuels, on sera alors moins disposé à admettre que Marx n’était pas marxiste (exclamation de Marx lui-même reprise par l’éditeur et marxologue Maximilien Rubel7, qui fut un ami de Skirda).

En déportation, Makhaïski rencontre Trotsky (1879-1940) en 1902, condamné en 1898 alors qu’il organisait clandestinement une union ouvrière. Trotsky adhère à la critique du réformisme que le révolutionnaire polonais entreprend. Mais il est décontenancé lorsque Makhaïski enchaîne par l’idée selon laquelle le socialisme serait un régime basé sur l’exploitation des ouvriers par des intellectuels professionnels.

Leurs chemins se séparent ici, Trotsky se vaccinant à vie, à cette occasion, contre l’anarchisme. Les idées de Makhaïski s’avèrent toutefois gênantes, puisqu’elles semblent contaminer nombre de déportés. À son retour en Russie occidentale, Trotsky en fait le rapport à Lénine, duquel il s’est rapproché (c’est l’époque où Lénine publie Que faire ?, le texte où il énonce que la conscience révolutionnaire des masses prolétaires ne pourra pas venir d’elles-mêmes mais bien d’une avant-garde extérieure capable de les éclairer) : il faudrait garder un œil sur ce

« makhaïévisme » qui se répand.

7Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, Paris, Payot & Rivages, 2000.

Après cinq ans d’exil, Makhaïski revient en Russie européenne. De nouveau arrêté, pris avec ses écrits, il est emprisonné puis assigné à résidence à Irkoutsk. Le 1er mai 1902, on trouve sur lui un tract antitsariste et antisocialiste, qui lui vaut sept nouvelles années d’exil en Sibérie.

Lors d’un transfert de prison, il parvient à s’évader et migre vers la Suisse. En 1903, il s’installe à Genève avec sa jeune femme et commence, en 1905, à mettre en forme et éditer des brochures (La banqueroute du socialisme du XIXe siècle ; La révolution bourgeoise et la cause ouvrière), ainsi qu’une réédition d’une revue, Le Travailleur intellectuel, entamée lors de ses années d’exil. La première révolution russe coïncide avec le développement du « makhaïévisme », qui soutient en substance l’idée suivante :

« Les intellectuels, dès qu’ils reçoivent le droit de gouverner l’État, cessent immédiatement de se rebeller et s’efforcent seulement de conserver l’ordre qui les consacre en gouvernants et maîtres, tandis que les ouvriers restent condamnés pour la vie à un travail manuel servile ».

En 1907, craignant la répression, Makhaïski quitte la Russie et gagne la Suisse puis la Pologne. Quasiment seul, il publie en 1908 une revue intitulée La conspiration ouvrière, qui critique l’opposition établie par les socialistes « légitimes » entre la classe ouvrière, la paysannerie et le

« lumpenprolétariat », ces « houligans » qui ramènent la question sociale à celle, fondamentale, de la faim.

On le retrouve entre 1909 et 1911 dans un village de montagne à la frontière polono- autrichienne. Il émigre en France, où il travaille comme simple employé de banque, jusqu’à ce que la révolution de 1917 le surprenne et suscite son enthousiasme initial. Mais, après son retour, il devient très vite critique. En réalité, ce qu’est en train de réaliser Lénine n’est que la confirmation des thèses que Makhaïski développe depuis vingt ans.

Il publie en juillet 1918 la revue Révolution ouvrière dans laquelle il écrit que depuis octobre 1917 c’est l’intelligentsia qui a capté le pouvoir gouvernemental et gère une « bureaucratie populaire ».

Son journal arrête néanmoins sa parution. Makhaïski, amoindri par ses années de privation, tombe malade. Il vit d’un travail de correcteur dans une revue officielle, nommée L’économie populaire. Il meurt en 1926 d’un infarctus, dont Skirda estime qu’il lui a évité d’être purgé dans les années 1930. Une notice nécrologique dans la Pravda s’attache à réfuter ses thèses, tenues pour « démagogiques ». Il est certain que révéler les mensonges des Bolchéviks à l’égard des travailleurs, c’est de la démagogie (on dirait aujourd’hui, dans un langage abâtardi, du

« populisme »). Au fait, en russe, « pravda » signifie « vérité »…

Une vie pour des idées et une prémonition, martelée dans tous ses textes : les prolétaires ont plus d’ennemis que ne veut bien l’admettre le Manifeste du parti communiste de Marx. Ces ennemis duplices, ce sont précisément les théoriciens du socialisme marxiste et tous ceux qui, à leur suite, seront chargés d’encadrer la société « émancipée » des rapports de production bourgeois. Que disent-ils ? Quel est le credo dont ils sont les gardiens ? Il tient en quatre points :

  1. la société communiste est le but à poursuivre, un état où les inégalités sociales seront abolies.

  2. la société capitaliste conduit nécessairement à cette société communiste car elle développe les forces productives de telle façon que les rapports de production ne peuvent plus être maîtrisés en son sein.

  3. le prolétariat est le seul capable de mener à bien ce renversement, il est la classe révolutionnaire.

  4. les intellectuels qui pèsent sur le mouvement de l’histoire doivent encourager ce développement des forces productives et éduquer en parallèle la classe ouvrière, en utilisant à leurs fins les instances démocratiques (élections, parlement, gouvernement).

Il s’agit en d’autres termes de former un parti politique, c’est-à-dire une machine à agréger des adhérents et des voix, dont les figures éminentes soient en mesure de gérer la production capitaliste au nom des intérêts collectifs, une fois atteint le stade de développement adéquat. Ce qui signifie que ces meneurs seront en position de gouverner sur la base de leur capacité à embrasser « scientifiquement » les lois de l’histoire.

Dans le tableau sociologique dépeint par Makhaïski, il existe ainsi une frange démocratique de la bourgeoisie, vouée à encadrer le processus de production. Ce sont les travailleurs spécialisés – ingénieurs, scientifiques, gestionnaires et personnels administratifs – et les intellectuels imbus d’idéologie – avocats, journalistes, professeurs -, dont telle est la vocation, mais qui se retrouvent écartés, sous le capitalisme, des leviers de commande qui restent aux mains de l’oligarchie industrielle.

Tous ceux-là, hier comme aujourd’hui, n’ont à la bouche que les mots de « démocratie », d’élection, de représentation, d’intérêt général (ou bien, chez les plus « libertaires », ceux d’autogestion, d’horizontalité, de convergence des luttes ou d’intersectionnalité). Il s’agit pour eux du moyen d’accéder à une position de pouvoir conforme à leur niveau d’études. Ces

« agents dominés de la domination » ( André Gorz) sont en effet tiraillés entre deux pôles : d’un côté, ils sont trop proches du capital pour renoncer à leurs privilèges durement acquis dans le système universitaire ; d’un autre côté, trop éloignés des postes de commande pour ne pas céder devant les actionnaires et les industriels, ils se ressentent prolétarisés.

Le socialisme est ainsi l’idéologie par excellence des intellectuels : il laisse intactes leur fonction et leur importance tout en s’attaquant à l’appropriation du système industriel par un petit nombre d’actionnaires et de capitalistes, qu’il s’agira d’expulser du pouvoir au nom du sujet révolutionnaire.

À l’époque de Makhaïski, il s’agit du « prolétaire », c’est-à-dire de l’ouvrier (et non plus, déjà, du paysan). Mais il suffit de se projeter à la diable au XXIe siècle, pour voir des instances idéologiques, telles la fameuse Fondation Terra Nova dans son rapport sur la majorité électorale8 souhaitable pour la gauche en 2012, théoriser le remplacement de l’ancien sujet révolutionnaire ouvrier, abandonné au futur Rassemblement National, par les nouveaux clients de l’offre socialiste : jeunes, « racisés », « queer », etc.

Les couleurs changent, comme les théories américaines chargées d’accréditer cette mutation. Le modèle d’accaparement du pouvoir par la classe des intellectuels demeure.

Revenons à l’époque de Makhaïski, celle où se déploie la IIe Internationale en Europe. Celle, aussi, où le parti ouvrier social-démocrate de Russie monte en puissance. Un parti scindé lors du 2e congrès de Londres, en 1903, entre une aile « menchévik » – qui signifie « minoritaire » en russe, bien que les « menchéviks » aient été en règle générale majoritaires – et une aile

« bolchévik » – qui signifie « majoritaire » bien que les bolchéviks ne l’aient été qu’une seule fois !

Quoi qu’il en soit, tous parlent à peu près le même langage : « forces productives », « rapports de production », « concentration du capital », « développement historique », « renversement de la bourgeoisie », « dictature du prolétariat ». Or Makhaïski montre qu’il existe un antagonisme plus profond que celui opposant les capitalistes aux prolétaires, les patrons aux ouvriers.

8 En ligne sur www.piecesetmaindoeuvre.com

Il faut comprendre comment les savants dirigeants s’opposent aux exécutants, et comment ils extraient du travail de ces derniers une plus-value. En défendant l’appropriation collective des moyens de production capitalistes, l’intelligentsia peut se retrouver aux commandes et assurer sa domination sur la « plèbe des bras calleux » (selon une expression de l’anarchiste Kropotkine) sous couvert d’anticapitalisme. C’est que l’avènement de la société communiste sera indéfiniment repoussé le temps que les « rapports de production » soient mûrs. Le socialisme retrouvant alors la fonction de toutes les religions : la « justification de l’ordre existant », mais sous la forme de la science9.

Lénine et Trotsky, avant comme après la révolution de 1917, confirmeront pleinement les vues de Makhaïski en justifiant l’appareil de contrôle bureaucratique de l’État prolétarien. Citons d’abord Lénine pour ce chef d’œuvre de « dialectique » – l’État, tout dépend de ce qu’on en fait –, qu’Alexandre Skirda relève dans sa présentation :

« Nous ne voulons pas comprendre que lorsque nous disons “ État ˮ, cet État, c’est nous, c’est le prolétariat, c’est l’avant-garde de la classe ouvrière. Le capitalisme d’État est un capitalisme que nous saurons limiter, dont nous saurons fixer les bornes, ce capitalisme d’État est rattaché à l’État, mais l’État, ce sont les ouvriers, c’est la partie avancée des ouvriers, c’est l’avant-garde, c’est nous10. »

Trotsky, maintenant, au sujet de la dégénérescence bureaucratique de l’État soviétique :

« Le contenu social de la dictature de la bureaucratie est déterminé par les rapports de production que la révolution prolétarienne a établis. Dans ce sens, on a plein droit de dire que la dictature du prolétariat a trouvé son expression, défigurée mais incontestable, dans la dictature de la bureaucratie11. »

Skirda commente : « en affirmant que la révolution survivait tout de même dans la conscience des travailleurs soviétiques, qui devaient irrémédiablement renverser la bureaucratie usurpatrice », Trotsky cherchait à minimiser son propre rôle dans l’asservissement du prolétariat russe à un État « hyper-policier12 ». N’oublions jamais le mot de Lénine : « un bon communiste est aussi un bon tchékiste [c’est-à-dire un membre de la Tchéka, la police politique bolchévik créée dès le 20 décembre 1917] ».

Telle est la contribution de Jan Waclav Makhaïski non seulement à la compréhension de l’histoire du XXe siècle mais encore à la psychologie militante, tant son analyse s’enfonce dans les arcanes du ressentiment, de la soif de reconnaissance et de la volonté de puissance. Était-il un anarchiste ? Il décoche pourtant des traits contre les anarchistes, notamment dans leur version « anarcho-syndicaliste », les accusant de singer la complaisance réformiste des marxistes « gradualistes » avant d’atteindre un hypothétique « but final » – en Allemagne, au début du XXe siècle, c’est Édouard Bernstein (1850-1932) qui représente ce réformisme, en substituant l’évolution à la révolution.

Néanmoins, c’est bien à un fonds d’idées anarchistes que Makhaïski se rattache, en reprenant à son compte l’avertissement de Bakounine, formulé à l’encontre de Marx dans Étatisme et

9Makhaïski, La banqueroute du socialisme du XIXe siècle, 1905.

10Discours au XIe Congrès du Parti, en 1922. Cité in Makhaïski, Le socialisme des intellectuels, Seuil, 1979, p.72.

11Trotsky, Nature de l’État soviétique, Paris, Maspero, 1969, p. 33.

12Makhaïski, Le socialisme des intellectuels, op. cit., p. 77.

anarchie, sur le règne de l’intelligence scientifique, cette hiérarchie de savants réels et fictifs qui diviseront la société en deux parties irréconciliables. C’est encore chez le géant russe qu’il trouve l’incitation à mêler les déclassés, marginaux ou « houligans » – en somme ceux qu’on appelait au Moyen Âge les « désespérés » – à l’action révolutionnaire contre le capitalisme.

Quant à la critique de la division entre intellectuels et manuels, comme du rapport entre travail complexe et travail simple, Kropotkine (1842-1921) la développe dans La conquête du pain (1892). Durant ses années d’exil, les conceptions prégnantes dans les milieux fréquentés par Makhaïski étaient celles du socialisme dit « utopique » – le travail de Skirda nous permet désormais d’estimer la pertinence de cet adjectif – et du populisme russe ; ces narodniki exaltant les vertus de la commune paysanne, qui ne vont pas reculer devant la lutte armée et l’attentat (assassinat du tsar Alexandre II en 1881 ; tentative d’assassinat de Lénine le 30 août 1918 par Fanny Kaplan (1890-1918), membre du Parti socialiste-révolutionnaire de Russie, dont les origines remontent au populisme du dernier tiers du XIXe siècle).

À ce sujet, nous rappelle Skirda, on a découvert tardivement un Marx narodnik (c’est-à-dire

« populiste »), qui se met à l’apprentissage de russe et correspond à la fin de sa vie avec la populiste Vera Zassoulitch (1849-1919), membre du mouvement Terre et Liberté, traductrice en russe, en 1882, du Manifeste du parti communiste, avant de devenir elle-même marxiste.

À la lumière du contexte économique, social, culturel et naturel de la paysannerie russe, le philosophe envisage alors une voie différente pour l’avènement du socialisme, qui ne s’inscrirait pas dans le schéma historique du dépassement du capitalisme créant ses propres fossoyeurs. La commune archaïque (l’obshchina) jouerait ici un rôle central, en formant la cellule de base d’une organisation politique et économique décentralisée. Preuve supplémentaire, aux yeux des marxologues, que Marx n’était pas marxiste13 : lui a douté de tout, y compris de sa propre science, jusqu’à la fin de sa vie ; eux, Engels en tête, ont fait de ses idées des dogmes à imposer aux crédules. Soit. Skirda constate néanmoins que les écrits populistes de Marx sont restés à l’état de brouillons et qu’il n’a pas jugé bon de les publier. Ainsi, cette circonstance limite la portée de cette œuvre posthume, « laquelle en tout état de cause ne saurait constituer qu’une sorte de « testament officieux »14 ».

Qu’on le veuille ou non, le marxisme est resté une idéologie de savants, et une bonne partie de la recherche de Skirda consiste à montrer que, tant par son rapport au pouvoir que par sa conception du travail intellectuel, Marx est en syntonie avec les marxistes.

C’est ce que Makhaïski avait établi, en remontant des épigones vers le maître. Anarchiste, populiste, insurrectionnaliste, les étiquettes importent peu. L’important reste de reconnaître comment le révolutionnaire polonais a pavé la voie pour un Panaït Istrati (1884-1935) —

« Toute organisation ne profite et ne profitera jamais qu’aux organisateurs15 » – ou un George Orwell (1903-1950) – « [le] vœu secret [de l’intelligentsia britannique russophile est] la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet16. »

Leur conclusion est également celle d’Alexandre Skirda, en 1978 (première présentation des textes de Makhaïski) comme en 2014 (réédition) – ou aujourd’hui, s’il était encore des nôtres :

13Voir une tentative récente de ce genre : Michael Löwy/ Paul Guillibert, Marx narodnik, Montreuil, L’Échappée, 2025.

14Ibid, p. 38.

15Panaït Istrati, Vers l’autre flamme, 1933.

16George Orwell, « James Burnham et l’ère des organisateurs », 1946.

force est de constater, dit-il, que le socialisme marxiste et les sciences sociales marxisantes attirent toujours ceux qui aspirent à contrôler la machine pour le « bien commun ». Ils ont pour vocation « d’huiler la machine et d’éviter les grains de sable » en dévoyant les conduites subversives. Voyez, parmi tant d’autres, les déclarations du philosophe marxiste-léniniste et platonicien Alain Badiou à l’époque des Gilets Jaunes – lesquels, sur les rond-points, ont renoué spontanément avec l’inspiration des communautés de délibération (que l’on peut traduire, en russe, par le mot soviet) : « je n’y vois rien qui m’intéresse ».

En effet, « ce sympathique carnaval » sans « direction incarnée » ni « organisation disciplinée17 » ne pouvait impressionner le grand intellectuel de la rue d’Ulm et penseur de l’idée du communisme. En dépit de ce que le philosophe-roi et sa cour d’étudiants peuvent penser d’eux-mêmes, il y a un monde entre des gens de cette engeance et un Alexandre Skirda. Les premiers n’aspirent qu’à mater la meute du haut de leur sapience18 tandis que le second, par son seul exemple, encourage tout un chacun à s’instruire, avec comme seule boussole la vérité.

***

Ces deux recherches, sur le copié-collé de Marx révélé par Tcherkessof et sur les écrits de Makhaïski, justifieraient à elles seules de faire de Skirda une lecture obligée pour tous ceux qui se font fort de comprendre les ressorts de la domination. Néanmoins, elles ne constituent qu’une partie de l’œuvre du cosaque historien. En effet, de la même façon qu’il avait eu vent de l’affaire du copié-collé dès les années 1960, c’est à cette même époque qu’il entreprend de faire la lumière sur un épisode tragique de la révolution russe, qui a révélé la véritable nature du

« communisme » léniniste : l’écrasement de la révolte des marins de Kronstadt par l’Armée rouge de Trotsky, en mars 1921.

Un premier ouvrage sur cette question verra le jour en 1972, intitulé Kronstadt 1921. Prolétariat contre bolchévisme. Le décor est planté. Mais puisque Skirda creuse inlassablement son sillon en quête d’archives inédites, il ne lâche pas son sujet, interroge des marins survivants de l’époque et parvient à consulter un grand nombre d’archives publiées en russe après l’effondrement de l’U.R.S.S., qui racontent presque jour après jour les évènements de Kronstadt.

Les quasi 400 pages résultant de quarante années de recherches paraissent en 2012 sous un nouveau titre, Kronstadt 1921. Prolétariat contre dictature communiste19. Une nouvelle somme indispensable pour qui souhaite comprendre l’occasion qui fut manquée en 1921 par les véritables défenseurs des soviets, de sorte que, leur destruction actée, la dictature communiste allait se stabiliser pour étrangler la Russie pendant 70 ans, avant de laisser la corruption capitaliste à tous les étages achever définitivement le pays, de 1991 à nos jours.

Pour comprendre l’enjeu, il est nécessaire de savoir où se situe Kronstadt et de revenir sur le contexte politique et social russe en 1921.

Kronstadt est le nom d’une ville de la mer Baltique, située sur l’île de Kotline dans la baie de Saint-Pétersbourg (rebaptisée Petrograd de 1914 à 1924), à une trentaine de kilomètres de l’ancienne capitale fondée par l’empereur Pierre le Grand (1672-1725). Peuplée d’environ 50 000 habitants, Kronstadt est dès cette époque une base navale, entourée de forteresses, dont les marins apparaissent comme les sentinelles de Saint-Pétersbourg. Pendant l’année 1917, les marins de la Baltique jouent un rôle de premier plan dans le renversement du gouvernement

17Cf. Revue Lignes, mai 2019.

18On lira ou relira avec profit Marius Blouin, Alain Badiou nous attaque. Et nous faisons humblement notre auto- critique, sur www.piecesetmaindoeuvre.com.

19Aux éditions de Paris Max Chaleil, 2012.

réformiste de Kerensky, composé de socialistes et de libéraux de la Douma (l’assemblée russe), qui permet aux Bolchéviks – on a indiqué plus haut la signification de ce terme – de prendre le pouvoir et de mettre en œuvre, en octobre 1917, de véritables avancées sociales (entre autres la journée de huit heures ou l’abolition de la peine de mort). Les marins de Kronstadt incarnent le pouvoir exercé par les soviets – des conseils de travailleurs ou de paysans, qui sont historiquement le lieu où l’on palabre -, autrement dit la seule démocratie possible : directe.

Ils sont donc les premiers soutiens du régime communiste – nommé ainsi après que Lénine a rebaptisé son parti ouvrier social-démocrate, dont les Bolchéviks sont l’aile prétendument majoritaire, d’après le Manifeste de Karl Marx – en qui ils voient un authentique espoir révolutionnaire, d’autant que Lénine parsème sa propagande de mots d’ordre anarchisants tels que « tout le pouvoir aux soviets » ou « la terre au paysan, l’usine à l’ouvrier ».

Néanmoins, en 1917, la Première Guerre mondiale n’est pas terminée. La Russie a conclu une alliance avec la France et doit combattre contre l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois. Les soldats russes, sous-armés, continuent de subir de lourdes pertes. Le 3 mars 1918, le gouvernement bolchévik signe, face à l’Allemagne, la paix de Brest-Litovsk, qui ampute son territoire de la Finlande et de l’Ukraine, qui deviennent indépendantes, ainsi que des pays Baltes et d’une partie de la Biélorussie qui passent sous contrôle allemand.

Lénine ne voit pas dans la signature de ce traité une défaite, mais un moyen de sauver la révolution alors que la guerre civile fait rage. Le nouveau régime doit en effet combattre l’armée blanche, qui cherche à restaurer le tsarisme, dans des affrontements qui ne toucheront à leur fin qu’en novembre 1920, par la défaite du général Wrangel en Crimée. La production industrielle a été organisée dans le seul but de la guerre, pour soutenir l’activité des villes. Mais la Russie est un pays composé aux 9/10e de paysans et dont les ouvriers eux-mêmes sont de souche paysanne.

La négation de cette réalité par le pouvoir bolchévik, au motif qu’un seul prolétaire est plus fort que 200 paysans (dixit Lénine), a des conséquences terribles. La politique du « communisme de guerre » se traduit par des réquisitions, effectuées par des comités ad hoc, des récoltes des paysans afin de nourrir les villes. Il faut prendre au paysan non seulement son surplus mais encore sa nourriture de base pour en approvisionner les villes et l’Armée rouge. L’interdiction d’entrer en possession de biens communs (poissons, bois) sous prétexte qu’ils seraient la propriété de l’État, vient ajouter au désespoir de la situation. La population, affamée, est exsangue. Aux jacqueries réprimées par le pouvoir succèdent les menées des réactionnaires tsaristes, qui entendent profiter de la situation. Lénine parvient cependant à tourner à son profit cette escalade de la violence, en agitant le spectre de la contre-révolution, principale menace à écarter coûte que coûte.

Mais une fois les armées blanches définitivement repoussées, à la fin de l’année 1920, c’est l’explosion. Les bolchéviks ont sauvé la révolution, le sort des ouvriers devrait s’améliorer, pourtant le combustible et le pain manquent toujours, les réquisitions continuent, la Tchéka et l’armée accentuent leur surveillance et l’élimination des récalcitrants (la peine de mort ayant été réintroduite), pendant que les hauts fonctionnaires du Parti ne se privent de rien : bain chaud, chauffage central, scolarisation des enfants dans des institutions spéciales.

Un mouvement de révolte se diffuse dans les grandes villes, avec une série de grèves. L’état de siège est déclaré. L’un des soulèvements les plus marquants a lieu à Petrograd, qui fut en 1917 l’un des fers de lance de la révolution des soviets. Les marins de Kronstadt se rendent en ville et en reviennent avec les résolutions suivantes, adoptées le 1er mars 1921 sur le croiseur Petropavlosk avec l’assentiment, tacite ou explicite, de la majorité des membres du Parti présents lors des assemblées.

Alexandre Skirda donne le détail de ces résolutions, qui rétablissent en Russie le pouvoir des soviets contre la terreur communiste. Voici les principales :

  • Maintien des libertés fondamentales, notamment la liberté de parole pour les ouvriers, paysans, anarchistes et socialistes révolutionnaires, la liberté de réunion et d’organisation.

  • Libération des prisonniers.

  • Suppression des sections politiques soutenues par l’État.

  • Restitution aux paysans du droit de travailler leur terre sans employer de main d’œuvre salariée.

  • Égalisation des rations alimentaires des travailleurs, à l’exception de ceux qui font des travaux pénibles.

Le 2 mars 1921, un Comité révolutionnaire provisoire est nommé, dont le président sera Stepan Pétritchenko (1892-1947), fourrier-chef sur le « Petropavlosk ». Skirda le décrit ainsi dans l’introduction à son premier livre sur la question, en 1971 : un « solide gaillard », originaire de la province de Poltava en Ukraine, entré dans la flotte en 1912. Les Bolchéviks, qui conçoivent à son égard une haine sans bornes, cachent en général qu’il fut membre du Parti Communiste pendant près d’un an à partir de 1919, le Pétropavlovsk étant considéré comme un bastion du communisme avant les événements, car il avait pris une part très active à la défaite des putsch de gardes blancs.

Les Bolchéviks essaient de le rabaisser le plus possible en l’étiquetant tour à tour comme nationaliste ukrainien, puis Socialiste Révolutionnaire de gauche, et enfin sympathisant makhnoviste et anarchisant, ce qui paraît plus plausible étant donné qu’il était retourné en Ukraine d’avril à octobre 1920 et avait dû subir l’influence de la Makhnovchtchina. Pétritchenko n’est pas un anarchiste revendiqué, c’est un sympathisant, si l’on veut, mais sa priorité, comme celle de la quinzaine de membres du Comité révolutionnaire, est ailleurs : vivre conformément aux aspirations des soviets.

C’est le début de la commune de Kronstadt : des troïkas révolutionnaires sont instaurées dans chaque unité de base, elles coordonnent le travail du Comité Révolutionnaire Provisoire avec la volonté de la masse. La commune retrouve l’aspiration originelle à une prise en mains de la vie sociale et économique de Kronstadt par les Kronstadiens eux-mêmes.

La réaction bolchévik donne la mesure du tournant historique qui va avoir lieu. À Petrograd, où l’on suit de près la révolution soviétique de Kronstadt, le Comité de défense bolchévik donne l’ordre de tirer à vue sur tout attroupement. Dans la nuit du 7 au 8 mars, les premières offensives gouvernementales ont lieu. Trotsky lui-même supervise les opérations de ses quelque 20 000 hommes, contre 10 000 marins et 4 000 soldats rouges, qui ne sont pas tous équipés pour combattre (leurs bottes de feutre étant utiles sur les navires mais pas sur la neige ni sur la glace qui entourent l’île).

Jusqu’au 17 mars, les marins résistent, affamés et à court de minutions après huit jours de veille ininterrompue. Sentant leur fin inéluctable, ils décident d’évacuer par troupes successives la forteresse pour gagner la Finlande. En réalité, énonce Skirda, le nombre de morts parmi les insurgés n’est pas si élevé. Il va le devenir si l’on compte le sort des prisonniers et des marins exilés incités à revenir en Russie grâce à une prétendue loi d’aministie adoptée en 1922. Dès leur retour, ils sont envoyés dans des geôles tchékistes pour y être fusillés après un procès sommaire, ou encore condamnés aux travaux forcés. On compte 3000 morts, là où les responsables bolchéviks arrêtés à Kronstadt et faits prisonniers avaient été ensuite libérés par les marins, sans avoir été torturés ni agressés.

Le 18 mars, fin de la Commune de Kronstadt, les Bolchéviks ont le front de fêter, lors du Xe Congrès du PCUS, le début de la Commune de Paris (18 mars 1871). La Russie a définitivement basculé dans l’ère du « mensonge déconcertant » (selon le mot d’Ante Ciliga20). Lire Alexandre Skirda, c’est ne pas s’y laisser prendre. Il préfère quant à lui renvoyer au dernier numéro du journal (izvestia) des insurgés de Kronstadt, dans lequel figure cette chanson :

« Une nouvelle aube apparaît, Débarrassons-nous des chaînes de Trotsky, Jetons bas le tsar Lénine,

Donnons la liberté au Travail,

Répartissons-nous la terre, les fabriques et les usines, Le Travail instaurera l’égalité,

Et avec le Travail libre,

La fraternité de tous arrivera, Ou sinon alors jamais. »

Et de rappeler la déclaration du 8 mars 1921 :

« C’est ici, à Kronstadt, qu’est posée la première pierre de la 3e Révolution, celle qui brise les dernières chaînes des masses laborieuses et ouvre une nouvelle et large voie pour l’édification socialiste. Cette nouvelle révolution mettra ainsi en marche les masses laborieuses de l’Est et de l’Ouest, devenant l’exemple d’une nouvelle construction socialiste, opposée à « l’ordre » bureaucratique des bolchéviks, convainquant les travailleurs étrangers de toute évidence que ce qui a été accompli chez nous jusque-là, au nom des ouvriers et des paysans, n’était pas du socialisme. Les ouvriers et les paysans doivent aller en avant, de manière irréversible, laissant derrière eux l’Assemblée Constituante et son régime bourgeois, la dictature du Parti Communiste, des tchékas et du capitalisme d’Etat, qui étouffent le prolétariat et menacent de l’étrangler définitivement. »

Stépan Pétritchenko, on l’a dit, fut un des artisans de cette 3e révolution russe, ensevelie sous la terreur léniniste. Le cœur se serre à la lecture de cette déclaration du marin : « les communistes peuvent fusiller les kronstadiens, ils ne pourront jamais fusiller la vérité de Kronstadt ». Autrement dit, la vérité du pouvoir des soviets et non du Parti. La palabre et la commune humanité contre le contrôle bureaucratique de la machine. Mais l’histoire du XXe et du XXIe siècle a donné tort à Pétritchenko. D’où la valeur du travail d’Alexandre Skirda. Sans son abnégation, qui se souviendrait avec tant de détails de la vérité de Kronstadt ?

***

Pétritchenko était passé par l’Ukraine où, en 1920, combattait encore la Makhnovtchina. Skirda suppose qu’il a ramené à Kronstadt un peu de l’esprit anarchiste des combattants ukrainiens. C’était aussi l’héritage familial de notre historien. C’est pourquoi il était naturel qu’il peigne le portrait de Nestor Makhno (1888-1934), légendaire guerrier de l’anarchie, qui reste le plus connu (bien qu’encore superficiellement) de ces personnages iconoclastes que le travail de

20Ante Ciliga (1898-1992), militant marxiste croate, fondateur du Parti communiste yougoslave, antistalinien. Arrêté en 1930 en Russie par la police politique stalinienne (la Guépéou), il sera emprisonné puis déporté jusqu’en 1935. Il publie en 1938 Dix ans au pays du mensonge déconcertant. Il a également écrit sur l’insurrection de Kronstadt et la destinée de la Russie.

Skirda nous a fait rencontrer. Il faut lire sur ce point son Nestor Makhno. Le cosaque libertaire21 et son édition des Mémoires22 de Makhno, de nouveaux travaux adossés à la consultation d’un fonds d’archives russes de 450 documents.

Né dans une famille de paysans à Gouliaï-Polié, un gros bourg d’environ 20 000 habitants situé en Ukraine méridionale, Makhno est d’abord berger puis ouvrier agricole. À son époque, l’Ukraine est dans une situation particulière. L’abolition du servage en 1861 n’a pas contribué à redonner à la commune paysanne (le Mir) le contrôle de la terre. En réalité, les terres ont été divisées en petits lots, qui se sont avérés insuffisants pour nourrir les paysans, contraints dès lors de se louer à de riches propriétaires ou de se vendre à l’usine, dans des villes alors en expansion.

Depuis le XVIIIe siècle et le règne de Catherine II, le pays avait été ouvert à l’émigration allemande puis à une colonisation juive, de sorte qu’Allemands, Russes et Juifs se retrouvaient autour des activités industrielles, bureaucratiques ou financières, accusant le contraste entre la ville et la campagne. Acquis aux idées anarchistes, Makhno a 17 ans lorsqu’il participe à la révolution de 1905, qui fait suite au fiasco de la guerre russo-japonaise. Arrêté une première fois en 1908, soupçonné du meurtre d’un commissaire de police, il est condamné à mort mais, compte tenu de son jeune âge, sa peine est commuée en travaux forcés à perpétuité. Il est transféré à la prison des Boutirki à Moscou, où il reste pendant neuf ans. Il y parfait sa connaissance des idées anarchistes et rencontre Piotr Archinov (1887-1938), sympathisant bolchévik vite passé à l’anarchisme. Les deux hommes deviennent proches et se retrouveront en exil en France après 1921.

Libéré en 1917 par le gouvernement révolutionnaire provisoire, Makhno revient en Ukraine où il est élu président du soviet de Gouliaï-Polié. Avec ses compagnons, il incite à la formation de communes agricoles et d’associations ouvrières où les travailleurs décident de leur production en fonction de leurs besoins collectivement établis.

La guerre continue et lorsque les Bolchéviks prennent le pouvoir en octobre 1917, il semble naturel de les soutenir tant leurs mots d’ordre, on l’a rappelé, vont dans le sens de la révolution libertaire. Le traité de Brest-Litovsk, signé par Lénine en mars 1918, rebat les cartes, comme on l’a vu plus haut. En cédant l’Ukraine – entre autres – pour sauver la révolution, le régime bolchévik laisse un corps expéditionnaire de 600 000 soldats allemands et austro-hongrois envahir les Terres noires – ce fameux « grenier à blé » de la Russie. C’en est fini de la révolution sociale, les anciens possédants reprennent le pouvoir et les paysans réfractaires sont écrasés. Provisoirement, du moins, car Makhno n’entend pas en rester là.

Au printemps 1918, il entame en effet une pérégrination de plus de deux mois à travers la Russie. Il constate que la réalité du pays est aux antipodes de ce que le régime prétend et promet : les ouvriers sont accablés, l’appareil policier omniprésent, les dissidents éliminés. Au Kremlin, il finit par rencontrer Lénine. Le paysan autodidacte aborde les questions pressantes de l’heure avec l’intellectuel, lequel cherche à le confondre en maniant la casuistique. L’admiration le cède, chez Makhno, à l’irritation lorsque Lénine persifle les anarchistes qui n’ont pas les pieds sur terre et seraient incapables de penser au présent. Un attachement possible se rompt chez Makhno, qui réplique à Lénine :

« Les anarchistes-communistes d’Ukraine, ou du sud de la Russie, comme vous la nommez, vous communistes-bolchéviks, en évitant de l’appeler par son nom, ont

21Aux éditions de Paris/ Max Chaleil, 1999.

22Nestor Makhno, Mémoires et écrits. 1917-1932 (présentation et traduction par Alexandre Skirda), Paris, Ivrea, 2009.

donné de nombreuses preuves de leur attachement au présent. (…) Vos bolchéviks sont absents des campagnes ou, s’il s’en trouve, leur influence est nulle. Presque toutes les communes, ainsi que les collectifs de travail, ont été mis sur pied à l’initiative des anarchistes-communistes. La lutte armée contre la réaction s’est engagée sous leur direction idéologique et leur action organisatrice exclusives. Ce n’est pas l’intérêt de votre parti de le reconnaître, mais vous ne pouvez nier les faits 23».

Makhno rejoint clandestinement l’Ukraine et, de retour au pays en juillet 1918, il se lance dans les préparatifs d’une insurrection de longue haleine contre les occupants locaux (notamment les colons allemands).

L’épopée du cosaque Makhno est en marche. Dérobant leurs attelages aux allemands, il bâtit la tatchanka, arme légendaire de la Makhnovtchina, composée d’une mitrailleuse et de plusieurs hommes tirés par trois ou quatre chevaux. Cette unité mobile va se révéler fort efficace. Bientôt Makhno gagne la sympathie de la paysannerie. Avec l’armistice de novembre 1918, les troupes austro-allemandes quittent l’Ukraine. Mais les armées blanches, prêtes à ressusciter l’Empire, se présentent à l’horizon. Leur menace se double de celle de nationalistes ukrainiens, partisans d’un État bourgeois traditionnel, qui ont pris le contrôle des grandes villes et de la partie occidentale du pays.

À partir de décembre 1918 et pendant un an et demi, l’armée révolutionnaire d’Ukraine, unie autour du « petit père » (Batko) Makhno, animée par les trois principes du volontariat, de l’auto- discipline et de l’élection, va défendre la révolution sociale contre le retour de la bourgeoisie et des Blancs. Ces derniers, sous les ordres du général Dénikine, seront les plus dangereux.

Dans les faits, en tenant tête aux armées blanches, les makhnovistes préservent les chances de la révolution d’octobre. Mais leurs principes étant tout autres, ils échappent à l’emprise des Bolchéviks. Ces derniers tentent de maintenir leur pouvoir sur la Makhnovtchina en réduisant son approvisionnement en armes, mais les masses insurgées refusent de se laisser absorber par l’Armée rouge.

Le pouvoir communiste va jouer un double jeu avec l’armée insurrectionnelle d’Ukraine : l’utiliser pour repousser la menace de restauration tsariste tout en cherchant le moment propice pour l’écraser afin d’éviter toute contamination anarchiste. Une alliance de circonstances permet à la cause de la révolution, sous les ordres de Makhno, de triompher des troupes de Dénikine à la fin de 1919. Dès janvier 1920, les combattants makhnovistes sont déclarés proscrits et hors la loi et le régime communiste-tchékiste s’empare de l’Ukraine méridionale, en massacrant les paysans réfractaires. Skirda énonce le chiffre de 200 000 morts, avec autant de déportés.

On l’a signalé plus haut, les combats se prolongent jusqu’à la fin 1920, les partisans de Makhno jouant un rôle majeur pour déloger les troupes du général Wrangel en Crimée. C’est alors que les Bolchéviks ont les coudées franches pour se débarrasser des makhnovistes, suivant en cela le mot de Lénine exhortant à « l’extermination complète de Makhno » – un ordre pleinement reçu par Trotsky, compte tenu de l’aversion de ce dernier pour la paysannerie.

La 4e armée bolchévik de Crimée reçoit l’ordre d’agir contre les makhnovistes par « tous les moyens à sa disposition et de toutes ses forces militaires ». Des milliers d’insurgés contre 150 000 soldats, au bas mot, engagés dans des batailles sous un froid glacial. L’inéluctable advient, bien que Makhno parvienne à mettre en déroute plusieurs unités rouges, se frayant également un passage pour quitter finalement l’Ukraine le 28 août 1921. Quelques mois à peine après l’écrasement de la Commune de Kronstadt.

23Makhno, Mémoire et écrits, ouvrage cité, p. 291.

Passant par la Roumanie, la Pologne et l’Allemagne, Makhno arrive en France en 1925. Le combattant mythique trouve un bref emploi de tourneur chez Renault, puis s’installe à Vincennes en compagnie de sa femme et de sa fille. Marqué par les blessures, souffrant de la tuberculose, il se consacre à la propagande anarchiste en collaborant au Libertaire, organe de l’Union anarchiste et en rédigeant ses Mémoires.

On le retrouve en 1926, avec Archinov, à la rédaction de la « plate-forme d’organisation de l’Union générale des anarchistes », un texte qui fit grand bruit dans le milieu anarchiste, accusant Archinov et ses co-rédacteurs de vouloir « bolchéviser » le mouvement (Archinov revint d’ailleurs en Russie en 1931 pour se rapprocher des Bolchéviks jusqu’à entrer au PCUS…pour finir fusillé lors des purges de 1938).

Arrêté en 1927 lors d’une réunion anarchiste, Makhno est alors contraint de renoncer à ses activités publiques. Isolé, malade, délaissé par son camarade Archinov, Makhno meurt à Paris. Ses cendres sont conservées dans la case 6685 du colombarium du Père Lachaise (nous dit sa notice du Maitron24). Non loin de celles d’Alexandre Skirda.

***

Il est temps de conclure. À lire l’œuvre de Skirda, les destins qu’on y croise, les percées de la liberté dans l’histoire et leur froide répression, l’émotion nous étreint. Combien de malentendus tragiques dans cette histoire russe qui a vu les rebelles les plus résolus servir malgré eux la cause d’un parti bâti pour l’oppression, parce qu’il représentait, dans une certaine conjoncture, le moindre mal ?

Les Tcherkessoff, Makhaïski, Pétritchenko, Makhno, par leur constance et leur abnégation au service d’un idéal d’humanité, entrent en résonance avec l’auteur lui-même. Saluons ici les animateurs de l’émission Trous Noirs, sur Radio Libertaire, qui ont invité l’historien à chaque édition ou réédition de ses œuvres, à partir de 2013. Deux heures d’émission en moyenne, c’est rare. On entend la voix de Skirda, posée et ardente à la fois, qui décrit rien moins que l’annihilation de l’anarchisme par les marxistes-léninistes, la destruction des soviets par le Parti communiste. Son érudition n’est jamais pédante car elle est mise au service d’un but politique, et en partie moral : mettre à nu, preuves à l’appui, l’usurpation et l’imposture. Skirda ou la mémoire des vaincus.

Après l’avoir lu, une chose est sûre, la plus importante peut-être entre toutes : on ne saurait s’en faire accroire par ces néo-marxistes, néo-léninistes de toutes les couleurs (éco-marxistes,

« décoloniaux », etc.) qui réhabilitent de nos jours le socialisme des intellectuels.

Dans son avant-propos à la réédition de La terreur sous Lénine (un ouvrage de Jacques Baynac publié en 1975 dans lequel Skirda avait consacré un article à la contre-terreur révolutionnaire), Charles Jacquier – qui dédie ce texte à Skirda – nomme quelques-unes de ces grosses têtes chroniquées dans Le Monde ou Le Monde diplomatique : Alain Badiou, bien sûr, le philosophe Slavoj Zizek, mais encore l’éco-léniniste Andreas Malm ou bien Frédéric Lordon.

Ce dernier s’attache par exemple à séparer le noyau scientifique de l’œuvre de Lénine des regrettables contingences historiques dans lesquelles elle a trouvé à se déployer (la paysannerie décimée, les ouvriers floués, Kronstadt écrasée, la Makhnovtchina retournée)25. La piétaille

24https://maitron.fr/makhno-nestor-ivanovitch/, notice MAKHNO Nestor, Ivanovitch par René Bianco, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 7 octobre 2024.

25Cf. Charles Jacquier, « Avant-propos » in La terreur sous Lénine, Montreuil, L’Échappée, 2023. Le texte de Lordon cité par C. Jacquier est la retranscription d’une intervention de Lordon lors d’un débat avec Andreas Malm sur le thème « écologie et communisme » organisé à Paris le dimanche 6 juin devant la librairie Le Monte-en- l’air par ACTA, Extinction Rebellion et les éditions La Fabrique. Il est disponible ici : https://acta.zone/frederic- lordon-pour-un-neo-leninisme/

patauge dans le récit des exactions des communistes ; l’intellectuel survole la mêlée et donne des leçons d’anti-capitalisme.

Fidèle à sa volonté de scruter tous les faits, de fouiller toutes les archives, Alexandre Skirda n’hésitait pas à nommer ses adversaires idéologiques, ni à pointer la responsabilité des sanguinaires, aussi brillants fussent-ils (comme Trotsky), ou aussi dévoués (en apparence) à l’émancipation du genre humain.

Au détour d’une émission sur Radio Libertaire, on l’entend dire que Lénine et Trotsky, ensemble, sont comme Hitler et que, de ce point de vue, Staline ne sera que leur continuateur. Chez lui, aucun accommodement raisonnable possible avec des gens qui n’auront d’autre but, une fois le dos tourné, que de nous poignarder. Par contraste, son attitude permet de pointer la naïveté (ou peut-être le désarroi) des anarchistes qui ont souvent cherché à nouer des alliances avec des marxistes ou avec de prétendus révolutionnaires, comme si le symbole d’octobre 1917 devait passer avant la réalité de l’histoire. Comme s’il était possible de faire nombre avec ceux qui, depuis Marx lui-même, ont passé leur temps à vous exclure. Sur ce point, il y a de quoi s’inquiéter un peu de voir un bulletin bibliographique anarchiste, de nos amis, présenter coup sur coup la recension d’un ouvrage d’Olivier Besancenot (avec Michaël Löwy) et la reprise d’un billet « antifasciste » de Frédéric Lordon26.

Non. Aucune concession, d’autant moins dans la situation délétère où nous nous trouvons.

Ni avec les néo-léninistes, ni avec de doctes « éco-marxistes » qui, luttant contre toutes les discriminations à l’exception du « diplômisme », viennent enseigner au vulgaire à « changer les modes de vie » à grand renfort de « dialectique matérialiste 27» ; ni avec les éco-queeristes,

« décoloniaux » ou tout autre secte du pot-pourri postmoderne qui sert de tremplin aux nouveaux intellectuels en quête de pouvoir.

Ceux-là se revendiquent désormais assez souvent de l’anarchisme. Gardez-vous de démasquer leur imposture, de critiquer leurs thèses et le rôle qu’elles jouent dans le maintien du pouvoir de la technocratie ! Certes, ils n’ont pas les moyens matériels d’un Lénine ou d’un Trotsky à leur époque. Alors ils se contentent, à leur échelle dérisoire, de diffamer leurs critiques, de les passer sous silence ou de les vouer à la vindicte des nouveaux tribunaux populaires des réseaux sociaux, en utilisant les épithètes infâmants du jour, comme tout marxiste de base utilisait

« petit-bourgeois », « anarchiste » ou « démagogique ». Que ne feraient-ils pas si, d’aventure, ils s’emparaient du fouet ?

Face à cette résurgence, sous un nouvel habillage, des structures de pensée identifiées par Skirda, à la suite de Tcherkessof et Makhaïski, il faut se rendre à l’évidence : l’anarchisme est mort en Espagne en 1939, après avoir été défait deux fois sous les assauts de l’Armée rouge. Hormis quelques lieux patrimoniaux, ce qui reste de ce mouvement ressemble le plus souvent à un camouflage ou à un déguisement pour satisfaire la soif de reconnaissance d’une frange de la classe moyenne étudiante fantasmant les nouveaux sujets révolutionnaires.

Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Car à travers la vie et l’œuvre d’Alexandre Skirda, c’est le meilleur de l’anarchisme, en tant que manière de conduire sa vie, qui nous a été légué : le refus de parvenir porté à un niveau exemplaire, autrement dit cette discipline morale que tout un chacun peut exercer à l’encontre de sa propre pulsion de pouvoir. Les trotskystes l’ont

26Voir les livraisons du 02 et du 19 février 2026 du bulletin bibliographique en ligne À Contretemps.

27Cf. Fabrice Flipo, Changer les modes de vie : une dialectique matérialiste par-delà plan et marché, Éditions du croquant, 2024. Pour une vision un peu moins « dialectique », mais peut-être plus exacte, de la stature de cet intelletuel, le lecteur pourra toujours se tourner vers les lettre à l’illustre Pr. Flapi, par l’humble Professeur Bonobo. Cf https://www.piecesetmaindoeuvre.com/documents/lettres-simiesques-a-l-illustre-professeur-flapi.

accablé longtemps pour cela, incapable qu’il était, contrairement à eux, de changer de « ligne stratégique » en fonction des circonstances. Nous qui vivons dans un tout autre confort que cet inlassable chercheur, qui gagnait son pain en vendant des bouquins sur les quais de Seine, nous n’avons plus d’excuses. Lisons-le et tâchons d’être aussi superbement humbles que cet authentique anarchiste.

Renaud Garcia

Février 2026

 

7 réflexions sur “Skirda ou la mémoire des vaincus

  • Mille fois Merci ! Merci et encore Merci a vous G-BAD pour cette perle que j’ai lu la gorge serrée, boulversé et ému, je ne saurais remercier assez l’auteur de ce texte brillant, le chercheur Renaud Garcia ! et quel hommage incroyable il rend au brillant Alexandre Skirda que je ne connaissait pas du tout et tous ceux qu’on connait comme Makhno, et ceux qu’on ne connaissait pas avant lui !

    il est évident que Marx ne fut pas Marxiste ! Marx, ce fils de la bourgeoisie juive Allemande, devenu Doctorant en philosophie a l’âge de 23 ans a peine de l’université hyper élitiste d’Iena en 1941 ! allait en effet vouloir donner suite a ses ambitions intellectuelles  »démesurées » en forgeant ses convictions chez les socialistes qui l’ont précédé, et en radicalisant ses approches… et il faut en effet se demander si ce jeune  »loup » de la bourgeoisie et de l’Élite universitaire Allemande de l’époque ne tentait pas de se frayer un cheminement  »facile », autoritaire et spectaculaire aussi, avec l’aide et le concours de son ami Engels… tout au long de sa vie et son parcours et jusqu’a sa mort ! Marx demeure certes un esprit exceptionnel, Mais seuls les Marxistes lui attribuent plus de mérite que tous ceux qui l’ont précédé, ceux qui l’ont connu et vécu a son époque et ceux qui lui ont succédé aussi ! bref…

    la Vérité, comme je le dis et le répète tout le temps moi-même est l’ennemie jurée des intellectuels pédants, des opportunistes et des doctrinaires bavards et imbus d’eux-mêmes, de tout horizons ! cette mémoire des perdants nous rappelle que les cimetières de l’humanité ont pour rôle d’enterrer la vérité et avec elle, les meilleurs hommes et humains que l’humanité et l’histoire aient porté et connu a travers les âge a ce jour d’ailleurs ! et même la plus récente modernité, l’ère numérique et internet, les médias sociaux et les l’explosion des médias alternatifs continuent pourtant eux aussi a mener une guerre sans pitié a la Vérité historique, la Vérité sociale, la vérité économique, la vérité des classes sociales et des prolétaires, et la vérité sur les pestiférés laissés pour compte, au profit des  »esprits brillants » et autres charlatans qui se prétendent libérateurs, et autres plagiaires et perroquets qui nous resassent les phrases  »erudites » de Marx, d’Engels, de Lénine ou de Staline aussi… et cerise sur le gâteau aujourd’hui, attribuent a Vladimir Poutine ou a Xi Jinping des qualités imaginaires, en faisant fi de leurs crimes incalculables, et ceux de leurs régimes pseudo socialisants ou  »multipolaires » de pacotille !

    Comment voulez-vous que la Révolution bolchévique ait la moindre crédibilité a la base lorsque tout le monde sait a commencer par les Russes et les Soviets eux-mêmes de l’époque qu’elle entendait perpétuer l’empire colonial Tsariste et se baser sur un leg colonial immense a la base pour promouvoir des idées socialistes ou communistes auquelleselle ne croyait pas !? et comment voulez-vous qu’on continue de croire a la Doctrine néo impériale et tout aussi coloniale de Vladimir Poutine a notre époque ou la Russie demeurre le dernier grand empire colonial d’Europe qui subsiste dans le monde a ce jour aux côtés des pays du Commonwealth Britannique et des USA ! Poutine n’a jamais rompu ni avec la Doctrine Tsariste, ni avec la Doctrine Soviétique qui consistaient depuis 3 siècles et lors du règne récent de l’Ex URSS d’exterminer les autochtones, les militants socialistes, les etudiants, les travailleurs et les paysans de toutes les républiques de Russie et vouloir les remplacer par des Colons Russes pour les repeupler ! qu’on me cite une seule République dite Russe qui n’a pas connu ce phénomène au courant de l’histoire de cet empire Russe jusqu’a tout récemment encore ! l’Ukraine par ailleurs a servi quasiment de laboratoire de purges et de nettoyage ethnique depuis le 18ème siècle au moins et continue a ce jour ! ni la Bielorussie, ni les petites républiques inconnues de Sibérie centrale, de l’oural, de la Caspienne, de l’Asie centrale, et tous les coins de la Russie actuelle jusqu’aux frontières avec la Chine, le détroit de Bering et la Mer du Japon !

    Toute ma vie, je suis resté fasciné par les hommes qui disent la vérité et s’attachent a elle, et moi aussi, je peux témoigner que les intellectuels de gauche ne sont pour la plupart que des faussaires et des carrieristes de caniveau ! Voyez-juste la débandade historique jusqu’a la disparition des socialistes en Europe et en occident ! Aujourd’hui, les congrès de la dite internationale socialiste se tiennent toujours sans que personne n’y prête la moindre attention, ou que les partis politiques socialistes qui y représentent leurs pays respectifs soient peuplés d’imposteurs, larbins, de bourgeois n’ayant jamais milité pour la moindre des causes et des cadres plein aux as qui envoient leurs rejetons dans les meilleurs écoles de commerce et du capitalisme, de la finance et des technologies avec un appétit certain pour les start-ups et les rêves de les projeter dans les classes sociales possédantes et parmi les élites ! c’est devenu symptomatique des partis dits socialistes depuis les 30 dernières années ! et sans parler des pseudos partis de gauche en occident ou ailleurs qui eux n’ont même pas figuré dans les listes ou les annales de cet internationale socialiste bidon depuis sa débandade dans les années 60 et 70 du siècle dernier ! c’est d’ailleurs la chose qui a toujours incité tant les critiques que les militants de droite a discréditer entièrement le camps socialiste et le taxer de marchand de crises et commerçant des drames humains ! jusqu’a ce que la Gauche fusionne avec la Droite et l’extrême Droite en cette ère de supercherie et imposture sociale, mystificatrice et frauduleuse bien pire que ne peut l’être le capitalisme, et que le monde ou l’histoire n’a jamais vécu, connu ou enregistré avec autant de mépris pour la chose sociale et l’intérêt commun !

    Historiquement, toutes les luttes des peuples et des travailleurs sont parti en vain, et leurs héros et auteurs furent entérré dans le plus grand anonymat a l’instar de ce pauvre Makhno mort dans l’indifference de tous, dans la pauvreté, la maladie et le mépris de ceux qui étaieent censé les secourir de leur vivant et célébrer leurs parcours et leur mémoire ! Peuples occidentaux, orientaux, Africains, Latino et autochtones, et tous ceux qui ont servi de chair a canon aux Doctrines dites Soviétiques ou impérialistes, de même que les Doctrines dites Républicaines ou Démocratiques, ce fut la même galère et le même sacrifice de masses au profit de la  »raison d’État », et autres subterfuges au nom du Marxisme Léninisme, du socialisme, de la  »liberté’, et de la  »Démocratie »… c’est du pareil au même ! Mais le plus hilarant, est que lorsque nos Intellectuels bourgeois dits Marxistes de la dernière heure ne trouvent rien a dire pour commenter l’actualité ou les purges modernes des populations et des travailleurs, ils commencent a nous pondre des textes fleuves et des discours sur  »la guerre impérialiste inévitable’, et d’autres conneries du même genre pour continuer a s’accaparer la parole, monopoliser le discours a la place des opprimés, et vouloir soit-disant leur bien, tout en saupoudrant le tout de phraséologies Marxisantes et autres formules Léninisantes ! alors que ce tout ceci n’est que foutaises d’intellectuels aigris et frustrés de n’avoir pas pu justement intégrer les cercles restreints des faiseurs de décisions et ceux qui commandent aux destinées miséreuses des prolétaires et des opprimés !

    Je vous remercie encore G-BAD pour ce document d’exception ! je vous suis reconnaissant depuis toujours sur toutes vos publications, et je vous attribue d’ailleurs le grand mérite, l’humilité et le courage d’avoir conservé votre intégrité intacte depuis toujours qui nous rappelle le calibre des grands militants eteints aujourd’hui, mais qui demeurent vivants et martyrs de la cause des peuples, des travailleurs, et des prolétaires du monde entier !

    Avec mes très sincères salutations Camarade

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  • La société actuelle est en proie à un malaise qui a comme origine, d’une part la lutte des classes, d’autre part la lutte des sexes. Ces deux questions se tiennent.
    La lutte des sexes a précédé toutes les autres : elle a ouvert la porte à la violation du Droit naturel et d’injustice en injustice le désordre s’est propagé dans la société tout entière ; tous les faibles ont été sacrifiés et la force a régné, aidée par la ruse, par le mensonge, par la terreur.
    La dissolution des États, c’est-à-dire le désordre, commença quand certains hommes, troublés par le mauvais esprit qui engendre l’orgueil, voulurent mettre leur personnalité au-dessus des autres, s’affranchir des lois établies et dominer les faibles. Cette révolte fut le commencement de l’erreur sociale, c’est-à-dire de l’injustice.
    A toutes les époques, il y a eu des partis qui, voulant s’emparer d’un pouvoir auquel ils n’avaient pas droit, ont appuyé leurs prétentions sur une idée, un système, une théorie religieuse ou sociale, qu’ils ont propagée par violence, par fraude ou par ruse.
    Deux moyens furent notamment employés pour faire disparaître les témoignages gênants de la splendeur du régime qu’on venait renverser : la destruction et l’altération des textes. L’ère de destruction s’ouvrit au VIIIème siècle. On précise même la date : cela commença en 747 avant notre ère… Puis, lorsque ces partis triomphaient, ils avaient soin d’abord d’écrire l’histoire passée, la montrant comme une longue préparation de leur triomphe qu’ils justifiaient par une aspiration des foules existant depuis longtemps. Pour répandre l’histoire ainsi écrite, ils créaient un enseignement obligatoire dans lequel ils ne manquaient pas d’avilir leurs ennemis, ceux qu’ils avaient vaincus et qu’ils représentaient toujours comme des barbares ou des gens de mauvaises mœurs. Eux-mêmes se représentaient comme des sauveurs apportant tous les progrès. Or, tout cela était mensonge et il importe aujourd’hui de rechercher la vérité cachée, c’est-à-dire le plaidoyer des vaincus, leur véritable état social et moral.
    Exemple :
    1°) Voici un faits sur lequel la légende de sainte Geneviève (422-512) jette une lumière inattendue.
    Elle nous dit : « cinq ou six mois après la défaite d’Attila, Mérovée, roi des Francs (Saliens), vint assiéger Paris, encore au pouvoir des Romains. Le siège durait depuis quatre ans quand Mérovée s’en rendit maître. »
    Alors, comment se fait-il que Geneviève régnait à Lutèce quand Attila s’en approcha et qu’elle y exerçait une autorité morale suffisante pour intervenir dans les faits de guerre et pour protéger la ville ? Et comment cette ville dans laquelle règne une femme gauloise est-elle assiégée par Mérovée, 3ème roi de France ?
    C’est évidemment qu’il y avait séparation des pouvoirs : le spirituel (féminin) et le temporel (masculin).
    C’est qu’il y avait deux Frances : celle des Saliens masculinistes, dont Mérovée est le petit roi et qui n’a qu’un tout petit territoire à l’Est, et celle des Ripuaires féministes, qui reconnaît le pouvoir spirituel et qui est allié à ceux qui occupent le reste de la Gaule, y compris Paris.
    Voilà ce qui va nous expliquer l’histoire de France, qui ne sera qu’une lutte de sexes : les masculinistes et les féministes : l’une qui veut la Vérité et le Bien, l’autre qui veut l’erreur et le mal ; l’une qui va produire des persécuteurs, et l’autre des persécutés.
    Les historiens masculins ne nous parleront jamais que des Francs Saliens (les masculinistes), ils tairont ce qui concerne les peuples féministes de la Gaule. Et toute cette primitive histoire de France ne sera que l’histoire du petit parti des révoltés saliens, affranchis de la morale, de la raison, du devoir et de la soumission au Droit divin de la Déesse-Mère, ce qui nous est révélé par cette phrase : « Qui t’a fait roi ? »
    Il y a donc une autre histoire de France à faire, celle des peuples légitimes de la Gaule Celtique, vaincus, après de longues luttes, par les révoltés illégitimes.
    Et cette histoire fut si glorieuse que, malgré tous les efforts faits pour la cacher, nous trouvons encore assez de documents pour la reconstituer.
    2°) Le socialisme moderne trouve ses origines dans un mouvement féministe incompris à son époque, le « Saint-Simonisme », courant idéologique reposant à l’origine sur la doctrine socio-économique et politique de Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon (1760-1825). C’est le Communisme des premiers Chrétiens (de Saint-Jean) que ce rénovateur moderne proposa comme un exemple à imiter. Ce magnifique mouvement de réveil féministe dût subir la persécution, comme la subissent tous les grands mouvements de la pensée. Ce mouvement fut repris par Charles Fourier (1772-1837), dans la Phalange, et se fondit dans le fouriérisme qui le modifia, le masculinisa et en fît « le socialisme ». Là encore, nous voyons l’avortement d’un mouvement féministe, et sa transformation au profit de l’homme, comme l’avaient été, 50 ans auparavant, le grand mouvement de la Révolution Française, et 1.500 ans avant celle-ci, le Christianisme.
    3°) Lors de la récente guerre d’Irak, rendue possible en raison des attentats du 11 septembre 2001, bien que sur les dix-neuf terroristes censés avoir frappé les États-Unis, aucun n’était Iraquien, souvenons-nous des opérations de pillages et du saccage intégral du musée de Bagdad, organisés « professionnellement », sous la passivité totale des forces « américaines » (sous leur protection même affirment certains), et de la destruction de tous ses ordinateurs et archives dans lesquels étaient recensées et photographiées toutes les pièces de l’inventaire, ainsi que du vol de la majeure partie des 40 000 manuscrits et de la totalité des quelques 80 000 tablettes de terre cuite recouvertes d’inscriptions cunéiformes… des tablettes sumériennes dont le décryptage commençait à s’avérer fort instructif en ce qui concerne les influences babyloniennes chez les rédacteurs de l’Ancien Testament…
    Du temps de sa splendeur, avant qu’elle ne devienne une ville profanée, c’est-à-dire un foyer de pourriture morale et finisse par disparaître de la scène du monde, Babylone était appelée « la Dame des Royaumes ». Rappelons ses fameux jardins suspendus, que l’antiquité citait comme l’une des sept merveilles du monde, dont on fait gloire à Nabuchodonosor, alors qu’ils sont dus à la Reine Nitocris qui régna avant lui. Au dire de Pausanias, Babylone était la plus grande ville que le soleil eût jamais vue dans sa course. Hérodote parle de la tour de Bélus qu’il a vue à Babylone, et qu’on appelle vulgairement la « tour de Babel », monument composé de huit étages, couronnés par une plateforme régulière où l’on faisait des observations astronomiques. Callisthène, au temps d’Alexandre, trouva à Babylone des observations astronomiques remontant à 1900 ans.
    NB : Supprimer la mémoire collective dissout la nation, laquelle fait alors place au troupeau.
    Peut-être est-ce cela que cherchent les meneurs occultes du jeu, aux fins d’assurer plus facilement leur domination sur les ilotes modernes dont ils rêvent ?
    Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/consequencesdelinvasionromaine.html

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  • Petite réflexion additionnelle qui date en ce qui me concerne a peopos de la Résistance mondiale au Capitalisme en général… et ce qui empêche cette résistance de se matérialiser depuis toujours en tous cas et contribue a faire stagner la situation des prolétaires dans le monde entier, je la partage ici… Merci

    Curieusement, le monde moderne et ses guerres intestines et interminables fut façonné a partir de la deuxième moitié du 20ème, a travers deux critères majeures, deux constantes ou deux pilliers que sont les pays producteurs de petrole, et les pays détenteurs de l’energie nucléaire ! les Puissances impérialistes qui ne possèdent pas assez de pétrole comme le Royaume-uni ou la France, ont utilisés elles, le levier du nucléaire a la fois civil et militaire pour se maintenir dans la course impérialiste , et celui de leurs anciennes colonies afin de combler leur dépendance en pétrole (l’Algérie pour la France, et les pays du Golf pour le Royaume-uni)…. et donc curieusement aussi, les Pays qui se proclament dans  »l’Axe de la résistance » depuis toujours, sont aussi de gros producteurs de pétrole, pour ne pas dire, les seuls producteurs de pétrole a leur echelle, Russie, Chine (la Chine produit 40% de son petrole sur place et importe 60% de ses besoins), Venezuela, Algérie, Libye etc… et dans ces pays, curieusement aussi, a chaque crise pétrolière mondiale, a chaque guerre et conflit majeure de l’ère moderne, tous, ont su tirer leur epingle du jeu, contrairement a 90% des pays de la planète qui eux ne disposent ni de Pétrole, ni de nucléaire, et ne possèdent que la force des bras de leurs prolétaires pour cultiver la terre, ou pour trimer comme des bêtes au profit du capital ! Et donc, a chaque fois qu’un conflit génère une crise mondiale comme celle-ci, nos amis qui se disent autant dans l’Axe impérialiste occidental, ou ceux qui sont dans l’Axe de la dite résistance…. s’en sortent très très bien ! et pour s’en convaincre, il suffit de jetter un coup d’oeil sur les prix du carburant chez eux lors de la crise actuelle devenue pire que la crise pétrolière de 1973, et insoutenable pour la majorité des pays dans le monde ! En Libye, en Algérie, au Venezuela, en Iran, le prix de l’essence, du diesel, du fioul, du kérosène est quasiment anecdotique par rapport a ce que paient le reste des pays du monde, en Libye je crois qu’il est en dessous de 0.020 cents le litre !!! Alors que dans tous ces pays, le prix a l’exportation est parfaitement aligné sur les prix du Baril comme il est fixé dans les cours de reference a Amsterdam, a Londres et ailleurs ! On parle alors et le plus souvent, d’une explosion du CA des hydrocarbures et de la rente Pétrolière dans tous ces pays, et cela est aussi anecdotique que ça peut vous doubler le PIB d’un de ces pays d’une année a l’autre, grâce a ces crises et conflits graves et mondiaux, qui font saigner pourtant 90% des pays et des prolétaires du monde entier !

    Tout ceci est devenu tellement rôdé, que même lorsque ces pays producteurs entrent en guerre pour des raisons qu’elles ne contrôlent pas, elles continuent de voir les devises, les dollars et les euros affluer en milliards tous les jours, sans devoir rien changer a leurs investissements, leur gestion ou leurs infrstructures déja en place, un peu comme si ils gagnaient a la loterie et remportaient le Jackpot tous les jours, tant que ces crises et ces conflits perdurent en réalité ! le foutage de gueule alors n’en devient que plus evident, lorsque ces mêmes pays tout en adoptant un profil bas, cherchent a montrer qu’ils ne renoncent pas a leurs principes de la Résistance, ou ceux de  »gendarmes u monde » comme les USA, alors qu’en réalité ils s’en mettent plein les poches comme ils n’ont jamais rêvé ou imaginé ! c’est d’ailleurs pourquoi le criminel Donald Trump se moque aujourd’hui de tout le monde ouvertement, et dit tout haut ce que ses pairs producteurs de petrole pensent tout bas : »On n’a besoin de personne ! on a notre propre petrole et il est plus que suffisant, on s’en fout du reste du monde, ils n’ont qu’a gérer leurs merdes et leur misère, car c’est chacun pour soi, et j’ai bien l’intention d’exploiter cette opportunité moi aussi » !

    En réalité, dans ce contexte de pure réalité factuelle et unique réalité historique de notre ère, tout le monde se fout de tout le monde comme l’illustre Trump merveilleusement bien et dit ce que personne n’ose dire au reste du monde et dans la face de quiconque voudrait invoquer l’ethique, les obligations internationales, ou le droit international ! c’est chacun pour soi, et se foutre de la gueule de tous et rien d’autre !

    Curieusement aussi, nos amis Marxistes-Léninistes et nos théoriciens du communisme et du socialisme n’ont jamais eux aussi abordé avec sérieux cet aspect pourtant glaçant dans les relations internationales, dans le projet socialiste ou communiste, ou dans la réalité matérialiste historique criante de notre époque ! On jamais abordé la question que le Pétrole par exemple soit une denrée trop précieuse et rare et indispensable a toute l’humanité pour devoir la partager en temps de guerre comme en temps de paix par exemple ! comme on a jamais abordé la question des disparités energétiques avec plus de rigueur, et qui aurait pu ouvrir la voie a décréter d’autres ressources comme essentielles elles aussi a l’humanité et devant être régies par des conventions spéciales, comme les phosphates pour les engrais, la production de minerais critiques, l’eau douce, le blé et le Riz, etc… Mais au lieu de ça, nous nous sommes imposé un paysage devenu banal qu’est celui du Cartel des pays producteurs de Pétrole imposant ses lois et ses règles, un peu comme un Cartel de la drogue, ou un cartel de grand banditisme, qui fait la loi et personne ne trouve rien a redire la-dessus !

    En Afrique par exemple, le Nigéria qui produit du pétrole comme le Gabon ou le Congo, sont cerné par des pays pauvres dont la facture energétique est explosive et qui soit au centre de leur retard et sous-developpement, sans qu,il existe des mécanisme de coopération de vente d’une partie de ce pétrole a mojndre coût a ses voisins ! l’Algérie au Maghreb de même, cernée par des pays qui n’en produisent pas comme la Tunisie, le Maroc, la Mauritanie, le Mali, qui en ce moment sont en grave crise a cause de cela ! la Libye aussi, l’Égypte… et en Asie c’est la même galère et beaucoup plus grave, en Amérique latine aussi etc….

    Tout compte fait, ces mêmes pays qui s’inscrivent dans l’Axe de la dite  »Résistance », et qui nous rabattent les oreilles depuis 70 ans qu’ils sont anti-capitalistes (Russie, Chine, et tous les producteurs de pétrole des pays du sud), se foutent eprdument de nos gueules en même temps, car champions invétérés des discours fleuve Socialistes, de Doctrines d’état socialistes, de propagande socialiste en somme et de propagande de  »Résistance et de camaraderie des non alignées aussi » également, sont surtout largement versé dans la manipulation du tiroir-caisse qui n’arrête pas de sonner et pratiquement exploser tellement la rente de pétrole et de gaz explose tous les jours et leurs principal problème est de devoir surtout accomoder les acheteurs qui se battent quasiment afin de leur acheter ce pétrole et ce gaz au prix les plus fous et les plus inflationistes et exagérés qui soient !

    A la limite, les pays du Golf Arabique, eux, clairement aligné sur l’impérialisme Yankee et britannique eux, ne font pas de propagande fausse par rapport a leur ressources en Gaz et en pétrole, et les utilisent a la fois pour se developper et diminuer leur dépendance de ces energies en diversifiant leur economies, et contribuent aussi a réguler la production et les prix sur le plan mondial, sans oublier qu’ils arrivent a  »aider » certains pays sous forme d’aides directes en pétrole brut ou raffiné comme gage d’amitié ou d’alliances etc…

    Nous evoluons donc depuis toujours dans un monde a deux vitesses ou les puissances hégémoniques, comme tous les pays producteurs de pétrole ont le reste des pays du monde a leur merci depuis trop longtemps ! un déséquilibre aussi grave que flagrant ne figure pourtant pas sur les programmes a la fois des partis socialistes ou communistes qui subsistent, puisque ces deux faussaires de la cause des peuples, n’utilisent leur slogans et leurs discours que pour continuer a exister, accéder au pouvoir ou se l’accaparer, ou encore pour protéger leurs rentes et leur prébendes et celles de leur dirigeants et elites dites socialistes ou communistes comme en Chine… ou certains membres du PC sont devenu quasiment des milliardaires eux aussi !

    Ce foutage de gueule planétaire qui s’inscrit directement dans les rapports d’exploitation des pauvres et des prolos majoritaires par les dominants riches minoritaires possédant et monopolisant les marchés critiques de l’energie, ne fait d’ailleurs que confirmer que le capitalisme sans pitié qui régit le monde comme unique et ultime vérité du matérialisme historique de notre époque de merde ! Pourquoi donc est-ce qu’on continue de croire qu’il existerait a la base un Camps de résistance chez ces pays accapareurs de l’energie, lorsqu’ils ne sont pas accapareurs du nucléaire aussi a la fois militaire et civile comme la Chine et la Russie et cherchent a nous faire croire qu’ils oeuvrent pour un monde  »multi-polaire » et autres conneries, lorsqu’on connait aussi leurs dégâts et présence en Afrique, en Asie et en Amérique latine comme de véritables voyous exploitant les economies de dizaines de pays et leurs ressources qui ne diffère en rien des méthodes des Yankees ou celle de l’ancien empire britannique !

    En conclusion, et en vérité, et selon moi en tous cas, il est impossible de construire un véritable Axe de Résistance au Capitalisme et a l’impérialisme si on exclut pas d’office tous ces faussaires et ces imposteurs de cet Axe de résistance qui reste a réimaginer en entier ! Exclure tous les pays producteurs de Pétrole et de gaz naturel, les pays producteurs et accapareurs du nucléaire a la fois civil et militaire aussi, serait ma foi un bon début pour commencer a y voir plus clair et entamer une reflexion véritable sur la résistance qui se doit d’exister, et donc extraire cette vermine capitaliste energétique qui fausse tous les combats et toutes les causes de la majorité des pays des prolétaires du monde ! Bien entendu, sans devoir expulser ou disqualifier les prolétaires de tous ces pays producteurs qui se font exploiter au même titre que le reste des prolétaires mondiaux, mais a condition qu’ils adhèrent et se conforment aux règles strictes de la nouvelle résistance mondiale qui reste a définir et redéfinir les contours, la mission et les objectifs en général…. Mais continuer comme aujourd’hui a compter ces pays et ces etats producteurs accapareurs comme membres a part entière de cete axe de résistance est justement ce qui fausse tout le débat et cela revient a se tirer dans le pied et justifier la stagnation de cette résistance comme c’est le cas depuis 70 ans ! c’est aussi simple que ça et c’est clair comme l’eau de roche pourtant !

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  • Normand Bibeau

    HONTE ÉTERNELLE À OEIL DE FAUCON aveugle de propager la propagande anti MARXISTE la plus goebelienne démagogique qui soit dont une preuve, hormis ses mensonges éhontés, nous est offerte sans sollicitation, par l’appui quelle reçoit de 2 chantres du fascisme: Awnn, la fasciste féministe nirvanique déjantée et de l’idiot utile insignifiant, Sam qui comme tous les démagogues bourgeois re pollue les 7duquebec.com de sa logghorrée débilitante après nous avoir promis de nous en soulager.

    Ceci étant écrit à titre préliminaire, procédons à détruire chacune de ses affirmations odieuses et mensongères d’Oeil de faucon aveugle, en commençant par l’affirmation fallacieuse et odieuse à l’effet que MARX et ENGELS seraient des «plagiaires» carriéristes, en mal de publicité et de domination du mouvement communiste, des calomnies répugnantes et odieuses à l’endroit de 2 révolutionnaires prolétariens qui ont consacré leur vie à la révolution prolétarienne et au communisme au péril de leur vie, de leur liberté et de leur santé.

    1- MARX et ENGELS dans le «MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE» auraient plagié «Le Manifeste de la démocratie au XIXième siècle » de Victor Considérant.

    a) «La démocratie au XIX ième siècle», loin d’être une synthèse scientifique concentrée de «l’histoire de l’humanité comme histoire de la lutte des classes», est tout au plus un pamphlet superficiel de critique des conséquences naturelles du «capitalisme libéral»: concentration des richesses; de la misère ouvrière et de la concurrence destructrice qui loin de préconiser la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, promeut le réformisme utopique réactionnaire et «une régulation étatique des excès du capitalisme pour prévenir le chaos social, en somme, un torchon réactionnaire conçu pour sauver le capitalisme, l’antithèse absolu du MARXISME;

    b) Influencé par le réformisme réactionnaire «fourriériste», Victor Considérant, défend l’organisation de la société en «phalanstères», sortes de communautés coopératives, devant réaliser «l’harmonie entre travail, capital et talent», à travers «une évolution progressive» qui nie la révolution prolétarienne armée, condamnant la théorie marxiste qu’il qualifie d’«extrémiste radical»;

    c) Victor Considérant, loin de condamner l’État comme instrument des classes dominantes pour l’oppression des classes dominées et d’en promouvoir la destruction, confère à l’État un pouvoir de «garantir le droit au travail; de favoriser les associations coopératives et de corriger les déséquilibres économiques», en somme, une vaste supercherie bourgeoise genre «socialisme utopique», tel que décrit par ENGELS à l’effet que l’État serait au-dessus de la lutte des classes, contrairement à MARX et ENGELS qui en préconisent la destruction totale pour l’avènement du communisme;

    d) Le «Manifeste de la démocratie au XIXième siècle» promeut une alliance anti classe sociale entre «républicains, socialistes et réformateurs» pour une transformation «pacifique» de la société capitaliste en faveur d’une «société socialiste utopique» de type fasciste mussolinien où l’État capitaliste réalise l’«harmonie» entre les classes sociales antagonistes par une dictature impitoyable de l’État au service des capitalistes sous la propagande d’abolition des classes sociales par la collaboration de classes;

    e) Ce torchon réformiste «utopique», à l’opposé radical du Manifeste du parti communiste de Marx et d’Engels, nie «la lutte des classes comme moteur de l’histoire»; le renversement violent et révolutionnaire du capitalisme; l’abolition armée totale de la propriété privée des moyens de production, de commercialisation, de financiarisation et de communication et l’instauration de la dictature du prolétariat comme étape incontournable pour l’avènement du capitalisme.

    En conclusion, il est odieux et malhonnête à tout point de vue d’oser prétendre que MARX et ENGELS auraient plagier le torchon réformiste réactionnaire «Le Manifeste de la démocratie au XIXième siècle» de Victor Considérant.

    En soutenant, même par auteur interposé, ce mensonge réactionnaire éhonté de plagiat, Oeil de faucon aveugle, propage des mensonges odieux et méprisables, au service de la bourgeoisie contre les 2 plus grands théoriciens du matérialisme dialectique et historique, à un moment historique où le prolétariat révolutionnaire en as le plus grands besoins afin de démasquer et répudier toutes les théories réactionnaires de la bourgeoisie depuis le confucionnisme à la national-socialisme chinois, aux inepties civilisationnelles, en passant par l’orthodoxie russe et à l’islamisme moyenâgeux iraniens, une guerre idéologique totale livrée par le capitalisme moribond au marxisme prolétarien révolutionnaire.

    Les 7duquebec doivent obligatoirement publier ma répudiation rigoureuse des calomnies abjectes, immondes et méprisables d’Oeil de faucons bourgeois, il y va de leur réputation et de leur engagement à servir la révolution prolétarienne.

    SUITE: Qui étaient les transfuges et renégats Alexandre Skirda (1930-2020) et Nestor Makhno (1888-1934), 2 exilés russes, anti bolchéviques, planqués en France pour promouvoir la contre révolution sous la protection et le soutien de l’État impérialiste français.

    Normand Bibeau, 4/04/2026.

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  • Normand Bibeau

    SUITE 1:

    En résumé, Skirda fut l’apologiste stipendié de Makhno, un anarchiste ukrainien nationaliste, un UKROFASCISTE, chef de l’Armée «révolutionnaire» insurrectionnelle d’Ukraine, un précurseur de Bandéra, qui combattit l’Armée rouge sous le fallacieux prétexte d’anarchisme et de combattre l’empire «léniniste-trotskyste», une variante de la propagante anti-bolchévique de l’impérialisme mondial.

    Guidé par l’idéologie de Bakounine et Kropotkine, Makhno, combattait pour l’implantation d’une société paysanne «libertaire» niait le caractère inéluctable de l’économie paysanne comme précédant l’avènement du capitalisme ou d’une société semi-féodale type Chine et Inde où la paysannerie finit toujours par être dominée et service des capitalistes usuriers et de la bourgeoisie compradore nationale.

    Makno en combattant l’Armée rouge en Ukraine a objectivement aidé les forces impérialistes des 14 puissances de l’Entente qui ont agressé l’Armée rouge en collaboration avec l’armée tsariste et indirectement avec l’Armée «révolutionnaire» insurrectionnels d’Ukraine commandée par Makhno.

    Il est très significatif que Makhno après la défaite de son armée aux mains de l’Armée rouge a trouvé refuge chez ses alliés objectifs français où il a été gardé en réserve pour un coup d’État de palais auquel se sont employés sans succès les impérialistes mondiaux après leur cuisante défaite aux mains de l’Armée rouge à compter de 1923.

    Alexandre Skirda qui est né en URSS s’est exilé en France où il voulait faire carrière comme anti-soviétique parlant la langue russe et pouvant mieux que quiconque servir la propagande anti-stalinienne en vogue à cette époque cruciale de la guerre froide.

    Pour l’essentiel de son oeuvre, Skirda fut recruté et promu afin de combattre le bolchévisme léniniste en ressuscitant de la poubelles de l’histoire le mouvement insurrectionnel anarchiste de Makhno et sa «maknovchtchina» paysanne anarchiste anti-bolchévique réactionnaire.

    Toute l’idéologie «maknovitchiste» est anti- marxiste, pronant l’instauration d’une société «fédérative» paysanne libertaire autogérée localement et servant un «libre marché» qui ne donnerait pas inéluctablement naissance à une société capitaliste, ce qui est anti-scientifique et qui fut combattu par Lénine, à juste titre, comme une fumisterie bourgeoise «gauchiste» ce qu’occulte sciemment Skirda dans sa mission de réhabilitation impérialiste anti marxiste.

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  • @ Normand Bibeau

    Tout d’abord ce texte n’est pas l’oeuvre de G_BAD, mais celui d’un chercheur respecté et connu du nom de Renaud Garcia comme c’est clairement mentionné en bas du texte !

    Avant de vous voir débarquer justement sur ce site et vouloir monopoliser la parole, les opinions a travers les insultes, ce site avait le mérite du temps d’Ysengrimus Paul Laurendeau, de publier plusieurs points de vues auquelles personne n’était obligé de souscrire ! Dans la droite et juste vision et intention de son Détenteur Robert Bibeau, ce site affichait clairement qu’il n’endossait pas nécessairement tout ce qui pouvait y être publié, mais qu’il était important de publier plusieurs points de vues et analyses, et ce fut ainsi que ce site a pu fonctionner et attirer des dizaines et des centaines de lecteurs et auteurs sans pour autant verser dans l’insulte gratuite et abjecte des individus jusqu’a ce que vous y débarquez !

    A supposer que vous ne partagez pas mes points de vues moi aussi, je ne comprends pas pourquoi vous croyez que je suis une proie facile et vous vous jetez immédiatement sur moi pour personnaliser vos insultes ?! Seriez-vous atteint d’un syndrôme totalitaire qui vous fait croire que les gens, tous les gens, ne peuvent exprimer leur opinions sans obtenir votre visa, votre aval ou votre consentement ?! et vous venez traiter vos victimes de fascistes alors que vous faites preuve du plus vil fascisme qui soit depuis votre dénbarquement sur ce site !

    J’ai quitté ce site a cause de vous et de la propension de Robert de vous defendre et s’en prendre très violemment a moi, c’en était devenu pathétique, vous l’aviez totalement soumis a vos vues totalement alambiquées, pseudo  »magistrales » si pauvres et si dénuées d’objectivité, de bon sens, et surtout de matière et de consistance, et je ne m’en suis que mieux porté je vous dis clairement, je me suis tellement enrichi en retournant a mes lectures et mes découvertes d’horizons qui voient bien au dela de la sempiternelle propagande occulte des Poutiniens aveuglés par leurs haines et leurs ignorances qu’on ne compte plus ! et qui prétendent en plus se dissocier de Poutine et de ces agents alors qu’ils ne font que répéter a longueur de mois et d’années ses inépties et ses fausses analyses a ce jour d’ailleurs !

    le Marxisme communisme ne consiste pas a jouer de sémantique et dire la chose et son contraire pour se donner de l’importance, donner des leçons aux autres, ou vouloir passer pour plus intelligent que les autres, et encore moins vouloir monopoliser la parole et les opinions comme vous faites ! Vous ne représentez personne ! personne ne vous a élu ici ou ailleurs, personne ne vous connait, personne ne prête la moindre attention a votre charabia depuis le début, vos pseudo analyses sont une blague et n’ont strictement rien changé au fond, vous ne faites que cogiter vos mauvaises interprétations de la réalité, de l’histoire et du présent et vous décrétez a chaque nouveau texte tiré par les cheveux que vous ça y est ! vous l’avez cette fois-ci Eurêka ! vous commencez a déblatérer vos imbécilités et vous estimez qu’elles doivent faire office de nouveau théorèmes mathématiques pour la compréhension du monde d’un point de vue pseudo Marxiste ! et puis, pour finir, vous signez de vos pathétiques  »Prolétaires unissez vous! » afin de donner a tout ceci on ne sait quelle légitimité psychologique qui n’existe que dans votre tête ! …:)))

    Je vous suggère de vous calmer car Oeil de Faucon n’a pas emi d’opinion sur ce billet qui prouve que lui aussi endosse Renaud Garcia ! Mais Oeil de faucon est nettement plus intelligent que vous par des années lumière, c’est un esprit critique et analytique pour qui le Marxisme n’est pas un rassemblement hippie, Mais un corpus scientifique qui ne tolère d’ailleurs pas les névrosés comme vous, les esprits dérangés et les faux semblants de marxiste car vous en êtes pas un et vous ne le serez jamais ni qui vous ayez compris quoique ce soit a Marx ou a quiconque de sa génération parmi les socialistes, les anarchistes ou les autres !

    Sur ce, je vous annonce que je suis parfaitement heureux sans vous dans mon champs intellectuel, car vous n’y êtes qu’une nuisance depuis le premier jour et vous l’êtes pour la majorité des gens qui portent leur tête sur leurs épaules… Vous feriez mieux de consulter et je peux vous assurer que si vous aviez connu Lénine, un type comme vous, c’est au Goulag qu’il aurait fini ses vieux jours et ce ne serait que la peine la plus clémente qu’il aurait infligé a tous les Parasites et dérangés de votre espèce ! Quant a Marx, il ne vous aurait même pas addréssé la parole ou daigner vous accorder une seconde de son attention, vous devez réaliser que vous êtes un Parasite de la chose Marxiste communiste et que vous êtes rien sauf un perroquet qui essaie de s’accapparer la parole et les opinions de tout le monde et encore heureux que vous n’avez pas de pouvoir sur l’existence ou le droit de vie ou de mort sur les gens car vous auriez commis des massacres quotidiens si vous aviez accès au moindre pouvoir de quelque sorte que ce soit !

    Je me casses et je te laisses cet espace ou tu prends visiblement ton pied comme un Bully ou un intimideur de gens, y compris le propriétaire du site le pauvre qui, ça fait longtemps le pauvre qu’il n’arrive plus a bouger le petit doigt, et se retrouve totalement paralysé et sclérosé par la présence d’un energumène dérange comme toi !

    @ Robert Bibeau : Pas la peine de t’inquiéter Robert, je me casses je te rassures, je ne répondrai plus, ni que j’échangerai quoique ce soit dorénavant avec ton ami ici… je te laisses en paix et j’espère qu’oeil de faucon ne va pas trop prêter attention a ce parasitage et ces insultes gratuites qui ne le concernent en rien en plus, il ne fait que publier des textes hyper pertinents d’interêt général et des analyses dont la qualité n’a jamais déçu quiconque, au contraire, Oeil de Faucon fait partie des contributeurs qui ont très largement honoré et fait connaître les 7 du Québec pendant de longues années et avant que ce trublion mal élevé et ignare ne débarque ici pour y faire la loi comme un voyou depuis le premier jour !

    Répondre
  • robert bibeau

    @ TOUS NOS LECTEURS

    Il est regrettable que les débats économiques, politiques, idéologiques se transforment en « chicanes » de chapelles sectaires, en bisbilles de groupuscules, en disputes dogmatiques « intimistes » ou les protagonistes se dénoncent et se répudient nommément – réciproquement… »hors de la chapelle point de salut! » disait-on !

    Au cours de mes cinquante années de militantisme politique « gauchiste », pour les trente premières années du moins, j’ai été embrigadé – emporté – dans ce tourbillon sectaire. Toutefois, Cette expérience dogmatique et sectaire me fut salutaire puisqu’elle traça la voie de tolérance et de débat, d’ouverture aux opinions concomitantes ou contradictoires, loin des anathèmes personnelles, petites, mesquines et intellectuelles bourgeoises.

    J’avais cru, je crois toujours, que le webmagazine de géopolitique internationale « LES 7 DU QUÉBEC.NET » offrait une plateforme alternative – non pas de gauche – non pas de centre – non plus de droite – mais PROLÉTARIENNE non sectaire et non dogmatique.

    Je vous invite tous à mettre fin à ces dénonciations personnalisées et à porter le débat idéologique, politique, économique sur les questions de principe, sur les arguments théoriques, sur les faits et sur vos interprétations de haut niveau afin que vos propos contribuent non pas à revamper votre ÉGO mais à rehausser notre compréhension commune des intérêts de notre classe sociale prolétarienne.

    Ceci est d’autant plus urgent, pertinent, nécessaire que l’histoire interpelle notre classe laborieuse en ce début de millénaire très agité.

    Robert Bibeau

    Répondre

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